KILL ME de Marina Otero
Présenté vendredi 7 février 2026 au Pavillon Noir, Kill me, dernier volet du triptyque Recordar para vivir de Marina Otero, laisse le public sonné.
En sortant, on a la sensation d’avoir pris une énorme gifle en pleine figure mais surtout, on a du mal à mettre en mots tout ce qui a été bousculé en nous pendant près d’une heure trente.
Si vous cherchez un spectacle consensuel, bien rangé, respectueux des codes, alors passez votre chemin. Kill me est hors norme, hors cadre.
La pièce aborde la bipolarité et donne à voir la maladie l’intérieur : sa violence quotidienne, l’épuisement, les pensées qui partent dans tous les sens, les montées, les chutes, les ruptures et le chaos quand un jour tout éclate en mille morceaux.
Inclassable et profondément déroutant, Kill me hurle et nous plonge tête la première dans la tempête intérieure de celles et ceux qui vivent avec la maladie mentale.
Sur scène, cinq danseuses atteintes de troubles mentaux. Entièrement nues, bottines aux pieds, revolver noir à la main, perruques rousses. Parmi elle, un seul homme qui évoque Nijinski dans toute la complexité de sa fragilité extrême.
La scénographie pousse l’excès jusqu’à ses limites : esthétique pop rock saturée, lumières flashy, volume sonore élevé. Le spectacle se déploie comme un journal intime ouvert en grand, sans tri et sans hiérarchie. Le rythme alterne rupture, accélérations soudaines, déraillements. Et parfois, derrière l’inconfort, le rire surgit.
À tour de rôle, chacune des interprètes prennent la parole. Elles se livrent sans protection et racontent leurs crises, leur fatigue, leur peur de ne pas tenir. Mettre des mots sur la douleur semble plus difficile que d’exposer leurs corps. Les voix tremblent et vacillent.
« Je suis là pour vous remuer » clame l’une d’entre elles. Et ça remue. Le son devient presque irrespirable. Comme lorsqu’on s’enferme sous un casque, le volume trop fort, pour se couper du monde et laisser la pensée divaguer, quitte à se faire mal.
L’image de toute-puissance du début s’effrite peu à peu. À la fin, il ne reste que la vulnérabilité. Les perruques tombent. Les visages apparaissent. Les voix, au micro, se mettent à trembler.
Quand le spectacle se termine, on est sonné, désorienté. Les mots ne viennent pas tout de suite. Chacun repart avec ses propres résonances, ses propres questions sur ce que signifie habiter un corps et un esprit en tumulte.
Clémence Acar
