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ARMIDA de G. Rossini, une première à l’Opéra de Marseille

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Après le rare Guillaume Tell de Rossini de 1829, absent de notre scène lyrique depuis plus d‘un demi-siècle, l’Opéra de Marseille fait mieux en y présentant Armida, opera seria créé à Naples en 1817) dont ce sera la création, jamais jouée chez nous, pourtant ville sœur. Ce sera en version concertante, c’est-à-dire sans mise en scène, trop complexe déjà en soi eu égard au sujet, une magicienne donc, appelant des effets spéciaux pour sa magie, et dans les conditions sanitaires que nous savons.

Une occasion de découvrir encore un opera seria, le plus gros de la production de Rossini, occulté par le succès de ses opéras-bouffe.  Commandé au compositeur pour la réouverture du fameux Teatro San Carlo, flambant neuf si l’on ose dire après l’incendie qui l’avait réduit en cendres l’année précédente, cet opéra en devait en marquer la résurrection et inaugurer la nouvelle machinerie en pointe pour cette œuvre à grand spectacle.

À ce luxe technique, guère du goût de Rossini, s’ajoutait le faste vocal, qui était déjà le sien, mais avec la circonstance stimulante que l’héroïne centrale en était la maîtresse du puissant directeur du San Carlo, Barbaja, devenue celle de Rossini dans l’ombre, avant de s’enfuir ensuite avec lui, devenant sa femme. Circonstance certes stimulante pour le cœur et la voix, mais aggravante car la partition est si acrobatique par la vocalité, —et si l’on ajoute que c’est la seule femme de l’œuvre, la diva refuse toute autre chanteuse qu’elle sur scène, flanquée de pas moins de quatre ténors aux parties non moins compliquées— que l’œuvre décourage par sa difficulté et restera longtemps dans les tiroirs jusqu’à ce que la curiosité héroïque de Callas la remette en selle en 1952 mais sans guère susciter d’émules. Effectivement, le rôle de l’héroïne titre, était tenu par Isabel Colbran, une chanteuse de la brillante école espagnole, illustrée par la dynastie de Manuel García, compositeur, collaborateur et interprète de Rossini de la première heure, père de la Malibran, de Pauline Viardot, dont telle musique inspire le polo, l’interlude du 4e acte de la Carmen de Bizet.

Le livret de Giovanni Schmidt, est tiré de la Gerusalemme liberata de Torquato Tasso, Jérusalem délivrée du TASSE siècle (1580), une épopée mythique  sur les premières croisades pour libérer les lieux saints des musulmans, sur le modèle de l’Orlando furioso de l’Arioste du début du siècle dont la trame héroïque et les intrigues amoureuses entre les chevaliers chrétiens et les héroïnes guerrières ou magiciennes, sarrasines, avec toutes les merveilles de la magie se prêtant à des effets spéciaux prisés par le public, ont déjà inspiré les  artistes, la peinture et la scène baroque, notamment lyrique. De nombreux compositeurs se sont inspirés de l’épisode, d’Hændel (Rinaldo) à Vivaldi, jusqu’à Dvorak en 1904 mais Cocteau en fait une pièce en alexandrins en 1945. Celle de Lully (1686), sur un livret de Quinault, avec le monologue d’Armide devient le modèle de la déclamation lyrique à la française et Gluck en reprendra le livret en 1777. L’iconographie est immense : Renaud endormi contemplé par Armide entre haine et amour, les amants heureux, l’abandon de Renaud et la tentative de suicide d’Armide…C’est la tragédie de la femme amoureuse abandonnée par un amant ingrat, comme Didon, Médée, Alcina…

La belle sarrasine Armide, reine de Damas, que son oncle Hidraot a initiée à la magie, se prétendant spoliée par lui, accourt au camp des croisés francs, qui assiègent Jérusalem, pour demander à Gofreddo, Godefroiy de Bouillon, de l’aider à reconquérir son trône. En réalité, elle veut user de ses charmes pour faire tomber les croisés dans un piège, les diviser. Séduisant le paladin Rinaldo, Renaud, qu’elle aime, elle cause la jalousie de Gernando qui le défie en duel mais est tué.  Voici de la version dArmida du Festival Pesaro, dirigée par Carlo Rizzi, 3 mars  2020, la fureur jalouse du rival malheureux :

1) https://www.youtube.com/watch?v=SinJltvGQdY de 36’ à 37

Renaud, pour éviter la colère du chef des Francs Godefroy de Bouillon, s’enfuit avec Armide. Dans son palais enchanté, entre danses et fêtes voluptueuses, elle exalte l’amour, chanté par Carmen Romeu :

2)  https://www.youtube.com/watch?v=SinJltvGQdY de 1:37’:20’’ à 1: 39’

Rinaldo, Renaud, comme le Ruggiero, Roger, de l’épisode avec l’autre magicienne Alcina de l’Orlando furioso, qui est le modèle de celui d’Armide, entre les bras de son amante, s’abandonne au douceurs de la paix et des plaisirs et c’est un épisode qui permettait les danses, les effets scéniques, le sommeil voluptueux, passage obligé de l’opéra baroque qui permet toute une imagerie dansée également. Chez Lully, c’est une de ses pages les plus célèbres, avec sa fameuse chaconne qui deviendra exemplaire. Mais le beau rêve du paladin ensorcelé prendra fin. Comme, dans l’Arioste, Ruggero est ramené à la raison, et au combat, par son mentor, ici, ce sont deux chevaliers amis, Ubaldo et Carlo qui viennent rechercher le paladin égaré dans les plaisirs, lui faisant honte de sa mollesse, le rappelant au sens de l’honneur guerrier. Ils vont l’arracher à l’amour et le rendre à la guerre. Cependant, eux-mêmes, arrivant aux bords enchantés de l’île d’Armide, ils semblent s’enfoncer, déposant les armes, dans l’ivresse de la volupté, semblent succomber, dans un duo de ténors poétique en écho, avec toute la délicatesse des flûtes rossiniennes :

3) https://www.youtube.com/watch?v=SinJltvGQdY de 1 :58’’ : 40’’ à 1 :60’’

Ainsi, la raison, si raison il y a dans le désir de guerre, triomphe du désir et de l’amour : Ubaldo et Carlo parviennent à convaincre Rinaldo de se ressaisir : il doit retrouver sa bravoure et le sens du devoir. Prenant conscience de sa déchéance, il prend la fuite avec eux au grand désespoir de la magicienne amoureuse : l’amour, qui l’empêcha de tuer Renaud endormi quand elle le pouvait, la rend impuissante, malgré le secours des puissances de l’enfer qui ne répondent plus guère à sa voix. Armida détruit son palais enchanté et, comme Médée, ultime fuite des magiciennes vaincues par l’amour, s’envole sur son char à la poursuite de son amant : retrouvailles ou vengeance. Nous la quittons sur ses imprécations impuissantes :

4) FIN ET FOND  https://www.youtube.com/watch?v=SinJltvGQdY : de 2 :34’

 Benito Pelegrín

 

Opéra de Marseille

Armida de Rossini : en octobre, le vendredi 29, 20h, le dimanche 31, 14h30 et, en novembre, les mercredis 3 et vendredi 5 à 20h.

VERSION CONCERTANTE

Direction musicale José Miguel PÉREZ-SIERRA

Assistant à la direction musicale Néstor BAYONA

Armida/ Nino MACHAIDZE

Rinaldo /Enea SCALA

Gernando / Ubaldo Chuan WANG

Goffredo / Carlo Matteo ROMA

Idraote et Astarotte : Gilen GOICOECHEA

Eusatzio/ Jérémy DUFFAU

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

RCF : émission  N°570  de Benito Pelegrín. Semaine 42

Rmt News Int • 22 octobre 2021


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