voldoiseauxpartempsdeneige

La rentabilité, critère de choix des politiques culturelles.

MP2018 va célébrer la culture pendant 6 mois à partir du 14 février 2018 : cette réplique de MP2013 a pour objectif de montrer que l’élan impulsé par la capitale européenne de la culture sur le territoire Marseille Provence n’est pas retombé tel un soufflé à peine sorti du four.

Hélas, ce temps fort festif ne doit pas masquer les errements en matière de politique culturelle de notre territoire : les petits lieux se meurent dans l’indifférence et plusieurs festivals tendent aujourd’hui à disparaitre faute de subsides.

Après le Vitrolles Sun Festival en difficulté, c’est au tour de Babel Med à Marseille d’être sur la sellette.

Fin décembre, je suis restée pantoise devant la nouvelle de la baisse drastique de subventions à Babel Med Music au motif qu’il faudrait que ce salon au concept original -puisqu’il proposait des concerts en soirée où étaient invités des artistes talentueux pas forcément connus- se concentre sur son versant marché professionnel, le versant artistique n’étant pas assez rentable. Quid donc de ce temps fort printanier organisé au Dock des Suds par l’association Latinissimo.

Cette décision par la tutelle en charge du dossier m’interroge plus largement sur les obligations entrepreneuriales draconiennes -trop souvent – imposées aux structures culturelles qui se doivent de souscrire au modèle économique libéral érigé en idéal par les politiques au mépris de la création artistique : cette dernière requiert du temps et ne peut être immédiatement rentabilisable, souvent même elle ne devient objet de spéculation que bien après la mort de son auteur.

La beauté de l’art réside dans sa « gratuité », au sens du don de soi d’un artiste à son public, ce qui confère ce supplément d’âme à son œuvre artistique, indépendant de tout aspect financier et de toute rentabilité immédiate. Et si investissement est fait, c’en est un au long court. Notamment lorsqu’il s’agit de soutenir des jeunes artistes en devenir, voire des artistes dont la renommée n’est pas encore à son apogée.

Alors, l’objet culturel doit-il n’être que rentable pour se prévaloir d’un soutien ? Avec ce choix assumé de notre tutelle régionale, voici assurément l’avènement plein et entier de l’ère d’une politique culturelle oublieuse de ce qui en fait sa spécificité même. Et en dépit d’un système de subvention à la culture défaillant pour diverses raisons, son attribution doit-elle être régie par le seul dictat de la loi de l’offre et de la demande? Cette tendance s’est hélas amplifiée en quelques années et ne cesse de s’accroître toujours plus encore.

Et la culture à laquelle nous participons risque d’être toujours plus uniformisée, formatée et chloroformée, à l’image de nombreuses émissions proposées à la Télévision. L’objet artistique en répondant à tous les critères du marché ne sera plus qu’une marchandise comme les autres  et n’offrira plus ce petit supplément d’âme qui nous permet d’être pleinement humains, en ne satisfaisant plus à nos besoins spirituels.

Fort heureusement, il existe encore des artistes ayant une véritable vocation, engagés dans leur combat artistique, des insoumis portant un regard libre sur notre monde qu’ils questionnent, hors des sentiers battus. Ce sont ces artistes que nous souhaitons soutenir le plus longtemps possible.

Je garde néanmoins espoir dans la mesure où même dans les périodes les plus troubles de notre histoire, les artistes ont su continuer leur œuvre au mépris de la mort et de tout ce qui a pu être mis en place pour les obliger au silence.

Une très belle année à tous,

DVDM

Share Button