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Kuyper Elisabeth : Sonate pour violon et piano, Concerto pour violon et orchestre.

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Une redécouverte surprenante !

Avec : Aleksandra Maslonavic, violon ; Tamara Rumiantsev, piano ; Brno Philharmonic : Mikel Toms 

www.feminaerecords.com

Il y a des enregistrements dont on oublie de parler. Celui-ci en fait parti. Il constitue un véritable ovni musical révélant une compositrice immense néerlandaise à la signature singulière. Sa vie pourrait inspirer un roman ou un biopic avec une cinéaste talentueuse. Cet enregistrement bouleverse, touche au plus profond.

Le mystère Elisabeth Kuyper (1877-1953)

Cet enregistrement réussi permet de lever le voile. Elle est née à Amsterdam où elle est l’aînée de trois enfants. Elle suit ses premières leçons de musique à l’âge de douze ans avec Daniël de lange avant de poursuivre ses études à Berlin auprès de Max Bruch dans la filiation de Carl Reinecke. Elle sera la première femme compositrice à obtenir le prestigieux prix Félix Mendelssohn. Elle aura toujours le soutien de Max Bruch qui ne cessera d’encenser chaque composition. Elle fonde en 1908 l’Orchestre du Tonkünstlerinnen de Berlin qu’elle dirige.

Elle enseigne la théorie musicale en parallèle à la Hochschule de musique de Berlin. Elle dirige et fonde l’orchestre symphonique des femmes à Londres en 1922. Elle se produit avec le chœur et l’orchestre de la Hague pour la convention internationale des droits des femmes en 1922 puis se rend aux usa où elle conduit et crée l’orchestre symphonique des femmes de New-york en 1923. Elle y est plébiscitée par l’ensemble des critiques et musicologues américains. L’orchestre disparaît en 1924 sous les pressions financières. Elle s’établit à Muzzano au bord du lac majeur en Suisse en 1925. Elle décède en 1953.

Elle laisse une œuvre très personnelle de qualité. On dénombre des œuvres de musique de chambre, de nombreuses mélodies, une symphonie, un concerto pour violon et un opéra … Ses œuvres à la signature évidente sourient à un romantisme tardif délicieux à écouter et à déchiffrer.

L’enregistrement

Elisabeth laisse deux sonates pour violon et piano. La première en La Majeur opus 1 est de dimensions importantes. Elle se compose de quatre mouvements. Elle sera publiée en 1902. Elle requiert une grande exigence stylistique de la part des interprètes. Elisabeth Kuyper y démontre une connaissance parfaite des deux instruments. Cette sonate est jubilatoire. Le premier mouvement allegro étonne. Le second est un boléro. Le troisième andante expressif est un refuge au monde de la poésie. Le quatrième est un allegro énergique flamboyant. La violoniste y déploie un son envoûtant et une justesse rare. Quel enthousiasme Aleksandra Maslovaric déploie. La pianiste Tamara Rumiantsev est au diapason. Le toucher est délicat. La technique est totale. Le duo interpelle et nous emporte dans un champ de coquelicots. Enregistrée en Hollande en concert à Zeeuwse dans la salle de concert, la sonate revit sous la prise de son aérée de Jakko van der Heidjen. La sonate pourra évoquer à certains Saint-Saëns, Gabriel Fauré ou Röntgen.

Le concerto pour violon et orchestre en si mineur opus 10 créé par Max Bruch à la direction en 1908, une de mes tonalités préférées dévoile une construction généreuse, ingénieuse, surprenante et d’une puissance émotionnelle insoupçonnée. Les mélodies sont d’une beauté qui m’évoque certaines îles grecques. Elles nous pénètrent et nous habitent pour toujours. La soliste s’y jette corps et âme. Elle transcende le style de la compositrice. Il se compose de trois mouvements. Le second est une source méditative. Sur le plan violonistique, il est redoutable à interpréter. Aleksandra Maslovaric domine tous les pièges de la partition d’une exigence redoutable. Pour tout chef d’orchestre, passer un moment avec les musiciens de Brno est un moment qui reste à graver à jamais dans la mémoire. Leur implication est totale sous la direction précise et passionnée de Mikel Toms. La prise de son de Jaroslav Zouhar flirte avec la perfection. Ce concerto supplante sans difficulté celui de Röntgen et tient toute sa place à côté de ceux d’Édouard Lalo, Henry Vieuxtemps ou celui de Richard Strauss.

Pourquoi ces deux chefs d’œuvres dormaient depuis la première guerre mondiale dans des bibliothèques ? Cet enregistrement est autre chose. Il permet de réhabiliter une des plus grandes compositrices de son temps. On attend désormais la suite avec impatience. La musique d’Elisabeth Kuyper est un hymne à l’amour. Serge Alexandre

 

Rmt News Int • 14 mai 2026


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