La Flûte enchantée à Aix
Le dimanche 19 juillet, le Théâtre de l’Archevêché, dans le cadre du Festival international d’Art lyrique d’Aix-en-Provence, proposait Die Zauberflöte, W. A. Mozart sur un livret de E. Schikaneder (1791).
Avec cette Flûte enchantée, Leonardo García Alarcón dans la fosse nous a restitué la partition de Mozart dans toute sa densité, son relief, sa clarté et son élan dramatique. À la tête de ses musiciens de la Capella Mediterranea, il en a révélé avec élégance les lignes d’une parfaite lisibilité, tout en maintenant de manière presque fébrile des tempi très allant qui donnent à l’ensemble une énergie continue.
Le premier acte s’est ouvert sous quelques gouttes de pluie occasionnant l’arrêt momentané du spectacle et la mise à l’abri des instruments (anciens), comme si le monde de Mozart lui-même devait être protégé d’un désastre à venir.
A la lecture musicale d’Alarcón a répondu une matière conceptuelle foisonnante, faite d’images d’archives et la densité d’une mise en scène déroulée par Clément Cogitore. Le réalisateur a pris appui sur un palimpseste d’images où se sont superposés clichés de la dernière guerre, visions en noir et blanc de destructions urbaines, figures d’errance et enfance sacrifiée. Cette matière substantielle en surimpression, a produit de très beaux effets de transparence et a donné au spectacle une résonance historique et politique assez marquée.
On ne reviendra pas sur la révélation spirituelle des deux enfants (Tamino et Pamina) confrontés aux réalités de l’existence, mais plutôt sur les aspects sociétaux de celle-ci. Des agents de police menés par Monostatos (Rodolphe Briand) qui apparaissaient comme un rappel à l’autorité, tandis que les pompiers figuraient à contrario respect des Hommes, assistance et solidarité, comme l’illusion de l’ordre et de la liberté.
Sur le plan vocal, l’excellente distribution s’est distinguée par plusieurs découvertes et consécrations. Tout d’abord, Sabine Devieilhe, en Reine de la Nuit, s’est imposée au sommet de son art : dans ses arias pyrotechniques, où elle allie virtuosité, précision, richesse harmonique et intensité expressive avec un éclat souverain. Pamina, Ying Fang, dans son Ach ich fühl’s a d’emblée charmé par son timbre léger, clair et brillant, parfaitement en accord avec l’innocence (pianissimi) et la fragilité du personnage. Autre découverte, la jolie voix de la soprano Emma Fekete en Papagena, promise de Papageno. Et enfin, les émissaires de la Reine, les Drei Knaben vocalement très distinctes, formées par Alix Le Saux, Ashley Dixon et par la somptueuse interprétation de la soprano gabonaise, Adriana Bignagni Lesca.
Du côté masculin, c’est l’oiseleur Papageno, alias Sean Michael Plumb, qui a fait sensation, baryton au timbre riche et souple, sa parfaite ligne de chant a été pour cette occasion doublée d’une présence pittoresque. Auprès de lui, Mauro Peter aux accents sonores, mais trop souvent retenue, vient figurer le jeune prince Tamino.
Puis, empreint de toutes les noirceurs, Brintley Sherratt, devenu un Sarastro serviteur scélérat de Monostatos a imposé, nonobstant quelques problèmes d’intensité, un chant profond et expressif. Enfin, le rôle de Monostatos, était dévolu à Rodolphe Briand, ténor français reconnu à la fois pour la pertinence vocale de ses interprétations et pour son talent d’acteur.
Le plateau a été complété par le basse franco-britannique, Edwin Crossley Mercer en récitant aussi affable que vocalement prégnant et dans le rôle des deux prêtres, par le baryton-basse Damien Pass et le ténor sud-coréen, Jonghyun Park.
Que dire des mémorables interventions des trois jeunes chanteurs du Knabenchor der Chorakademie de Dortmund, issus de la plus grande école de chant d’Europe ? Sinon, qu’ils sont talentueux en herbe !
Le Chœur de Namur nous a impressionné, comme toujours, par son excellence, sa précision et sa souplesse, tandis que l’idée de placer certains chœurs et solistes au milieu du public a créé un joli effet de surprise, renforçant l’immersion de l’auditeur.
L’accompagnement instrumental nous a réservé lui aussi de belles trouvailles, notamment par la magnifique tenue du pianoforte et par le pupitre des cordes, avec peut-être en filigrane le son d’un violon, acide comme une mandoline ?, venu émailler certaines lignes de la partition procurant une délicatesse très singulière.
En un mot, cette production laisse l’impression d’une soirée à la fois musicalement accomplie et visuellement ambitieuse, portée par une lecture lumineuse de Mozart où l’élégance de l’interprétation n’efface jamais la force du propos.
Catherine Richarté-Manfredi
Crédit photo : Jean-Louis Fernandez



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