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Festival Avignon Off 2026 : On ne badine pas avec l’amour

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Un Musset furieusement organique et contemporain au 3T

Quand les corps prennent le relais des mots pour dire la violence de l’amour, Musset s’offre une relecture moderne et percutante. Une proposition pluridisciplinaire audacieuse menée par une troupe vibrante.

C’est au 3T Avignon – 10ème Avenue que la metteuse en scène Manon Giraudon-Nicolaï a choisi de bousculer le classique de Musset, On ne badine pas avec l’amour. Dans cette réécriture hybride qui fait dialoguer le théâtre, le cinéma et la danse, l’œuvre intemporelle devient le miroir cru de nos stratégies affectives contemporaines. Un pari osé, mais diablement vivant.

Du grotesque au drame : une bascule organique

Le spectacle s’ouvre sur un univers volontairement grotesque, presque caricatural, où l’on rit des excès des personnages. Puis, progressivement, les masques tombent. La mise en scène bascule dans un espace frontal, dépouillé, où la vérité brute des émotions éclate. Cette relecture audacieuse s’approprie les codes du septième art : la caméra s’invite sur le plateau pour fragmenter le réel et ouvrir de nouveaux espaces de perception, saisissant au plus près les visages et les silences des personnages. Le contraste entre la langue classique de Musset et l’esthétique moderne, portée par une belle recherche scénographique et ces projections vidéo qui captent l’intime, souligne avec force la modernité du texte. Si, en début de représentation, les transitions entre la fin des vidéos projetées et le retour au plateau gagneraient parfois à être plus fondues pour ne pas rompre le fil, ce rapport cinématographique apporte une indéniable richesse à la perception du spectateur.

C’est véritablement dans sa seconde partie que le spectacle trouve son rythme le plus impactant, installant une tension constante qui nous saisit jusqu’au dénouement tragique.

La puissance des mots corporels

La grande force de cette création réside dans sa dimension organique. Ici, le mouvement n’est pas un simple ornement : le corps devient un langage à part entière. En tant qu’ancienne danseuse professionnelle du Ballet National de Marseille pendant près de vingt ans, mon regard a immédiatement été frappé par la rigueur et le professionnalisme des segments chorégraphiés.

Interprétés avec une puissance et une justesse rares par Lara Raymond (Camille) et Marcia Guedj-Feugeas (Rosette), ces instants suspendus révèlent une solide formation technique. Tout à coup, l’impact des mots déclamés cède sa place à la force des “mots corporels”. Rien ne se fait au détriment de l’autre : le verbe et le geste s’unissent pour crier les maux des personnages. C’est viscéral, vécu, incarné, et jamais surjoué.

Une distribution investie et dynamique

Porté par une troupe de comédiens habités et dynamiques, le spectacle avance avec une belle énergie. Lara Raymond (Camille) et Robin Manella (Perdican) incarnent avec brio ce duo destructeur, prisonnier de son propre orgueil. Une mention spéciale doit être attribuée ce mercredi 15 juillet à Théo Trassoudaine, qui reprenait pour la toute première fois le rôle du curé Bridaine avec une assurance et un engagement remarquables.

Pour que ce voyage émotionnel et cette tension dramatique si habilement construits trouvent leur acmé parfaite, la toute fin de la pièce gagnerait sans doute à être plus incisive : un noir plateau net, franc et immédiat, surgissant juste après la réplique finale, éviterait ce court temps de latence où le public s’interroge. Cela permettrait de figer instantanément la déflagration du drame et d’offrir au spectateur toute la force du silence avant les applaudissements.

Manon Giraudon-Nicolaï signe ici un spectacle coup de poing, à la fois tendre, chaotique et résolument ancré dans notre époque. Un Musset vibrant, sensoriel, où l’on ne badine plus avec rien, mais où l’on célèbre magistralement l’art vivant.

Valérie BLAECKE

Crédit photo : Valérie Vidal Michel

Rmt News Int • 18 juillet 2026


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