Festival Avignon Off 2026 : « Olympe(s) »
Une fresque théâtrale et musicale électrisante à La Scala Provence
Justine Heynemann et Rachel Arditi ressuscitent la figure révolutionnaire d’Olympe de Gouges dans un spectacle pop, frénétique et résolument féministe. Une vibrante célébration portée par une troupe paritaire au sommet de son art.
Après le triomphe de PUNK.E.S, le duo créatif formé par Justine Heynemann et Rachel Arditi frappe à nouveau un grand coup à la Scala Provence. Avec Olympe(s), elles ne signent pas un biopic historique poussiéreux, mais une épopée théâtrale moderne et fiévreuse. Nous sommes en 1789. Alors que le peuple gronde, Olympe de Gouges tente de faire jouer ses textes à la Comédie-Française, se heurtant à la misogynie ordinaire des institutions. Portée par la certitude que la Déclaration des droits de l’homme doit aussi s’écrire au féminin, elle s’élance dans le combat politique, entraînant avec elle une troupe d’artistes prêts à devenir révolutionnaires.
Le théâtre total et polymorphe d’une troupe habitée
Ce qui saisit d’emblée le spectateur, c’est l’occupation totale de l’espace. Les dix comédiens ne se contentent pas d’habiter le plateau : ils prennent littéralement possession de la salle 200 de La Scala. Brisant le quatrième mur, les artistes courent, entrent et sortent à cour et à jardin, investissant les escaliers et les issues latérales dans un élan d’énergie pure et communicative.
Cette générosité se déploie à travers un spectacle polymorphe d’une richesse rare, mêlant habilement le théâtre, le chant, la danse et la musique en direct. Dotés d’une solide formation technique, les interprètes passent d’un instrument à l’autre au fil des scènes : du piano à la harpe, en passant par les guitares classiques ou électriques. Les arrangements musicaux de Manuel Peskine lient avec brio un répertoire de chansons d’autrices engagées (de Pomme à Anne Sylvestre, d’Emily Loizeau à Françoise Hardy) qui viennent propulser le récit historique vers une universalité poétique temporelle.
Un miroir pop entre 1789 et aujourd’hui
La mise en scène fait le pari d’une esthétique hybride et anachronique particulièrement réussie, rappelant l’audace visuelle du Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Les comédiens évoluent dans de somptueux costumes d’époque mais s’emparent de micros sans fil, tandis que la langue classique flirte avec des répliques résolument contemporaines.
Ce choix de mise en abyme souligne que si la voix d’Olympe a fini par être étouffée sous l’échafaud de la Terreur, le flambeau a été repris. Le pluriel du titre prend alors tout son sens : le combat n’est pas celui d’une seule femme, mais celui d’un collectif pluriel. La pièce rappelle avec force que « les femmes tissent leur destinée ». Fait notable et salutaire dans l’écriture, ce combat ne se fait pas contre les hommes, mais avec eux. La distribution, parfaitement paritaire, met en scène des personnages masculins qui soutiennent activement la parole de leurs compagnes, sœurs et amies. L’un d’eux lance d’ailleurs au public cette fulgurante invitation à l’empathie : « Inverse la situation un peu, imagine que le monde soit régi par les femmes pour les femmes, tu revendiquerais ton droit de parole et cela serait normal. »
Olympe(s) est un spectacle joyeux, percutant et indispensable. Une magnifique déclaration d’amour à l’art vivant et à la justice sociale, qui prouve que le théâtre reste le plus beau des espaces pour réveiller les consciences.
Valérie BLAECKE
Crédit photos: Julien Piffaut
- Spectacle : Olympe(s)
- Lieu : La Scala Provence (Salle Scala 200) à 21h00
- Dates : Du 4 au 25 juillet (relâche les 20 juillet)
Billets : https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/representations/9261-olympe-s




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