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« Séduites et abandonnées » par l’Ensemble Baroques-Graffitis

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L’amour change d’époque, pas de vertige

Présenté au Musée d’Histoire de Marseille dans le cadre du festival Avant le soir 2026, le spectacle mis en scène par Magali Solignat fait dialoguer des textes consacrés à l’amour avec les sonorités du clavecin. Anne Lévy et Jean-Paul Serra donnent corps à une traversée où les siècles passent, tandis que l’attente, le désir et la désillusion restent étrangement familiers.

Une même histoire, plusieurs siècles

Séduites et abandonnées – À chaque siècle son style avance par fragments. Des textes écrits entre le XVIe et le XXIe siècle se répondent autour d’un même mouvement : celui de la rencontre, de l’espoir, puis de l’abandon. Les façons de séduire évoluent. Les lettres deviennent des messages, les codes changent, les mots se font parfois plus directs. Pourtant, le silence de l’autre produit toujours le même trouble. C’est là que le spectacle trouve son fil : dans cette permanence des émotions, au-delà des différences d’époque. Le Musée d’Histoire de Marseille offre un cadre particulièrement juste à cette traversée. Les voix du passé y prennent une résonance immédiate. Elles paraissent lointaines par leur langage, mais très proches par ce qu’elles racontent. L’attente d’une lettre et celle d’une réponse sur un téléphone appartiennent à deux mondes différents, sans être si éloignées l’une de l’autre.

Anne Lévy au plus près du public

Anne Lévy porte la représentation avec une grande liberté. Elle passe d’une figure à une autre, parfois blessée, parfois ironique, souvent lucide sur ses propres élans. Le texte semble circuler à travers elle plutôt que se succéder mécaniquement. Son jeu repose beaucoup sur la relation avec la salle. Elle regarde les spectateurs, laisse vivre leurs réactions et s’appuie sur leurs silences. Un sourire ou une pause suffit parfois à modifier le ton d’un passage. Cette adresse directe rend la pièce plus vivante. Le public entre dans la confidence et devient presque un partenaire de jeu. Anne Lévy accueille les rires sans les provoquer lourdement. Elle sait aussi laisser retomber le silence lorsque la parole se fait plus douloureuse. L’humour apporte un recul bienvenu. Il n’efface jamais la blessure, mais permet de regarder autrement certaines illusions amoureuses. On rit parce que l’on reconnaît ces promesses, ces attentes et ces signes que l’on interprète parfois avec trop d’espoir.

Le clavecin comme voix intérieure

La présence du clavecin donne au spectacle une couleur singulière. Associé à la musique ancienne, l’instrument accompagne naturellement le voyage à travers les siècles. Mais son intérêt va bien au-delà de cette dimension historique. Sous les doigts de Jean-Paul Serra, le clavecin devient une voix à part entière. Sa sonorité précise accompagne les changements d’humeur, prolonge une émotion ou ouvre un espace de silence. La musique apporte parfois ce que les mots laissent en suspens. Le choix de cet instrument convient particulièrement à un spectacle sur l’amour. Les notes apparaissent avec netteté, puis s’éteignent rapidement. Cette fragilité rappelle celle des sentiments évoqués sur scène : une promesse peut sembler évidente un instant avant de se dissoudre. Jean-Paul Serra joue avec retenue. Le clavecin laisse toute sa place à la parole, tout en donnant une profondeur nouvelle aux textes. Le dialogue entre l’instrument et la comédienne crée un rythme souple, fait d’élans, d’arrêts et de reprises.

Une forme simple et sensible

La force de Séduites et abandonnées tient à cette rencontre entre la parole, la musique et le public. Le montage assume ses ruptures, qui correspondent finalement au désordre du souvenir amoureux. Les émotions reviennent rarement dans un ordre parfait. Elles surgissent par fragments, au détour d’une phrase, d’un silence ou d’une mélodie. Le spectacle ne cherche pas à donner une leçon sur l’amour. Il montre surtout combien nos sentiments résistent au temps. Grâce au jeu d’Anne Lévy et au clavecin de Jean-Paul Serra, ces voix anciennes retrouvent une présence immédiate. Les siècles passent, mais l’amour conserve sa manière bien à lui de nous surprendre.

Agdal Oussadi

Crédit photo : Avant le soir

Vu le 23 juillet 2026

Prochain RDV : Mercredi 29 juillet Théâtre musical …Trace… Cie Après la Pluie Jardin Benedetti 13007

 

Rmt News Int • 29 juillet 2026


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