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Festival Avignon Off 2026 : « ZZAJ » à La Scala Provence

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L’art du chaos (très) bien orchestré

Dans un studio de radio des années 50 à la dérive, deux clowns aussi virtuoses qu’incontrôlables revisitent la grande histoire du jazz. Un tourbillon burlesque, poétique et immersif où la haute performance musicale se marie à la perfection avec l’art de l’absurde. Un régal pour tous les âges.

Bienvenue au cœur de l’émission « Voyage aux Pays du Jazz » … ou plutôt au milieu du séisme ! Sans avoir été prévenus par leur patron, dont on ne verra que la porte du bureau, deux animateurs-musiciens se retrouvent catapultés devant un vrai public venu assister à leur direct. Panique à bord dans ce studio décrépit : entre des câbles dans lesquels on s’emberlificote, une fuite d’eau qui goutte obstinément du plafond, un trombone oublié dans la voiture et un troisième musicien qui n’arrivera jamais, le duo n’a d’autre choix que d’improviser. Pour sauver leur émission, et leur vie, ils vont devoir tout donner. Et le résultat est purement jubilatoire.

Une virtuosité musicale et corporelle impressionnante

Sur scène, Augustin Ledieu et Matthias Lauriot Prévost déploient un talent de touche-à-tout sidérant. Passant du piano à la trompette, de la batterie aux percussions, de la guitare au chant, ils parviennent à restituer à deux le son et la richesse d’un big band entier. Grâce à un système de boucles numériques maîtrisé au millimètre, Matthias réussit même la prouesse de composer un morceau en direct en jouant de tous les instruments presque simultanément.

La mise en scène de Sandrine Righeschi installe un univers d’une efficacité comique redoutable, teinté d’anachronismes savoureux. Mais ce qui impressionne tout autant, c’est la performance physique : Augustin Ledieu (dont on devine aisément la solide formation de danseur) et son acolyte enchaînent acrobaties, pitreries et gags burlesques sans que jamais la qualité du chant ni l’exactitude des notes ne vacillent d’un millimètre.

L’esprit du cinéma muet et une immersion totale

Il y a du Charlie Chaplin et du Buster Keaton dans ce duo au charme intemporel. Augustin, avec ses petits airs irrésistibles de Freddie Mercury et son élégance désuète à la Cary Grant (aux chaussettes trouées !), vient faire le clown jusque dans les travées de la salle. Sans même avoir besoin d’adresser un mot formel aux spectateurs, par la seule magie du corps, du regard et du langage universel de la musique, les deux artistes créent une connivence immédiate.

Transformés en véritables chefs d’orchestre du chaos, ils viennent chercher le public, l’amènent sur scène et l’intègrent à leur délire. En un tour de main, la salle entière se retrouve divisée en trois groupes chantant en décalé pour rejoindre dans un unisson exaltant un « Oh When the Saints » totalement déjanté.

De Bach à la Bossa Nova : un voyage jubilatoire

Du blues originel au bebop, en passant par le ragtime de Scott Joplin, les grands standards (Miles Davis, Charlie Parker) et les déclinaisons pop-funk modernes (jusqu’à Amy Winehouse ou Bruno Mars, sans oublier Mickael Jackson), la traversée est une fête de chaque instant. Le spectacle s’amuse des filiations, glissant avec une fluidité déconcertante d’un prélude classique de Bach vers la Bossa Nova de Jobim. Mieux encore : sous nos yeux émerveillés, la pendule froide du studio d’enregistrement finit par se métamorphoser en une étincelante boule à facettes disco !

Faussement chaotique mais orchestré avec une précision d’horloger, ZZAJ est un shot de pure bonne humeur. Véritable pépite plébiscitée par le public, déjà plus de 200 représentations depuis 2022 à travers le monde (France, Afrique, Asie, Europe), un succès retentissant au Grand Point Virgule à Paris et quatre éditions d’Avignon jouées à guichets fermés, ce spectacle burlesque et poétique fait chanter les cœurs, bouger les corps, réjouit l’esprit et rassemble toutes les générations dans un même éclat de rire.

Valérie BLAECKE

Crédit photos : Pics by Joris.

Rmt News Int • 24 juillet 2026


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