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Avignon Off 2026 : 7 histoires drôles sur la connerie de la guerre

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La « troisième vitesse » théâtrale de la Compagnie du Capitaine face à la folie de la guerre

Au Théâtre des Barriques, Julien Masdoua et Marion Trintignant s’emparent d’un sujet brûlant avec 7 histoires drôles sur la connerie de la guerre. Un spectacle féroce et profondément humain qui prouve que face à l’absurde, le rire reste l’arme de réflexion massive la plus affûtée.

Que se passe-t-il quand deux chefs d’État en guerre tombent amoureux ? Peut-on être sniper et aimer Shakespeare ? Un bébé peut-il devenir une arme de destruction massive ? En sept saynètes percutantes qui s’enchaînent avec une fluidité cinématographique, la Compagnie du Capitaine dissèque la guerre dans toute sa triste et hilarante bêtise. Loin du pamphlet politique militant ou de la farce irrévérencieuse, cette création trouve sa force là où on ne l’attend pas : dans la vérité nue des faits, transcendée par l’humour absurde.

L’art de documenter l’absurde sans moraliser

Pour Julien Masdoua, comédien, auteur et metteur en scène issu d’un parcours d’historien militaire, pas question de tomber dans les clichés pacifistes ou la bien-pensance. « À partir du moment où on se place en moralisateurs, les gens n’écoutent pas. Mais si on les fait rire, les défenses tombent », confie-t-il.  Pour nourrir l’écriture, Julien a collaboré humblement avec des humanitaires (Médecins sans frontière entre autres), des chercheurs et des survivants. Le résultat est saisissant : les moments qui paraissent les plus caricaturaux sur scène sont paradoxalement les plus réels, à l’image de ce soldat halluciné découvrant la bureaucratie du meurtre légal sur le champ de bataille, ou de ce bourreau appliqué à suivre scrupuleusement le manuel de la torture qu’on lui a enseigné en trois ans de formation.

Julien Masdoua : « J’avais énormément de préjugés. Je pensais que les gars capables de commettre des horreurs en temps de guerre, en particulier la torture, étaient des malades mentaux. Eh bien non, pas du tout. Ce sont des gens comme vous et moi qui font une formation de 3 ans. Pour apprendre à torturer, ils ont des manuels, des cours… Le fait est que c’est un boulot pour eux. […] Il faut aller au-delà de l’opinion populaire bien-pensante commune. »

Cet humour de l’extrême n’est pas un luxe, mais une nécessité de survie. Julien rappelle d’ailleurs que même au cœur de la Shoah ou dans les couloirs de la torture pendant la guerre d’Algérie, l’humour persistait comme ultime bastion de dignité et de maîtrise de soi face à l’oppresseur.

Marion Trintignant : « Pour moi, c’est une soupape pour pouvoir lâcher quelque chose. C’est vraiment le moment où on peut se permettre la spontanéité. Les armes tombent des deux côtés. Ce n’est pas parce qu’il y a quelque chose qui me fait rire que je le cautionne ou que je l’accepte. C’est pour dire qu’à un moment donné, il y a quelque chose qui est tellement énorme et absurde qu’on va en rire, parce que sinon, on s’en sort comment ? »

Un duo complémentaire et des scènes cinématographiques

Sur la scène du théâtre des Barriques, le minimalisme est de mise.  La sobriété de l’espace met en exergue l’empreinte physique que les deux comédiens laissent sur le plateau. Le travail habile des lumières habille l’espace et laisse toute la place à notre imaginaire pour créer les décors. On voit les scènes se dessiner comme dans un film.

Pour porter ces métamorphoses instantanées, le corps est l’outil premier. En tant qu’ancienne danseuse, j’ai été particulièrement touchée par ce rapport viscéral au mouvement. Julien Masdoua investit la scène avec un charisme et un engagement physique d’une grande précision, tandis que Marion Trintignant saute d’un personnage à l’autre avec une puissance et un charme magnétiques.

Marion Trintignant : « Ça passe vraiment par le corps. Chaque personnage a une façon de se tenir, de parler, le timbre s’adapte, la diction change, le regard aussi. Même si au niveau des costumes ce n’est que la même base, il y a une façon de le porter. Le costume, c’est notre corps. »

Julien insiste sur la géométrie de ce “ballet” théâtral, où chaque scène possède son centre directeur : le déséquilibre permanent pour des ambassadeurs ivres, l’ancrage lourd pour la scène de la torture, ou une tension tremblante face à l’insoutenable.

Cette alchimie ne doit rien au hasard. “Couple de scène” depuis 23 ans au sein de la compagnie, le duo fonctionne les yeux fermés. « Tant qu’on admire encore l’autre dans ce qu’il fait, tout est lié », confie Marion avec une sincérité touchante.

Face au public : l’exigence de la « troisième vitesse »

Au-delà du message de la pièce, l’entretien révèle une philosophie artistique profonde : le refus catégorique de l’élitisme sans pour autant tomber dans la facilité. C’est ce que Julien Masdoua nomme la « troisième vitesse ».

Julien Masdoua : « J’aime l’idée d’un juste milieu entre les pièces de café-théâtre aux ressorts prévisibles et d’un théâtre élitiste, où il faut une culture monumentale pour saisir le propos. J’ai un dicton que je répète à mes élèves : il faut avoir une intolérance pour l’ennui et une intolérance pour le n’importe quoi. On peut faire une mise en scène ennuyeuse qui ne soit pas du n’importe quoi, mais on s’ennuie. Et on peut faire quelque chose de facile où on ne s’ennuie jamais, mais c’est du n’importe quoi. Nous, on se trouve au milieu, j’aime bien cette idée de troisième voie. »

Cette exigence s’accompagne d’une véritable culture de l’instant présent et d’un rapport direct, presque éducatif, avec le spectateur. Nourris par l’improvisation et le théâtre immersif, les comédiens brisent le quatrième mur pour rappeler la réalité vivante du plateau, déplorant au passage une certaine “déséducation” du public face aux écrans depuis quelques années. Face à des dérives comportementales où certains consomment le théâtre vivant comme un écran de télévision (portables allumés, discussions), il rappelle l’importance de redonner conscience au public de la réalité physique du plateau : « Il faut montrer aux gens qu’il y a des limites. […] Il y a vraiment une éducation du spectateur, elle est nécessaire, ça s’apprend. C’est important de rappeler aux gens qu’il y a vraiment des êtres sur scène. Qu’on est là, et qu’on les voit. »

C’est cette fameuse « troisième vitesse » qui fait le sel de leur travail. Loin donc du café-théâtre facile aux ressorts prévisibles, et à l’opposé d’un théâtre élitiste, jargonnant ou volontairement choquant, 7 histoires drôles sur la connerie de la guerre se situe au centre exact. C’est un théâtre exigeant mais populaire, capable de captiver les adolescents les plus impitoyables sans jamais transiger sur le fond.

Refuser l’ennui, fuir le n’importe quoi et résister par l’humour

La naissance de cette forme épurée à deux comédiens raconte aussi, en filigrane, la réalité économique difficile du théâtre d’aujourd’hui. Julien ne cache pas une certaine amertume face aux restrictions budgétaires qui forcent les compagnies à “casser le moule” et à réduire les distributions : « Il n’y a tellement plus d’argent nulle part qu’on se retrouve à devoir choisir des spectacles où nous sommes moins nombreux. C’est dommage pour la culture de façon générale en France. »

Face à ces restrictions budgétaires, la Compagnie du Capitaine défend une vision noble et accessible du théâtre.

Pourtant, c’est cette contrainte matérielle qui donne au spectacle sa fulgurance et sa poésie suspendue, nous confrontant à notre propre perte face à la bêtise humaine. En sortant, on croise les regards émus et les sourires des spectateurs. Pari réussi : la parole libère, fait réfléchir, sans jamais sombrer dans le pathos. Un moment fort prolongé par le plaisir simple d’échanger avec ces deux artistes généreux sur une terrasse animée d’Avignon, au milieu de la ferveur des festivaliers. Une claque salutaire à ne pas manquer.

Valérie BLAECKE

Infos pratiques :

  • Spectacle : 7 histoires drôles sur la connerie de la guerre
  • Lieu : Théâtre des Barriques (Salle Bleue), Avignon
  • Dates : Du 4 au 25 juillet à 20h25 (Relâche les 8, 15 et 22 juillet)
  • Durée : 1h / Tout public à partir de 10 ans
  • Site de la compagnie : compagnieducapitaine.com
  • Réservations : 7 histoires droles sur la connerie de la guerre

Crédit photos : Nicolas Maillet

Rmt News Int • 8 juillet 2026


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