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Intégrale stupéfiante des symphonies de Carl Reinecke

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Münchner Rundfunkorchester : Henry Raudales, direction et violon soliste. Label cpo  en deux cds.

Le label cpo ne ménage pas ses efforts pour réhabiliter des compositeurs oubliés ou devenus rares dans les salles de concert. Pourtant le compositeur Carl Reinecke est une figure majeure de la musique allemande au 19ème siècle. Il est à Leipzig ce qu’est le Gewandhaus qui lui doit tant.

Carl Reinecke (1824-1910) : compositeur et pédagogue de renom.

Élève de son père Rudolph (1795-1883), il se perfectionne auprès de Mendelssohn et Schumann au gré de ses rencontres. Excellent pianiste, il se produit au Danemark et en Suède à l’âge de 19 ans. Ses interprétations de Mozart, Beethoven dont il signe de nombreuses cadences demeurent une référence. Il enseigne au conservatoire de Cologne puis Barmen et Breslau avant de devenir le chef d’orchestre attitré du Gewanhaus de Leipzig et de diriger le Conservatoire jusqu’à sa retraite en 1902. Il y formera de nombreux compositeurs scandinaves célèbres : Grieg, Sinding, Svendsen…Mais aussi Arthur Sullivan, Cosima Wagner, Riemann, Delius, Stanford, Janacek, Albeniz, Bruch, Weingartner… seront ses élèves.

Représentant de l’école traditionnelle allemande héritière de Bach, Mendelssohn, il laisse une œuvre immense riche de 288 opus dans tous les domaines musicaux . Le label Cpo comme d’autres en est un fervent défenseur pour faire revivre ce compositeur. Il fréquentera Liszt et sera l’ami de Johannes Brahms dont il assurera la création du requiem allemand. Je recommande l’intégrale des concertos pour piano par Klaus Hellwig, son concerto pour violon par Ingolf Turban et l’intégrale des quatuors à cordes chez ce label. Le pianiste Michael Ponti avait attiré mon attention sur ce compositeur très jeune avec son enregistrement chez Vox Turnabout. Il reste à redécouvrir ses opéras et la plupart de ses œuvres vocales d’une grande richesse.

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L’enregistrement est une réussite totale.

Henry Raudales, ancien lauréat du concours de la Reine Elisabeth, violoniste et chef d’orchestre guatémaltèque et belge a reçu le soutien de Yehudi Menuhin. Il est successivement premier violon du Philarmonique de Bruxelles avant d’occuper le même poste à l’opéra flamand d’Anvers et Gand puis de l’orchestre philharmonique de Essen avant d’intégrer en 2001 le München Rundfunkorchester qu’il dirige régulièrement. Ses enregistrements sont nombreux. Il excelle dans ce répertoire romantique et cela s’entend à travers ces deux cd.

La première symphonie en la majeur opus 79 jouée de nombreuses fois au Gewandhaus de Leipzig entre 1858 et 1896 s’inscrit typiquement dans la grande tradition musicale germanique. On y ressent l’influence prégnante de Mendelssohn. Le dernier mouvement révèle les plus beaux moments de l’œuvre. Il y règne une mélancolie délicieuse digne des plus grands poètes allemands. On connaissait l’enregistrement très poignant avec l’orchestre de Rhénanie d’Alfred Walter chez Naxos –Marco Polo. Henry Raudales livre une lecture passionnée de l’opus 79 précise et capte notre attention à chaque instant.

La seconde symphonie  «  Hakon Jarl » opus 134 épouse la tonalité de do mineur. Howard Shelley avec l’orchestre de Tasmanie en avait livré une lecture convaincante chez Chandos. Elle s’inspire de la vie du souverain viking qui avait inspiré dix ans auparavant Smetana un très beau poème symphonique. De facture classique en quatre mouvements comme la première , l’écriture est d’une grande fluidité. Les cordes aigües sont souvent sollicitées. Les cuivres sont fort bien servis. On est proche des œuvres de Niels Gade. Ici le chef d’orchestre est irréprochable. Il nous emporte dans cette histoire où Hakon Jarl sera vaincu par Oluf au dernier mouvement.

 

La troisième symphonie en sol mineur opus 227 est aussi de forme classique en quatre mouvements. La première sera donnée en 1895 et sera défendue avec force par Arthur Nikisch. L’enregistrement de Raudales rejoint par sa clairvoyance celui d’Howard Shelley chez Chandos. Cette ultime symphonie possède un charme suranné à l’heure où Mahler écrit sa seconde symphonie ou Richard Strauss son Till Eulenspiegel. La beauté des mélodies et l’architecture de cet opus en font ma symphonie préférée du compositeur. Les deux cd aux durées généreuses permettent de découvrir de nombreuses ouvertures. L’ouverture du Roi Manfred opus 93 est le miroir d’un opéra en cinq actes sur un livret de son ami poète Friedrich Röber créé à Wiesbaden en 1867. Cette ouverture fascine totalement. Henry Raudales offre ses talents de violoniste soliste dans la très belle romance pour violon et orchestre ouvrant le quatrième acte. Son guadagnini de 1787 chante à merveille.

Le prélude de l’acte 5 est d’une beauté sans nom. Il n’est pas étonnant que Hans Von Bülow en parlera à Liszt dans ces termes élogieux : le meilleur opéra écrit depuis Lohengrin. La marche triomphale opus 110 est une pièce héroïque proche de Raff. L’ouverture opus 166 est une pièce orchestrale brillante. Le prologue solennel opus 223 est proche de la forme d’une ouverture. On y perçoit la passion du compositeur pour Bach, Mozart, Haydn, Beethoven. La danse opus 161 charme. L’ouverture de Dame Kobold opus 51 d’après Calderon dont l’opéra de Raff vient d’être brillamment enregistré en première mondiale sous la direction de Dario Salvi chez Naxos sera créée à Bramen par le compositeur avant d’être reprise à Leipzig par Julius Rietz. L’ouverture surprend et offre du plaisir. Enfin, l’ouverture sur la tragédie de Klein « Zenobia » opus 193 est une plongée dans un torrent de passion. On tient là un enregistrement de référence pour une première rencontre avec un des compositeurs et pédagogues les plus influents de son temps. Le cœur s’emballe. Le corps frissonne. Reinecke dont on joue régulièrement en concert sa sonate « Undine » pour flûte et piano mérite bien mieux. Qu’on se le dise !

Serge Alexandre

Rmt News Int • 7 mai 2026


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