Une nouvelle galerie au chapitre
MADMAX, 10 rue du Coq, Marseille (1er), expose « Unfinished » de Matouš Háša jusqu’au 17 octobre. Une première exposition marseillaise pour ce jeune sculpteur tchèque, dont le travail sur le marbre et l’inachevé mérite le détour.
MADMAX joue la carte marseillaise
Installée dans une ancienne banque du chapitre, la galerie d’art contemporain de Maxime Vignolles a ouvert ses portes le 29 août dernier.
Maxime Vignolles, architecte de formation, a choisi Marseille pour y installer sa galerie. « J’adore Paris, mais il y a tellement de personnes qui font la même chose que les autres. Comment se démarquer d’une jeune galerie à Paris ? Puis, je suis tombé amoureux de Marseille il y a dix ans, j’avais choisi de faire un stage de chantier sur l’île du Frioul. Ça devait durer un mois et demi, ça s’est étiré trois mois. Je dormais là-bas, sur l’île. Et j’ai trouvé la lumière extraordinaire. C’est encore une des villes en France où on peut vivre décemment », confie-t-il.
Il l’a appelée MADMAX car ce projet est parti d’une idée folle, il y a un an. « Je ne voulais plus être architecte. C’est un métier très difficile qui a perdu de son sens. On est confronté, chaque jour, à des défis administratifs, économiques, etc. J’ai toujours eu cette attirance pour l’art, pour l’histoire de l’art, pour l’esthétisme, et aussi pour la relation avec les artistes. »
Il s’est installé dans un lieu chargé d’histoire : deux étages d’une ancienne banque de la fin du XIXe siècle, Zarifi et Cie, 10 rue du Coq, dont il a conservé l’escalier monumental, les moulures et le mobilier signé Jacques Quinet, « l’un des derniers grands ensembliers français, qui a fait des paquebots, des appartements, des bureaux. »
« Ce qui est important pour une galerie, c’est d’offrir une vitrine, une présence, un lieu. Je ne voulais pas d’un white cube. Je voulais un endroit où on puisse ressentir une histoire, un patrimoine, une lumière différente, des textures. Je travaille sur une architecture de point de lumière pour mettre en valeur les œuvres. » Jusque sous le parquet restauré, où il a choisi de laisser affleurer les traces d’origine : « Je voulais préserver les cicatrices. Au-dessus, il y avait du goudron. » Le dernier étage accueillera bientôt des résidences d’artistes.
Le non-finito, fil rouge de sa 1ère expo
Pour son ouverture, Maxime Vignolles a invité un artiste qu’il « suit depuis des années » : le sculpteur tchèque Matouš Háša, dont il expose le travail autour du marbre et de la technique du non-finito, cette manière de laisser une sculpture volontairement inachevée, héritée de l’Antiquité grecque et illustrée notamment par Léonard de Vinci. « Rodin et Michel-Ange sont les deux grandes figures de la sculpture pour le non-finito. »
Il présente l’exposition comme « un questionnement » pour l’artiste autant que pour la société : « C’est une réaction au culte de la beauté, de la perfection, du polish, de l’IA. Aujourd’hui, on veut tout améliorer et tout rendre parfait avec un filtre », explique-t-il.
Un choix presque ironique pour un sculpteur dont le travail est si maîtrisé qu’on lui a parfois demandé s’il travaillait « avec la robotique ou avec l’intelligence artificielle », une question qui, de son propre aveu, « l’a rendu déprimé », avant de le pousser à s’interroger « sur ce qu’était la sculpture contemporaine en marbre. Comment on peut retranscrire la lumière, la texture, la douceur ? J’ai été intéressé par la relation entre la figure et la pierre. Je suis un grand fan des maîtres classiques », précise le jeune sculpteur.
Ses œuvres inspirées par Dante et Béatrice sont taillées « principalement dans du marbre blanc de Carrare, le Statuario. La plus grande pièce, une Pietà (photo de une, ndlr), présentée une semaine auparavant à Oxford, avec un texte signé par la critique Jane Neal, est faite en Statuario Venato venant de la carrière de Michel-Ange. C’est le meilleur marbre du monde avec des veines très caractéristiques. Il a tellement de matérialité, de couleurs, de douceur même s’il peut être extrêmement dur. »
« Je m’interroge sur la figure humaine, l’humanisme, la perfection et la sculpture. Ce questionnement a déjà eu lieu durant la Renaissance et il fait toujours sens aujourd’hui parce que la sculpture est l’un des premiers arts humains. » Háša dit avoir puisé une partie de son inspiration sur place au musée des Beaux-Arts quand il est venu visiter la galerie cet hiver : « Il y a de très jolies œuvres de Pierre Puget dans le musée dont un faune avec des jambes non finies. On y voit des traces de ciseaux. »
Une programmation sur la durée
Maxime prévoit une exposition tous les mois et demi, et tient à ce que la galerie reste active toute l’année, y compris l’été : « Il y a beaucoup de choses qui ferment l’été. Pour moi, c’est important de rester ouvert. »
Le programme se veut résolument international tout en gardant un ancrage local. « Marseille, c’est un lieu qui mérite que le monde, des personnes de l’Europe, de l’Allemagne, des États-Unis, de l’Angleterre, s’y retrouvent. Ce sont des jeunes artistes et des artistes plus confirmés de Marseille et d’ailleurs. Et on les retrouvera en solo show. »
Une œuvre du jeune artiste marseillais de 28 ans, Victor Siret, est d’ores et déjà exposée dans une salle annexe parmi d’autres artistes : spécialisé en canevas qu’il a appris avec sa grand-mère, il exposera ses broderies en janvier, travaillant des points spécialement conçus pour les grands formats.
Le galeriste imagine son lieu comme un espace de vie davantage que de simple exposition, jardin compris : « C’est surtout un projet pour tout le monde, les artistes, les collectionneurs. » De quoi, espère-t-il, faire de MADMAX un point de passage entre Marseille et le reste du monde de l’art. DVDM
Crédit photo : Diane Vandermolina





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