RMTnews International

The culture beyond borders

CineHorizontes fête ses 25 ans

Share Button

Du 8 au 17 octobre, le Festival de cinéma espagnol de Marseille célèbre sa 25e édition. Son fil rouge : « J’ai 25 ans. Être jeune à l’espagnole ». Au programme, une cinquantaine de films, courts métrages compris, dans une vingtaine de lieux, ainsi que des rencontres, des avant-premières et des séances spéciales.

CineHorizontes commence jeudi 8 octobre à 17 h par le vernissage de l’exposition Flamenca !, en présence de la photographe Cecil Ka, à la mairie des 1er et 7e arrondissements. À 20 h, l’Artplexe accueille la soirée d’ouverture : un spectacle surprise offert par l’Office espagnol du tourisme et la province de Séville, suivi de l’avant-première de Los Justos (Les Jurés), de Jorge A. Lara et Fer Pérez.

LOS JUSTOS

La clôture aura lieu vendredi 16 octobre, à 20 h, au Prado, avec la remise des prix suivie de La cena, comédie inédite de Manuel Gómez Pereira sur un banquet organisé pour Franco, récompensée par le Goya 2026 de la meilleure adaptation et le Feroz de la meilleure comédie.

Le festival se prolongera samedi 17 octobre, à 18 h, par une fête d’au revoir à l’Alhambra : un court métrage issu de la résidence d’écriture scénaristique, un film lauréat de cette édition et un repas espagnol proposé par La Buona Forchetta.

P.L.

Tarif : 8€ la séance. Programme complet.

LA CENA

Entretien avec Jocelyne Faessel, présidente d’honneur de CineHorizontes

Vous invitez beaucoup de réalisatrices cette année encore…

Jocelyne Faessel : L’année dernière, notre thématique était les femmes réalisatrices espagnoles. Et c’est vrai qu’il y a une génération de jeunes réalisatrices qui s’affirment avec beaucoup de talent et qui sont reconnues dans les festivals internationaux. Ce sont elles que nous avons invitées à l’occasion du Focus de cette année, « J’ai 25 ans. Être jeune à l’espagnole ». Nous recevons Marta Matute, réalisatrice de Je ne mourrai pas d’amour (Yo no moriré de amor), un grand succès qui a reçu la Biznaga d’or du Festival de Málaga. Il sera projeté le 15 octobre, à 20 h 30, au Prado. Et dans notre compétition Belle Jeunesse, nous recevons Júlia de Paz Solvas. Le titre français de son film, Un cœur fidèle (La buena hija), est un peu cucul, mais en vérité le film est très intelligent, très fin, très sensible, et met au jour ce que l’adolescence peut quelquefois subir lorsque les parents se séparent et que les pères manipulent l’enfant pour le garder. Il est à voir le 13 octobre, à 16 h 15, au Prado.

LA BUENA HIJA

Vous avez , comme marraine, la fille de Carlos Saura, qui présente aussi des films.

Jocelyne Faessel : Anna Saura, à peine 30 ans, est quelqu’un qu’on connaît depuis toujours. On l’a invitée, elle avait 16 ans, elle accompagnait son père. Elle est devenue très vite une productrice incontournable dans le paysage du cinéma espagnol. Et, actuellement, elle a réalisé un film sur son père, sur les dernières années de son père, sur ce que le cinéma a pu représenter dans cette famille Saura, les relations entre le père et les enfants, les derniers moments de Carlos Saura, sa créativité jusqu’à son dernier souffle, mais aussi sa passion de la photographie. Anna Saura sera donc là pour nous parler d’elle en tant que productrice, mais aussi réalisatrice. C’est un hommage de plus qu’on rendra à notre grand ami Carlos Saura. Ce sera le dimanche 11 octobre au cinéma Les Variétés. À partir de 13 h 45, il y a la projection de son film, Ese niño de la fotografía. Carlos Saura. Et puis ensuite, à 15 h 45, la masterclass. C’est un des moments forts du festival.

YO NO MORIRÉ DE AMOR

Et concernant le choix de la thématique ?

Jocelyne Faessel : C’est le 25e anniversaire du festival qui nous a amenés à penser qu’on a tous eu 25 ans, et que le cinéma espagnol depuis les années 1970 a su magnifiquement représenter cette génération. À la mort de Franco, cette génération résiste, se rebelle contre la précarité, se bat pour la mémoire, pour l’invention de soi. Elle arrive petit à petit à l’âge adulte avec des revendications qui sont celles de la société espagnole tout entière : émancipation, gestes politiques, nouvelles normes de genre. Et je crois que cet ensemble de films, qui vont des années 1960 à 2026, raconte la manière dont le cinéma espagnol a rendu compte de la jeunesse espagnole.

Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón

Vous projetez par ailleurs le premier film d’Almodóvar.

Jocelyne Faessel : On projette Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón le 15 octobre, à 18 h, à L’Artplexe : comment résister à Almodóvar, qui a tellement bien montré tout ce qui était détestable dans la société franquiste ? Ce film sera présenté par un de nos grands invités, Paul B. Preciado, qui sera le président du jury, mais qui montrera aussi un certain nombre de films qui correspondent à ses recherches, à ses préoccupations, à sa philosophie, à sa manière de traiter les questions de genre sur le plan politique. Le festival donne une importance réelle à ce qu’on appelle la culture queer. Non seulement par la présence de Paul B. Preciado, non seulement par la projection d’un de ses films, Orlando, ma biographie politique, le 15 octobre, à 21 h, à L’Artplexe, mais surtout par la projection du film Queer Me, d’Irene Bailo, à La Baleine, le mercredi 14 octobre à 20 h 45, qui sera l’occasion d’une fête queer avec des DJ, à 22 h.

TRES ADIOSES

Parlez nous de l’ouverture du festival.

Jocelyne Faessel : Cette année, nous avons un partenariat avec Tourisme Espagne (l’Office espagnol du tourisme) et la province de Séville. Séville a choisi d’être présente au festival et de collaborer cette année avec nous pour proposer une immersion au cœur des villages espagnols, une découverte exceptionnelle de la culture sévillane en général, et propose donc un spectacle. C’est une surprise : ils ont jusque-là refusé de me dire exactement ce que ce sera. Mais je ne doute pas que ce sera un spectacle autour du flamenco. Le gala d’ouverture, avec ce spectacle sévillan, aura lieu à L’Artplexe, jeudi 8 octobre, à 20 h.

Il y a également la projection d’un film d’Almodóvar, ce jour-là ?

Jocelyne Faessel : Dans la section Panorama, nous avons le film d’Isabel Coixet, Trois adieux (Tres adioses), le 11 octobre, à 13 h 15, et le 12 octobre, à 20 h 15, au Prado ; Los Tigres d’Alberto Rodríguez, le 11 octobre, à 20 h, à L’Artplexe ; Amarga Navidad (Autofiction), le film de Pedro Almodóvar, le 8 octobre, à 18 h 30, au Prado ; ou encore Los Domingos, le 9 octobre, à 16 h, au Prado, et j’en oublie. Il y a énormément d’excellents films qui sont sortis en 2025 et 2026.

LOS DOMINGOS

Vous clôturez avec un film inédit, La Cena, le 16 octobre, à 20 h, au Prado.

Jocelyne Faessel : C’est une comédie très amusante, pour dire combien le système franquiste est à la fois stupide et d’une violence absolue, et combien la comédie peut rendre la chose, dans son ineptie, non pas acceptable, mais risible. Il s’agit d’un repas que le Caudillo doit absolument offrir à des personnalités. Or il se trouve que tous les grands chefs cuisiniers sont en prison, et ils sont républicains. Il faut les sortir de prison pour obtenir ce fameux repas. Je ne vous en dirai pas plus, mais la fin est savoureuse. Nous avons également une série d’avant-premières, dont je ne citerai qu’une seule : La Bola Negra, le film qui a été couronné au Festival de Cannes (prix de la mise en scène), réalisé par Javier Calvo et Javier Ambrossi. Ce film sur Lorca, adapté de son roman inachevé, interrompu par l’assassinat du poète, est l’œuvre de deux jeunes réalisateurs qui crèvent l’écran actuellement, et qui sont des figures majeures du cinéma espagnol actuel. Il nous raconte l’homophobie qui a pu, pendant des générations, sévir en Espagne. C’est le vendredi 9 octobre à 20 h 30 au cinéma Les Variétés (3 séances sont programmées, ndlr).

LOS TIGRES

Quel regard portez-vous sur 25 ans de festival ?

Jocelyne Faessel : Vous savez, on a été fidèles à notre objectif, notre ambition : c’était de faire connaître ce cinéma espagnol méconnu, de faire connaître de jeunes réalisateurs qui ont trouvé quelquefois des plateformes pour rebondir et être reconnus en Espagne après être passés chez nous ou dans d’autres festivals français, comme Nantes ou Toulouse. Nous avons eu l’occasion évidemment d’inviter les plus grands du cinéma espagnol : on a eu Carmen Maura, Marisa Paredes, Sergi López, combien de fois ! Carlos Saura, Fernando Trueba, et j’en passe, Rossy de Palma. Et je crois que là-dessus, c’est quelque chose que nous essayons de maintenir : ces liens avec le cinéma espagnol, avec les grandes stars. Et désormais, le festival CineHorizontes est reconnu en Espagne. Les acteurs ou les réalisateurs nous sollicitent.

HISTORIAS DEL KRONEN

Vous faites également un travail de transmission ?

Jocelyne Faessel : Nous travaillons avec des étudiants, avec Sciences Po, avec le lycée Jacques Chirac, avec le lycée Mendès-France de Vitrolles, avec le lycée de La Ciotat, etc. Et nous avons cette année 3 625 scolaires inscrits à nos séances scolaires. Le festival s’est toujours prolongé en conférences, en rencontres littéraires, en temps pédagogiques. C’est quelque chose que petit à petit nous avons créé et qui s’impose désormais : il ne me viendrait plus à l’esprit de faire un festival sans qu’il y ait une rencontre avec un écrivain ou une rencontre pédagogique. À l’Alcazar, il va y avoir deux moments forts autour de ce que signifie avoir 25 ans quand on s’appelle Dalí, Lorca ou Buñuel et qu’on se retrouve à la Residencia de Estudiantes de Madrid, dans les années 1920 : une rencontre qui a été une source d’inspiration et d’influence réciproque pour ces trois génies. Un grand universitaire de Reims, Jordi Macarro Fernández, nous parlera de cette fameuse résidence d’étudiants et de la révolution culturelle qu’elle a portée. Ce sera à 15 heures, le samedi 10 octobre. Nous aurons aussi une rencontre avec un écrivain, José Ángel Mañas, qui avait à peine 23 ans quand il a publié ce livre, Historias del Kronen, adapté au cinéma. Ce sera le mercredi 14 octobre à 15 heures, suivi d’une signature de José Ángel Mañas à la Librairie Internationale à 17 h, puis, le même soir, de la projection d’Historias del Kronen à 20 h 15 au Prado. Une table ronde aura lieu à la mairie des 1er et 7e arrondissements, animée par Marcia Romano, le 15 octobre à 10 h, sur la thématique d’être jeune en Espagne à travers le prisme du cinéma, avec nos trois jeunes invités : Irene Bailo, Ian de la Rosa et Marta Matute.

QUEER ME

Une nouveauté ?

Jocelyne Faessel : Oui, nous avons une première dans l’histoire du festival, qui jusque-là faisait un peu l’impasse sur les séries : nous donnerons une série importante, Anatomía de un instante, au cinéma L’Artplexe, le dimanche 11 octobre à 18 h. Deux épisodes seront proposés pour raconter comment, le 23 février 1981, le lieutenant-colonel Tejero a tenté un coup d’État pour renverser la toute jeune démocratie espagnole. C’est d’autant plus important que nous avons établi un partenariat avec Arte. Nous diffusons les épisodes 1 et 2 ; Arte proposera les épisodes 3 et 4 la semaine suivante. Autre nouveauté : sur le site internet, nous avons installé un petit outil de recommandation où des questions vous sont posées. Voulez-vous un film, une comédie, un thriller ? De quelle année ? Un film de patrimoine ? Vous voulez qu’il parle d’amour ? Vous voulez rire ? Vous voulez avoir peur ? À ces questions, on répond et on a des propositions qui sont faites, ce qui permet de mieux construire sa programmation du festival.

Propos recueillis par DVDM.

Photo de Une: Ouverture du festival © Mia Marinkovic 

Autres photos © Cinehorizontes

Rmt News Int • 8 octobre 2026


↞ Previous Post