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Festival Avignon Off 2026 : « Le sens de la vie est-il un sixième sens ou celui des aiguilles d’une montre ? »

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L’envolée poétique et philosophique de Gauthier Fourcade

À 13h10 à Présence Pasteur, Gauthier Fourcade déploie un seul-en-scène d’une infinie délicatesse. Dans un paysage onirique orchestré par la mise en scène précise de Vanessa Sanchez, ce clown philosophe et jongleur de mots nous offre une respiration salutaire et dentelée, où l’absurde de la logique devient le plus doux des remèdes contre le pessimisme.

Dès l’entrée du public dans la salle Présence Pasteur, le ton est donné. Au milieu d’un paysage lunaire, adossé au décor, un homme flotte dans des vêtements un peu vagues. Il flotte là, recroquevillé dans un petit cercle oblong évoquant un œuf ou un cocon amniotique, le nez tourné vers les étoiles. Cet éternel jeune homme à la silhouette d’adolescent rêveur, c’est Gauthier Fourcade.

Le spectacle s’ouvre sur une prémisse irrésistible : à sa naissance, il tenait dans sa main de nouveau-né le mode d’emploi de sa vie destiné à la sage-femme. Hélas, taché par un morceau de placenta, le mot « cet enfant est venu sur terre pour… » est resté à jamais illisible. Privé de sa feuille de route, le voilà condamné à chercher le sens de son existence — et, avec lui, celui de l’humanité tout entière.

La langue française poussée dans ses derniers retranchements

On a souvent comparé Gauthier Fourcade à Raymond Devos pour sa capacité à faire télescoper les mots, à exploiter les chocs sémantiques et à manier les vertiges de la logique. Mais l’artiste convoque également la poésie d’un Jacques Roubaud, le regard tendre d’un Rufus ou la poétique de la trajectoire d’un Jacques Tati.

Pourtant, il ne ressemble finalement qu’à lui-même. Fourcade est un acrobate du verbe. S’interrogeant sans jamais trancher, il révèle avec une grâce infinie la beauté d’un raisonnement faux poussé avec une logique si irréprochable qu’elle en devient comique. Les calembours et les jeux de mots fusent sans aucune agressivité ni éclat de voix. Ici, on ne rit pas à gorge déployée dans la brutalité : le public sourit continuellement, cueille les subtilités avec délectation, traversé de légers éclats de rire complices. L’artiste ne s’interdit pas quelques facilités de langage, mais, d’un regard complice et lucide, il s’en amuse lui-même pour mieux rebondir vers des constructions encore plus alambiquées.

« Si les animaux ne se posent pas de questions, c’est peut-être parce qu’ils ont la réponse. »

Un écrin scénographique d’une grande poésie

La force du spectacle repose aussi sur la magie visuelle imaginée par la scénographe Blandine Vieillot. Sur le plateau sont éparpillées des boules de papier froissé d’inégales tailles — autant de planètes mystérieuses ou d’univers inconnus que le comédien enjambe avec une fausse maladresse. Deux échelles argentées aux formes improbables s’élèvent vers les cieux évoquant à la fois les branches d’un arbre-passerelle et une ascension vers les étoiles. Un décor qui rappelle immédiatement l’univers du Petit Prince.

Sculpté par les lumières ajustées d’Hervé Bontemps, cet univers offre au conteur un terrain de jeu cosmique. Et lorsque le poète cite Aragon (« La femme est l’avenir de l’homme ») pour en conclure avec une candeur désarmante que, si la couleur des femmes est le rose, alors l’avenir est forcément rose, le public bascule avec joie dans son optimisme irréductible.

Une leçon d’humilité et de lucidité

Derrière la légèreté des envolées verbales et la tonalité du conte, la charge philosophique est bien réelle. Gauthier Fourcade questionne notre traversée terrestre, notre soif de puissance et cette drôle d’espèce qui se croit au sommet de l’intelligence tout en détruisant son propre habitat. Et si le sixième sens n’était autre que la conscience ?

Sans jamais donner de leçons ni s’enfermer dans un discours moralisateur, l’artiste nous invite à une immense humilité. Il nous rappelle qu’il faut savoir rêver le monde concret… ou le monde qu’on crée.

On sort de Présence Pasteur enchanté, émerveillé par la magie d’un texte diablement intelligent et lavé des pesanteurs du quotidien. Un spectacle doux, d’une élégance rare, qui fait rêver et éveille l’esprit d’un même mouvement.

Valérie BLAECKE

Rmt News Int • 22 juillet 2026


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