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Avignon Off 2026 : “Le Voyage d’Alice en Suisse”

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Une traversée lumineuse et sans tabou des frontières éthiques

Au Théâtre des Lucioles, Stéphanie Dussine s’empare avec brio de la pièce de l’auteur suisse Lukas Bärfuss. Traitant du sujet brûlant du suicide assisté, ce spectacle finaliste du concours “Jeunes Metteurs en Scène” évite le piège du militantisme pour offrir une tragi-comédie profondément humaine, portée par un collectif exemplaire et un humour noir salvateur.

À une époque où les débats citoyens sur la fin de vie s’intensifient, porter à la scène Le Voyage d’Alice en Suisse relève d’un choix artistique audacieux et nécessaire. S’inspirant d’une histoire vraie, la pièce ne cherche pas à imposer une vérité absolue. Elle nous plonge au cœur de la liberté individuelle et des pratiques européennes, là où la médecine, l’éthique et l’amour s’entrechoquent.

L’humour noir comme mécanisme de survie

L’histoire est celle d’Alice, une jeune femme de vingt-cinq ans condamnée par une maladie neurodégénérative incurable. Refusant la dépendance totale, elle décide de planifier sa mort en Suisse avec l’aide du docteur Gustav Strom. Mais ce parcours clinique se fissure lorsque le médecin tombe amoureux de sa patiente et que la réalité humaine reprend ses droits.

La mise en scène de Stéphanie Dussine brille par son intelligence : elle injecte un humour noir mordant, presque libérateur, qui brise instantanément les tabous liés à la mort. Ce rire, né du tragique de l’existence, agit sur le public comme une politesse du désespoir et un véritable mécanisme de survie. Face à l’insupportable, les dialogues font mouche sans jamais sombrer dans le pathos.

Une performance collective et brechtienne

La scénographie minimaliste et non réaliste de Margaux Maeght fait le choix de l’épuration pour ouvrir l’imaginaire. Le cœur du plateau devient une agora où une troupe de comédiens de générations différentes (Nicolas Buchoux, Anne-Laure Denoyel, Stéphanie Dussine, Olivier Hamel, Sébastien Ventura et Valérie Vogt) fait bloc. Les interprètes, tous remarquables, effectuent les changements à vue et forment un chœur solidaire, superbe réponse collective à la solitude absolue de la mort.

L’autre réussite de cette création réside dans sa dimension sonore. Conçue à la manière d’un théâtre brechtien ou de tréteaux, la pièce intègre le musicien Charles Saint-Dizier directement sur le plateau. Le son de son trombone devient un personnage à part entière, un fil rouge organique qui accompagne le spectateur de la première grande inspiration au dernier souffle d’Alice. En utilisant un synthétiseur et un looper à vue, il crée une bande originale immersive qui dévoile les coulisses de l’intrigue.

On ne sort pas indemne

Qu’il s’agisse de Lotte, la mère pieuse et dévouée dont le cri déchire le cœur au départ de sa fille, ou de John, ce vieux marin anglais qui repousse constamment l’échéance par un amour farouche de la vie, chaque trajectoire bouscule nos certitudes. Le spectacle interroge puissamment : jusqu’où sommes-nous maîtres de notre propre récit ?

Le Voyage d’Alice en Suisse est une œuvre salutaire qui déstabilise autant qu’elle émeut. On ressort de la salle profondément remué, conquis par la délicatesse de cette mise en scène et la force d’un texte qui se termine dans la solitude d’un médecin entouré de ses fantômes. Une pièce magistrale qui honore le théâtre d’idées.

Valérie Blaecke

Note pratique : Le Voyage d’Alice en Suisse, au Théâtre des Lucioles (Salle Fleuve), à 12h05. Du 4 au 25 juillet 2026 (Relâches les 8, 15, 22 juillet). Durée : 1h35. Public : À partir de 16 ans.

Billets : https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/representations/9279-le-voyage-d-alice-en-suisse

Crédit photo : Hélène Gardere

Rmt News Int • 14 juillet 2026


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