Walter Kaufmann : Orchestral Works volume 1
Stupéfiant !
Avec Elisaveta Blumina, piano et Rundfunk-sinfonieorchester Berlin : David Robert Coleman
Cd cpo
La redécouverte de ce compositeur d’origine allemande nationalisé américain en 1964 étonne sur de nombreux points. Il y a une telle originalité chez Walter Kaufmann (1907-1984). C’est tout simplement déroutant et détonant. Chef d’orchestre, compositeur et musicologue né à Karslbad, il étudie avec Franz Schrecker la composition à Berlin et la musicologie à Prague. Il a été l’assistant de Bruno Walter à Berlin. Il fuit le régime nazi en 1935 en Inde où il y vit une dizaine d’années. En 1957, il se fixe aux Usa où il enseigne à l’Indiana School of music. Il est l’auteur de nombreux articles sur la musique de l’Inde et tibétaine. Sur le plan musical, il laisse une œuvre immense dans tous les domaines : de nombreux opéras, des symphonies, des concertos, de la musique chorale, de la musique de chambre et des œuvres pour piano. Walter Kaufmann est un ovni musical. Totalement inclassable ! Sa vie est un véritable roman. Ce premier volume consacré à ses œuvres orchestrales séduit et enivre.
Troisième concerto pour piano et orchestre
Il est écrit en Ut Majeur et date de 1950. Il se compose de trois mouvements de forme classique. Il est très accessible pour l’auditeur. Il est redoutable sur le plan pianistique. On ressent que le compositeur connaissait parfaitement l’art de cet instrument. Dans le premier mouvement et troisième, il y règne une véritable jubilation tant sur le plan harmonique que mélodique. On songe au Petruska de Stravinsky ou à Chostakovitch. L’adagio est d’une réelle beauté avec un solo de hautbois venu de nulle part comme une réminiscence du concerto pour piano et orchestre KV 488 de Mozart. Elisaveta Blumina trouve en ce concerto une œuvre qui lui va à la perfection. Cette pianiste reconnue pour la défense des répertoires du 20ème siècle et 21ème siècle y excelle. Quelle musicalité extraordinaire chez cette artiste ! On est scotché.
Troisième symphonie
Écrite en 1936 elle épouse le style de l’école viennoise. On y ressent une influence de Schreker et Hindeminth avec un parfum exotique venu d’Inde. C’est une œuvre picturale sonore où l’on perçoit cette lumière si particulière qu’aiment les amoureux de l’Inde. Elle livre trois mouvements épousant la forme classique sonate. C’est une œuvre d’un lyrisme hypnotisant.
Indian symphonie
Composée en 1943, elle est à l’image de la carrière de compositeur que fût Walter Kaufmann pour Bollywood en Inde. Elle offre trois mouvements d’une indicible beauté. On ressent toute la passion du compositeur pour le cinéma et l’Inde. Comment ne pas songer à Korngold en découvrant cette symphonie. C’est bluffant !
Six miniatures indiennes pour orchestre
Elles datent de 1965. Elles révèlent le talent inné d’orchestrateur du compositeur. Les mélodies y sont sublimes. La seconde livre un superbe solo de violon ici interprété par Rainer Walters remarquable de délicatesse musicale. Ces six pièces musicales courtes nous content des instants de vie. La réputation de l’orchestre berlinois n’est plus à faire. Ses différents directeurs musicaux dont Marek Janowski ou Vladimir Jurowski l’ont porté vers des sommets. David Robert Coleman prend un plaisir fou à défendre ses œuvres oubliées. Il s’y jette corps et âme. Cet ancien élève de George Benjamin à Londres et de Wolfgang Rihm à Kalsruhe en composition est comme un poisson dans l’eau dans ce répertoire. Il a été l’assistant de Pierre Boulez à Aix-en-Provence et de Kent Nagano à l’opéra de Bavière et çà s’entend. Il fait preuve d’un engagement total. Quelle énergie, il transmet à ses musiciens. Il reste à inventer les mots… On attend avec impatience un second volume des œuvres orchestrales de Walter Kaufmann. Une réussite totale !
Serge Alexandre


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