Festival Off d’Avignon : « Anna, Olympe et toutes les autres »
Le tourbillon féministe qui réveille l’Atypik Théâtre !
Finaliste du Prix Tournesol 2026, Anna, Olympe et toutes les autres a tiré sa révérence sur la scène intimiste de l’Atypik Théâtre ce samedi 25 juillet. Retour sur une fresque historique et musicale qui dépoussière le combat féministe avec autant de hargne que de poésie.
“Sorcières, réveillez-vous !”
C’est sur cette exclamation que s’ouvre la réflexion de ce spectacle musical imaginé, écrit et mis en scène par Mélody Jagu. Tout commence en 1782 avec Anna Göldi, considérée historiquement comme la dernière « sorcière » exécutée en Europe. Parce qu’elle a osé repousser les avances de son employeur marié, Anna est envoyée au bûcher. Mais dans un dernier cri de révolte, elle déclenche un vortex temporel qui la propulse à travers les siècles.
Dans un voyage effréné de 1782 à nos jours, Anna s’incarne tour à tour dans la peau de celles qui ont façonné l’histoire des droits des femmes : d’Olympe de Gouges à Simone Veil, en passant par Marguerite Durand, Alice Guy ou Gisèle Halimi, sans jamais oublier “toutes les autres », ces héroïnes anonymes restées dans l’ombre du patriarcat.
Un cocktail scénique Pop, Slam & Histoire
Sur scène, le défi est de taille : 3 comédiennes polymorphes (Alissa Cangur, Alice Dalard et Elisa Jossin) incarnent pas moins de 16 personnages ! Et la magie opère. La direction d’actrices, millimétrée et dynamique, offre des changements de costumes et d’époques express. Les jupons du XVIIIᵉ siècle croisent les tailleurs colorés des années 80 dans une scénographie épurée, faite de décors transparents qui jouent avec la lumière.
Loin d’être une simple leçon d’histoire, la mise en scène épouse les codes du théâtre musical moderne :
- Des textes percutants : Le dialogue navigue entre répliques historiques fortes et passages chantés, slamés ou rappés d’une grande modernité.
- Une narration musicale : Les chansons prolongent le texte pour exprimer des émotions trop intenses pour les simples mots.
- Des chorégraphies immersives : des intermèdes chorégraphiés unissent les corps dans une véritable communion sur scène.
De la candeur à la révolte : un propos documenté et nécessaire
Ce qui frappe lors de cette représentation, c’est ce vent de fraîcheur porté par le jeune trio. Une forme de candeur assumée se mêle à une ferveur combative, résonnant particulièrement fort dans notre époque post-#MeToo. Le texte, extrêmement bien documenté, aligne les références historiques et les citations coup de poing :
- 1791 : Olympe de Gouges martèle son combat à l’Assemblée Nationale (“Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort !”).
- 1897 : Marguerite Durand fonde le journal féministe La Fronde. (« Prends ta plume et deviens grande ! »)
- Pionnières oubliées : Hommage à Alice Guy, première réalisatrice de l’histoire du cinéma, effacée des catalogues Gaumont.
- 1945 : Les mouvements des suffragettes obtiennent le premier vote des femmes en France.
- 1972 : Le procès de Bobigny où Gisèle Halimi dénonce : “On fabrique à la femme un destin biologique auquel aucune n’a le droit d’échapper, telle est l’idéologie de ce système que nous récusons. »
- Années 80-90 : Simone Veil et Édith Cresson imposent la parité en politique avec un humour mordant face au sexisme ambiant.
La pièce montre avec brio comment le célibat, l’indépendance ou le refus de la soumission ont longtemps été assimilés à de la « sorcellerie » pour neutraliser cette “concurrente en jupons”.
Passer le flambeau : “À quand une flamme pour la femme inconnue ?”
“Le féminisme n’est pas une opinion belliqueuse mais un droit absolu.”
Au terme de ce voyage temporel, Anna arrive à notre époque, pensant naïvement le combat achevé. Mais le constat est sans appel : si du chemin a été parcouru, la place légitime de la femme reste à conquérir.
Anna, Olympe et toutes les autres, restées dans l’ombre, se clôt sur un magnifique message d’amour, de solidarité et de transmission. Ce spectacle ne se contente pas de raconter le passé : il tend un miroir au présent et se tourne vers le futur. En passant le relais aux nouvelles générations (“Prends ta plume et deviens grande !”), ces trois talentueuses comédiennes rallument avec brio la flamme des femmes inconnues. Un spectacle vibrant, drôle et profondément touchant.
Valérie Blaecke
Crédit photos : Denysmphoto
Fiche pratique : • Spectacle : Anna, Olympe et toutes les autres
- Écriture et mise en scène : Mélody Jagu
- Avec : Alissa Cangur, Alice Dalard et Elisa Jossin
- Compagnie : Compagnie des Épices
Prochaine date :
- 12 septembre 2026 : Théâtre Le HangArt – Marseille



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