Avignon Off 2026 : La poésie réparatrice du « Libraire aux pieds nus »
Après le très remarqué Tant qu’il y aura des coquelicots, Cliff Paillé revient au Festival Off d’Avignon avec une nouvelle création qui place, une fois encore, les livres et la reconstruction de soi au cœur du plateau : Le libraire aux pieds nus. Une pièce douce-amère et poétique qui explore la mécanique de nos choix et la fragilité de nos certitudes.
Une immersion au milieu des pages
Le voyage commence dès l’entrée du public. Fidèle à sa signature de mise en scène, Cliff Paillé est déjà là, seul sur le plateau, absorbé par sa lecture au milieu d’un capharnaüm d’objets évocateurs. Parmi eux, une image frappe l’esprit : des livres qui s’envolent d’une cage à oiseaux, métaphore parfaite d’une littérature qui libère et émancipe.
On pénètre ici dans un univers qui emprunte sa tendre poésie au cinéma d’Amélie Poulain, où les livres ne servent pas à fuir le réel, mais à le transcender : « un livre qui déplace, pas qui évade — pour ne pas rester à la même place qu’avant sa lecture ».
Le corps pour réparer les cœurs
La force textuelle de la pièce repose sur la rencontre de ce libraire avec Nora Baldini (interprétée par Madeline Fortuneau), une jeune professeure de danse contemporaine. Si l’on peut initialement tancer un certain décalage entre la jeunesse du personnage et la profonde sagesse de ses répliques — qui semblent exiger les années d’expérience d’une vie bien remplie —, le dénouement de l’intrigue vient habilement justifier cette maturité précoce.
Madeline Fortuneau impressionne par sa voix claire, parfaitement projetée, et sa capacité à endosser trois rôles distincts au cours du récit. Sa formation en danse contemporaine apporte une dimension physique essentielle à la pièce, rappelant que « danser, c’est habiter son corps » et qu’il faut parfois « se déprogrammer, changer d’algorithme » pour retrouver le courage de mener sa vie.
Entre éclats poétiques et facilités narratives
Portée par les lumières et décors soignés de Richard Arselin, la pièce distille de très belles formules, convoquant l’esprit de Saint-Exupéry (« C’est à mon risque de peine que je connais ma joie ») ou les invitations à l’introspection de Rainer Maria Rilke. Le texte invite joliment à « passer d’un ennui stérile à un ennui fertile ».
Néanmoins, le texte cède parfois à la facilité et adopte par moments un ton un brin professoral qui frôle le moralisme. Mais le charme opère, car l’essentiel est ailleurs : dans ces allers-retours entre passé et présent, dans cette intrigue qui se dévoile par petites touches pour célébrer la vérité retrouvée de deux êtres qui avaient « assez de musique au fond du cœur pour continuer à danser leur vie ».
En bref
Une jolie proposition théâtrale, parsemée de références littéraires et portée par un duo complice. Un moment suspendu pour « aider le hasard à vous égarer avec justesse ».
Valérie BLAECKE
Infos pratiques :
- Spectacle : Le libraire aux pieds nus de Cliff Paillé
- Lieu : Au Coin de la Lune / Luna Théâtres
- Horaire : 10h00 (Relâche les mercredis)
https://www.festivaloffavignon.com/spectacles/representations/8620-le-libraire-aux-pieds-nus
Crédit photo : Laurent Sabathé



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