Robert Radecke : Œuvres symphoniques
Un enregistrement détonnant !
Premier enregistrement mondial avec Sinfonie Orchester Biel Solothurn : Kaspar Zehnder/ Label Cpo
Il y a des disques que l’on garde près de soi pour toujours. Celui-ci en fait parti. On ne peut dire que ce compositeur allemand oublié est souvent programmé. Les adolescents jadis adoraient jouer au cluedo. Me concernant, j’adorais chiner dans les bibliothèques au fil de mes voyages et études musicales des partitions et manuscrits. Mes compagnons de jeu épousaient les noms de Raff, Herzogenberg, Bargiel, Moscheles, De Boeck, Kreutzer, Klughardt…
Robert Radecke en fait parti. Je dois ces goûts qualifiés d’exotique par certains de mes enseignants à Henri Goraieb et Michael Ponti au grand désespoir de mes proches. Découvrir cet enregistrement dont le livret est trilingue et fort bien détaillé apporte des informations précieuses sur le compositeur. La prise de son aérienne de Frédéric Anglereaux et Christophe Germanique est une merveille. Il n’y a pas de secret lorsque les ingénieurs du son sont d’excellents musiciens, le résultat est au rendez-vous.
Un compositeur incontournable : Robert Radecke (1830-1911)
Chef d’orchestre et compositeur allemand comme son frère Rudolf, il étudie le violon avec Ferdinand David, le piano avec Moscheles et la composition avec Hauptmann. Il dirige l’Opéra de Berlin aus der Linden pendant 25 ans. Il dirigea un répertoire d’un grand éclectisme allant d’Offenbach à Wagner.
Il comptait parmi ses amis Joseph Joachim et Max Bruch entre autres. À la mort de Robert Schumann, il resta proche de Clara. Il laisse une œuvre fascinante dont un singspiel qui attend sa renaissance Die Monkügter( 1874), des centaines de lieder, de la musique de chambre, de la musique symphonique et des œuvres pour piano. On dénombre 200 opus. Sa mélodie aus der jugendzeit connut un succès extraordinaire dans toute l’Allemagne et l’Europe. Il connaissait Brahms, Liszt, Raff, Schumann, Wagner et Richard Strauss. Se confronter à Robert Radecke procure le même plaisir que de lire Goethe, Flaubert, Jaspers, Jung…
Un enregistrement très réussi.
Les œuvres proposées ici revêtent un romantisme classique d’une beauté incandescente à chaque mesure. L’ouverture du Roi Jean de Shakespeare opus 25. Composée en 1859, elle fût créée en 1860. Cette ouverture de concert pure captive par la force de son orchestration. Sa symphonie en Fa Majeur opus 50 date de 1877 et fut créée en 1878. Elle se compose de quatre mouvements dont le troisième est un andante quasi adagio qui bouleverse à chaque lecture ou audition. Elle est un magnifique hymne à la nature.
Les deux scherzi opus 52 sont de 1888. Elles sont deux exemples à enseigner dans les classes de compositions et de musicologie sur l’histoire musicale. Elles sont une explosion de vie. Le nocturne pour grand orchestre opus 55 composé en 1890 est une page orchestrale méditative quasi lunaire. L’orchestre symphonique Bienne Soleure est une révélation. Il participe activement à la vie musicale de Bienne et Soleure. Cet orchestre est incontournable au paysage musical suisse.
La direction flamboyante de Kaspar Zehnder subjugue. Quel talent possède ce chef d’orchestre ! Le souci du détail est dans son ADN. Il redonne vie à l’une des figures majeures de la vie musicale allemande du 19ème siècle aux multiples facettes. Un ravissement ! À découvrir urgemment.
Serge Alexandre
