Les Secrets du chef
Quand la cuisine devient une couverture
Avec Les Secrets du chef, son premier roman, Marc Hammani imagine un héros pour le moins singulier : Mark Marx est chef cuisinier globe-trotter le jour et espion pour la mystérieuse X Company le reste du temps. Recruté pour ses talents, il navigue entre les cuisines de palaces, les dîners officiels et les zones de tension géopolitique. Le principe est assumé : ici, la gastronomie devient une couverture, un moyen d’entrer dans certains milieux et parfois une arme.
Le livre est directement nourri par le parcours de son auteur. Ancien chef dans un grand groupe hôtelier international, Marc Hammani dit avoir voyagé dans plus de 60 pays. Cette expérience se retrouve dans les nombreux décors du roman, mais surtout dans les recettes qui l’accompagnent : 43 recettes venues de différents pays ponctuent le récit, du canard laqué chinois au poulet mafé sénégalais en passant par les profiteroles françaises.
C’est d’ailleurs là que le livre trouve une bonne partie de son intérêt. Les passages consacrés aux cuisines et aux pays traversés sont les plus convaincants, notamment l’escapade à Shanghai où il mange dans une restaurant typique avant de passer la soirée dans un bar-karaoké avec ses collègues chinois. La cuisine permet à l’auteur de faire entrer le lecteur dans des cultures et des environnements différents, en s’appuyant sur ce qu’il connaît directement.
Un espion très « James Bond »
Pour le reste, Marc Hammani assume les codes du roman d’espionnage. Mark Marx évolue dans un univers de missions secrètes, de manipulations, de trahisons et de séduction où chacun semble susceptible de jouer un double jeu : Irina, Pierre, jusqu’à Jim, son chef direct. On pense à James Bond, mais débarrassé de ses gadgets : le héros compte davantage sur son savoir-faire, son charme et sa capacité à se fondre dans les environnements qu’il traverse.
Les femmes occupent d’ailleurs une place importante dans cet univers, notamment avec Assia, dont le rôle oscille entre séduction, menace et incertitude. Cette dimension donne au roman un côté parfois très classique, voire daté, dans sa représentation du héros espion et de ses relations avec les femmes.
L’écriture reste, elle aussi, assez simple et directe. Elle privilégie l’action, les déplacements et les péripéties. Ce choix rend la lecture fluide, mais limite la profondeur littéraire du récit.
Un objet hybride
C’est finalement moins par son écriture que par son concept que Les Secrets du chef se distingue. Roman d’espionnage, récit de voyage et livre de cuisine, il cherche à faire cohabiter trois univers qui ne se rencontrent pas souvent. La préface est signée Guillaume Gomez auquel l’auteur fait un clin d’œil dans le roman, et l’éditeur annonce déjà un deuxième tome consacré aux aventures de Mark Marx.
Pour qui aime la cuisine et les voyages, les recettes et les descriptions des pays constituent le véritable supplément d’âme du livre ; pour l’amateur de littérature d’espionnage, l’intrigue et ses personnages restent dans les codes du genre. DVDM
