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Festival Avignon Off 2026 : « Michelle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? »

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Un uppercut nécessaire à La Factory

La Compagnie Nandi s’empare du texte de Sylvain Levey pour livrer une création chorale, physique et percutante. Une réflexion salvatrice sur le cyber-harcèlement et la mémoire, à l’heure du vide numérique.

C’est une image que nous croisons tous quotidiennement, dans la rue, les transports, les cafés. Des silhouettes voûtées, la tête plongée dans un écran, le pouce scrollant de manière automatique, tels des zombies lobotomisés par le flux continu des notifications. Ce constat d’une humanité déconnectée du réel résonne avec une force inouïe au Théâtre de l’Oulle. En s’emparant du texte de Sylvain Levey, inspiré d’un fait divers réel de 2014, le metteur en scène Franck Regnier pose la question qui brûle notre époque : notre bêtise virtuelle mérite-t-elle tant de haine ?

Une scénographie de l’enfance brisée

L’histoire est celle de Michelle (alias uneviedechat), une adolescente ordinaire qui, lors d’un voyage scolaire en Pologne, commet l’erreur de poster un selfie tout sourire devant les baraquements d’Auschwitz. Aussitôt, la machine s’emballe. La scénographie d’Andréa Warzee, minimaliste et hautement symbolique, utilise de simples balançoires suspendues pour évoquer l’enfance et l’insouciance de ces collégiens. Puis, dans une image saisissante et glacante, ces morceaux de bois sont décrochés pour tracer au sol les rails menant au camp.

Le moment de la visite est traité avec une gravité remarquable, sans jamais tomber dans le pathos ou la reconstitution littérale. C’est après ce passage, alors que Michelle clique sur “publier”, que le spectacle bascule dans l’effroi.

Le masque de l’anonymat et la violence des corps

Ici, pas d’écrans ni de projections vidéo faciles. Ce choix de mise en scène est brillant : ce sont les comédiens eux-mêmes qui incarnent physiquement les SMS, les emojis et le déferlement de haine. Huit jeunes comédiens, énergiques et intensément investis, portent ce travail de troupe avec une rigueur absolue.

Leur engagement corporel culmine dans des moments chorégraphiés d’une efficacité redoutable, signés par la Cie Mouvementé. La séquence de la danse masquée est à ce titre un sommet de tension. Les visages disparaissent derrière des masques neutres pour donner corps à la foule anonyme, lâche et arrogante d’Internet. Sous les lumières crues de Charlie Henry, le plateau se transforme en un tribunal virtuel d’une agressivité inouïe. Les mots, lancés sous couvert de pseudonymes, cinglent comme des coups de fouet. Michelle (bouleversante Mathilde Cerf) est prise au piège de cet engrenage déshumanisé, subissant la violence pure du cyber-harcèlement.

Lever la tête pour retrouver l’autre

Sans jamais juger son personnage principal ni donner de leçon de morale, la pièce interroge l’éducation, le devoir de mémoire et notre propre soumission à la technologie. Les adultes ont souvent la critique facile face à l’insouciance de cette jeunesse rapide et insaisissable. Pourtant, la pièce montre avec ironie qu’ils ont une sacrée poutre dans l’œil : ces figures d’autorité (parents, enseignants) apparaissent eux-mêmes dépassés par ces codes virtuels et, surtout, totalement soumis aux mêmes automatismes addictifs. Personne n’est épargné par ce fléau.

Au fond, le spectacle crie l’urgence de lever les yeux de nos smartphones pour regarder le monde en face. Il rappelle l’importance capitale de rester connectés à la vraie vie, aux véritables liens d’amitié et au respect de l’autre. Doit-on en vouloir à Michelle d’avoir fait un selfie, ou devons-nous nous en vouloir collectivement d’avoir bâti cette monstrueuse société du paraître ?

Un spectacle original, marquant et d’utilité publique, à faire voir d’urgence à toutes les générations.

Valérie BLAECKE

 Crédit photos : Julie Moulin

  • Spectacle : Michelle, doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ?
  • Lieu : La Factory – Théâtre de l’Oulle à 17h25
  • Dates : Du 4 au 25 juillet (relâche les 23 juillet)

Billets : https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/representations/8335-michelle-doit-on-t-en-vouloir-d-avoir-fait-un-selfie-a-auschwitz

Rmt News Int • 20 juillet 2026


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