La Troupe de Mathieu Labrouche
La Troupe : la mise en abyme savoureuse des secrets de coulisses
Au sortir de la saison estivale avignonnaise, cap sur une création née au sein d’un atelier amateur. « La Troupe », comédie satirique écrite et dirigée par Mathieu Labrouche, joue pleinement la carte de l’honnêteté, du plaisir partagé et d’un engagement sans réserve. Le pitch ? Une troupe d’amateurs qui nous raconte l’histoire d’une troupe d’amateurs…
Ce n’est jamais un exercice aisé de construire et mettre en scène une pièce pour onze interprètes, en veillant à offrir à chacun son moment privilégié sur le plateau. Le pari est ici tenu. Mathieu Labrouche imagine une compagnie ancienne, ronronnant dans ses habitudes, dont le quotidien est bousculé par l’arrivée d’un jeune auteur-metteur en scène. Un succès inespéré entoure alors leur nouvelle création, judicieusement baptisée « Vicissitudes », réveillant du même coup les querelles d’égos et les ambitions enfouies.
Clins d’œil littéraires et jeux de mots
L’écriture réserve de jolies surprises. Si le comique de mots fonctionne à plein régime – avec des clins d’œil savoureux comme le duo « Claude Opportin et Paulo Portin », véritables Dupont et Dupond de plateau -, le style s’élève aussi vers une vraie gourmandise littéraire. Par moments, la langue de Molière jaillit et vient caresser agréablement l’oreille, enrichie de quelques vers de Rostand ou d’échos aux fables de La Fontaine.
Ces tribulations théâtrales reposent sur une structure en miroir efficace : le metteur en scène fictif porte un secret dont la fissure s’agrandit, provoquant par ricochet le déballage des vérités cachées de chaque membre du groupe.
Du masque de scène à la quête d’existence
Derrière le rire et les quiproquos, La Troupe aborde des sujets de fond d’une grande universalité : la recherche du sens de la vie et la réalisation de soi. La pièce interroge subtilement la frontière entre le jeu et l’existence : vivre sa vie sans la jouer, jouer son rôle sur scène et le vivre pleinement.
Elle met en lumière nos failles humaines et ce besoin si fréquent de se cacher derrière un personnage pour se protéger. Amateurs ou professionnels, les questions existentielles demeurent les mêmes : cette peur universelle de s’exposer, confrontée pourtant au désir irrépressible de briller sous les projecteurs. Une belle réflexion sur la solidarité du collectif face au vertige de la scène et des aléas de l’existence.
L’engagement du groupe
Sur plateau, ce qui l’emporte avant tout, c’est une réelle sincérité et une énergie communicative. Mathieu Labrouche, qui a repris le rôle de Louis initialement tenu par Marc Chickly, met en scène avec générosité ses partenaires : Sandrine Galliano (Lucienne), Jack Bigré (Lucien), Guylaine Secchi (Chantal), Marc Vorger (Théodore/Phil), Christine Mizzi (Brigitte), Karine Villemin (Valérie), Julienne Denis-Migault (Sophie), Patrick Bernard (Jean-Pierre), Syljean (Claude Opportin) et José Assa (Paulo Portin).
Les prochains rendez-vous de Mathieu Labrouche
Si cette représentation marquait la fin du parcours de La Troupe, Mathieu Labrouche poursuit une actualité scénique très dense dans la région pour les mois à venir. On pourra le retrouver à Marseille, au Théâtre du Têtard, dans « Sexe, mensonges et casting » de Franckie Charras (18 octobre, 6, 8, 13, 14 novembre et 18, 19 décembre) et dans « Viens voir la Fontaine », seul en scène jeune public (4 et 11 novembre à 16h30) ainsi qu’au Quai du Rire dans « Si Dieu veut » de Jeff Carrias avec Mina Merad (6 et 13 décembre).
Pour la Saint-Sylvestre, il jouera aux côtés de Sandrine Galliano dans « Divorcés au 1er regard » (au Têtard, avec deux représentations le jour de l’An). Enfin, il reprendra « La Chaise » de Gilles Azzopardi avec Cédric Milard au Quai du Rire (7, 21 et 23 février 2027), avec également des dates prévues au Flibustier à Aix et à La Carreterie à Avignon dès le 28 novembre prochain.
Valérie Blaecke
