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Die Entführung aus dem Serail de Mozart à l’Opéra de Marseille

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l’Enlèvement au sérail

Singspiel en trois actes,

K 384de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Livret de Goettlieb Stephanie Jr, d’après Bretzner Création : Vienne, Burgtheater, 16 juillet 1782

Opéra de Marseille,

21 avril 2022

 

À CE TRAIN-LÁ…

…, qui n’est pas un TGV, en quelque trois heures, on passe de Marseille au Caire avec halte à Salzbourg, Budapest et Istanbul. Ce pourrait être un train de sénateur comparé au train d’enfer de la guère traînante fusée Satan dont nous menace Poutine, capable de nous anéantir en quelques minutes. Mais ici, si l’on meurt, c’est de plaisir de cette réalisation et interprétation de cette nouvelle coproduction des Opéras de Monte-Carlo et de Marseille qui nous en/traîne, littéralement, dans l’art du voyage à bord du mythique Orient-Express, cher au crime élégant d’Agatha Christie.

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Lancé en 1883, à l’initiative de l’ingénieur belge Georges Nagelmackers, ce train de luxe français, assura d’abord la liaison entre Paris et Vienne puis Venise, et au sortir de la Grande Guerre, en 1919, enfin Constantinople, en passant par Munich, Innsbruck, Bucarest, Belgrade. Mais, par la grâce de la mise en scène de Dieter Kaegi, la gare Saint-Charles de notre Marseille, oubliée la modeste à côté PLM (Paris-Lyon-Marseille) devient le départ de la ligne mythique, avec une halte mozartienne à Salzbourg. Autre magie, les décors et costumes de Francis O’Connor, nous plongent dans une encore Belle Époque des nantis, belles dames en costumes et amples manteaux libérés du carcan des corset grâce à Jacques Doucet et Paul Poiret, mais amplement chapeautées et, on en rêve, on retrouve, dans ce sérail ambulant, finalement aussi libre que libertin, ce chef-d’œuvre entre Art Nouveau et déjà Art Déco (comme notre Opéra) que fut l’Orient-Express agencé et orné par les meilleurs et les plus avancés des artistes de l’époque, des matières les plus luxueuses, des parois, tapisseries, maroquinerie jusqu’à la vaisselle, argenterie et cristallerie qui fut même confiée à Lalique. Les boiseries des couloirs, compartiments, ont la douce chaleur et couleur jaune doré du bois de sycomore du grand architecte belge Horta, d’un Modernisme lumineux facile et confortable à vivre tel que le voulut aussi le Catalan Gaudí.

On verra le train de nuit bleu nocturne, de front sur les quais des gares: il s’ouvrira magiquement en compartiments, somptueux wagon restaurant, cuisine, bar, s’inversera sur le dernier wagon et sa balustrade sur le vide de l’impossible évasion et, au-dessus de son impériale à rambarde métallique, autre rêveuse invitation au voyage, les vidéos de Gabriel Grinda font défiler des paysages et images et villes traversées dont on reconnaît, par synecdoque, al partie pour le tout, des éléments symboliques : clochers autrichiens et Château perché de Salzbourg, ligne de crête des palais de Budapest, minarets des mosquées et Sainte Sophie de Constantinople, le Caire enfin. Mais le départ de Marseille, avec fumée, vapeur de trains d’autrefois, bruit métallique des roues sur les rails, ce sont bien les grandes verrières de la Gare Saint-Charles, défilé précis des architectures jouxtant la gare, mais, joli pied de nez à la topographie de la ville, l’autant impossible à percevoir du train qu’à oublier : Notre-Dame de la Garde.

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Turquerie

Les rapports entre l’Europe et la Turquie, qui nous occupent ou préoccupent encore aujourd’hui, ne sont pas d’hier. Dernière grande alerte ottomane, turque, en Europe, le siège de Vienne en 1682 : heureuse conclusion au moins d’un conflit, nous lui devons les « viennoiseries », les croissants (de lune), délicieuses pâtisseries de la victoire autrichienne et chrétienne, de la Croix sur le Croissant islamique et, un siècle plus tard, passé le danger, l’Enlèvement au sérail de Mozart (1782). Son premier singspiel, mêlant chant et parole, musique savante et populaire ; le second et dernier, sa Flûte enchantée situe dans l’Égypte, turque encore de son temps, le temple de l’humanisme maçonnique.

L’Orient était en vogue au Siècle des Lumières depuis la fin du siècle précédent. 
Venue d’une Espagne ayant chassé et pourchassé ses derniers maures et arrêté l’avancée turque en Méditerranée à Lépante en 1571, la mode orientale, à travers romans (Zaide, de Madame de La Fayette), avait eu un regain d’actualité en France avec l’ambassade turque ratée à Versailles des envoyés de la Sublime Porte (1669) dont Louis XIV voulut se venger en commandant la turquerie de Molière/Lully, Le Bourgeois gentilhomme (1670). Cette comédie ballet et le Bajazet tragique de Racine (1672) traduisent et trahissent le sentiment ambivalent de l’Europe pour la Turquie : on voudrait en rire mais on en a peur, on voudrait l’intégrer et on la redoute. Un siècle après, vaincu ou contenu, le Turc, l’Oriental, peut devenir le sage symbole inverse de nos folies chez Montesquieu et ses Lettres persanes, Voltaire, ou bien l’image de la magnanimité dans Les Indes galantes de Rameau et dans Mozart et son Égypte maçonnique que Bonaparte mettra largement à la mode avec sa campagne (1798) et sa cohorte de savants, dont Champollion. Les Orientales, dramatiques, de Victor Hugo ne sont pas loin avec les déchirements du soulèvement anti-turc des Grecs. Mais, au XVIIIe siècle,  la traduction par Antoine Gallant des Mille et Une Nuits (1704) avait mis à la mode un Orient sensuel et badin, alibi de l’érotisme libertin du Sopha de Crébillon (1742), des Bijoux indiscrets (1748) de Diderot, un peu plus édulcoré dans les opéras de Gluck La finta schiava (1744), Les Pélerins de la Mecque (1764) qui deviendra sagement bourgeois chez Boieldieu et son Calife de Bagdad (1800) et carrément bouffe avec le Rossini du Turc en Italie et de l‘Italienne à Alger. Fantasmes et chimères d’un Orient, désorienté (perdre l’orient), qui ne fait plus peur à l’Europe triomphante.

         Mozart avait déjà écrit la musique de scène de Thamos, König of Aegypten (‘Thamos, roi d’Égypte’, 1773) pour accompagner un drame d’inspiration maçonnique, un mélologue à la mode du temps, avec passages déclamés sur la musique. Mozart avait aussi manifesté son intérêt pour cet Orient alors aux portes de l’Autriche avec une autre turquerie allemande inachevée, Zaide (ou Das Serail, 1779), fondée déjà sur une histoire de sérail similaire, avec un personnage appelé aussi Osmin, une basse comme dans l’Enlèvement, et il compose également Le gelosie del Seraglio (‘les jalousies du sérail’ 1772), esquisse d’un ballet pour son opéra italien, situé dans la Rome antique Lucio Silla. L’Oca del Cairo (‘L’Oie du Caire’,1783), est un opéra-bouffe d’inspiration encore orientale, inachevé.

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L’œuvre

Die Entführung aus dem Serail, ‘l’Enlèvement au sérail, de Mozart un opéra ou, plutôt,  un Singspiel en trois actes de 1782, livret de Stephanie. Le Singspiel , ‘Jeu chanté’, est du théâtre musical joué et chanté en allemand. L’Espagne, depuis le début du XVIIe siècle, avait créé la zarzuela, alternant passages parlés et chantés, suivent les ballad operas anglais et l’opéra-comique [5] français, pas forcément comique au sens de faire rire, mais avec ce mélange de lyrique et de « comique », c’est-à-dire relevant de la comédie, des comédiens. Carmen, rappelons-le, est un vrai opéra-comique, puisque les passages parlés sont très importants.

         Origine à tiroirs, le livret allemand est tiré d’une pièce tirée d’un roman anglais inspiré de traditionnels récits espagnols de captifs sur des pirates barbaresques enlevant et faisant esclaves des chrétiens, les belles femmes étant réservées au sérail, au harem du seigneur. Ici, c’est un enlèvement contre le rapt : le maître et son valet, Belmonte, noble espagnol et Pedrillo, vont tenter d’enlever, d’arracher du sérail du pacha Sélim leurs deux amantes enlevées, respectivement Constance et Blonde, sa soubrette anglaise, malgré l’eunuque ogresque et grotesque, Osmin.

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Réalisation et interprétation

         À chaque station, de pittoresques personnages, joliment adaptés à la couleur locale, animent les quais de gare, vendeurs, nouveaux voyageurs, regardés avec curiosités par les autres aux fenêtres. L’intérieur du train s’ouvre indiscrètement à nous dans le compartiment somptueux de Constance, puis restaurant, cuisine où s’affaire une nuée de cuisinières en sobre uniforme élégant.

La nuit, après les ébauches d’idylles au bar, éméchées, s’ébauchent les débauches, le luxe et la luxure de ces fortunés du long voyage, le meublant d’intrigues érotiques : les portes de compartiments s’ouvrent se ferment discrètement sur des couples furtifs, chacun cherchant sa chacune ou chacun son chacun, sans refuser le troisième larron ou larronne dans cette foire au plaisir, qui remplit d’une certaine nostalgie humoristique au souvenir de nos plus modestes trains de nuit, mais réservant parfois de joyeuses surprises.

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            Trop souvent, comme le rôle de Monostatos dans la Flûte enchantée, celui de Pedrillo, le picaresque et espiègle valet, est sacrifié en voix. Ce n’est pas le cas dans cette distribution qui l’offre à Loïc Félix, solide voix de ténor, avec un air héroïque bien projeté, rarement dévolu par la convention lyrique à un valet de comédie, tout en douceur nostalgique dans sa sérénade chanson sur la jeune fille en pays de Maures. Il fait couple avec la belle  Blonde brune d’Amélie Robins, toujours de mieux en mieux, de l’Odéon à Orange, piquante, virevoltante, dont le riche soprano est brillant, agile, facile, aigu piquant, pimpant, pittoresque et coquine, joliment troussée en soubrette accorte qui ne s’en laisse pas compter, esclave maîtresse, faisant trembler le redoutable gardien du sérail, lui donnant une cinglante leçon de galanterie, le mettant en boîte, plutôt le coiffant de la boîte de la marmite dans la scène bouffe de la cuisine à bonne bouffe, non des anges mais des jolies diablesses issues du chœur, aux corps dignes d’alimenter aussi bien des rêves dans ce voyage au long cours.

Osmin, coq en pâte empâté au milieu des cocotantes cuisinières stylées, c’est Patrick Bolleire, qu’on a déjà longuement entendu, et vu, depuis le début, sous toutes les coutures de tous les divers costumes, chef de quai, contrôleur du train, de wagon, toujours fanatiquement égal à lui-même : géante et tonitruante basse s’allégeant, se pliant aux mélismes orientalisants, dans une vélocité déjà rossinienne, à une allure express râlant ses inénarrables menaces et ses rêves sadiques de tortures, de la force brutale neutralisée ici par le  comique.

Ni comique ni vraiment dramatique, le personnage de Belmonte est le ténor amoureux de convention qui annonce par son lyrisme élégiaque le Ferrando de Cosí fan tutte mais sans le déchirement de l’amour trahi : on n’aura ici que du traditionnel dépit amoureux entre les amants au pire moment de l’évasion, malentendu qui risque de tout faire échouer comme aussi dans le Barbier de Séville. Le ténor Julien Dran, déjà apprécié par ses précoces qualités au Cnipal, adoubé par Berganza en ses leçons, le représente de son élégante grande taille, d’un phrasé à la hauteur, et de son timbre lumineux et raffiné. Au mimodrame joliment troussé de la muette scène de vaudeville égrillard, des portes qui s’ouvrent et ferment sur des couples érotisés par le train, en quête de parties et partouzes, on reprochera seulement de distraire, par l’œil, l’oreille qu’on doit absolument prêter à son air émouvant, exigeant, risqué ; mais le chanteur et acteur, avec une impeccable tenue de souffle déroule l’implacable ruban des fleurs de vocalises et arrive à exister dans son imperturbable solitude perturbée, et il nous bouleverse, témoin apparemment philosophe, des plaisirs de ces mondains dont le monde cruel l’exclut jusqu’ici.

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Sous la musique riante de Mozart et sous la souriante fable du texte affable, ce voyage en train de luxe vers un Orient de rêve, gomme certes une sombre actualité : la régression du statut des femmes, rapts, rançons, viols et violence, guerre et menace de tortures dont la dignité exaltée de l’héroïne, femme fidèle de la fiction, saura se tirer. Encore qu’ici, la constance de Constance ne semble pas à toute épreuve : dans la douillette couchette de ce wagon-lit de luxe, face à face proche d’un luxueux et fastueux Selim, digne par son allure et sa figure d’un oriental Hollywood de cinéma, Bernhard Bettermann, qui enchante sans chanter, strip Pacha, toujours prêt à ôter la veste et le reste, on la sent plusieurs fois prête à faillir, à défaillir, sensible aux marques d’amour présentes que lui manifeste son geôlier : admiration réciproque et signe, peut-être, d’un amour raté moins conventionnel que celui d’un Belmonte lointain, auquel la lie une promesse qui la tient prisonnière. Belle trouvaille de la mise en scène, souvenir peut-être des protestations de fidélité de Fiordiligi dans Cosí fan tutte, dont la fermeté semble démentie ironiquement par la musique, les virtuoses aigus affolés et affriolants de son grand air « Marten alle Arten », où Constance défie les menaces de tortures terribles du Pacha, semblent ici les cris de jouissance que lui procurent les caresses pressées et empressées de l’amant, qu’elle n’enverra qu’in extremis se rhabiller.  On admire toute la maîtrise de Serenad Uyar, admirée depuis les temps du CNIPAL, de tenir la distance, à distance l’amant, ce jeu scénique perturbant durant ce véritable air de concert, précédé d’un long prélude orchestral, où sa voix, onctueuse, pleine et agile, instrument virtuose, rivalise, et triomphe des vents et même trompettes. C’est le personnage le plus profond, noble, tragique, de l’œuvre, avec une palette de sentiments qui vont de la nostalgie du premier air, di portamento, de tenue de souffle, expressif et poignant, à l’héroïsme échevelé de vocalises de ce troisième,  déjoué malicieusement par la mise en scène : tout en plaidant pour la clémence du bourreau, tout en semblant aspirer avec une ivresse masochiste au martyre au nom de la fidélité à sa foi en l’amour, elle excite le Pacha transi, qui s’avoue encore plus  enflammé.

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Servie de main de maître par Jurjen Hempel, baguette agile, jamais lourde, dynamique, tonique dès l’ouverture percutante, pulsation parfois haletante en ses tempi mais sans jamais mettre en danger les chanteurs, sachant ménager les silences humoristiques de pas de loup de certains moments. Le Chœur chante avec la conviction obligée des masses soumises la gloire d’un Selim pirate et oppresseur, qui la mériterait pourtant à la fin dans la grandeur de sa clémence et de sa générosité. Benito Pelegrín

 

OPÉRA EN 3 ACTES

Livret de Gottlieb STEPHANIE d’après une pièce de BRETZNER

Création en Autriche, au Burgtheater de Vienne, le 16 juillet 1782

Dernière représentation à l’Opéra de Marseille, le 13 mars 2007

A voir du 19 au 26 avril 2022 – 20h sauf le dimanche 14h30

 

NOUVELLE COPRODUCTION OPÉRA DE MONTE-CARLO / OPÉRA DE MARSEILLE

Direction musicale : Paolo ARRIVABENI

Assistant à la direction musicale : Nestor BAYONA

Mise en scène : Dieter KAEGI

Assistante à la mise en scène : Stéphanie KUHLMANN

Décors / Costumes : Francis O’CONNOR

Lumières :  Roberto VENTURI

Vidéos : Gabriel GRINDA

Régisseur de production : Jean-Louis MEUNIER

Second régisseur : Jacques LE ROY

Régisseuse de figuration : Alexandra BEIGNARD

Surtitrage : Richard NEEL

Régie de surtitrage : Qiang LI

Pianiste / Chef de chant : Fabienne DI LANDRO

Constance : Serenad UYAR

Blonde : Amélie ROBINS

Belmonte  Julien DRAN

Pedrillo  Loïc FÉLIX

Osmin  Patrick BOLLEIRE

Selim Bassa: Bernhard BETTERMANN

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

Crédit photo: Ch. Dresse

La Veuve Joyeuse à l’Odéon

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Die lustige Witwe (1905)

Opérette en 3 actes de FRANZ LEHÁR

Livret de Victor LÉON et Léo STEIN

d’après L’Attaché d’ambassade (1861) d’Henri Meilhac

L’Odéon, 16 avril 2022 

L’Odéon en reprend, à trois chanteurs et deux danseurs près, l’heureuse production de 2019. Trois ans déjà, c’était le monde d’avant, et on dirait presque une autre époque, une belle époque sinon exactement la belle époque du sujet, qui ignorait la pandémie, qui n’imaginait pas non plus une guerre, même dans cette principauté imaginaire d’Europe centrale, la Marsovie, dont l’ambassadeur en France s’appelle Popoff et qui ressemble, mais en version comique, à ces pays aujourd’hui tragiques et martyres, dont on pouvait encore rire innocemment. L’opérette fut créée à Vienne en 1905 et nul n’imaginait pas non plus, alors, que cette Europe de l’est exploserait en Première Guerre Mondiale à peine une décennie après, emportant à jamais la Belle époque de l’Art Nouveau d’un siècle qui se lançait avec enthousiasme dans la modernité.

        Sacrée Veuve ! Largement centenaire et pas une ride, pas plus que cette reprise dont je saluerai, on me le pardonnera, presque avec les mêmes mots, ce qu’on n’hésitera pas à appeler réussite si on la mesure, il ne faut pas l’oublier, aux craintes et contraintes que nous subissons encore du covid, surtout ces artistes malheureusement plus exposés, pour notre plaisir et bonheur dans notre confortable fauteuil sans grand risque, par la nécessité des évolutions serrées de la troupe sur la scène restreinte, sans compter les étreintes, évidemment sans distance autre qu’amoureuse. Donc, amis chanteurs et comédiens, et vous danseurs, avant tout, un immense merci à votre générosité, à votre professionnalisme qui ne fait pas sentir le manque de répétitions en amont pour deux simples séances pour tant de travail.

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         Mais tout de même un mot différent : dans le changement de distribution, le beau Danilo, beau pied de nez en pleine actualité politique délétère, dépassant droit du sol et de naissance dont rêvent des esprits étriqués et des cœurs desséchés, n’est pas un freluquet blondinet qu’on supposerait jolie plante de ces pâles terres sans doute slaves de Marsovie, mais un bien planté bel homme de couleur, noir de peau, d’Afrique, des île ou d’ailleurs, peu importe, sa patrie est le chant et la scène et il forme, avec la blonde Charlotte Despaux, supposée Américaine dans l’intrigue, un magnifique couple à faire enrager Trump et tous ses disciples d’ici et d’ailleurs :c’est, aussi bon chanteur qu’acteur, le baryton Anas Séguin, Révélation Artiste Lyrique de l’ADAMI, qui se révèle à nous.

         Oui, comme je disais dans mon premier texte, vive la Veuve ! Sans crier pour autant « Mort aux maris ! » par prudence, presque chacun l’étant, l’ayant été ou le sera. Encore que la disons Pension de réversion que le vieux Palmieri de Marsovie laisse en mourant élégamment très vite à sa jeunesse d’épouse Missia, plus que le budget restauré de la petite principauté d’Europe centrale ruinée, une constellation de millions, ferait le bonheur d’une myriade internationale de prétendants, soupirants aspirant à sa main pour restaurer leur fortune, ou la faire, pour la dilapider en restaurants chics parisiens avec champagne à gogo et gogo girls en campagne, dans cette capitale du monde et de la fête qu’est ce Paris de la fin du XIXe siècle où tout le monde se retrouve, mondains comme fripouilles, entre le Maxim’s cher déjà à tel Président d’hier, cher à faire rire jaune même un gilet  d’aujourd’hui, et lieux de plaisirs racaille et canaille des hauteurs de la Butte à putes de Pigalle et Montmartre. Mais, pour éviter l’évasion fiscale de la Veuve, fatale aux finances de la Marsovie, l’Ambassadeur à Paris Popoff complote pour lui donner pour époux un Marsovien non venu de Mars, le Prince Danilo, attaché d’Ambassade, peu gourmé gourmet, gourmand d’affriolantes gourgandines parisiennes, apparemment peu tenté par la tentante Veuve, dont on apprendra que son cœur battit autrefois pour elle, avant que celui du mari n’en claqua d’amour.

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         Bref, léger, très léger argument du vaudeville initial d’Henry Meilhac (1830-1897), prolifique auteur, viveur et noceur, fréquentant réellement le monde de la fête du Gai (pas encore officiellement gay) Paris qu’il décrit. Avec son complice Ludovic Halévy, rencontré un an avant cette pièce, en 1860, il commencera une intense collaboration de près de vingt ans, semée de chefs-d’œuvre, les livrets érudits et comiques des plus célèbres opérettes de Jacques Offenbach, La Belle Hélène (1864), La Vie parisienne (1866), La Grande-duchesse de Gérolstein (1867) et La Périchole (1868) et, naturellement, Carmen de Georges Bizet (1875), etc. Une œuvre prolifique, rentable, qui permettait à ce célibataire endurci de vivre sa vie sans veuve à laisser ni à désirer pour son argent.

         Ici, l’argument est bien mince, encore aminci par la nécessité d’une adaptation pour la musique, qui allonge toujours le temps des textes. Mais cette pauvreté dramatique est habillée, enrichie d’une musique qu’on a beau connaître semble-t-il depuis toujours tant elle a une sorte d’évidence intemporelle de la mémoire collective et individuelle, qu’on est toujours étonné de la redécouvrir dans la fraîche beauté de sa paradoxale et déjà ancienne éternité. 

     Après les affres de la pandémie, On retrouve donc l’Odéon, seule maison en France entièrement vouée et dévouée à l’opérette C’est avec un plaisir à la fois enfantin et érudit que l’on retrouve de simples décors en carton peint d’un temps où le théâtre s’acceptait humblement comme théâtre, avec ses voyants artifices, et l’on se dit que Mozart, notamment avec sa miraculeuse Flûte enchantée populaire, devait en connaître de semblables. Ici, de symétriques colonnades à boulons d’architecture industrielle du temps, et, en fond de lumières changeantes, une Tour Eiffel contemporaine, chef-d’œuvre métallique d’industrie, illuminée par le miracle aussi contemporain de la « Fée électricité ». Les costumes, de l’Opéra de Marseille, comme toujours, seront élégants, d’époque aussi mais avec, dans les scènes de liesse nationale, d’un folklore imaginaire d’Europe centrale de fantaisie pour cette fantasque Marsovie, une minuscule parcelle imaginaire du vaste Empire austro-hongrois qui va bientôt voler en miettes : comme les fastes du Titanic, ceux de cette Belle Époque feront aussi naufrage avec cette folie suicidaire d’une Europe en Guerre de 14-18. Mais la musique, elle, surnagera et vivra pour notre bonheur.

         À la direction musicale, Bruno Membrey la traite toujours amoureusement, la caresse, suivi avec une effusion affective par un Orchestre de l’Odéon invisible mais sensiblement présent. Le Chœur phocéen de Rémy Littolf fait plus que jouer le jeu : il joue avec un contagieux (on a peur aujourd’hui du mot!) plaisir dans le rythme très musical, sans temps mort qu’Olivier Lepelletier, autre spécialiste de ce répertoire respectueusement servi, donne à sa mise en scène, avec une distribution où, du dernier comparse aux rôles principaux, chacun, sans s’économiser, contribue avec bonheur au nôtre par son engagement et son talent. D’ailleurs, les « Bis ! » qui fusent de la salle et les généreuses reprises par toute la joyeuse troupe des couplets de la fin, à n’en plus finir, sont une gratitude, une reconnaissance par le public, de tout ce travail élaboré à la fois individuellement et collectivement. Rien à enlever de ces anciennes lignes de 2019.

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Même des figures, de simples silhouettes sont campées avec une précision loufoque, ainsi les comparses Pritschitch (Jean-Luc Épitalon) et Bogdanovitch (Michel Delfaud), paire devenue trio avec le Kromski de notre Antoine Bonelli, tous en peine d’épouses encanaillées. Dans ce domaine, sans non plus chanter, Simone Burles est une, lubrique Praskovia lancée vampiriquement à l’assaut sexuel du Prince Danilo. Dans un finale festif endiablé, Carole Clin est  toujours une Manon menant Maxim’s de maximale main de maître, pardon, de maîtresse, et à la cravache !

Chantre infatigable de sa Gaby Deslys marseillaise qu’il a ressuscitée, Christophe Born est encore un Guatémaltèque haut en couleurs et timbre de voix de ténor, duo avec la voix de baryton du D’Estillac de Florent Leroux Roche, joyeuse paire de compères prétendants intéressés, évincés, de Missia.  

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Dans la catégorie mari aveugle, stentor à grande gueule tonitruante sur ventre trônant et moustaches avantageuses, Olivier Grand reste un Baron Popoff inénarrable de suffisance et de naïveté face à sa femme. Et quand celle-ci est la piquante Caroline Géa, l’Ambassadeur marsovien a intérêt à veiller à ses quartiers de noblesse : la belle Nadia, jouant les mutines, câlines et coquines Zerlina, allusion musicale de la pièce à Don Giovanni, veut et ne veut pas, ne veut pas et veut, dans la plénitude de ses formes et de sa voix, finit tout de même, comme dans les Noces de Figaro, autre clin d’œil, par entrer dans le propice « joli pavillon » que lui chante et ouvre, d’une superbe voix d’amant postulant, Camille de Coutançon, un romantique et ardent Samy Camps, la voix mûrie, mâle et ardente : magnifiques duos des amants manqués qui ne manqueront pas la prochaine occasion. Il est vrai que ledit pavillon a la forme d’un éventail qui, comme dans Tosca, a sa part dans l’intrigue. Fort heureusement, la générosité de Missia, la généreuse Veuve, la sauvera du déshonneur conjugal dans lequel elle veut et ne veut pas sombrer mais on sent bien qu’elle succombera un jour avec le sus-dit ou -un inédit. À moins qu’elle ne soit vite veuve de son pouffant Popoff d’époux.

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     Voulant et ne voulant pas non plus succomber, lui aux charmes de la Veuve, du moins l’affirme-t-il, Danilo, le Prince décadent, est donc incarné par le nouveau venu Anas Séguin. Il lui prête sa prestance, beau timbre de baryton large et chaud, chantant son donjuanesque crédo libertin : vanité, vacuité de cette vie d’ivresse artificielle, ou chagrin secret de l’amour désintéressé raté dans sa jeunesse avec Missia. Ses « Manon, Lison, Ninon… » et autres Fanchon ne sont sans doute que la ronde des figures interchangeables, même dans leur sonorité  qui riment, mais  ne riment à rien, de l’amour sûrement avec un grand tas mais non de l’Amour avec un grand A de la Missia perdue, pauvre, retrouvée riche mais perdue pour le sentiment, qui ne s’achète pas.

         Cette Veuve que l’on dit joyeuse, toute riche qu’elle soit de feu son mari, ne l’est pas plus qu’il ne faut et garde le sourire et la tête froide dans une affaire chaude, les assauts galants de galants par l’odeur du fric attirés. Ils ont beaux jouer les boys empressés de comédie américaine lui offrant, espérant plus, des joyaux dans une scène où elle est érigée en Marylin Monroe, elle ne chante pas pour autant Diamants are girl’s best friends, Danilo, l’amour de jeunesse étant pour elle un trésor d’une autre trempe. Elle n’est même pas coquette, c’est plutôt lui le coquet caquetant comme un coq dans le poulailler de ces dames vénales qu’il n’a même pas eu à conquérir mais à prendre ou même à ramasser. Pourtant, que d’atouts déploie encore, sans outrancière ostentation, la Missia retrouvée avec bonheur de Charlotte Despaux ! Bonne actrice, blonde, toujours belle sans agressivité comme je disais, physique de poupée inaltéré, elle a une voix facile, ample, au médium fruité, aux aigus chaleureux, menée avec un art consommé du chant, avec de très belles demi-teintes :  sa ballade de la légende de Wilya, « la dryade aux yeux mystérieux », est un moment de poésie, un appel, un rappel au passé d’un amour vivant à Danilo.

         La musique déroule, dans un enchaînement voluptueux, airs solistes, duos, ensembles, danses, d’une grande beauté. Le septuor « Ah, les femmes, femmes, femmes ! » y est le plaisant couplet d’une misogynie neutralisée par son excès même, scandé avec un grand dynamisme et une conviction appuyée. La danse ne pouvait manquer, marquée du sceau d’Offenbach dont le souvenir passe aussi dans l’œuvre avec ses satiriques politiques cancaniers et les érotiques cancans et french-cancan. Mine de rien, avec sa mine de malin averti, mi-figue, mi-raisin, le Figg de Grégory Juppin entre dans la danse avec des transes de trans ou travesti levant la jambe en vrai acrobate qu’on connaît, déchaîné au milieu du déchaînement chorégraphique réglé par Esmeralda Albert où le blond Stanley  Riddick, serti parmi les dames, véritable élastique, multipliant des grands écarts à couper le souffle aux souffreteux arthrosiques, est un Valentin le Désossé plus souple et démantibulé que nature. À s’en démantibuler les mâchoires de rire.

Benito Pelegrin

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La Veuve joyeuse de Franz Lehár

Marseille, Théâtre de l’Odéon,

16 et 17 avril 2022

Direction musicale : Bruno MEMBREY 
Mise en scène : Olivier LEPELLETIER
Chorégraphie :  Esmeralda ALBERT 

Chœur phocéen de Rémy Littolf

Costumes : Opéra de Marseille

Avec

Missia Palmieri  : Charlotte DESPAUX ; Nadia : Caroline GÉA ; Manon :  Carole CLIN ; Olga : Sabrina KILOULI ; Sylviana : Rosanne LAUT et Praskovia : Simone BURLES 

Prince Danilo : Anas SEGUIN ; Baron Popoff : Olivier GRAND; Camille de Coutançon : Samy CAMPS; Figg : Grégory JUPPIN; D’Estillac: Florent LEROUX ROCHE; Lérida : Jean-Christophe BORN ; Kromski : Antoine BONELLI ; Pritschitch : Jean-Luc ÉPITALON  et Bogdanovitch :  Michel DELFAUD

Danseurs : Esmeralda Albert, Doriane Dufresne, Lola Le Roch, Nathalie Naranjo, Stanley  Riddick

La veuve joyeuse©Christian Dresse

La sagesse des ânes

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La Compagnie Han présentait son dernier spectacle « Bourriques! » au Théâtre du Strapontin de Marseille début avril. Cette histoire d’ânes, pas si bâtés ni bêtes que ça, entraine les petits et les grands dans un univers loufoque où les protagonistes nous rappellent en chanson et en musique que quoique nous fassions nous serons toujours jugés, voire rejetés ou mis à écart, par la société. Alors, autant assumer son être âne pleinement.

Boubou ©Shirley Dorino

En préambule

E quannu cantava facia :

I-Ha, I-Ha, I-Ha,

Sciccareddu di lu me cori

Comu iu t’haiu a scurdari

Par les paroles de cette chanson traditionnelle sicilienne Un sciccaredu, commence ce spectacle tout public musicalo-burlesque avant de s’achever par Louange à l’âne (Bourrico alibouron) du compositeur corse, Philippe Forcioli.

©Shirley Dorino

S’accompagnant à l’accordéon, au ukulele et au cajon, les deux jeunes femmes nous amènent en balade entre compositions personnelles –L’Ane Parfait, La Chanson des bourriques, La douleur universelle et L’art de l’esquive–  joliment écrites et composées.

Le ton est donné d’emblée! Nous sommes en partance pour le pays des mulets, bourricots, baudets et autres ânes.

Riquette ©Shirley Dorino

Cette création est portée par deux artistes complémentaires aux multiples talents, la conteuse-chanteuse Carole Joffrin, et l’acrobate-musicienne, Neda Cainero.  La première incarne un âne anarchiste, refusant les diktats de la société de consommation, la seconde un âne simplet, technicienne de surface dans l’école primaire de son enfance.

Une belle amitié entre deux êtres aux antipodes

Après de longues années sans s’être vues, les deux amies d’enfance se retrouvent par hasard devant l’entrée de leur ancienne école. Boubou, balai et pelle en mains, tente tant bien que mal de nettoyer le sol, se prenant constamment les pieds tantôt dans un trou, tantôt dans son seau. Biquette s’amuse à taguer joyeusement la devanture de l’école d’un « Halte au formatage, Ane Archie ».

Boubou et Riquette ©Shirley Dorino

L’occasion pour Boubou de faire son clown benêt. Illettrée, elle comprend « halte au fromage qui tâche ». Un savoureux jeu sur les sonorités des mots. Un malentendu que toute personne dont la langue maternelle est autre que le français peut avoir connu au moins une fois dans sa vie. Et pour cause, Boubou est un âne italien.

Drôle, d’un talent inné pour les acrobaties en tout genre, clownesque à souhait, Neda nous émerveille de ses prouesses. Cerise sur le gâteau, elle nous offre en partage des chansons italiennes qu’elle interprète fort bien, un sourire d’éternelle adolescente sur les lèvres, le regard rieur.

©Shirley Dorino

Riquette, quant à elle, est un âne intellectuel qui voyage dans les livres à défaut de faire le tour du monde en vrai. Un parasite pour certains, un âne libre penseur pour d’autres. Elle réside à l’AAS, l’association des ânes solidaires qui vient en aide aux ânes solitaires. Un endroit où il fait bon vivre ensemble, où chaque âne a droit d’être lui-même.

Elle est incarnée par Carole : excellente conteuse à la gestualité précise et délicate, elle nous raconte de bien jolies histoires à visée philosophique. Également chanteuse et musicienne talentueuse, elle nous régale de son énergie contagieuse et de ses mimiques, ses grands yeux brillants et farceurs de biricchina.

©Shirley Dorino

Ode à la différence et à l’acceptation de soi et de l’autre

L’écriture du texte qui file la métaphore asinienne avec malice et finesse est bien vue.

Alternant récit, jeu et chansons, en interaction avec le public, la création est entrecoupée d’intermèdes où deux autres personnages qu’elles incarnent font leur apparition (les techniciens ou le gardien du parc) lors des changements de décor.

©Shirley Dorino

Un décor simple, efficace : un grand panneau recouvert d’un tissu noir sur lequel seront accrochés des étoiles et une demi-lune, puis les tableaux des ânes célèbres du grand pharaon à Einstein.

Les récits intercalés sont pleins de sagesse. Citons celui de l’enfant, de l’âne et du père sur le harcèlement : le petit Juanito fait l’objet de moqueries à chacune de ses sorties sur la place du village et son père lui montrera que quoique nous fassions nous sommes toujours critiqués.

©Shirley Dorino

Ou encore l’histoire des musiciens de Brême : en unissant leurs forces, quatre vieux animaux musiciens qui vivent en harmonie les uns avec les autres réussissent à mettre en déroute une bande de brigands…

In fine, cette création est fort réussie, enlevée et joyeuse. Elle nous enseigne l’acceptation de soi et de l’autre dans sa différence avec légèreté et entrain. Hi-han. Diane Vandermolina

©Shirley Dorino

Plus d’infos sur http://www.ciehan.wixsite.com/lesite [16]

Crédit photos: Shirley Dorino

Le printemps du off #1

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Sylvain Cano Clémente, directeur du Théâtre du Rempart, et Harold David à la tête de l’Atypik, de l’Archipel Théâtre et du Rouge Gorge ont présenté un nouvel événement initié par la fédération des théâtres indépendants d’Avignon (FTIA) : le printemps du Off.

Un temps fort en prélude au festival Avignon off

Pendant un mois, du 16 avril au 14 mai, quatorze théâtres ouvrent leur porte à des artistes et compagnies programmés dans le off 2022 pour un temps de résidence de création et une présentation en amont de leur spectacle. A qui s’adresse cet événement et quelles sont les raisons qui en ont motivé la création ?

La FTIA

La FTIA, coprésidée par Sylvain Cano Clémente, Harold David, Fabienne Govaerts du Verbe fou et Anthéa Sogno de la Condition des soies, regroupe une cinquantaine de théâtres avignonnais. Son objectif est de porter la voix des théâtres privés, pour la plupart non subventionnés. Elle est née en 2020 pendant la crise sanitaire, suite à l’annulation du off 2020 actée par l’association festival & compagnies (AF&C), en charge de l’organisation du Off dont la légitimité avait déjà été remise en cause de par le passé.

AF&C s’était calée sur la décision prise par le In d’annuler son édition. Ce choix justifié par son ancien président Pierre Beffeyte a été fait sans concertation avec les théâtres. Il a eu pour effet de raviver les dissensions existant au sein d’AF&C, en l’occurrence entre les théâtres subventionnés, ouverts à l’année, et les théâtres privés, non subventionnés. Pour ces derniers, le gros de la programmation se fait pendant le festival, même si certains sont ouverts à l’année, à l’image du Verbe fou ou encore de la Condition des soies.

Une volonté commune : Être le porte-voix des théâtres privés

Leur modèle économique diffère des premiers, en termes d’impératifs de rentabilité, et ils pâtissent d’une mauvaise réputation véhiculée tant par les médias que par les directions des lieux repérés, pour certains labellisés, dont la jauge est 2 à 4 -voire 5- fois supérieure à 50 places, et qui n’ont pas forcément besoin de louer leurs salles aux compagnies programmées.

Néanmoins, avec la nomination de plusieurs portes paroles de la FTIA, dont Anthéa Sogno et Harold David, au conseil d’administration d’AF&C, les tensions pourraient s’apaiser, d’autant plus si le conseil d’administration actait une présidence double avec un représentant des théâtres et un autre des compagnies, un prérequis pour les membres de la FTIA.

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Une ambition : développer une nouvelle dynamique de territoire

En parallèle, depuis sa création, la jeune association réfléchit à deux temps forts, l’un en automne, indépendance(s), annulé en octobre pour des raisons sanitaires, l’autre au printemps, le printemps du off.

A l’occasion de la présentation à la presse du projet, Sylvain et Harold présentent le concept. « L’idée est simple. Elle est née du constat que nos lieux accueillent pendant l’année des compagnies en résidence. Nous avons souhaité mettre en place des temps forts en dehors du festival pour monter leur travail. C’est une volonté forte que d’accompagner les compagnies pour qu’elles se préparent au festival. »

L’association a pour objectif de s’impliquer dans la vie culturelle de la cité tout le long de l’année grâce à ces deux événements. « Nous avons l’ambition de faire d’Avignon une pépinière de création toute l’année, nous en avons les outils et les moyens techniques. D’autant plus qu’Avignon est déjà réputée ville de théâtre : nous souhaitons l’inscrire dans la durée» développent les deux compères.

 Un temps fort au service des compagnies

« Cela nous permet de présenter des spectacles programmés au off en avant-première aux journalistes et aux programmateurs. C’est un temps de découverte qui offrira la possibilité aux compagnies d’avoir un article en amont du festival ou juste avant son ouverture » explique Sylvain. « Les compagnies ne louent pas les salles : il n’y a pas de minimum garanti. Nous avons choisi un modèle différent du off » précise Harold. De plus, « Sur 1600 spectacles, il y en a 1300 qui ne voient pas un journaliste : seuls 300 spectacles sont couverts  et grâce à ce printemps du off, nous espérons augmenter à 500 ou 600 le nombre de spectacles couverts » continue Sylvain.

Une seconde raison pointe son nez : séduire les avignonnais « qui fuient le off l’été afin qu’ils se réapproprient le festival », mais également « les saisonniers qui pendant le festival travaillent et n’ont pas le temps de voir des spectacles » conclut-il avant qu’Harold ne présente la programmation, rappelant la nécessité que le public pendant le off reste jusqu’à la fin du festival et ne quittent pas la ville dès que s’achève le In.

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Un pari risqué

Au total, ce sont 25 spectacles, tout public, allant du classique au contemporain en passant par le théâtre musical ou le stand up, qui seront proposés dans les théâtres participants. Parmi les théâtres, citons le Verbe fou, L’Adresse, l’Albatros, l’Alizée, l’Archipel, Le franco-anglais chapeau Rouge, le vieux Balancier, le théâtre des Lilas, le Pixel ou encore le théâtre de la porte Saint Michel.

Pour la directrice de l’Alizée théâtre, Isabel Patinha, « c’est une première que d’ouvrir pendant l’année » mais elle se réjouit de ce projet tout comme Nancy Maréchal dont le théâtre l’Albatros va fêter sa 43ème participation au off ou encore Claude Couffin dont ce sera la seconde année d’ouverture, hors période estivale, pour des résidences dans son théâtre des Lilas. Jérôme Tomray du Pixel alerte sur l’accessibilité des spectacles, les tarifs n’excédant pas 15€ : « de nombreuses réductions sont possibles également ».

Zoom sur trois créations

Après une ouverture par la marraine Judith Magre le 16 avril « avec les mots d’un amour », lecture d’un texte de Marguerite Duras et Yann Andréa au théâtre du Rempart à 20h, le printemps du off offrira un festival de spectacles en tout poil. En l’occurrence au théâtre de la porte Saint Michel à la programmation dense.

Pitchipoï

Cette création raconte l’histoire d’une survivante à la barbarie nazie au travers du récit de l’histoire d’une petite fille juive déportée à Auschwitz qui avec sa mère réussira à s’enfuir du camp de concentration. Adapté du livre Refus de témoigner de Ruth Klüger, le spectacle met en scène Fabienne Babe qui incarne ici le texte avec sobriété. Ce sera les 22 (à 20h) et 23 avril (à 16h30).

Hot Pussy Show

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Ce printemps du off sera ainsi l’occasion de découvrir une jeune artiste, Maïmouna Coulibaly, dont le livre « Je me relève » relate le parcours de résilience grâce au théâtre et à la danse après avoir fait face à de terribles violences. Dans le seul en scène mâtiné de stand up où le rire se mêle aux larmes, Hot Pussy Show, présenté le 30 avril et 1 er mai, elle aborde des sujets tabous tels que le viol, les agressions sexuelles, la masturbation féminine, le body positivisme, l’excision, la maternité… Mêlant musique, danse et témoignages, elle propose une expérience inattendue qui ne laissera personne indifférent.

Mahalia et moi

Le spectacle musical en hommage à Mahalia Jackson sera présenté en avant-première à Marseille, le 6 mai à l’église Saint Laurent à 20h30. Surnommée la Reine du Gospel, la chanteuse originaire de Louisiane, militante pour les droits civiques aux côtés de Martin Luther King, lui avait par ailleurs inspiré son célèbre discours « I have a dream » en 1963.

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In fine, des tables rondes et des temps de réflexion sur les enjeux du spectacle vivant aujourd’hui viendront conclure ce temps fort ambitieux. Une bonne nouvelle pour les amateurs de spectacles que la jungle du off et la chaleur estivale tendent à rebuter. A vos agendas ! Diane Vandermolina

Programme complet ici : https://printempsduoff.fr/ [21]

Crédit photos : ©FIAT

 Sébastien Fourie convie la Magie à nos tables ce samedi 9 avril (19h30)

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Une exclusivité du PALUN à Marignane

     « Le réel ne nous suffit pas, osons l’imaginaire. »

Le magicien Sébastien Fourie se produit au Restaurant le Palun, à Marignane ce samedi 9 avril à 19h30, un évènement assez rare pour ne le manquer sous aucun prétexte.

Un magicien Pluriel

Dans une période grise, difficile -celle que nous vivons- s’évader avec Sébastien Fourie fait un bien fou ! Sa magie théâtralisée nous entraine, au travers de personnages burlesques, surréalistes, dans des univers différents, une respiration dans un monde qui va trop vite, une envolée, un voyage pour se retrouver, s’apaiser et, incroyablement, se reconstruire dans l’imaginaire. C’est un spectacle surréaliste que l’artiste propose, magie digitale sur écran, et même hypnose en fin de soirée afin, nous dit-il, de préparer les spectateurs au retour en voiture car, voyez-vous, « 10 à 15 minutes d’hypnose correspondent à 5 heures de sommeil ! » On en redemanderait…

Un magicien plusieurs fois primé

Membre de l’Equipe de France de Magie, Prix d’originalité au Masters Of Magic de St Vincent (Italie), 2ème prix aux championnats de France de Paris Première, Prix d’encouragement au congrès de la Colombe d’Or 2008, 1er prix en close-up au “Prix DIAVOL 2007”, 1er prix en scène au concours des “Dragons d’Or de la magie”, on qualifie Sébastien Fourie de maitre dans la grande confrérie des magiciens.

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La Magie, un langage universel

La magie, c’est aussi et surtout de la psychologie. Car, comme le dit un principe absolu de la magie, “cela ne se passe pas dans les mains du magicien mais dans l’esprit du spectateur”.

La magie existe parce que nos sens sont erronés. Notre perception est fallacieuse. Notre attention peut être mal orientée. Notre mémoire n’est pas parfaite. Même notre esprit peut créer de faux souvenirs. Tout dans la magie, trouve ses racines dans la psychologie.

En quelque endroit que le magicien se trouve dans le monde, le public sourira. La magie est donc un langage universel. Et, quand on parle le même langage, il n’y a plus de frontières. Sans-doute faudrait-il s’entourer de plus de saltimbanques pour reconstruire un monde de bien-être, un monde bienveillant, une fraternité…

Quelques mots sur le Restaurant le Palun

Restaurant du midi à la cuisine traditionnelle et méditerranéenne, ce beau restaurant  propose des soirées à thème privées. Il accueillera le public ce samedi 9 avril à 19h30 à ZI, D9, All. De la Palun 13700 Marignane. Les réservations se font au 06 09 73 67 76. En vous dépêchant, vous trouverez encore des places !

Danielle Dufour Verna

Les amateurs à l’honneur avec le Festival National de Théâtre Amateur Marseille

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Le Festival de Théâtre Amateur organisé par la Fédération Nationale des Compagnies de Théâtre Amateur des Bouches du Rhône (FNCTA CD13), labellisé festival national par la fédération, s’enrichit cette année de plusieurs propositions gratuites dans de nouveaux lieux sur l’ensemble de la ville de Marseille.

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Du 2 avril au 11 juin, ce sont 14 spectacles dont un gratuit, 9 théâtres professionnels partenaires sur les 14 salles mises à disposition et 5 plus offerts. Devenu le rendez-vous incontournable des amateurs de toute la France, ce festival a encore de beaux jours devant lui.

Reconnaissance et plus encore…

Ce n’est pas sans émotion qu’Alain Sisco, président du comité départemental 13 de la FNCTA, annonce la labellisation du festival : une reconnaissance pour le travail mené par la fédération depuis 1999. Le festival, « le seul en France à être accueilli dans autant de théâtres professionnels », reçoit de plus en plus de compagnies venant de la France entière, hors département. Les spectacles invités sont par ailleurs reçus dans des conditions professionnelles pour le plaisir des artistes.

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Bovary de Tiago Rodrigues

Deux théâtres ont rejoint le cortège des partenaires historiques (la Joliette, le Gymnase, les Bernardines, le Lenche, la Criée, le Lacydon, la Parvis de Arts, l’R de la mer entre autres) : l’espace culturel Busserine présente « Match au sommet » du cannois Didier Beaumont de la compagnie Grain de Scène le 9 avril à 20h (spectacle gratuit) et le théâtre Marie-Jeanne ouvre ses portes à des lectures théâtrales sur le thème du cinéma et du théâtre, lectures mises en espace par Maurice Vinçon (le 6 mai à 19h, entrée libre).

Cette année, afin de renouveler le théâtre amateur, un temps fort est dédié aux jeunes comédiens le 8 avril à la Mairie du 13/14 (au Grand Séminaire à 20h) avec le spectacle « l’âme sauvage », une création collective sur la question de la quête du sens de la vie. 

Interview d’Alain Sisco sur le Festival

Demandez le programme !

Cette année, le théâtre contemporain et les créations originales sont bien plus nombreuses que les années précédentes,  les amateurs s’emparant de plus en plus des textes d’auteurs contemporains. Olympe de Gouges a le vent en poupe, Tiago Rodrigues, nouveau directeur du festival Avignon In,  aussi. Puisque sont proposés un spectacle sur la première (« J’ai rêvé la révolution » au Gymnase le 28 mai) et un texte du second (« Bovary » au Parvis des Arts le 22 avril).

Au fil des deux mois de programmation, il est ainsi question de révolution et de liberté, de mort et de deuil, de séparation et de notre inaptitude au bonheur avec en l’occurrence le spectacle «Pas de place pour deux sur un poteau électrique » au Lenche le 3 juin (18h30).

Pas de place pour 2 sur un poteau électrique

Citons aussi le cabaret grotesque « Divertimento » des Salamandres et Geckos, mis en scène par Patrick Rabier, le 28 mai à 17h aux Bernardines. L’occasion de retrouver Zorra, personnage travesti, prima donna qui se rêve en diva. Et voilà que justement, Hans Kramer a découvert l’endroit idéal pour ouvrir le lieu dont il rêvait : Le Manoir Ecarlate, premier cabaret mêlant frisson et sensualité. Or, à l’heure des dernières répétitions avant l’ouverture tant attendue, la diva Mademoiselle Scarlett disparait… L’occasion est trop bonne pour Zorra de proposer ses talents.

Avis aux amateurs

Cette année, ce ne sont pas moins de 57 candidatures qu’il a fallu, aux membres amateurs et professionnels du Jury, démêler pour sélectionner le meilleur du théâtre amateur français selon des critères précis : la qualité du spectacle, le nombre de comédiens sur scène et l’attention portée aux décors et costumes. Maurice Vinçon en professionnel livre quelques conseils aux futurs candidats.

Interview de Maurice Vinçon

Le spectacle vivant ne saurait exister sans les spectateurs. Aux curieux qui souhaitent découvrir des productions amateur de qualité, venez nombreux à cette 23ème édition d’un festival unique en son genre. Diane Vandermolina

Toutes les infos dans le Brigadier ou sur le site de la FNCTACD13 https://fnctacd13.wordpress.com/ [27]

Spectacles à 20h/tarifs de 6 à 8€/contact : 0491611537 ou fnctacd13@gmail.com [28]

En une, De gauche à droite : Bernard Granier (Juré amateur), Alain Sisco (Président FNCTA), Christian Nochumson (Adjoint à la culture Mairie 2-3) et Maurice Vinçon (Juré professionnel)  lors de la conférence de presse du festival/ crédit photo : FNCTACD13

Bourriques !, une création jeune public à découvrir au Strapontin

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La Compagnie Han présente son dernier spectacle “Bourriques!” au Théâtre du Strapontin de Marseille. Ce spectacle tout public musicalo-burlesque se jouera le 6 avril à 11h et le 10 avril à 11h et 15h. Il nous interroge sur les diktats de notre société actuelle dans laquelle il ne fait pas bon être un âne. Mais qu’est-ce qu’être un âne ? A l’école, dans la vie ?

Etre un âne

Notre société exige de nous de faire tous les efforts pour correspondre au modèle des chevaux, performants, racés, rapides, élégants, levés dès Potron-minet. Les ânes, les lents, les maladroits, les différents, les lève-tard, restent bien souvent sur le bas-côté.

Et si c’était sur le bas-côté que poussaient les fleurs sauvages les plus savoureuses, les brins de liberté ? Et si les fous étaient des sages qui s’ignorent ? Et si être un âne n’était pas si mal que ça finalement ?

Ces interrogations ne sont pas sans nous rappeler un fameux récit d’Apulée « l’âne d’or » inspirés des contes oraux animaliers berbères où le héros Lucius a été transformé accidentellement en âne : cette métamorphose mal-heureuse lui permettra de voir le monde autrement, l’observer et l’écouter  de l’extérieur.

L’histoire

Boubou et Riquette sont d’anciennes cancres des bancs d’école. Par hasard, elles se retrouvent une fois adultes. Elles ont gardé leurs oreilles d’âne, l’une par militantisme et l’autre par habitude. Drôles et émouvantes, elles tentent de trouver leur place dans une société qui parfois les brutalise.

En expérimentant la solidarité plutôt que la solitude, en s’acceptant pour ce qu’elles sont (des ânes), en se trouvant des modèles positifs (comme le grand Giord’âne o’bruno, ou encore le fameux Âne Stein), elles vont trouver la force et la joie de revendiquer leur différence.

De là, elles vont pouvoir faire leur chemin, et choisir de partager de ce qu’elles aiment : la musique, les contes, les  acrobaties…et ainsi pouvoir diffuser des messages d’espoir aux ânes du monde !

Boubou et Riquette sont accompagnées de leur accordéon, ukulé et cajon pour chanter et conter ces récits, des histoires héritées de la tradition orale. A découvrir ! La rédaction

Plus d’infos :

site: https://ciehan.wixsite.com/lesite/galerie [29]

teaser: https://www.youtube.com/watch?v=XgHsuKdvzNY [30]

Réservations: Théâtre Strapontin 111, rue de l’olivier, 13005 Marseille.  06.25.97.85.08 / 06.49.61.04.69/theatrestrapontin@gmail.com

BONHEURS DE JIMMY JACKSON ET SURPRISES DU THÉÂTRE STRAPONTIN (MARSEILLE)

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UN PETIT LIVRE ROUGE

Une création de la COMPAGNIE HESPEROS, mise en scène par Nicolas Rochette avec  Maëlle CHARPIN et David SORIANO

Surnommé avec ironie Le Petit Livre Rouge en référence à la couleur de sa couverture, ainsi qu’au livre regroupant les extraits de la pensée de Mao Zedong, cet ouvrage est un compendium de l’idéologie de l’association Avenir de la Culture, un groupuscule fondamentaliste chrétien apparenté à La Manif pour Tous, le mouvement anti-mariage pour tous.

C’est un travail sur la figure du fanatique. Sur scène, deux illuminés présentent cette œuvre discutable. Ils parlent, chantent et dansent leur fanatisme, tout en tentant de convaincre un public de gauche.

Sur la scène du Strapontin, ce spectacle paraît défier les lois du possible tant les acteurs vont quasiment au-delà de ce qui est imaginable en matière de Vis Comica, de Groove, d’acrobaties vocales et même physiques!

Ne vous attendez pas à tomber amoureux d’un texte ahurissant dont l’auteur (?) serait une compilation de textes dénonçant les catastrophes de la loi TAUBIRA qui a ouvert la route aux mariages homosexuels… Mais ainsi mis en scène, ce texte, qui porte haut l’art de la parodie, se transforme en un pamphlet quasi dadaïste.

Nicolas Rochette, metteur en scène de cette production, donne la clé en surgissant tel le Deus ex Machina, tandis que Maëlle CHARPIN et David SORIANO, duo éblouissant, tournent le dos comme pétrifiés dans la lave. Et tant pis pour MAO…

JM

Le spectacle était présenté les Vendredi 11 et samedi 12 février à 20h30 au théâtre du Strapontin à Marseille.

Die Walküre de Wagner – Opéra de Marseille – 9/16 février

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L’Opéra de Marseille jouera La Walkyrie, les mercredi 9, vendredi 11, mercredi 16, à 19 heures et dimanche 13 février, à 14h30 h.

         Dernière représentation à l’Opéra de Marseille de La Walkyrie, en 2007. Aujourd’hui sous la direction musicale de Adrian Prabava, dans une mise en scène, de Charles Roubaud, des costumes de Katia Duflot et des lumières de Marc Delamézière qui l’avaient réalisé en 2007. Ce fut l’une des plus belles versions que j’aie jamais vues et entendues de cet ouvrage. Nous retrouverons cette équipe mais, contraintes sanitaires obligent, l’orchestre sera sur scène et la mise en scène sera semi-scénique, une mise en espace.

Quand on évoque Wagner, on imagine, on voit et entend un orchestre gonflé, grossi, des chanteurs assortis, inhumains ou surhumains à force d’obligatoire puissance dans des salles de plus en plus grandes depuis le XIXe siècle. Mais il faut rappeler que Wagner, en son temps, utilisait des chanteurs qui chantaient encore le bel canto romantique, l’opéra de leur temps, plus léger en orchestration. D’autre part, il ne faut pas oublier que Wagner, pour y donner ses opéras, se fit construire une salle spéciale à Bayreuth, toute en bois, le meilleur porteur du son, et l’orchestre y est invisible, caché dans la fosse, donc, la puissance sonore orchestrale y est plus estompée : tous les chanteurs en disent, en vantent l’excellence et le confort acoustiques. Enfin, il faut ajouter, qu’à Marseille, ce sera la création de la version pour orchestre de taille moyenne, donc un orchestre allégé (arrangements dû au compositeur Eberhard Kloke ), une première en France. Ce sera donc une version sans lourdeur sonore écrasante.

Signalons enfin, qu’à part Petra Lang, Allemande, actuellement considérée comme la meilleure interprète des grands rôles wagnériens, Isolde et Brünnhilde, la Walkyrie, à part deux des trois rôles masculins, l’Autrichien, Nikolaï SCHUKOFF, Siegmund, et le Coréen Samuel Youn dans celui de Wotan, tout le reste de la distribution est française, avec des prises de rôles, notamment Sophie Koch en Sieglinde.

De ce monde fabuleux, aux héros mythiques, dieux, demi-dieux comme les walkyries, vierges guerrières, je dirais, « humain, trop humain… », en empruntant un titre de Nietzsche, qui avait une haine admirative de Wagner. En effet, si les hommes sont complexes, que dire des dieux et de cette œuvre compliquée qui mêle les uns aux autres dans une tétralogie, c’est-à-dire quatre opéras différents constituant un seul ouvrage grandiose composé sur près de vingt-cinq ans.  Le titre global s’appelle Der Ring des Nibelungen, L’Anneau des Nibelungs, communément appelé le Ring ou la Tétralogie. Notre épisode, Die Walküre, la Walkyrie (1870), est le second volet du tout si l’on regarde l’ensemble quadripartite, ou la première journée si Das Rheingold, L’Or du Rhin, le premier des opéras, est considéré comme un Prologue global.

        Ce Prologue, L’Or du Rhin, nous montrait un enchaînement moral, fatal, dû à la cupidité de personnages successifs : les innocentes et joueuses ondines du fleuve, sont les gardiennes de l’Or magique du Rhin.  Elles ont l’imprudence de révéler au nain complexé Alberich, que cet or peut donner « der Welt Erbe », « la richesse du monde » à celui qui en forgerait un anneau (Ring) « mais en renonçant à l’amour. » Elles se moquent cruellement de ce vilain Alberich, qui leur faisait la cour. Pour s’en venger, Alberich leur vole l’or et le maudit, renonçant à l’amour, jurant d’en forger l’anneau de la puissance.

Or, Wotan, le dieu des dieux s’est fait construire un Palais merveilleux, la Walhalla par deux géants, leur promettant en paiement sa fille Freia, déesse de l’éternelle jeunesse des dieux. Mais il compte les berner en gardant sa fille et les payer avec le trésor volé aux nains, les nibelungen, amassé par Alberich qu’il fait prisonnier auquel il arrache l’anneau maudit de la puissance. Mais le Dieu voleur, pour garder Freia la déesse de la jeunesse sans laquelle les dieux vont dépérir et mourir, est contraint de céder en paiement le trésor et l’anneau maléfique du nain aux Géants, dont l’un se transforme en dragon gardien du trésor. C’est l’enchaînement de la malédiction de l’or.

Dans la Walkyrie, Wotan, ligoté par ses traités, compromis par ses compromissions plus humaines que divines, espère encore récupérer sur les forces du mal l’anneau d’or de la toute-puissance par personne interposée, un fils engendré par lui avec une mortelle, Sigmund. Le rideau se lève sur une tempête et la course éperdue de Sigmund poursuivi par une meute meurtrière. On écoute une brève bribe de ce Prélude angoissant par Daniel Barenboim à Scala de Milan, en 2010 :

1) https://www.youtube.com/watch?v=ncbHEKkdxIM [31]  

 Die Walküre – Prelude 1º Act. 

Siegmund trouve un refuge dans une cabane où une belle jeune femme l’accueille : c’est Sieglinde, l’épouse forcée de son ennemi Hunting. Ce dernier lui offre, l’hospitalité pour la nuit mais l’attend le lendemain pour un duel à mort. Siegmund est sans arme dans la gueule du loup. Sieglinde, qui a endormi son horrible mari avec un somnifère, révèle au jeune homme une épée plantée jusqu’à la garde dans un arbre par un mystérieux vieillard (elle ignore que c’est le dieu Wotan) destinée au héros qui pourra l’en arracher : ce sera Siegmund à qui son père le dieu destinait l’arme magique pour sauver le monde du mal.

         Siegmund et Sieglinde tombent amoureux l’un de l’autre. C’est le printemps que chante le héros par la voix de Jonas Kaufmann :

‘Winterstürme wichen dem Wonnemond’ : ‘Mai a chassé les tempêtes de l’hiver… »

 2)  https://www.youtube.com/watch?v=Ukufk2YUVKY [32] 

         Exaltée, Sieglinde lui répond : « Du bist der Lenz ,/nach dem ich verlangte/ in frostigen Winters Frist », ‘C’est toi le printemps dont je languissais dans le froid de l’hiver…’

  On l’écoute par Lise Davidsen :

 3) https://www.youtube.com/watch?v=TmQOr32M7HA [33] Sieglinde

 « Du bist der Lenz » (Die Walküre)

Les deux jeunes amants, qui se sont reconnus frère et sœur, s’enfuient dans la nuit. Hunting les poursuivra de sa haine mortelle.

C’EST LA FIN DE L’ACTE I 

Wagner est non seulement un musicien révolutionnaire qui s’invente un nouveau langage musical ouvrant l’avenir. C’est aussi un grand poète : le Prélude ou la première journée de la tétralogie qu’est  Der Ring des Nibelungen, l’Anneau des Nibelungen, l’Or du Rhin est littéralement et littérairement éblouissant par les trouvailles poétiques, le jeu des sonorités. Il s’invente pratiquement une langue et crée aussi sa mythologie à partir de sources diverses : mythologie et légendes nordiques, contes de fées, avec leurs nains, leurs géants, leurs dragons, etc, mais, sous l’habillage germanique et ses noms, l’emprunt à la mythologie méditerranéenne, gréco-latine, est flagrant : Wotan, le Dieu des dieux, c’est, grec ou latin, Zeus ou Jupiter, volage coureur de jupons terrestres, jouant de la donjuanesque métamorphose pour séduire les mortelles, toujours poursuivi par la rageuse jalousie de Fricka (Junon ou Héra), son épouse légitime, gardienne du foyer, de la fidélité et il sème le monde de ses rejetons ; Loge, ici dieu du feu, tient du volatile Mercure ou Hermès, les walkyries tiennent des amazones, vierges guerrières, et les fruits de Freia sont un souvenir des fruits d’or de la jeunesse du jardin des Hespérides. Cependant, de toutes ces sources hétérogènes, Wagner fait création personnelle et apporte une dimension psychologique profonde à des dieux aux desseins guère impénétrables tant leur humanité trouve d’échos en nous.

Et surtout Wotan, ce dieu aux désirs dramatiquement humains, amour et  cette puissance, symbolisée par l’anneau maléfique de l’or, un dieu envers qui les hommes sont moins débiteurs qu’il ne l’est à leur égard : le Créateur a tellement de dettes envers ses créatures que sa divinité va en être érodée, rabotée et chaque bribe qu’il en abandonne est comme la brindille, le branchage, l’arbre, la forêt qui s’accumule au pied de son Walhalla, l’orgueilleux palais de sa puissance qu’il fit bâtir par les géants dont l’embrasement final, par sa propre fille, la Walkyrie, qui se sacrifie, en se jetant dans le brasier, amènera ce Götterdammerung, le ‘Crépuscule des dieux’ qui clôt l’œuvre, et, ouvre peut-être l’avènement d’un amour purifié sur terre après le rejet de l’or maudit par Brünnhilde, rendu à la pureté ondes et des ondines.

Wotan avait voulu créer une nouvelle race, les Walsung, capables de récupérer pour lui l’anneau maudit par le nain Albérich. C’est Siegmund et Sigliende qu’il a conçus avec une mère humaine. Ils ont fui Hunting, l’époux de la jeune femme. Siegmund est armé de l’épée qu’il a arrachée au tronc du frêne qu’y avait planté pour lui le dieu pour le rendre invincible, attendant tout de ce fils. Mais, amoureux l’un de l’autre, ils sont non seulement adultères mais incestueux. Ils sont voués à la mort par Fricka, gardienne des liens du mariage, malgré le désespoir de Wotan qui voulait son fils vainqueur de Hunting. Il avait confié à Brünnhilde, sa fille préférée parmi les Walkyries, vierges guerrières chargées d’amener au Walhalla, palais des dieux, les corps des héros morts, de seconder son fils Siegmund dans son duel contre Hunting. Mais il est contraint d’annuler cet ordre et décrète la mort de son fils chéri Siegmund, auquel, désespérée elle aussi, la Walkyrie, vient annoncer solennellement sa fin, l’enjoignant de la suivre au Walhalla, paradis ds héros morts au combat. Nous écoutons, lnnonce de la mort de Siegmund par la Walkyrie, cala, Riccardo Muti :

1) https://www.youtube.com/watch?v=WhpIWsLs53M [34]  

Mais le jeune héros refuse de partir pour ce paradis héroïque s’il n’y peut amener Sieglinde, évanouie d’épuisement, enceinte, à ses pieds. Brünnhilde a beau insister, il refuse, préférantla mort à la perte de celle qu’il aime. Bouleversée par l’amour de ce couple humain, fendant sa cuirasse de déesse pour laisser parler un cœur humain, Brünnhilde décide de passer outre les ordres de Wotan et d’aider Siegmund à vaincre Hunting.  Mais le dieux, Wotan furieux de cette rébellion de sa fille préférée, brise de sa propre lance l’épée de Siegmund qui tombe sous les coups de Hunting, lui-même abattu par Wotan.

Brünnhilde ramasse alors très vite les morceaux de l’épée magique et s’enfuit avec Sieglinde enceinte pour échapper à la colère terrible de Wotan qui n’admet pas la désobéissance. Elle confie à Sieglinde l’épée brisée de Siegmund afin que, prophétisant qu’elle donnera naissance à Siegfried, le pur héros sans peur, elle la lui remette pour qu’il en ressoude les morceaux pour vaincre le dragon qui possède l’anneau maudit et ramener la paix au monde corrompu par l’or volé aux ondines.

Brünnhilde requiert en vain l’aide de ses sœurs walkyries, trop terrorisées par la fureur de Wotan pour la secourir. On n’échappe pas au dieu. Wotan la rattrape. C’est alors une longue scène dramatique, des plus humaines entre ce dieu et sa fille divine qu’il va déchoir. Elle lui explique qu’en tentant de sauver Siegmund, elle ne faisait qu’accomplir son vœu premier. Wotan admet tout cela, est déchiré mais il est pris par le devoir de punir l’infraction. Le père dieu, l’excluant du Walhalla, condamne la Walkyrie, à la déchéance divine.  Il veut la plonger dans un profond sommeil sur ce rocher sauvage. Mais Brünnhilde, la vierge guerrière, supplie Wotan de ne pas l’abandonner ainsi sans protection, à la merci de n’importe qui et obtient de lui que son corps endormi soit entouré d’un cercle de feu, afin que seul un héros puisse s’approcher d’elle. Profondément ému, Wotan accède à sa prière, et dit adieu à sa fille préférée.

Adieux de Wotan à Brünnhilde :

2) https://www.youtube.com/watch?v=8aw–_khjLA [35] :

Elle sera éveillée, dans un temps sans temps, par Siegfried le héros fils de Siegmund et Sieglinde. Ce sera la troisième journée, Siegfried, de la tétralogie : une autre histoire, troisième volet de la Tétralogie.

Nous écoutons la fameuse « Chevauchée des walkyries avant de nous quitter :

3) https://www.youtube.com/watch?v=8aw–_khjLA [35]

Wagner: Die Walkure, Act 3, Barenboim

Benito Pelegrín 

RCF : émissions N°585 et 586 de Benito Pelegrín du 02/02/2022