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Nathalie Joly : L’Ecume des mots
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Création de Diseuses d’hier ou d’aujourd’hui de et par Nathalie Joly à L’espace Léo Ferré : l’Écume des mots !
Création : Nathalie JOLY
Chant : Nathalie et Valérie JOLY
Piano : Jean-Pierre GESBERT
Accordéon : Thierry ROQUES
Et la participation du groupe Rap DG CREW
Accordéon : Thierry ROQUES
Et la participation du groupe Rap DG CREW
Ah vous dirai- je, mesdames, combien j’ai savouré votre écume des mots et vos effluences musicales? Oui, sans bémol, je vous le dis ” j’ai drôlement aimé!”
Le spectacle ” Diseuses” est semblable à un conte, un conte parlé/chanté, genre exclusivement féminin à l’origine et qui a sans doute engendré deux beaux enfants contemporains, à savoir le Slam et le Rap. Un style insolite, inventé au siècle dernier par Yvette GUIBERT ( nommée la “grande Diseuse”), flirtant avec le théâtre et la musique et qui peut tout raconter : les blessures d’enfance, d’amour, le déracinement, l’exil et les bataillons d’abandons assassins, jusqu’à la mort d’un enfant, pleuré par Valérie JOLY. Un moment indicible où la douleur muette grimace, se tord, se fraye un chemin étroit et ardu et s’exprime enfin. Prouesse d’une voix singulière, émoi tangible d’une interprétation incarnée, le public, par pudeur, n’applaudit pas Valérie bouleversée.
De son Alcazar céleste, Yvette GUIBERT a certainement jubilé de vous voir chanter sans gêne entre autres les femmes à barbe, JOHNNY, BANG BANG accompagnées par le groupe de Rap DG CREW bourré de talent et de poésie.
De son Alcazar céleste, Yvette GUIBERT envie probablement la parole libre et effrontée de deux femmes du monde contemporain.
Mais…….chut, je me tais.
À vos mots, …….y revenir encore, et encore. Pascale ROBYN
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LES GEANTS DE LA MONTAGNE de Pirandello
Mise en scène de Stéphane Braunschweig
Théâtre du Gymnase(Marseille)
Du 10 au 14 Novembre 2015
Dans Les Géants de la montagne(1936),Pirandello exprime au terme de sa vie,sous forme de féerie,sa conception de l’illusion dramatique qu’il avait suggérée dans les scènes majeures de son théâtre.La pièce,restée inachevée,présente une troupe de pauvres bateleurs ambulants,perdus dans leur rêve de jouer “La Fable de l’enfant échangé”,oeuvre d’un jeune poète suicidé par amour,et parvenant dans un pays qui n’appartient plus au monde réel,une villa délabrée dont les chambres n’ont plus de plafond.Ils vont y rencontrer une autre troupe de marginaux illuminés,hantés par des hallucinations,gouvernés par le magicien Cotrone,puis des marionnettes virtuelles qui vont prendre part à la comédie,et enfin les géants de la montagne,des êtres stupides,grossiers,intolérants,à l’image des fascistes mussoliniens,qui vont se contenter de gronder sans apparaître dans ce drame symbolique indéchiffrable.
Dans la remarquable mise en scène de Stéphane Braunschweig,la pièce se termine par la fable de l’enfant échangé qui relève moins de la dramaturgie du dédoublement qu’elle ne figure symboliquement la communication des contraires accomplis par l’imagination mythique:l’enfant volé,devenu prince,retrouve sa mère qui lui révèle le secret de sa naissance,et choisit de céder la couronne à son double,sombre figure d’idiot…
En ce qui concerne le spectacle en tant que tel,le metteur en scène le situe sur un théâtre dédoublé,dans un esprit de représentation critique,où les comédiens donnent corps à des cauchemars,dans un univers de bruit et de fureur où sont abolies les limites du représentable théâtral,avant d’éprouver l’irréalité de leur condition à travers les masques qu’ils se sont choisis.On ne saurait dire à quel point l’étonnante performance des acteurs suscite l’admiration,en particulier dans l’interprétation des rôles de la Comtesse Ilse(Dominique Reymond),du magicien Cotrone(Claude Duparfait),de la Sgricia(Daria Deflorian) et de Spizzi(Romain Pierre),des acteurs qui servent le génie pirandellien à la perfection dans ce spectacle distingué,rare,élitiste,ovationné comme il se doit par un public enthousiaste.Ph. O
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A l’occasion du 50e anniversaire du CIRA, le Centre International de Recherches sur l’Anarchisme, André Robèr, artiste et poète chaleureux, a répondu à l’appel du Théâtre Toursky, en exposant quelques toiles dans ses locaux.
Parler de « quelques toiles », c’est rien de le dire ! André Robèr expose à proprement parlé, des sacs postaux faits de toiles de jute épais, qu’il récupère, découpe et maroufle sur du bois. De prime abord, l’aspect de ces toiles est brut : il s’emploie à utiliser des matériaux du commun et fuit tout support noble. Il juge que les toiles achetées dans le commerce sont tous simplement sans vie, fragiles et sans reliefs. En effet, à la manière de l’artiste italien matiériste des années 50, Alberto Burri – qui récupère des sacs de grains envoyés par les Etats-Unis, dans le cadre du plan Marshall – André Robèr éprouve le besoin de « dompter le sac », d’en faire son propre support d’expression. La toile est à la fois une forme, une couleur brute et une texture. Le sens même de la définition du « tableau » est ici renouvelé.
Certes, il semblerait que la forme préconçue du sac limite l’artiste dans ses gestes. Or, ce n’est pas le cas puisque le cadre est ouvert et laisse ainsi libre cours à l’imagination du spectateur. Pourquoi avoir coupé la tête du protagoniste de la toile intitulée La Main dans le sac ? Pourquoi pas ! Et heureusement ! Imaginez le regard de ce personnage, vicié par le plaisir d’enfouir sa main dans l’appareil génitale de sa douce ! Remarquez que le sac est à la fois support et matière à jeu de mot… N’oublions pas que nous avons affaire à un poète ! Par ailleurs, les cadres sont succincts et semblent résignés à maintenir une toile qui se débat sous ses plis apparents. En effet, même si la bienséance empêche le visiteur de poser les doigts sur la toile, le regard suffit à en percevoir les reliefs et aspérités. La vue supplante le toucher.
Ces effets de matière sont sans conteste dus aux matériaux et aux outils qu’il emploie pour les apposer sur la toile. Alors que Pierre Soulages a fait du brou de noix, son matériau de prédilection, André Robèr utilise du goudron à l’eau, huilé, de la peinture acrylique, le tout travaillé dans un empâtement irrégulier, presque foisonnant. Notre artiste fuit les aplats, il semble effleurer la toile à certains moments, puis l’attaquer à coups de brosses pour délimiter avec plus de précision, les contours de ses figures.
André Robèr utilise des tonalités organiques, comme liées à la matérialité même de la terre : des couleurs de cendre, des couleurs boisées, des couleurs de vigne et de continent. Ne sentez-vous pas l’attachement de notre artiste à sa terre natale, l’Île de la Réunion ? Par ailleurs, le contraste coloré entre la forme et le fond est faible. Il ne laisse apparaître que quelques éléments pour former la physionomie caricaturale des personnages. Ce fond goudronneux constitue l’unique relief de la toile, la seule profondeur possible à l’œuvre. Il s’emploie parfois, voire rarement, à utiliser des couleurs beaucoup plus stridentes, saillantes pour mettre en exergue l’action des figures. Je bande et alors : on voit tout, on sait tout, quoi de plus explicite ? La composition est ainsi claire : deux voire trois personnages se mêlent à la rugosité de la toile. Elle est ainsi peu chargée en motifs, mais témoigne d’un fort potentiel expressif.
Ces corps ne sont ni humains, ni bestiaux, ils sont comme polymorphes. Ils pourraient se détacher de la toile, tels des sculptures qui s’élèvent de la terre. André Robèr opère un travail de renégociation de l’effigie humaine, par le traitement de la matière picturale, qui demeure malléable et plastique. Certaines silhouettes sont comme spectrales et l’artiste semble faire appel aux fantômes d’une civilisation passée pour aboutir à cette esthétique si particulière. En effet, les visages sont dépeints comme des masques. A titre d’exemple, la figure de la toile Juste offerte s’érige, telle la Vénus d’un peuple autochtone. Cet aspect n’est pas sans rappeler l’esthétique des masques africains et des œuvres issues de l’art primitif. Le masque est avant tout un outil qui sert à exprimer les sentiments. Comment parler de masque expressif sans évoquer Le Cri d’Edvard Munch, réalisé en 1893, œuvre manifeste de l’expressionnisme de la fin du XXe siècle ?
Outre les visages emblématiques des toiles d’André Robèr, les ânes, les poissons, les langues déliées et autres phallus passent difficilement inaperçus. En effet, l’érotisme est fortement présent et constitue un élément majeur de cette série de toiles. Certains motifs sont évocateurs. C’est le cas par exemple du poisson, symbole de fécondité, de fertilité, qui est devenu un leitmotiv dans les œuvres d’André Robèr. L’âne quant à lui, représente plutôt l’ignorance, l’incompétence et pourquoi pas l’érotisme également, au regard de ses attributs. La langue aussi, habituellement discrète, est un motif récurrent. Les toiles Je bande et alors et La Main dans le sac, sont sans doute les œuvres les plus érotiques de la série. La langue ainsi déliée symbolise à la fois le plaisir sexuel, mais aussi le langage, l’un des outils d’expression du poète. L’artiste troque son pinceau, contre sa langue, sa peinture, contre ses mots.
Difficile d’ignorer cet aspect lorsque l’on sait qu’André Robèr se bat pour la liberté du langage, défend ses racines créoles et a visiblement éprouvé le besoin de s’exprimer, à sa manière, suite aux vertigineux attentats contre Charlie Hebdo. A cette occasion, il réalise une série de cinq toiles « post apocalyptiques » intitulées Le Jour d’après, bien plus noires et macabres que les autres. Barnett Newman, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, disait que beaucoup d’artistes choisissent de « repartir à zéro, de peindre comme si la peinture n’avait jamais existé. » Que faire après un tel cataclysme ? Faut-il continuer ? Se battre ? Se taire ? La réponse semble claire et ces toiles, à valeur cathartique, exaltent deux valeurs fondamentales dans l’art et plus généralement, la vie d’André Robèr : la liberté et l’expression. André Robèr ou comment vider son sac.
André Robèr est un homme de contrastes. Ces « gribouillages enfantins » traduisent la pensée d’un homme qui interroge le langage, la sexualité, l’animalité. Les langues se délient, les silhouettes se dessinent et les phallus se tendent. Il mêle ainsi à la fois le monde de l’enfance, avec ses formes incertaines – évoquant parfois l’esthétique picassienne – et le monde de l’adulte, avec ses angoisses quotidiennes. A travers des motifs simples, André Robèr délivre des messages forts. Certaines de ses œuvres incarnent aussi le paradoxe entre la douceur de la poésie – A Cheval nous montre une silhouette voluptueuse rappelant sans équivoque la célèbre photographie de Man Ray, Le Violon d’Ingres, réalisée en 1924 – et l’agressivité, la férocité, l’animalité de certains actes.
Jean Dubuffet, précurseur de l’art brut, perçoit l’authenticité du message de l’art, dont l’enfant est déjà capable, et ce en dehors de toute connaissance et savoir-faire. André Robèr est tel un nouveau-né de l’art, lorsqu’il se découvre une passion pour la peinture. En effet, alors qu’à première vue ses œuvres présentent des similitudes avec l’art brut – ces productions d’écorchés vifs, sans culture artistique et sans technique – notre artiste insiste sur son appartenance à une mouvance expressionniste. Pourquoi ? Dans un premier temps parce qu’il s’est forgé une culture artistique solide, qu’il a appris des techniques de travail, mais aussi et surtout grâce au potentiel expressif de ses œuvres. Après tout, ne pourrait-on pas évoquer un André Robèr symboliste ? Y a-t-il un symbole à ces couleurs? Déploie-y-il un langage à travers la palette choisie? Car il s’agit bien là d’une palette, dans sa matérialité la plus concrète. Notre poète a plus d’un tour dans son sac !
Cela dit, pourquoi vouloir à tout prix stigmatiser un artiste ? En sommes-nous encore là, au XXIe siècle ? André Robèr est un type cool, un militant anarchiste qui a soif de liberté. Dans sa revue Art et Anarchie, il démonte l’art contemporain, décolle les étiquettes ! Par définition, l’anarchisme, c’est le refus de l’autorité, de la hiérarchie. Les anarchistes prônent un état libertaire dans lequel les hommes sont égalitaires et libres de s’émanciper au sein d’une coopération harmonieuse. Chacun est son propre dictateur. André Robèr est son propre dictateur, en ce sens qu’il commande son pinceau, choisit ses matériaux, refuse de se plier à « l’huile sur toile tendue sur châssis ». Il serait bon d’envisager un militantisme anarchiste dans sa politique, mais aussi dans son art.
Et hop, l’affaire est dans le sac !
Carmela SCARCELLA
Exposition à découvrir jusqu’à la fin du mois de novembre sur les cimaises du hall du Théâtre Toursky
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LORENZACCIO d’Alfred de Musset
Mise en scène de Catherine Marnas
Théâtre du Gymnase(Marseille)
Du 3 au 7 Novembre 2015
Chef d’oeuvre du théâtre romantique,Lorenzaccio(1834) apparaît comme un monstre injouable par son ampleur et ses changements de tableaux.A partir d’un épisode de la Renaissance florentine évoquant une révolution manquée contre les crimes de la tyrannie,la pièce déchiffre la corruption d’un régime,raconte les difficultés de l’engagement et le combat de l’idéalisme contre les forces de l’oppression et du mal.
Drame historique et politique,fait davantage pour être lu que joué,Lorenzaccio est aussi et surtout le drame d’un individu,d’une conscience:celui de Lorenzo de Medicis qui voulant donner un sens à sa vie,en comprend finalement l’absurdité,un Lorenzo qui commet le meurtre inutile de son cousin ,le Duc Alexandre de Medicis,par fidélité au jeune homme vertueux qu’il a été et qui a disparu sous le masque de débauché qu’il s’est choisi.
Depuis sa création en 1896 par Sarah Bernhardt qui assurait la mise en scène et jouait le rôle de Lorenzo en travesti,l’oeuvre a intéressé de brillants metteurs en scène comme Vilar,Zeffirelli,Mesguich,Rétoré ou Lavaudant.Ce nouveau spectacle leur oppose une optique différente…
D’abord il ne dure que deux heures au lieu de quatre ou de six.C’est dire à quel point le texte de Musset a pu être charcuté…Ensuite la mise en scène de Catherine Marnas situe l’action de nos jours,dans une scénographie de boîte de nuit sordide fréquentée par des drag queens obscènes qui se livrent d’emblée sous nos yeux à des orgies infernales.Quant à son héros Lorenzo(Vincent Dissez),il adopte un masque de rocker guitariste indécent,perruqué en blonde,pour exprimer un équilibre physique et mental vacillant,dans la vaine et tragique quête de son identité.Par ailleurs,à maintes reprises,il fait circuler ridiculement un micro pour souligner sur certaines parties du discours,l’autonomisation de la parole par rapport à l’action,dans un esprit didactique!
Enfin pour le fond,le schéma actantiel des adjuvants de la vertu républicaine(la marquise Ricciarda Cibo:Bénédicte Simon,et Philippe Strozzi:Franck Manzoni) et de ses opposants cyniques(le Duc:Julien Duval,le Cardinal:Frédéric Constant) est respecté,tout comme pour la forme,la rhétorique de Musset aussi séduisante dans la phrase lyrique que dans les brèves interrogations nerveuses,servies ici par une diction précise et mélodieuse.
On arrive donc à supporter tant bien que mal cette énonciation poétique anachronique qui veut faire bon ménage avec des clichés vulgaires d’aujourd’hui,mais dans l’ensemble le romantisme flamboyant de la pièce,dans cette mise en scène volontairement nihiliste,se trouve si malmené qu’on en vient à confondre dans un même carnaval,réflexion politique sur le pouvoir tyrannique et drame moral lié à la dégradation de la personne…Ph. O
Julien Lestel a présenté à l’Opéra de Marseille une pièce chorégraphique sur le thème de la transmission,autrement dit l’art de communiquer son talent à ses danseurs,en interprétant son propre rôle de maître de ballet contemporain en recherche d’expressions gestuelles dans un travail de répétition.
Montrer le processus de la transmission,aussi bien comme une technique que comme un état d’esprit fondé sur l’écoute ou la connivence,tel est le brillant propos de ce spectacle qui tient constamment le public en haleine dans la mesure où il donne à voir,dans une sorte de transfert en acte,des danseurs révélés à eux-mêmes grâce à l’exceptionnelle qualité d’un chorégraphe qui fait passer sa passion de la danse,ses désirs,dans une relation intense à ses interprètes.
Sur la musique envoûtante de Max Richter et les lumières crépusculaires de Lo Ammy Vaimatapako,le ballet se compose d’une série de tableaux au cours desquels Julien Lestel indique souvent une figure,un enchaînement de pas, de gestes, de mouvements,puis se tient immobile à observer ses danseurs,soit au fond du plateau,soit à l’avant-scène,le dos tourné.Ces mouvements qui partent du buste comme pour un envol tandis que le corps se recroqueville,sont reproduits à la perfection par Gilles Porte,Yvan Julliard ou Marco Vesprini dans leurs solos interrompus par les danseuses(Julie Asi,Aurora Licitra,Shihya Peng,Mara Whillington) qui se laissent soulever comme des poupées dans des portés très esthétiques ou des pirouettes virevoltantes assorties d’étreintes passionnées.Autant de figures choisies pour dire ici l’acte mystique de la transmission qui s’exprime en prologue et au final par cette image christique bouleversante de Piéta que le baisser de rideau ne peut même pas interrompre…
En définitive Transmission se présente comme un ballet d’un goût parfait qui classe Julien Lestel parmi les plus dignes représentants de la danse française actuelle. Philippe Oualid
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TRAFALGAR
NELSON
Comédie de Jean Robert-Charlier
Opéra de Marseille,
4 novembre 2015
Il y a , certes, un sujet : comment, pour complaire à une fille écolo et férue d’utilité sociale, désireuse de partir en mission humanitaire pour l’Afrique avec une vertueuse famille verte, végétalienne, obtient de la sienne, carnivore et carnassière, à l’image de la mère avocate avide d’argent, de pouvoir et de fourrure, de l’inviter et de jouer pour un soir, le temps d’un repas, les végétariens, pour caresser ces bonnes gens dans le sens, sinon du gazon, du poil animal, qu’ils défendent bien sûr.
On concédera, au comique de situation, un comique verbal de répétition bien mis en scène et rythme (Jean-Pierre Dravel, Olivier Mace), et quelques tirades (celle du mari vert) bien venues. Cela ne vole pas bien haut, c’est au ras des pâquerettes, d’agriculture écolo ou OGM, c’est une moisson, un tissu de clichés éculés de la beaufitude bourge ringarde par ailleurs d’un autre temps : peur des bolcheviques, des gauchistes qui n’existent plus et, en outre, une outrancière satire des défenseurs écolo de la planète et de la cause animale. On passerait même à la rigueur sur la platitude de cette montagne d’énormités réactionnaires au bénéfice du rire, même jaune.
Mais là où le bât (de l’âne) blesse, c’est l’actrice principale, Chantal Ladesou, pour laquelle cette comédie sans grande finesse semble avoir été taillée sur pièce, à sa mesure ou démesure, hélas ! qui, alors que tous les acteurs parlent normalement, à part la mère verte dans des scènes d’hystérie en situation, s’invente une diction artificielle, une bouillie, un mâchouillis, de mots incompréhensibles : elle râle, rage, rugit, graille, grimace, grogne, grommelle, grasseye : c’est gras et gros, grossier. Comme les gens s’esclaffent, souvent avant même qu’elle ait ouvert la bouche, on en conclut qu’ils rient du ton et non de la chanson.
On devine des références comiques derrière cette laborieuse diction lourdement fabriquée, les dérapages vocaux contrôlés de Jacqueline Maillan, les grimaces géniales de de Funès, mais c’est outré et outrageant pour ces grands acteurs dont nous n’avons ici que la caricature de la caricature : la caricature au carré.
L’Amiral Nelson fut le vainqueur de la bataille navale de Trafalgar contre Napoléon alors allié aux Espagnols, il y perdit la vie. Mais cette pièce, ainsi traitée, maltraitée, c’est la défaite même du délire. Ce n’est même pas du théâtre de Boulevard, mais du Boulevard du Crime du texte assassiné. Quant au pauvre lapin, qui donne son nom à la pièce, mêlé et malmené dans l’affaire, qu’allait-il faire dans cette galère ? Bénito Pelegrin.
Nelson, de Jean Robert-Charlier.
Opéra de Marseille
4 novembre
Mise en scène : Jean-Pierre Dravel, Olivier Mace.
Distribution : Chantal Ladesou, Armelle, Eric Laugerias, Thierry Samitier, Clémence Ansault, Simon Jeannin, Simon Larvaron.
Hélène Tysman et les (grands) Moments musicaux de Notre-Dame
En ouverture de la 22e saison des Moments musicaux de Notre-Dame à Marseille, Hélène Tysman nous confirme qu’elle est une des principales interprètes de Chopin mais nous montre aussi qu’elle est certainement une grande interprète de Debussy.
Enfin du nouveau ! Après un été sans surprise, Matsuev toujours aussi bon dans Tchaikovsky, un Jan Lisiecki prometteur mais qui se contente du minimum dans une intégrale des oeuvres concertantes pour piano et orchestre de Robert Schumann au Festival de La Roque d’Anthéron, la surprise est venue de là où on ne l’attendait pas forcément : Hélène Tysman.
Invitée par Christiane Berlandini pour l’ouverture de la 22e saison des Moments musicaux de Notre-Dame, la pianiste française nous proposait un programme 100% préludes, Chopin d’abord, Debussy ensuite, choix particulièrement pertinent au vu de l’aspect intimiste de ce lieu exceptionnel.
Concernant le compositeur polonais, nous étions en terrain connu. Hélène Tysman s’est déjà illustrée à plusieurs reprises en concours (premiers prix aux compétitions Chopin de Darmstadt et Hanovre), en concerts et au disque. En effet, en cours d’intégrale chez Oehms Classics, son dernier album, Ballads, a été recompensé, confirmant qu’elle fait partie des meilleurs interprètes de Chopin de sa génération. En revanche on ne l’attendait pas particulièrement sur Debussy, et c’est pourtant là qu’elle fut la plus bouleversante.
Pour la deuxième partie, Hélène Tysman interprétait une selection de Préludes de Debussy. De ses propres mots, son objectif était de nous faire découvrir «le Debussy fantastique, celui inspiré par Edgar Allan Poe». En fait, c’est le Debussy symboliste dont elle parle, le vrai Debussy si j’ose dire. En effet, depuis des décennies, on s’évertue à nous le présenter comme un «impressionniste», ce qui a forcément un impact profond sur son interprétation. Il est tout d’abord important de noter, qu’en art, le symbolisme s’est construit en réaction au réalisme et à l’impressionnisme ; on ne peut donc être les deux à la foi. Mais alors, qu’en est-il de Debussy ?
On peut déjà relever quelques éléments factuels : Debussy a fréquenté très tôt les mardis de Mallarmé, principal poète symboliste français ; il a mis en musique plusieurs poèmes de ce dernier mais aussi de Verlaine ; il nous a laissé deux opéras inachevés inspirés d’Edgar Allan Poe (La Chute de la maison Usher et Le Diable dans le beffroi) ; il a composé Pélleas et Melisande sur un livret de Maeterlinck, poète belge symboliste. A ces faits, on peut ajouter des arguments plus analytiques.
D’après le musicologue François Dubé, les Préludes de Debussy sont «destinés à traduire une atmosphère et sont ”l’équivalent sonore du sujet”» : ce principe de «correspondances» mis au point par Baudelaire est une des bases de l’art symboliste. Enfin, il faut noter que le positionnement peu commun des titres, en bout de partition, montre bien qu’il s’agit plus de suggestion que de description, suggestion qui est justement un autre principe fondateur du symbolisme. On pourrait aussi relever que ces titres n’ont souvent rien de «réaliste» (Cathédrale engloutie, Ondine etc.), et sont même parfois poétiques (Pour remercier la pluie du matin). D’ailleurs, Hélène Tysman n’est pas la seule à avoir eu cette intuition.
En 2012, Philippe Bianconi a fait sensation avec son intégrale des Préludes de Debussy chez La Prima Volta. Il explique lui-même que « pendant longtemps, le caractère hédoniste m’a sans doute empêché d’en percevoir toute la profondeur », c’est-à-dire que comme tous les précédents interprètes de ce compositeur, il ne s’était intéressé jusqu’à là qu’au caractère esthétique de la musique debusséenne. Finalement, sa compréhension du compositeur français a évolué à partir du moment où il a porté son attention sur le contexte, ce qui fait echo à ce que pensait Malher : «Tout est écrit dans une partition, sauf l’Essentiel».
C’est dans cette même logique qu’Hélène Tysman nous a fait découvrir un Debussy plus profond, plus mystérieux. Dans les préludes qu’elle a choisis (La cathédrale engloutie, Ondine ou Des pas sur la neige, Canope, La fille aux cheveux de lin, La terrasse des audiences, Ce qu’a vu le vent d’Ouest, Feux d’artifice), la profondeur de son jeu, l’ambiance sombre et poétique qui s’en dégage, relègue les interprétations de référence d’un J-E Bavouzet ou d’un Samson François loin derrière. Et sur ces pièces elle va même plus loin que Philippe Bianconi dans la compréhension de Debussy.
On ne peut donc espérer qu’une chose : un enregistrement prochain de ces oeuvres, voire même au-delà, tant il est sûr qu’elle a tout pour devenir une interprète majeure de ce compositeur. Avec ces qualités, on aimerait aussi beaucoup l’entendre dans les oeuvres tout aussi profondes d’un Nikolai Medtner. En attendant, elle poursuit sa brillante carrière avec plusieurs concerts programmés aux Etats-Unis.
En 1932, Maurice Denis disait à propos de Claude Debussy : «ce que la génération symboliste cherchait avec tant de passion et d’inquiétude : lumière, sonorité de l’âme, frisson du mystère, lui le réalisait presque sans tatonnement et, semble-t-il, sans effort». On pourrait en dire autant du jeu de Hélène Tysman.
Charles Romano
Pour retrouver Hélène Tysman au disque, deux très beaux enregistrements chez Oehms.
Plus d’infos sur les moments musicaux de Notre Dame
Une projection de Love de Gaspard Noë au Festival de cinéma de Gardanne
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« Cachez ce sexe que je ne saurai voir »
Ou chronique d’une censure insensée……..
Un mercredi soir sur la terre, les cheminées industrielles de Gardanne percent la nuit qu’une pleine lune inonde généreusement de sa lueur d’automne. Passe une étoile filante, fugace, le temps de faire un vœu…..
Le festival cinématographique d’automne de Gardanne bat son plein depuis le 16 octobre, souvent à guichet fermé, victime du succès de son foisonnant programme, un programme comme il n’en existe sans doute nulle part ailleurs (FATIMA, le BOUTON de NACRE, le FILS de Saul, PACO de LUCIA……).
Il est 22 heures en ce 21 octobre 20015 et le Cinéma 3 Casino est plutôt désert. En tout cas, peu de monde….Il y règne même une atmosphère singulière, comme un parfum de prohibition. C’est que le film qui va être diffusé ce soir et qui n’est pas inscrit au programme, ce film français « LOVE » de Gaspar NOE réalisateur argentin (on se souvient d’Irréversible ») a sa réputation qui le précède : Cerise JOUINOT, directrice du cinéma 3 Casino l’expose en préliminaire au film. :
Aux alentours du 20 juin 2015, le film est une première fois évalué par la Commission de classification des œuvres cinématographiques et obtient une interdiction aux moins de seize ans avec avertissements. Le 26 juin 2015, la ministre de la Culture Fleur Pellerin réclame un second visionnage pour que la classification soit réévaluée à la hausse. Le producteur et distributeur de film, Vincent Maraval, craint que cette demande soit faite par peur qu’une plainte soit déposée par l’association Promouvoir, déjà responsable de la suppression du visa d’exploitation de Saw 3D et fortement impliquée dans la polémique de Baise-moi. En soutien à cette réclamation, la Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs (ARP) ainsi que la Ligue des droits de l’homme et du citoyen (LDH) signent plusieurs communiqués de presse. En juillet 2015, Love obtient finalement son visa d’exploitation et la commission attribue une nouvelle fois une interdiction aux moins de seize ans avec avertissements.
Quelques jours seulement après la sortie française du film, un référé est déposé par Promouvoir, demandant une interdiction plus sévère, à savoir une interdiction aux moins de 18 ans. L’association obtient son interdiction aux moins de 18 ans devant le tribunal administratif de Paris.
Le ministère de la Culture dépose un recours contre cette décision. Le recours aura finalement lieu le 14 septembre 2015 au Conseil d’État en audience publique.
Voilà le public averti…..
L’histoire : simple, une véritable histoire d’amour avec du sexe dont rêve Murphy, le personnage masculin protagoniste. L’histoire des hommes, des femmes, peut-être celle de vos voisins de palier, peut-être la vôtre ! Murphy a 25 ans et ce 1er janvier, très tôt, le téléphone sonne. Il se réveille à côté de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute son répondeur : la mère d’Electra, qui n’apprécie pas Murphy d’ailleurs, est morte d’inquiétude, et veut savoir s’il a des nouvelles de sa fille disparue depuis quelque temps l. Elle craint qu’il ne lui soit arrivé quelque chose de grave. Au cours de cette longue journée pluvieuse, Murphy se retrouve seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d’amour : deux ans avec Electra. Une passion ardente pleine de promesses, de jeux, d’excès et sans doute d’erreurs…
Ses pensées soliloquent, les flash-back l’assaillent. Un amour nu, cru, et à nu. Les émotions poussées au paroxysme à l’instar de leurs ébats amoureux exacerbés par leurs fantasmes. Un petit goût d »’Education Sentimentale » teintée de » Fleurs du Mal » jusqu’à l’ »Insupportable Légèreté de l’Etre »…
Finalement, une histoire, somme toute banale, magnifiée par une interprétation juste, sans exagération des trois comédiens principaux (Karl Glusman, Aomi Muyock et Klara Kristin) et une mise en scène magistrale. Mais un film qui fait réfléchir……… sur quelque gymnopédie de Satie.
Et dire qu’il a juste fallu l’article L.761-1 du code de justice administrative dont s’est emparé une opaque association pour que « LOVE » soit estampillé film pornographique. » Mes nuits doivent être plus belles que leurs jours… »
Pauvre France, on aseptise ta création. Voltaire n’en finit pas d’être assassiné !!
Journalistes, érigez vos étendards ! A vos plumes jaillissantes, nom d’une pipe……en bois. Histoire d’Ôser défendre et Promouvoir ce chef d’œuvre de réalisme poétique et mélancolique à la bonne place dans vos colonnes saines et libres……
Merci à Cerise JOUINOT et toute son équipe d’un tel cadeau.
Une nouvelle soirée riche en découverte à l’Espace Léo Ferré
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Loin de tous tapages médiatiques, découvrir trois artistes de tout premier ordre Thierry Herbin, sculpteur, René Herbin, compositeur et grand-oncle du précédent, et Elizabeth Herbin, pianiste et fille du compositeur lors d’une exposition concert à l’Espace Léo Ferré est une expérience grisante et un évènement !
Le Toursky et son directeur n’ont pas leur pareil dans la cité phocéenne pour nous faire partager de belles découvertes artistiques.
La soirée a débuté avec Thierry Herbin qui présentait quelques-unes de ses œuvres, trop peu hélas : deux grandes statues bleus et rouges suivies d’une dizaine de statuettes se ressemblant toutes plus ou moins.
Parmi ces œuvres se démarquait le grand Poisson bleu : il s’agit d’une sorte de triton présenté, de façon originale, debout et dans un style proche de l’art brut, et dont le bleu puissant rappelle celui inventé par Yves Klein, le IKB.
Mais au final, il faut bien l’avouer, cette exposition trouve avant tout sa pertinence comme introduction au concert car c’est bien de celui-ci que provenait tout l’intérêt et plus précisément de son programme : des œuvres de René Herbin (1911-1953), compositeur français encore quasiment inconnu ; à ce jour seul son quatuor pour piano a été enregistré chez le courageux label Gallo qui reçut d’ailleurs un accueil très favorable de la critique internationale.
Il faut dire que l’enregistrement est de toute beauté et on tient là un des chefs d’œuvre de la musique de chambre française à découvrir de toute urgence ! Les américains ont même comparé les œuvres musicales de ce compositeur à celles de Chostakovitch. C’est pour dire !
Lors du concert, on a pu entendre deux œuvres de René Herbin : l‘Album d’images pour piano, composé en 1940 alors qu’il est en captivité dans un camp de la mort nazi, et trois pièces pour clarinette et piano, le tout interprété avec justesse et passion par la pianiste Elizabeth Herbin au jeu raffiné et le clarinettiste Olivier Pierre Vergnaud. Des cinq années de captivité, il écrit dans des situations précaires de nombreuses œuvres dont la sonate pour violon et piano ou Deirdre des douleurs pour orchestre de chambre… Ces œuvres étaient associées à la Sonate pour piano et clarinette de Poulenc.
Les deux interprètes y déploient une belle énergie et parviennent à nous offrir toutes les beautés de l’œuvre de Francis Poulenc !
Pour avoir une idée plus précise des œuvres et du style de René Herbin, il faudra attendre d’avoir écouter d’autres œuvres, ce qui pourrait mettre lumière un style plus personnel : c’est pour cette raison qu’on espère de tout cœur que la combat de sa fille, Elizabeth Herbin, pour le faire connaître et enregister son oeuvre, aboutira. À quand un enregistrement du concerto pour piano et orchestre de René Herbin écrit en 1952 créé à titre posthume par Vlado Perlemuter en 1956 ?
Elisabeth Herbin, l’une des grandes pianistes françaises du moment en serait sans aucun doute l’interprète idéale !
On souhaite la retrouver au Toursky pour un autre concert passionnant autour d’œuvres de son père ou au Festival des Musiques interdites dirigées par Michel Pastor dans la cité phocéenne.
La soirée s’est achevée sur un échange entre interprètes et spectateurs sur la vie et la musique de René Herbin : un moment riche en émotions à propos d’une vie mouvementée et d’une prometteuse carrière stoppée le 1er septembre 1953 par un tragique accident d’avion à l’âge de 42 ans avec l’illustre violoniste Jacques Thibaut dans les Alpes de Hautes Provence ironie du sort non loin du crash de la Germanwings du 24 mars dernier.
Une belle leçon d’amour offerte par une fille orpheline de son père à l’âge d’un an pour la réhabilitation de l’œuvre de son père !
Charles Romano
Prochain rendez vous à ne pas rater au Théâtre Toursky :
Moi, Diane Fossey le 20 novembre, Nuit du piano le 27 novembre avec Nicolas Bourdoncle : www.toursky.fr[3]