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Ensemble 44 – Folk Songs

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Pour clore l’année 2025, un public nombreux et attentif s’est pressé samedi 13 décembre au Théâtre du Balcon pour assister au dernier concert confié à l’Ensemble 44 autour d’un programme aussi exigeant que jubilatoire, placé sous le signe des Folk Songs de Luciano Berio.

La soirée s’ouvrait avec une première partie dédiée aux jeunes percussionnistes du Conservatoire du Grand AvignonCécile Bardin, Alexis Papillon et Jonas Roelsproposant un parcours intelligent et cohérent à travers quelques figures majeures de la musique répétitive et expérimentale du XXᵉ siècle.

Avec Trois par trois de Guillaume Guégan, les interprètes posaient d’emblée un cadre rythmique précis, presque ludique, où la contrainte devient moteur de créativité. Les Musiques à compter n°1 et n°4 de Tom Johnson, emblématiques de l’esthétique minimaliste, faisaient entendre une écriture mathématique, claire et jubilatoire, portée par une grande rigueur d’exécution.
Moment suspendu ensuite avec Story de John Cage, pièce où le silence, le geste et la parole deviennent matière musicale à part entière, avant le célèbre Clapping Music de Steve Reich, œuvre iconique du répertoire contemporain, donnée ici avec une précision millimétrée et une énergie communicative. Cette première partie, aussi pédagogique qu’artistiquement accomplie, trouvait naturellement sa place dans l’économie générale du programme.

La seconde partie plongeait le public au cœur du projet : les Folk Songs de Luciano Berio, œuvre emblématique du XXᵉ siècle, composée en 1964 pour Cathy Berberian. À travers ces chants populaires venus d’Italie, d’Arménie, de France, d’Azerbaïdjan ou des États-Unis, Berio ne cherche pas à folkloriser la tradition, mais à la réinventer, la filtrer par une écriture savante, raffinée, profondément théâtrale.

Avant d’y entrer pleinement, Elisabeth Angot, directrice artistique de l’Ensemble 44 et compositrice, proposait N29 pour flûte alto. Œuvre d’une grande complexité technique, ciselée, presque âpre, elle agissait comme un sas d’écoute, préparant l’oreille à la richesse rythmique et timbrique des Folk Songs à venir.

Les premiers chants de Berio, portés par la soprano Dania El Zein, trouvaient immédiatement leur juste équilibre entre intensité vocale, précision linguistique et liberté expressive. La formation instrumentaleSamuel Bricault (flûte), Marian Capstick (alto), Rafael Cumont Vioque (violoncelle), Rémy Reber (guitare), Olivia Le Blanc (clarinettes), Philippe Cornus et Alexis Papillon (percussions) se distinguait par une écoute collective remarquable, chaque timbre trouvant naturellement sa place dans la texture.

Après la Folk Song n°3, N33 pour clarinette basse et percussions d’Elisabeth Angot venait s’intercaler avec malice. Duo plein d’humour, de jeu et de connivence, la pièce offrait un contrepoint rafraîchissant, presque espiègle, à la gravité parfois sous-jacente de l’univers de Luciano Berio.

Les Folk Songs n°4, 5 et 6 laissaient ensuite place à N40, pièce pour guitare seule, d’une grande intensité émotionnelle. Écriture épurée, presque intime, où la guitare devient voix intérieure, respiration, mémoire. Une parenthèse sensible, accueillie dans un silence rare.

La soirée s’achevait avec les Folk Songs n°7 à 11, synthèse éclatante de ce cycle aux multiples visages, où l’expressivité vocale se mêle à une orchestration d’une inventivité constante.

Tout au long du concert, l’Ensemble 44 a fait preuve de ce qui constitue désormais sa signature : une exigence musicale sans austérité, une modernité joyeuse, une capacité à rendre le répertoire contemporain profondément vivant et accessible. Un concert de clôture à l’image du Balcon : engagé, audacieux et résolument tourné vers l’écoute d’aujourd’hui.

Un très beau point final pour l’année, salué par de longs applaudissements et la promesse implicite de retrouvailles à venir.

Erwan de Lozan

Rmt News Int • 17 décembre 2025


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