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Avignon Off 2026 : “Îles”

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Quand l’utopie de 1968 s’échafaude sur scène

À la Bourse du Travail CGT, Aurélie Normandon signe avec “Îles” un spectacle vibrant, lumineux et politiquement engagé, lauréat Adami. Mêlant l’effervescence féministe de Mai 68 à l’incroyable épopée de l’Île de la Rose, la pièce offre une réflexion puissante sur la filiation, la mémoire des femmes et le refus de la résignation.

Comment raconter l’élan d’une génération qui voulait réinventer le monde ? Par quel moyen faire cohabiter l’asphalte parisien de Mai 68 et les vagues de la côte Adriatique ? C’est le défi relevé par la compagnie Le Chahut des Murmures. À travers l’enquête de la jeune Léo sur le passé de sa grand-mère, étudiante à la Sorbonne et militante féministe, Îles fait dialoguer avec brio la quête intime et la grande Histoire.

Une scénographie architecturale et mouvante

Visuellement, le spectacle est une très belle réussite. La mise en scène d’Aurélie Normandon s’avère particulièrement astucieuse et géométrique. Dès l’ouverture, une maquette très réussie représente la célèbre plateforme-île de l’ingénieur Giorgio Rosa : un repère visuel fort qui permet immédiatement de planter le décor et de se figurer la structure.

Sur scène, l’espace se transforme au gré de blocs gris imitation béton. Ces modules, déplacés avec fluidité par les comédiens, structurent les constants allers-retours temporels entre notre époque actuelle et le printemps 1968. Ce travail architectural est magnifié par des jeux de lumières subtils signés Rosalie Dumont, qui utilise par moments la poésie des ombres chinoises pour marquer la fragmentation des souvenirs.

Le souffle de la révolte et le bris du quatrième mur

Îles redonne vie aux balbutiements du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) et dénonce avec force le patriarcat de l’époque. Mais la pièce évite le piège du traité historique austère. Ponctué de chants et d’intermèdes musicaux portés par Sébastien Prieur, le spectacle distille une forme de théâtre immersif savamment dosé.

Soudain, le quatrième mur se brise. Le public n’est plus seulement spectateur, il est pris à partie dans cette urgence de liberté. Les cinq comédiens (Laura Chiche, Clara Domingo, Thomas Girou, Aurélie Normandon et Sébastien Prieur), tous habités, talentueux et d’une grande générosité, transmettent un enthousiasme communicatif. On se surprend à vibrer pour ce groupe hétéroclite – idéalistes, pacifistes, marginaux – et à espérer avec eux que leur utopie d’acier construite hors des eaux territoriales italiennes résistera aux assauts du gouvernement.

Un dénouement en forme de réconciliation

Le point de force d’Îles réside dans son équilibre permanent entre le souffle épique de la révolution et une légèreté lumineuse. Le dénouement, particulièrement réussi, apporte enfin les clés de l’intrigue familiale et de ce secret enfoui. Il scelle une histoire de transmission et de réconciliation entre les générations.

Si la véritable République Espérantiste de l’Île de la Rose a fini par être détruite par l’État italien, la pièce démontre que l’élan créateur et la soif d’un monde plus juste, eux, ne meurent jamais. Ils survivent dans la mémoire de celles qui ont lutté. Une pièce optimiste, nécessaire, qui résonne comme une invitation salutaire à ne pas se résigner.

Valérie Blaecke

Crédit photos : Marina Viguier.

Note pratique : Îles, au Théâtre de la Bourse du Travail CGT, à 13h00. Du 4 au 25 juillet 2026 (Relâches les 6, 13, 20 juillet). Durée : 1h20. Public : À partir de 12 ans.

Billets : https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/representations/7981-iles

Rmt News Int • 12 juillet 2026


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