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Avignon Off – « Bel-Ami » au Théâtre des Lucioles

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Maupassant électrisé par la Compagnie Viva !

Avis de tempête sur le Théâtre des Lucioles avec cette adaptation moderne réjouissante, nerveuse et intelligemment cruelle du chef-d’œuvre de Guy de Maupassant. Orchestrée avec brio par Anthony Magnier et portée par sept comédiens incisifs, cette fresque sociale transforme le roman du XIXᵉ siècle en un miroir tendu à notre XXIᵉ siècle.

“Chacun pour soi. La victoire est aux audacieux. Tout n’est que de l’égoïsme.”

Avec Bel-Ami, Maupassant avait en réalité écrit une pièce de théâtre déguisée en roman. La Compagnie Viva s’empare de cette matière vivante pour en extraire un récit carnassier où l’argent, l’amour, le sexe, la presse et le pouvoir s’entremêlent dans un tourbillon frénétique.

Au centre de cet échiquier : Georges Duroy. Ancien soldat revenu d’Algérie, sans un sou en poche, il croise la route de son ancien camarade Forestier et intègre le journal La Vie Française. Incapable d’écrire une ligne, Duroy comprend vite que son plus grand talent réside dans son pouvoir de séduction. Manipulateur cynique et fascinant, il gravit un à un les échelons de la société parisienne en piétinant sans remords celles et ceux qui l’aiment.

 

Une mise en scène au rythme haletant

Anthony Magnier signe une réalisation fluide et résolument moderne. Sur un plateau épuré où trône une estrade suggérant la vaine ascension de Duroy, quelques éléments de mobilier apparaissent et disparaissent, manipulés par les comédiens au fil des scènes dans des transitions tirées au cordeau. En fond de scène, un cyclorama capte la lumière pour sculpter les ambiances de cette société d’intrigues.

L’expérience est renforcée par la présence sur scène du compositeur Mathias Castagné, dont les choix musicaux viennent rythmer le jeu et insuffler une énergie débordante à l’ensemble.

Une distribution virtuose et des portraits de femmes poignants

Autour d’un Aymeric Lecerf remarquable en Georges Duroy — instillant une forme de fêlure sous la vanité de ce gredin —, la troupe fait preuve d’une agilité scénique saisissante en incarnant une galerie de personnages hauts en couleur :

Mikaël Fasulo campe avec un aplomb parfait un M. Walter tout-puissant, finalement dépassé par l’ambition de son protégé.
Julien Jacob passe avec une aisance remarquable de l’honnête Charles Forestier, diminué par la maladie (dans une scène de mort suspendue et poignante), au ministre opportuniste et corrompu Laroche-Mathieu.
Aurélie Noblesse incarne parfaitement une Madeleine Forestier moderne et cérébrale. Double féminin de Duroy, elle formule avec clarté la condition des femmes de son temps (“Je suis femme, la vie me donne l’occasion d’user de la plume mais ne peut me retirer la satisfaction de voir insufflée ma pensée”), avant d’affronter le piège qui se referme sur elle avec une poignante dignité.
Delphine Cogniard fait montre d’une palette de jeu impressionnante : d’un côté Rachel, prostituée extravertie et blessée ; de l’autre Virginie Walter, bourgeoise dévote dont la façade de vertu s’effondre sous le poids d’une passion dévorante et pathétique.
Fanny Lucet apporte une belle sensibilité à Clotilde de Marelle, maîtresse passionnée et indépendante qui mène sa vie amoureuse à sa guise malgré le piège des sentiments.
Agathe Boudrières, quant à elle, apporte une juste touche de candeur romantique dans le rôle de la jeune Suzanne Walter, tout en doublant d’autres silhouettes du récit.

Une résonance contemporaine mordante

Si la pièce dénonce la spéculation financière et les arcanes d’une politique coloniale véreuse du XIXᵉ siècle, les échos avec le monde contemporain sont saisissants. La satire du monde politique et médiatique y est menée avec un esprit caustique réjouissant — incluant un clin d’œil plein d’humour à l’actualité judiciaire d’un certain homme politique contemporain.

Au-delà de la satire, c’est aussi une grille de lecture féministe qui se dessine : l’ascension de Bel-Ami est entièrement construite sur l’esprit, la fortune et le corps des femmes. Mais à quel prix ? À l’issue de cette conquête effrénée du pouvoir, le constat demeure glacial : « Oui tu vas réussir et tout avoir, mais ton cœur restera sec. »

Une adaptation fine, drôle et férocement actuelle, portée par une troupe au sommet de son art.

Valérie BLAECKE

Crédit photos: Anthony Magnier.

Fiche pratique :

  • Spectacle : Bel-Ami
  • D’après : Guy de Maupassant
  • Mise en scène : Anthony Magnier
  • Avec : Agathe Boudrières, Delphine Cogniard, Mikaël Fasulo, Julien Jacob, Aymeric Lecerf, Fanny Lucet et Aurélie Noblesse
  • Musique en scène : Mathias Castagné
  • Compagnie : Compagnie Viva

Prochaines dates : Les programmations de tournée de la Compagnie Viva pour la saison 2026-2027 seront à retrouver sur leur site officiel : https://www.compagnie-viva.fr/

Rmt News Int • 28 juillet 2026


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