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« Garçon » à La Scala Provence, Avignon Off 2026

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La fureur et la grâce d’une masculinité réinventée

Au Festival d’Avignon, le jeune comédien Samuel Certenais livre avec « Garçon » un seul-en-scène cathartique, drôle et bouleversant. Porté par la mise en scène de Noémie de Lattre, il déconstruit les stéréotypes virilistes pour offrir une sublime leçon d’humanité, d’empathie et de liberté.

À l’entrée du public dans la salle de La Scala 60 Provence, l’ambiance déborde d’une testostérone presque saturée. Sur un fond de rap brutal, le comédien Samuel Certenais, en tenue de sport, enchaîne les séries d’abdominaux sur une machine de musculation. Il scande des injonctions viriles comme des mantras : « Je suis un vrai bonhomme ! T’es pas une gonzesse ! ». Le ton est donné, le piège de la norme est tendu. Mais très vite, la machine s’enraye pour laisser place à la vérité d’un corps et d’une âme à nu.

À 27 ans, Samuel Certenais porte en lui la fureur et la rage de ses blessures passées. Dans ce premier seul-en-scène d’une sincérité désarmante, il dénonce les stéréotypes de genre et les conditionnements d’une société patriarcale qui imprègnent le moindre de nos neurones. Comment devenir un homme quand on refuse d’incarner la virilité froide d’un père fan de foot ? Comment concilier son hétérosexualité avec le plaisir de porter des robes, le goût de la danse ou l’envie d’exprimer ses émotions ?

Un itinéraire d’enfant pas gâté, transcendé par l’art

Sans jamais tomber dans la leçon de morale, l’artiste nous narre son parcours avec une autodérision savoureuse. Du jeune garçon prêt à tout pour rendre fier son père fan de foot jusqu’aux deux années éprouvantes passées en fauteuil roulant à cause de la maladie — étape clé où il découvre très tôt sa propre vulnérabilité —, Samuel Certenais transforme ses doutes et ses épreuves d’hier en une formidable matière scénique.

Incapable de se reconnaître dans des figures masculines absentes ou brutales, il avoue avec candeur : « Je me reconnais plus dans ces guerrières badasses que dans ces hommes froids ». Défendant avec ferveur les femmes comme les minorités (notamment les 13 % de la population porteurs de handicap visible ou invisible), il interroge avec pertinence l’éducation genrée : « À la maternelle déjà, on essayait de se faire aimer des filles en leur tirant les cheveux ! On partait sur de mauvaises bases, non ? ».

Sur scène, le comédien fait preuve d’un sens du rythme remarquable, faisant alterner des moments hilarants, où il caricature la virilité paternelle avec un burlesque assumé, et des parenthèses d’une grande beauté plastique, comme lorsque ses passes de football se métamorphosent avec grâce en pas de salsa endiablés. Il traverse ainsi des fulgurances poétiques et dramatiques, mais toujours sous couvert d’humour et d’une profonde dignité.

De Xavier Dolan à Noémie de Lattre : la force de la vulnérabilité

Découvert à l’École de l’Humour et des Arts Scéniques (EHAS) par Noémie de Lattre, qui a eu un véritable coup de foudre artistique pour l’artiste et son écriture, au point de l’accompagner désormais, Samuel Certenais trouve dans ce projet l’impulsion d’une quête de sens vitale. Voir Garçon juste avant d’assister au spectacle de Noémie de Lattre dans la foulée permet de mesurer toute la force de leur complicité et la parfaite continuité de leurs combats respectifs : on y mesure à quel point la transmission, le regard croisé sur les genres et la déconstruction des stéréotypes virilistes et des injonctions du patriarcat lient ces deux artistes avec une cohérence lumineuse. 

Comme il le révèle en interview, l’une des plus grandes claques de sa vie reste le film Laurence Anyways de Xavier Dolan. Cette impulsion irrigue la fin de Garçon : bercée par le son de Moderat (A New Error), l‘évocation de la robe devient un pur acte de souveraineté. Ce final vibrant ne fait pas que questionner la norme : il l’envoie valser avec la force d’une vraie révolution intérieure. Un moment d’une grâce absolue qui résonne comme un écho à une réplique du film : « C’est une révolte ? Non sire, c’est une révolution. »

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. En faisant la distinction essentielle entre la virilité (qui est une injonction sociétale rigide) et la masculinité (qui est une énergie et un genre), Samuel Certenais incarne sur le plateau un héros moderne, à la fois fort, sensible et réparateur. L’émotion atteint son apogée lorsque le comédien aborde l’évolution de son père avec une note d’une immense tendresse, où les mots d’amour et de fierté enfin partagés, surmontant des décennies de pudeur virile, montrent avec quelle beauté deux hommes peuvent s’apprivoiser et grandir ensemble.

Une parole libératrice et nécessaire

Entre éclats de rire et larmes de gratitude, « Garçon » tire des bordées d’empathie à travers toutes les générations présentes dans la salle. À une époque où les modèles traditionnels s’effritent et où la parole se libère, Samuel Certenais prouve que la vulnérabilité et l’écoute ne sont pas des faiblesses, mais les piliers fondamentaux d’une humanité renouvelée. C’est un spectacle que tout le monde devrait voir — adolescents, hommes et femmes —, tant il ferait du bien à notre société. Un artiste rare, courageux et profondément lumineux et touchant, à suivre de très près.

Valérie BLAECKE

Crédit photos : VEHEL STUDIO 26

Spectacle : Garçon

Lieu : La Scala Provence (Salle Scala 60) à 18h05

Dates : Du 4 au 25 juillet (relâche les 6, 13 et 20 juillet)

Texte et interprétation : Samuel Certenais

Mise en scène et collaboration artistique : Noémie de Lattre

Samuel Certenais, Garçon – La Scala Provence – Avignon

Rmt News Int • 23 juillet 2026


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