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ART CINÉTIQUE : Quand Ferruccio Gard dialogue avec Vasarely à Marseille

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Une triple célébration artistique

L’Institut Culturel Italien de Marseille, en collaboration avec la Fondation Vasarely, présente jusqu’au 15 mai une exposition qui célèbre simultanément les 120 ans de la naissance de Victor Vasarely, les 50 ans du Centre architectonique de la Fondation Vasarely à Aix-en-Provence, et les 85 ans de l’artiste italien Ferruccio Gard, prétexte à un dialogue visuel entre le père fondateur de l’art cinétique et l’un de ses héritiers les plus fidèles.

L’exposition tisse un fil conducteur entre générations, révélant comment la grammaire visuelle inventée par Vasarely continue d’évoluer et de se réinventer sous le pinceau de Gard. « Au-delà de la célébration d’anniversaires, c’est la rencontre et la filiation entre deux artistes : pour chacun à sa manière, voir une œuvre est une expérience active. Il faut prendre le temps de regarder, se déplacer, suivre les lignes et créer des instabilités » indique Sarah Mongelli, commissaire de l’exposition, historienne de l’art.

L‘art cinétique, ou quand le regard crée l’œuvre

Ce courant artistique théorisé par Victor Vasarely en 1955 propose des œuvres créant des illusions d’optique. « Vasarely dit que ce sont les personnes qui regardent le tableau qui doivent faire le mouvement » précise Ferruccio Gard, grand admirateur du père de l’art optique, un de ses héritiers. Cette phrase résume l’essence même de l’art cinétique où les œuvres ne représentent pas le mouvement mais le produisent et où la perception du spectateur joue un rôle fondamental.

Victor Vasarely a révolutionné l’histoire de l’art dans les années 1950 en élaborant une véritable grammaire visuelle fondée sur des modules géométriques et des variations systématiques. Ses recherches transforment l’image en système dynamique où la couleur ne décore pas mais construit l’espace, générant des vibrations optiques et une profondeur illusoire. La série ILILE (1956-1959), dont deux sérigraphies originales sont présentées dans l’exposition, illustre parfaitement ce moment fondateur où Vasarely définit les codes de l’art cinétique.

Ferruccio Gard, né en 1939, s’inscrit dans cet héritage tout en développant un langage personnel. « Pour moi, le tableau comporte un mouvement pour ceux qui le regardent et ces derniers y mettent un mouvement » précise-t-il. Pionnier de cet art en Italie, il a commencé avec l’art figuratif. « Une nuit, j’ai une révélation car j’aimais la géométrie et les mathématiques, la précision. La réalisation de chaque tableau demande 100 heures de travail. » confie-t-il.

Depuis les années 1960, l’artiste italien explore les possibilités perceptives de la couleur, du rythme et de la structure géométrique. Son dialogue avec Vasarely est celui d’une véritable affinité : tous deux partagent la conviction que l’art peut être un phénomène visuel universel, accessible et capable de toucher directement la perception.

À travers plus de cinquante ans de recherche, Gard a intériorisé le système de l’Op Art pour le pousser au-delà. Ses œuvres comme “Where the color lives in op art” ou “Chromatic emotions” témoignent d’une évolution où la rationalité constructive s’ouvre à une dimension plus personnelle et émotionnelle. À 85 ans, sa démarche n’est pas un hommage nostalgique mais l’affirmation d’une vitalité créative intacte.

Un parcours en trois temps

L’exposition se déploie selon trois sections thématiques qui guident le visiteur à travers les correspondances entre les deux artistes interrogeant notre perception et renouvelant notre rapport à l’image.

 

Les racines et le maître présente le contexte historique et théorique de l’art cinétique, avec les deux sérigraphies emblématiques de Vasarely : ILILE C (vert bleu violet) et ILILE D (rouge noir), réalisées entre 1956 et 1959. Ces œuvres, prêtées par la Fondation Vasarely, révèlent la puissance du langage modulaire de Vasarely et sa capacité à générer du mouvement par la seule organisation de formes et de couleurs. En regard, les premiers travaux de Gard, comme “Dinamiche strutturali/4” (1969) et “Omaggio a Victor Vasarely” (1994) ainsi qu’un second hommage à Vasarely commencé le jour de ses 85 ans, montrent comment l’artiste italien s’est approprié ces principes.

La couleur en mouvement explore comment la couleur devient structure, rythme et énergie. « Dans son interprétation de l’art cinétique, il introduit les émotions et la poésie dans les titres choisis et les couleurs qu’il utilise » explique l’historienne de l’art. Les compositions récentes de Gard, construites sur des séquences chromatiques et des vibrations lumineuses, entrent en résonance avec les tonalités froides et fluides d’ILILE C ou le contraste pulsant d’ILILE D. Des œuvres comme “Invitation to colour” (2023), “Chromatic energies in Op art” (2025) ou “The poetry of color” (2025) démontrent que le langage de l’art cinétique reste pleinement vivant et actuel. L’artiste y présente 2 œuvres en plexiglas aux effets surprenants.

La couleur sans couleur révèle que malgré l’absence de polychromie la vibration optique demeure. Cette section montre comment lignes, modules et variations minimes suffisent à créer du dynamisme visuel, prouvant que le mouvement naît avant tout de la structure et du regard. Dans 3 monochromes réalisés entre 1969 et 2026 dont un autoportrait, « les couleurs semblent disparaître pour réapparaitre dans les titres » ajoute Sarah Mongelli.

Le parcours invite à une expérience active : le visiteur est encouragé à se déplacer, changer de position, s’approcher puis s’éloigner des œuvres. Chaque déplacement modifie la perception, chaque regard crée une œuvre différente. DVDM

Crédit photos: Diane Vandermolina 

Informations pratiques

Lieu : Institut Culturel Italien de Marseille, 6 rue Fernand Pauriol, Marseille 6e.

Dates : jusqu’au 15 mai 2026

Horaires : Lundi au jeudi : 9h30-12h30 et 14h00-17h00/ Vendredi : 9h30-12h30

Entrée libre

 

Rmt News Int • 2 mai 2026


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