Marcoville : Lumières célestes
L’artiste Marcoville investit la Cathédrale la Major, place de la Major, 2ème, écrin majestueux de cette odyssée de verre et de lumière, avec son exposition Lumières célestes, une installation monumentale et féérique à découvrir jusqu’au 8 mars 2026 (tous les jours de 10h à 17h30/ Entrée libre et gratuite).
Marcoville, de son vrai nom Marc Coville, né en 1939 à Boulogne-Billancourt, convie le public à un parcours immersif au cœur de son univers céleste. L’artiste a conçu une forêt d’arbres de verre de cinq mètres de haut avec 600 anges en verre sablé et or s’élevant le long de la nef, entourés de 50 Vierges à l’Enfant grandeur nature. Autour de l’autel, un banc de 3 000 poissons en verre irisé flotte jusqu’à trente mètres au-dessus du sol. Avec Lumières célestes, Marcoville dialogue entre l’art et le sacré.
Nous avons rencontré le sculpteur qui nous détaille son travail et sa démarche écologique et humaniste.
Entretien avec Marcoville
DVDM : D’où vient l’idée de cette exposition ?
Marcoville : Il y a 30 ans, au Grand Palais à Paris, j’ai fait une exposition qui s’appelait Lumière. J’avais fait un rayon de lumière avec une vingtaine de cercles : j’ai repris une tranche de lumière et je l’ai mise là. Tout le reste est différent. Ça a été fait pour Marseille mais ça ne s’est jamais fait. On l’a ressortie à Tours et à Lyon et puis elle arrive là. Mais elle a été faite pour Marseille. Michel Pezet était venu me chercher pour que je fasse quelque chose pour la capitale de la culture en 2013.
DVDM : Comment travaillez-vous les matériaux ?
Marcoville : Toute l’expo est en verre de récupération. Ma démarche est de récupérer des matières complètement déclassées prêtes à aller à la benne et de m’en resservir : les corps des personnages sont en verre. Mais je ne suis pas verrier. Je travaille complètement différemment d’un verrier. Je ne travaille pas le verre à chaud. C’est du verre en plaques, du verre industriel que je mets en plusieurs épaisseurs. Je sable et grave tout ce qui est dans le sablage puis je peins et partout où le verre n’a pas été touché par la meuleuse, la peinture ne tient pas : les rayures, c’est où la peinture n’a pas été : ce qui est bien quand la peinture n’a pas tenu, c’est que ça donne de la chair. En fait, je dessine avec la machine. Les mains s’enlèvent, les bras s’enlèvent, et après il ne reste juste le corps. Le corps n’est pas fragile ; ce qui est fragile, ce sont les mains, les doigts, les bras etc. Le bébé, on peut l’enlever. Celle que j’aime bien, c’est la vierge noire, totem de l’Afrique profonde. Il y a de la rouille. Mais, ce n’est pas de la rouille que je peins. Je fais des projections d’acier en fusion : ça vient en petites gouttelettes fines en un quart de seconde et ça se colle sur le verre. Ça fait fondre le verre et ça reste imprégné. Ensuite, avec un peu d’eau dessus, ça rouille. Alors, les gens pensent que c’est du bois, bien sûr. Tous les troncs d’arbres, la plupart des troncs d’arbres sont tous comme ça.
DVDM : Pourquoi cette thématique des anges et des madones ?
Marcoville : C’est arrivé à cause de Berck/Mer où je voulais faire une expo. Je voulais coller à la région. Les bancs de poissons sous l’eau, c’est magnifique. Je me suis demandé comment on pourrait faire sortir ce banc de poisson. C’est aussi la multiplication du poisson, ça a un côté religieux. J’ai alors continué sur la religion. Après il y avait les anges gardiens, il y avait le paradis avec la forêt. Et puis les vierges. Chacun choisit la vierge qui correspond à son pays, à sa religion, à ses idées.
DVDM : Quel est votre matériel de prédilection?
Marcoville : Ça a été le verre : j’ai été prisonnier du verre à un moment. Parce que j’ai fait une expo à un musée, puis un autre musé, et un autre. Je suis resté longtemps sur le verre. Mais il fallait rester longtemps pour faire ça. Parce que ça demande une technique. Je me suis inventé mes techniques à chaque fois. Et c’est ça qui était passionnant. C’est ce que j’explique aux enfants des écoles : je leur explique que même si on est né du bon côté, même si ça ne va pas, avec très peu, on peut faire plein de choses. Avec du carton, du papier ou une autre matière, je leur impose de faire une expo. Pendant six mois, ils travaillent tous dans les écoles. Ensuite on fait une expo d’enfants. Une vraie expo. Moi, j’aime beaucoup ce genre de choses. Les enfants, ce sont des éponges et ils ont une créativité naturelle.
DVDM : Pourquoi avoir fait des vierges enceintes ?
Marcoville : J’avais envie de faire ça. Au début, quand je les ai faites, je me suis dit peut-être que ça ne va pas plaire. Mais en réalité, depuis des millénaires, on voit la Vierge à l’enfant ou enceinte même si on n’a pas trop l’habitude de les voir.
DVDM : Combien de temps vous prend la réalisation d’une sculpture ?
Marcoville : Je ne sais jamais. Parce que j’en ai toujours trois/quatre en même temps, peut-être un mois pour une sculpture. C’est beaucoup de travail, notamment l’assemblage des différentes parois de verre. En fait, il faut travailler beaucoup. Il y a 30 000 poissons. Il faut commencer de bonne heure et s’arrêter tard. Y compris même quand il fait froid. Parce que sinon, on ne s’en sort jamais. Alors quand il y a un peu de vent, ça bouge et fait des petits bruits. C’est vraiment réaliste. Pour installer, c’est mon fils qui m’aide. Il a une entreprise d’événementiel et vient avec son équipe. Avec leurs machines, les cow-boys montent là-haut. Surtout que dans les bancs de poissons, il y a des poissons qui se ressemblent et de temps en temps, il y en a un qui sort du lot. Comme c’est dans le miroir, on voit mieux l’alignement : ça intrigue beaucoup de gens ça. Avec le miroir, on a l’impression que c’est un banc de poissons sans fin qui sort du puits. L’idée, c’est qu’il faudrait que le banc soit rond et qu’on sente les poissons remonter. Il y a trente mille poissons, soit 3 tonnes.
DVDM : Parlez nous de la dernière vierge, Sainte Thérèse.
Marcoville : À la maison, il y avait une petite carte postale de Sainte Thérèse en noir et blanc usée sur les murs. Alors quand j’étais petit, je la voyais avec un bouquet de roses énormes et 50 ans plus tard, je me suis aperçu que Sainte Thérèse avait un petit bouquet, une petite pointe de bois, et c’est tout. Je me suis dit que je ferai quand même Sainte Thérèse avec son bouquet énorme comme je m’en souviens. Et j’ai fait Sainte Thérèse pour ma mère. Parce que toutes les autres, elles sont anonymes. Mais là c’est Sainte Thérèse de Lisieux et peut-être avec un peu de chance, elle va aller à Lisieux. Je fonctionne sur les souvenirs d’enfance. Je suis né en 39, mes parents étaient sur les routes et moi, j’étais élevé avec l’eau des caniveaux. Parce qu’il fallait ramasser l’eau pour boire. On n’avait pas de moyens et mes parents récupéraient tout pour faire quelque chose. Des chaussures avec des pneus de vélo. C’est incroyable ce qu’ils ont pu faire avec la récup’. Et ça m’est resté. Aujourd’hui je pourrais faire autrement mais je fais comme eux ils ont fait. Avec rien. Les déchets de la société. Et puisqu’on ne pourra jamais empêcher les gens de jeter tout par les fenêtres et sur les autoroutes, pourquoi pas se servir de leurs déchets et leur renvoyer différemment. D’ailleurs, je me disais, si je n’arrive pas à exposer, je renverrai les matériaux dans les bennes : ça pose une démarche. Parce que je les ai sortis de la benne et ce serait bien de les remettre chez eux. Mais comme j’ai pu exposer, je ne peux plus le faire. Maintenant je les fais voir. Mais si jamais je n’avais pas réussi, oui c’était la solution, les ramener là d’où ils viennent.
Interview et photos : Diane Vandermolina


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