Magistral concert de clôture à la Roque d’Anthéron
Donner carte blanche à Thomas Enhco, pianiste classique et Jazz, compositeur, était l’assurance d’une soirée inoubliable ce 16 août dernier. Artiste multi-styles, invité dans les plus grands Festivals, maintes fois primé, ses approches diverses de la musique lui ont permis de jouer avec les plus grands noms en duo, trio, quatuor.
Soliste, il redonne vie à Mozart avec des arrangements envoûtants et passionnés. En duo, il rend hommage à Bach dans des transcriptions captivantes.
Trois parties, de 19h30 à 01h30 du matin.
L’un des concerts les plus fascinants depuis la création du Festival en 1981 !
Avec Vassilena Serafimova percussionniste et marimbiste exceptionnelle, directrice artistique des Percussions de Strasbourg, jouant sur les plus grandes scènes du monde, leur complicité électrique va illuminer le Parc de Florans dans une première partie survoltée et intime, puissante et sensuelle. Elle accompagne l’univers de Thomas Enhco depuis dix-sept ans ! Les arrangements de l’immense Jean-Sébastien Bach par les deux musiciens sont magnifiques. La richesse harmonique et contrapuntique des Sonates, Cantates, Chorals, Partitas, Concertos…du maître de Leipzig est une invitation à des arrangements, variations, transformations étonnantes. Bach Mirror, comme le miroir, entre Baroque et Jazz, où le partage des deux artistes est magnétique. Vassilena Serafimova danse sur son instrument si imposant, deux baguettes par main pour jongler, dialoguer avec Thomas Enhco dans un déferlement de sons inouïs. Le thème est énoncé puis l’improvisation libère les lignes dans des chemins merveilleux, harmoniques et rythmiques. Vortex, Reflets, Avalanche…, des titres évocateurs pour des inspirations et respirations décalées, festives, d’immenses envolées vertigineuses, après l’énoncé du thème…
Les interventions parlées de Thomas et Vassilena sont des moments de pur bonheur.
La deuxième partie : Mozart Paradox est une déclaration d’amour à Mozart. Bercé dès son enfance par les airs d’opéras que chantait sa mère Caroline Casadesus, artiste lyrique soprano, ou les symphonies, concertos… que dirigeait son grand-père Jean-Claude Casadesus, Thomas Enhco a façonné cet autre univers mozartien, enrichi de ses expériences de compositeur et de pianiste Jazz. Il dit avec simplicité que l’art mélodique sublime de Mozart est un cadeau pour tout musicien-arrangeur qui aime sculpter autour du thème et le magnifier.
Le résultat est fabuleux ! De l’Ouverture de Don Giovanni, avec l’entrelacement des thèmes dramatiques (Air du Commandeur…), au Kyrie de la Grande Messe en ut mineur K427 où le pianiste se plaît à jouer sur les rythmes irréguliers, alternance de 4 et 5 temps, dans la représentation d’un océan bleu-nuit, à la Marche des Prêtres de la Flûte Enchantée qui devient une Valse très swing, on est ébloui par ces choix, ces éclairages pertinents d’une grande beauté.
A 23h30, démarrait la troisième partie, avec un petit décalage car les installations étaient plus nombreuses. Le public était toujours présent et impatient de continuer cet échange rare dans la nuit volcanique et poétique de la Roque d’Anthéron.
On découvrait un Trio exceptionnel : avec Thomas Enhco, piano, François Moutin, contrebasse (lauréat du Prix Django Reinhardt), une référence aux Etats-Unis où il vit et Raphaël Pannier batterie, qui triomphe à New-York et en Europe. Regards, écoute, jeux de relais permanents. De la haute voltige, dans une espèce de frénésie musicale si communicative
Des compositions de Thomas Enhco encadraient deux chefs-d’œuvre : Lonely Woman d’Ornette Coleman, saxophoniste alto et ténor, pionnier du Free Jazz, et l’incontournable Summertime, extrait de l’opéra Porgy and Bess (1935) de George Gershwin, dans un arrangement spectaculaire du pianiste pour les 13 instruments. Pour cette pièce illustre, le Quatuor à cordes Magenta (Ida Derbesse, Elena Watson-Perry, violons, Claire Pass-Lanneau, alto, Fiona Robson, violoncelle) et un Quintette à cordes (Lilya Chifmann, Cyprien Brod, et Florestan Raës violons, Clément Pimenta alto, Alec Fukuda violoncelle) se mêlaient à la fête.
Tonnerre d’applaudissements, public debout pour un concert qui marquera l’histoire du Festival de la Roque d’Anthéron. Les chefs-d’oeuvre du passé ont repris un souffle nouveau dans les mains et l’imaginaire du génial Thomas Enhco.
Yves Bergé
Crédit photos Franck Denis




Vous devez être connecté pour poster un commentaire.