Avignon Off 2026 : “Le dernier cèdre du Liban”
Un chef-d’œuvre bouleversant d’humanité et de résilience
Au Théâtre des Béliers, la nouvelle création d’Aïda Asgharzadeh (Molières 2023 meilleure autrice francophone) est un choc théâtral d’une intensité rare. Portée par un trio de comédiens incandescents et nommés aux Molières 2026, cette fresque familiale et historique sur le photo-reportage de guerre transcende la scène pour offrir un moment de grâce suspendu.
Il est des instants au théâtre où les murs de la salle s’effacent. C’est précisément ce qui se produit lors du spectacle Le dernier cèdre du Liban. Porté par le texte ciselé d’Aïda Asgharzadeh et la mise en scène au cordeau de Nikola Carton, ce récit s’impose comme l’un des sommets incontournables du Festival d’Avignon 2026. L’espace d’une heure vingt-cinq, j’ai totalement oublié que j’étais assise dans un théâtre : j’étais transportée avec eux, au Liban et ailleurs, prise dans le souffle d’une histoire poignante et déchirante.
Un testament sonore au cœur des conflits
La pièce déroule le fil d’Eva, une adolescente de seize ans placée en centre pour mineurs, blessée par un profond sentiment d’abandon d’où découle une déchirante colère sourde et explosive. Pour unique héritage, elle reçoit des dizaines de microcassettes. Dessus s’élève la voix d’Anna Duval, sa mère, une grande photoreporter de guerre absente qui a couvert la fureur du monde, du Liban à la chute du mur de Berlin en passant par le discours d’Arafat à l’ONU. À travers ce testament audio, Eva va tenter de recoller les morceaux de son identité brisée.
Fidèle aux préceptes de “l’Espace Vide” de Peter Brook, la mise en scène fait le choix d’une scénographie minimaliste et transformable. Ce sont les lumières, pareilles au déclic d’un obturateur photographique, et une musique organique qui sculptent le temps et l’espace. Les scènes s’enchaînent dans un entrelacement de liens savamment orchestrés, maintenant un rythme soutenu mais ménageant des moments plus calmes, parfaitement dosés. Le public suit avec avidité les allers-retours entre passé et présent, captivé par une intrigue qui se révèle avec une habileté dramatique remarquable.
Le son et la voix s’imposent ici comme le cœur battant du spectacle : là où d’autres feuillettent des albums photos, Eva n’a pour unique héritage que la voix de cette mère sans visage, s’élevant au milieu des bruits de guerre qui grondent en arrière-plan et renforcent l’immersion dramatique.
La virtuosité d’un trio d’acteurs
Sur le plateau, la performance des trois comédiens — saluée à juste titre par trois nominations aux Molières 2026 — est tout simplement magistrale. Azzedine Benamara réalise une prouesse bluffante : il saute allègrement d’un rôle à l’autre, campant judicieusement une galerie de personnages différents. Il change d’attitude, de voix et de physionomie en un clin d’œil, avec une précision technique rare.
Face à lui, la jeune Maëlis Adalle, originaire d’Aix-en-Provence, frappe par sa maturité et son talent déjà si solidement installé malgré son jeune âge. Elle insuffle à Eva une fougue déterminée, vibrante et d’une justesse absolue. Magali Genoud, quant à elle, est impériale dans le rôle d’Anna, la mère reporter. Elle oscille magnifiquement entre l’intransigeance, la passion dévorante requise par son métier sur le terrain, et une sensibilité bouleversante qui affleure sous l’armure indispensable à sa survie.
La possibilité d’une résilience
Le dernier cèdre du Liban dépasse la simple critique du journalisme de guerre pour toucher à l’universel. La pièce interroge avec pudeur la difficulté de concrétiser ses idéaux face aux réalités de la filiation et du deuil.
En refermant cette enquête intime, le spectacle nous installe au sommet de cet arbre symbolique. Un arbre qui porte en son centre meurtri la possibilité d’une résilience profondément tournée vers la reconstruction, la continuité du lien, la vie et l’espoir. Un triomphe amplement mérité, devant des salles légitimement complètes.
Valérie Blaecke
Note pratique : (TOUTES LES SÉANCES DU FESTIVAL SONT COMPLÈTES !!!
Pas de liste d’attente par mail ni par téléphone. Des places peuvent éventuellement se libérer directement sur place 30min avant le spectacle le jour même.
ACTUELLEMENT À PARIS au Théâtre de L’Oeuvre et en tournée dans toute la France)
Le dernier cèdre du Liban, au Théâtre des Béliers (Salle 1), à 10h00. Du 4 au 25 juillet 2026 (Relâches les 9, 16, 23 juillet). Séances supplémentaires les mercredis 8, 15 et 22 juillet à 15h15. Durée : 1h25. Tout public dès 10 ans.
Crédit photos : Jeremy Nebot et Rubens Hazon.




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