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La pianiste Marie-Claire Trébor s’en est allée…

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Née en pleine seconde guerre, en mars 1940 à Marseille, au moment même où son père, dernier directeur du temple du musical, l’Alcazar, monte la revue « Ta gueule Adolf ! », en réponse à l’occupation allemande, elle est la dernière grande figure de cet art populaire qui avec elle s’éteint définitivement : l’opérette marseillaise.

Deuxième fille d’une chanteuse lyrique d’origine italienne, qui elle-même descendait d’une tradition circassienne en Toscane, et d’un imprésario qui avait le vent en poupe entre les deux guerres (impresario notamment de Fernandel dont ils furent les témoins de mariage respectifs). Elle grandi entre une maison d’édition musicale, les tournées avec toutes sortes de vedette de l’époque (Andrée Turcy, Vincent Scotto, Sarvil, Joséphine Baker, Maurice Chevalier, Rina Ketty, Reda Caire…) et le prestigieux music-hall marseillais « l’Alcazar » dont son père, reprend la direction en 1949.

Il est difficile d’imaginer que ce qui est aujourd’hui une bibliothèque régionale fût un centre d’art populaire grouillant de public du matin au soir (près de 2000 places avec des promenoirs, une troupe permanente de plus de 60 artistes, un atelier couture, une équipe administratrice, des techniciens, 11 représentations par semaine, certaines par catégorie socio professionnelle, des marathons de danse, des combats de catch, de boxe, des stars internationales, des artistes de cirque, la Scala de Milan …) .

Enfant de la balle, au piano depuis l’âge de cinq ans, premier prix de conservatoire, à la fin de son adolescence, elle est la seule femme à intégrer l’orchestre permanent de l’Alcazar en 1957 sous la direction de celui qui sera son beau-frère, le chef d’orchestre compositeur Marcel Dubel.

Elle trace un début de carrière dans de multiples revues et opérettes au sein du théâtre du cours Belsunce et croise la route de Dalila, Luis Mariano, Dario Moreno, Line Renaud, Brel et Brassens qui deviendront de grands amis de sa famille, mais aussi à leurs débuts : Johnny Hallyday, Paul Anka, Lalo schifrin, Gloria Lasso, Charles Aznavour, Annie Cordy et tant d’autres. Elle ne quittera plus la fosse de l’orchestre jusqu’en 1966 quand le théâtre ferme ses portes, pris dans une époque où la télé émergente vide considérablement les salles de spectacles.

A la naissance de sa fille, elle met de côté son métier de pianiste un petit temps puis reprend les tournées sur les routes avec de nombreux artistes qui furent des compagnons de route de son père et qui, dans cette nouvelle décennie, essaient de maintenir à flot une tradition de music-hall devenue orpheline à la fermeture de l’Alcazar.

Elle aura deux enfants de son époux, qui, lui, arrivait de Tunisie dans les années soixante, Valerie Trebor et Fabien-Aïssa Busetta (qui deviendront artistes eux aussi). Les années soixante-dix et quatre-vingt la verront suivre en tournée Dalida, Marcel Amont, Gérard Lenormand, François Deguelt, Hervé Vilard, Zavatta, Jacques Lantier, Léo Cotti …

Dans les années quatre-vingt-dix, elle devient pensionnaire d’une compagnie promouvant la chanson française et essayant de faire perdurer l’opérette marseillaise. C’est au milieu de ces années-là qu’un deuxième souffle de carrière ravive son parcours artistique. En 1995, son neveu, le compositeur et metteur en scène, Richard Dubelski, écrit un spectacle hommage créé à partir d’entretiens avec Claudie et Marie-Claire Trébor, autour de ce temple du music-hall disparu, « Opérettes » qu’elle jouera à Marseille en 1995 au Théâtre de la Minoterie, puis au Théâtre du Campagnol et en tournée.

Le projet de réhabilitation de l’Alcazar pointant le bout de son nez dans cette décennie là, les « sœurs Trébor », Marie-Claire, la pianiste, et Claudie, la meneuse de revue, auront de nouveau le vent en poupe. Pierre Ascaride, le directeur du théâtre de Malakoff, fera appel à elles pour un spectacle autobiographique hommage « Le Chichi marseillais » à la mémoire de ce Marseille englouti. Par la suite, elle sera de nouveau engagée comme comédienne pianiste au regard de tout ce qu’elle polarisait de mémoire populaire, on la verra dans des créations comme « les évadés de l’Alcazar », « les swings Folies » ou encore dans des mises en scènes de cabaret par Yvan Romeuf, Jeanne Béziers ou la chanteuse Danielle Stéphan.

Elle a été active comme pianiste jusqu’à ses quatre-vingt ans, animant une grande communauté de chanteurs portés par l’histoire populaire musicale de cette ville dont elle était le dernier témoin, l’ultime passeur. Elle s’est éteinte paisiblement dans sa maison de la Belle de mai à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, entourée d’amis artistes et de sa famille à l’aube de la nouvelle année, le 29 décembre. Elle fut le dernier témoin de l’incroyable vivacité artistique et populaire qui a embrassé la cité phocéenne pendant près d’un siècle.

Ses enfants, Valérie Trébor et Fabien-Aïssa Busetta

Rmt News Int • 8 janvier 2026


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