Avignon Off 2026 : “Hercule”
Le choc mythologique baroque et rock du Collectif Nox
Au Théâtre du Rouge-Gorge, le Collectif Nox confirme son immense ferveur créative en revisitant les Douze Travaux d’Hercule. Sous la direction de Kévin Olivier Salles, cette proposition pluridisciplinaire métamorphose le demi-dieu en figure tragique contemporaine, prise au piège d’un tribunal populaire médiatique. Un spectacle total, drôle et percutant.
L’année dernière, le Collectif Nox avait marqué les esprits avec sa toute première création, Mercutio. Ayant moi-même été profondément touchée par cette proposition — le thème de Roméo et Juliette ayant jalonné ma carrière de danseuse au sein du Ballet National de Marseille —, j’attendais cette seconde création avec une réelle impatience. Retrouver l’énergie débordante, l’investissement et les talents polymorphes de cette jeune troupe est un pur bonheur. Avec Hercule, la “touche Nox” opère à nouveau, mêlant audacieusement tragédie antique, humour déjanté et esthétique rock.
Un show télévisé aux portes de l’Enfer
L’immersion commence dès l’entrée en salle. Le public est d’emblée propulsé sur le plateau d’un show télévisé survolté, orchestré par la fantasque journaliste Hélène et son caméraman. Le pitch est féroce : le demi-dieu Hercule, adulé de tous, est retrouvé amnésique près du corps inerte de son épouse Mégara. Accusé de féminicide, il est immédiatement condamné par le tribunal populaire et envoyé aux Enfers pour accomplir ses douze travaux afin de racheter son âme.
La pièce bascule alors dans un univers parallèle fascinant, où les figures mythologiques se réinventent. Mention spéciale au trio Cerbère, hilarant et mordant, qui tente de concilier nature monstrueuse et “bienveillance” institutionnelle. Derrière l’humour, le Collectif Nox interroge avec acuité les notions de culpabilité, de lynchage médiatique et de rédemption dans notre société moderne.
Une scénographie de reflets et d’acier
La salle du Rouge-Gorge, avec son cachet unique, constitue un écrin idéal dont la troupe s’empare à merveille. Le travail sur les lumières et l’usage de la fumée créent une atmosphère mystique et très visuelle, accentuée par des colonnes de tulle et des cascades de fils rouges symbolisant les vies surveillées par les Moires.
La scénographie s’appuie sur des structures géométriques en matière grise réfléchissante. Manipulées de manière organique par les comédiens au fil des tableaux, ces formes dessinent un labyrinthe, un cirque ou le Styx, avant de s’assembler pour former un impressionnant et grand masque d’acier au milieu de la scène.
L’ADN d’un collectif multiforme
La force de ce spectacle repose sur la puissance scénique d’artistes multiformes qui passent avec fluidité du jeu au chant et à la danse. L’identité sonore, baroque et rock, est portée par la création musicale de Kevin Abgrall, dont il faut saluer le grand talent. La présence sur scène de la batterie et de la guitare électrique (que j’aurais aimé plus présente) insuffle une tension dramatique vibrant. En contrepoint de cette fureur, le chant de la Nymphe apporte une sensibilité poignante, incarnant la fragilité de l’amour et l’impossible deuil.
Avec Hercule, le Collectif Nox transforme l’essai. Il prouve que le mythe, lorsqu’il est bousculé par une jeunesse aussi talentueuse qu’engagée, reste le plus puissant des miroirs pour comprendre notre monde. Une épopée théâtrale et musicale d’une générosité folle, à ne pas manquer.
Valérie Blaecke
Crédit photo: Cie Nox.
Note pratique : Hercule, au Théâtre Le Rouge Gorge (Salle 1), à 15h30. Du 4 au 25 juillet 2026 (Relâches les 6, 13, 20 juillet). Durée : 1h20. Tout public dès 10 ans.
Billets : https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/representations/10393-hercule


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