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Le Sang des nonnes : une enquête médiévale au cordeau

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Avec Le Sang des nonnes (Nouveau Monde Ed.), Max Clanet signe un polar historique particulièrement soigné. Dans le Morvan de 1438, sœur Clémence cherche à comprendre pourquoi plusieurs religieuses meurent dans des circonstances mystérieuses. En parallèle, le comte Henri de Jarcourt et le chef des Écorcheurs Gontrad Naguet se lancent à la recherche d’un trésor ancien. Deux histoires qui vont finir par se rejoindre, sur fond de guerre, de famine, de croyances et de convoitises.

Des morts en série

Hiver 1438. La France sort difficilement de la guerre. Le froid et la famine éprouvent les populations tandis que les Écorcheurs, ces mercenaires qui vivent de pillages et de violences, sillonnent les campagnes. 

Dans le Morvan, le monastère de Jarcourt est frappé par une série de morts. Les explications divergent. Le père abbé parle du diable. Sœur Véronique, la mère supérieure, craint une épidémie de peste. Sœur Clémence, elle, ne croit ni à l’une ni à l’autre. Pour elle, ces morts cachent quelque chose.

Elle commence alors à enquêter, malgré les règles et les interdits de la vie monastique. Son ancienne fonction de scribe lui a permis de bien connaître le monastère et ceux qui y vivent. Autour d’elle, les soupçons changent régulièrement de cible. La mère supérieure, le père abbé, les religieuses comme les familiers ont chacun leurs secrets, leurs peurs ou leurs failles.

Des fœtus sont retrouvés dans les catacombes. Sœur Thérèse sombre dans la folie, persuadée d’être possédée. Dans ce monde où la religion occupe une place centrale, difficile parfois de distinguer ce qui relève de la croyance, de la peur ou de la réalité.

Un trésor au bout du chemin

Pendant que sœur Clémence cherche la vérité au monastère, une autre histoire se joue à l’extérieur.

Gontrad Naguet, chef des Écorcheurs, connaît l’existence d’un trésor lié à une légende remontant à la quatrième croisade. Il en parle à Henri de Jarcourt, un comte avec lequel il a combattu autrefois, et lui propose de partir à sa recherche.

Aymeric de Luys, fidèle à son maître, se méfie de Naguet. Lorsqu’il découvre ce qui se trame entre les deux hommes, sa fidélité à Jarcourt est mise à l’épreuve. Les alliances sont fragiles et chacun avance avec ses propres intérêts.

Au fil du roman, les deux histoires se rapprochent et les personnages finissent par se croiser.

Un monastère qui prend vie

L’un des plaisirs du roman tient à la vie au monastère. Max Clanet montre comment cette petite communauté fonctionne, qui fait quoi, qui commande et qui travaille. Les religieuses, le père abbé et les familiers, ces paysans attachés au monastère, ont chacun leur place. 

Sœur Hildegrade, qui a repris le poste de scribe autrefois occupé par Clémence, est l’un des personnages qui marquent. Elle vole des choux, détail surprenant au milieu de cette histoire de morts et de trésor, mais qui rappelle aussi les difficultés matérielles de cette période. 

Les familiers sont d’abord présentés comme des hommes plutôt peureux. Pourtant, lorsque les Écorcheurs arrivent, ils prennent les armes et les affrontent avec leurs fourches. Jehan, lui, fait le mur pour aller chercher des mulots afin de nourrir sa famille. La jeune novice Madeleine lui apprend à lire en cachette. Ces scènes, en marge de l’enquête, donnent une place importante aux personnages les plus modestes.

Ces détails racontent un Moyen Âge où la guerre, la famine et le froid font partie du quotidien. Le vocabulaire, les métiers et les gestes des personnages donnent à cette société une réalité très concrète, sans transformer le roman en cours d’histoire.

Une écriture entre atmosphère et action

L’écriture de Max Clanet accompagne bien cette histoire. Avec un vocabulaire précis et soigneusement choisi, les descriptions donnent vie aux lieux et aux situations sans ralentir l’enquête.

Les dialogues, eux, font avancer les recherches de sœur Clémence, précisent les relations entre les personnages et font monter les tensions. Le récit passe ainsi d’une scène de vie quotidienne à un nouvel indice ou à un événement inquiétant.

C’est cet équilibre entre description, dialogue et action qui permet à l’auteur de faire vivre son Moyen Âge tout en maintenant le rythme du polar.

Une fin difficile à prévoir

L’enquête avance entre morts, indices et fausses pistes. Le lecteur cherche naturellement à comprendre ce qui se passe au monastère. Mais Max Clanet joue avec cette attente.

Certaines morts prennent un autre sens lorsque les dernières révélations arrivent. Ce que l’on croyait acquis ne l’est plus forcément, et les événements prennent une tournure inattendue. Le dénouement réserve ainsi une vraie surprise et oblige à reconsidérer plusieurs des événements qui ont précédé.

In fine

Avec Le Sang des nonnes, Max Clanet propose un polar historique qui vaut autant pour son enquête que pour ses personnages et son quotidien médiéval. Sœur Clémence est évidemment au centre du récit, mais Hildegrade, Jehan, Madeleine, les familiers ou encore sœur Thérèse apportent aussi beaucoup à l’histoire.

La quête du trésor et les Écorcheurs élargissent le récit, tandis que les scènes de la vie quotidienne donnent toute leur place à ceux qui vivent dans et autour du monastère. Et jusqu’aux dernières pages, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises.

Diane Vandermolina

Rmt News Int • 6 septembre 2026


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