Avignon Off 2026 : Entretien avec Hervé Fassy
Hervé Fassy est le metteur en scène de Nuit gravement au salut d’Henri Frédéric Blanc. Le spectacle est à voir jusqu’au 25 juillet au théâtre Barretta, Avignon à 12 H12. Durée 1 H30.
Le off rend hommage à l’un des plus grands écrivains marseillais de notre temps disparu le 23 janvier 2025. Il a été de son vivant l’un des auteurs vivants marseillais les plus joués au Festival. Mitoyen de la Médiathèque Ceccano, le Théâtre Barretta est idéalement placé en Avignon au cœur du IN et Off. C’est un spectacle à voir sans hésitation possible. Lorsqu’un simple dîner professionnel se transforme en affrontement psychologique… Édifiant !!! On attend désormais l’adaptation cinématographique de ce roman percutant. Il pourrait servir aussi de muse à un compositeur lyrique…
S.A. : Quelle est votre rencontre avec le texte d’Henri Frédéric Blanc (HFB) ?
H.F. : Tout d’abord, je dois confesser que j’ai découvert l’oeuvre de HFB tardivement. C’était il y a à peine un peu plus de deux ans. Je suis tombé sur Nuit gravement au salut (NGAS) de manière tout à fait fortuite. Je ne sais même plus quel heureux hasard m’a conduit à lire ce merveilleux roman. Dès les premières lignes, j’ai été ébloui par le style unique de HFB. Son sens de la formule, son humour et la puissance de sa compréhension de la psychologie humaine m’ont beaucoup impressionné. Monter ce texte au théâtre a été pour moi plus qu’un projet, c’est vite devenu une nécessité impérieuse.
S.A. : C’est la troisième version théâtrale du roman d’Henri Frédéric Blanc si je ne m’abuse ? Quelle est votre approche ?
H.F. : Effectivement, après quelques recherches, je me suis rendu compte que ce roman avait déjà été transposé sur scène. Une fois, il y a une vingtaine d’années, une autre fois, une dizaine d’années. Fidèle à ma méthode de travail et pour ne pas risquer d’être influencé, j’ai évité d’aller voir ce que ces équipes en avaient fait. NGAS étant un roman, le passage à la scène nécessite forcément une adaptation. Le roman comportant de très nombreux et savoureux dialogues, le premier réflexe est de conserver les dialogues et de supprimer les parties narratives. Mais ces parties étaient si belles, si pertinentes et éclairantes que j’ai fait le choix de donner à un des personnages – le serveur pour être précis – la fonction de narrateur. Cela m’a donc permis de conserver des narrations magnifiques et aussi d’apporter une distance supplémentaire avec l’enjeu principal, à savoir ce bras de fer psychologique d’une incroyable intensité entre l’éditeur et la romancière.
S.A. : Quel rôle a joué la distillerie d’Aubagne ? Un partenaire fidèle ?
Notre structure, la Compagnie Pleins Feux, a la culture de l’autonomie plus que celle de la subvention. C’est pourquoi nous n’avons jamais demandé d’aide financière à personne. En revanche, étant une compagnie aubagnaise, nous sommes adhérents à La Distillerie qui est un allié précieux pour nous. Nous y avons un créneau hebdomadaire et nous avons bénéficié d’une résidence d’une semaine complète dans le cadre de la création de ce spectacle. C’est d’ailleurs l’occasion pour nous de remercier l’équipe de la Distillerie et particulièrement son directeur Christophe Chave qui, malgré la complexité de sa tâche, sait rester à l’écoute et fait passer l’artistique avant toute autre considération. C’est une grande chance pour nous et les autres compagnies qui y sont en résidence, que la Distillerie existe et que son directeur soit si attentionné.
S.A. : Peut on citer l’ensemble de l’équipe artistique ? Ce nouveau Théâtre que peut-on en dire ?
H.F. : J’ai assuré l’adaptation du texte et la mise en scène. Dominique Fataccioli s’est joint à moi pour la scénographie. Sur scène, vous trouverez trois merveilleux comédiens : Laurent Moreau, Jean-Baptiste Brucker et Laurence Prève. Les costumes sont d’Eliana Quittard et la création du visuel et la photographie en général est de Jean-Paul Cotte avec qui nous travaillons régulièrement. Le Théâtre Barretta est un très joli lieu d’une capacité de 120 places. La salle est très agréable autant pour les artistes que pour les spectateurs et son régisseur général Olivier est un modèle de compétence et d’humanité.
S.A. : Ce spectacle est à voir absolument dans le off ?
H.F. : Ce spectacle me paraît être une formidable porte d’entrée pour découvrir l’œuvre au sens large de HFB qui est un auteur dont je suis en admiration totale. Pour la petite histoire, j’ai acquis l’ensemble de ses œuvres et j’avais commencé à en enchainer les lectures avec gourmandise. Mais HFB nous ayant malheureusement quitté l’an dernier, il n’y aura plus par définition de nouveaux écrits de lui, et j’ai donc « mis le pied sur le frein », j’espace les lectures de ses ouvrages pour garder le plus longtemps possible le plaisir de la découverte.
S.A. : Le off, c’est l’enfer ou le paradis ?
H.F. : Un peu des deux. Ça dépend sous quel angle on l’envisage. Mais tout ça n’est pas très important. Ce qui compte c’est que nous ayons toutes et tous la possibilité de découvrir des œuvres, des auteurs, des artistes. Le Off permet tout ça, alors pour finir sur une note positive, je dirais que c’est le paradis.
Entretien de Serge Alexandre
Crédit photo: Cie Pleins Feux
Pour réserver : https://www.theatre-barretta.com/festival-off-2026/12h12-nuit-gravement-au-salut/



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