H20, entre poésie et science!
Jean Charles Gil a présenté au Silo sa création ‘H20, mémoires de l’eau’, le 8 février dernier devant un parterre d’élèves de différents âges et de personnes de tout âge : un public, mixte et mélangé, était venu en nombre découvrir La création du chorégraphe. En effet, ici, il s’agit véritablement d’une création où le chorégraphe expose au grand jour son esthétique personnelle sur une thématique qui lui est chère : le jaillissement de la vie au travers de l’obscurité mystérieuse des profondeurs sous marines.
Un retour aux origines et aux sources de l’humanité nous est offert en partage avec générosité et talent au travers de deux tableaux : la formation de l’élément eau, source de la vie, sans laquelle nul être vivant ne saurait survivre, et la mémoire des fonds marins, rappel de notre histoire, sans laquelle nul être humain ne saurait se construire.
Le premier tableau présente de façon très scientifique l’accouplement des deux hydrogènes ensemble puis leur mariage avec l’oxygène pour définir l’eau. Tâtonnement des molécules d’hydrogènes se mouvant au gré de leur envie, se cherchant en elles : les danseurs du ballet d’Europe vêtus de blanc esquissent des pas de deux, des portées et autres figures avec allégresse. L’aspect apparemment désordonné de leur ballet cache un ordonnancement très précis avec la création dans l’espace scénique de figures géométriques (triangle équilatéral ou parallélépipède). Les molécules d’oxygène se détachant les unes des autres, tels des électrons libres, viennent immiscer dans le ballet, cassant l’harmonie des hydrogènes, fuyant leur présence ou s’empressant à leur côté, un premier entre, puis un second, etc…. Une ligne est tracée dans l’espace et les oxygènes – interprétés par les breakers de noir vêtus auxquels Jean Charles a apporté une gestuelle plus fluide et plus aérienne- viennent à l’issue d’une parade amoureuse complexe épouser les hydrogènes. Le jaillissement de la vie, une explosion de joie et de sensualité. L’être humain est né !
La tête de la Victoire se dessine alors sous nos yeux, un tas de glaise informe qui se transforme en visage de méduse inquiétant et sombre, au regard bleu irisé. La musique électronique rappelle plus vivement les bruits enfouis et étranges des fonds marins. Un écran d’eau d’un bleu aux variantes surnaturelles (allant du bleu nuit au vert marécageux) submerge le plateau. Des personnages mythologiques (l’esprit de Neptune, la Victoire, Vénus, interprétés avec brio par les danseurs du ballet d’Europe) font alors irruption, aux côtés des plongeurs à la recherche des vestiges oubliés de notre histoire. Des couleurs flashy auréolent la tête de la victoire, avec ses verts, ses rouges, ses jaunes mangas. Rien à voir avec la lumière clairsemée du premier tableau, avec ses points lumineux verts aux effets psyché se réfléchissant sur la rampe du fond de scène (symbole de la vague). Dans ce second volet, la rampe symbolise le pont du bateau des plongeurs incarnés avec talent par les breakers. Nous basculons ainsi peu à peu dans le monde magique des abysses d’où vient Vénus (son nom grec, Aphrodite, signifie qu’elle est née de l’écume). SisQo interprète avec grâce et fragilité le danseur du Rhône aux formes ‘cassées’. La chorégraphie mêlant duos, solos, trios et ensembles transporte le public dans un univers onirique, fortement symbolique, où chacun peut se raconter son histoire. Sa propre histoire jusqu’au final magnifique où les danseurs du ballet d’Europe s’emparent de la breakdance avant de quitter les fonds marins pour le pont du bateau, les plongeurs ayant recueillis les vestiges avec eux et les remontant à la surface. Une chaine de bateau telle une main tendue vers l’autre, telle un lien entre les deux mondes, se découvre peu à peu. La tête de la Victoire disparait ; le rêve prend fin.
Outre la beauté de l’exécution de la chorégraphie par les danseurs, une chorégraphie bien pensée et dessinée avec précision dans l’espace au delà du mouvement du corps, Jean Charles Gil pouvait être heureux ce jour là de la réaction enthousiaste des jeunes venus découvrir ce spectacle de danse où se mariait avec élégance et finesse le mouvement léger et subtil, aérien du danseur et celui plus terrien du breaker. Du bel art ! DVDM
En tournée
Mercredi 6 mars 2013 au Grand Théâtre de Provence – Aix En Provence / Horaire : 20h30 / Locations http://www.lestheatres.net / 08 2013 2013
Samedi 4 mai 2013 au Théâtre des Salins – Scène Nationale à Martigues / Horaire : 20h00 / Locations http://www.theatre-des-salins.fr/
