Philippe Mouratoglou : Arcane 17
Surprenant !
Quelle sortie réjouissante pour cette rentrée ! Cet été, j’avais été subjugué par la beauté du nouvel enregistrement valse de Liat Cohen chez le label Indesens Calliope.
De nouveau, j’ai un coup de foudre pour un guitariste que j’ai la chance de suivre depuis un petit moment. La guitare a un rôle central dans l’histoire de la musique de Platti à aujourd’hui. Pourtant elle demeure un instrument fascinant… Philippe Mouratoglou n’est pas simplement un guitariste, il est un Artiste à part entière et un compositeur spontané un peu comme le pianiste Philippe Devaux. Arcane 17 en est un fulgurant témoignage, un clin d’œil à la lame du tarot chère à André Breton et un sourire à Alejandro Jodorowsky.
Cet enregistrement chez un label qu’il fonde avec le clarinettiste Jean-Marc Folz et le graphiste Philippe Ghielmetti lui laisse la liberté de développer des projets surprenants riches de son imaginaire et d’une personnalité singulière. On sait combien la guitare est un instrument difficile à défendre dans les milieux musicaux et auprès de programmateurs. Quelle erreur ! Cet instrument s’il est incarné peut séduire tous les publics. Il peut être associé à différents instruments en formation réduite. Il a parfois intégré comme instrument d’orchestre comme chez Mahler et a toujours fait l’objet de concertos jusqu’à la musique du 21ème siècle.
Si le précédent album de cet artiste se nommait la Bellezza, véritable peinture traversant cinq siècles de musique italienne pour luth et guitare m’avait totalement conquis et me faisant songer à un film inscrit dans mon corps La grande Bellezza de Paolo Sorrentino. Arcane 17 est un véritable ovni musical.
C’est une invitation au voyage à travers le 20ème siècle et des fulgurances venues d’un ailleurs de Philippe Mouratoglou. La pochette bénéficie d’une illustration artistique d’Emmanuel Guibert. Le livret est fort bien écrit. On apprécie le texte tout en nuances de Gilles Tordjman. C’est suffisamment rare pour être signalé. L’iconographie est riche et passionnante sur les différents compositeurs parcourus. L’éclectisme est la boussole de ce double album. La prise de son de Gérard de Haro au studio la Buissonne à Pernes les Fontaines est un modèle à suivre. On redécouvre Léo Brouwer, cubain figure incontournable de cet instrument. De nombreuses pièces sont incarnées par l’interprète.
Les quatre pièces brèves de Franck Martin pour qui j’ai une fascination depuis l’enfance sont délicieuses à entendre pour un compositeur non guitariste. Deux études et deux préludes du compositeur Heitor Villa-Lobos sont des incontournables du répertoire pour tout guitariste comme la musique de Brouwer. On connaît ma passion pour l’œuvre de ce compositeur. Je n’ai jamais été un fanatique de ses études et préludes. Là, je suis scotché !
Les trois œuvres furtives de Toru Takemitsu sont une invitation au ravissement. L’étude percussion du compositeur d’Arthur Kampala étonne par ses défis techniques et l’utilisation percussive de l’instrument.
L’hommage pour le tombeau de Debussy de Manuel de Falla est une œuvre méditative qui vous transperce. Quelle délicatesse fait preuve l’interprète. Enfin les sept compositions de Philippe Mouratoglou, disciple en son temps de Wim Hoogewerf, de Roland Dyens et Pablo Marquez épousent parfaitement la dix septième lame du Tarot, régie par le signe de la créativité, la lumière nécessaire au cheminement et un hymne au féminin. La guitare ici chante et retrouve le mystère des voix humaines… Arcane 17 est une plongée dans un océan de poésie et m’évoque les sauts d’un dauphin voulant épouser les étoiles… Ce double album me semble indispensable pour voir le monde autrement. Un autre monde est possible. Il est même devenu une urgence !
Serge Alexandre
2 cd Vision Fugitive. www.visionfugitive.fr


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