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JEKYLL

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Le Cas Jekyll (2ème version)
De Christine Montalbetti
avec Denis Podalydès et Kaori Ito, danseuse
21 au 25 février 2012
Grand Théâtre
Durée : 1h20/Tarifs : 12/22euros
Représentations
mardi 21 février 19h
mercredi 22 février 19h
jeudi 23 février 20h
vendredi 24 février 20h
samedi 25 février 20h
Theatre de la Criée, quai Rive Neuve 13007 Marseille
Réservation : http://www.theatre-lacriee.com/

Schizophrénie provoquée

Le cas Jekyll dont la Criée présente cette semaine la seconde version relate les expérimentations du docteur Jekyll soucieux de démontrer sa théorie scientifique sur la multiplicité des personnalités vivant en chacun de nous. Jouant l’apprenti sorcier, le bon docteur se laisse griser par sa découverte jusqu’à ne plus avoir aucun contrôle sur la vile créature gisant au plus profond de son être, le fameux et sadique Mister Hyde dont nous sont contées les abominations allant crescendo des balbutiements de ses crimes en passant par le piétinement d’une fillette au meurtre de son créateur -ce dernier est dévoré de l’intérieur par le remords-, Hyde achevant ainsi sa vie de triste sire. Le tout présenté très scientifiquement sous la forme d’une exposition posthume du cas clinique Jekyll, destiné à un de ses anciens camarades d’études.

La réécriture de l’histoire de Jekyll et Hyde reprend les fondamentaux des caractères principaux dans une langue fortement connotée scientifique. Certains des termes employés sont issus de la langue des docteurs es médecine ou psychologie. Proposant une analyse du cas Jekyll, le texte révèle les subtilités et les découvertes psychologiques des temps modernes, ne réduisant pas la schizophrénie au dédoublement simple de la personnalité. Au contraire, l’auteur l’enrichit de nuances : le bon docteur semble déjà être en proie au tourment de la personnalité de Hyde avant même l’apparition de ce dernier. La métamorphose physique n’est ici qu’un moyen dramatique pour faire éclore cette seconde personnalité. Simplifier le cas à une lutte du pouvoir du mal – Hyde représentant si l’on peut dire le mal absolu sans conscience- contre la fragilité du bien – Jekyll pouvant être le symbole de la recherche du bien dans son expression la plus scientifique, si par bien on entend la quête absolue du savoir- serait dommageable au texte et au spectacle en lui-même.

En effet, la mise en scène joue avec subtilité de l’attitude scientifique du docteur persuadé qu’en chacun de nous gisent plusieurs personnalités ; ce qu’il démontre avec succès certes mais au péril de sa sante mentale et au final de sa vie. Dès l’apparition du docteur sur scène, vouté sur ses béquilles – incarné physiquement avec brio par Denis Polydades-, le spectateur sent confusément le trouble de la personnalité du docteur. L’apparition de Kaori Ito, double de Jekyll et de Hyde, ouvre vers un abime de personnalités : la danseuse au talent indéniable que nous ne pouvons que saluer avec enthousiasme apparait telle le masque déformé et déformant de la vérité recherchée. Le spectateur assiste alors aux métamorphoses de Jekyll et de Hyde, la plus spectaculaire étant celle ou Jekyll devient Hyde. La chorégraphie avec ses emprunts aux arts martiaux, ses acrobaties et ses pas de danse mêlant classique et contemporain confère une profondeur charnelle au texte dit par le comédien, telle un miroir tantôt complice, tantôt déformant. L’interaction entre le jeu du comédien – à la gestique magnifique et interprétation physique et corporelle investie d’une rare énergie – et la danse de la jeune japonaise semble une évidence, le spectateur ne peut imaginer l’un sans l’autre, doubles et opposés, consubstantiellement unis. C’est là la réussite de la mise en scène : offrir un spectacle dense et puissant, où le corps et le visuel sont au centre de l’interprétation, chose rare pour le souligner. Un spectacle charné, pétri de sueur.

Ainsi même si il est à regretter un début de spectacle un peu trop long- la scène où Jekyll explique bien trop didactiquement par ailleurs l’expérience à venir-, ainsi que la sonorisation du comédien – avec ses effets de réverbérations rendant le texte inaudible-; la création présentée a reçu un accueil chaleureux amplement mérité : l’utilisation de la voix off enregistrée et la création lumière sont remarquables. DVDM

COPYRIGHT PHOTO E.CARECCHIO

Rmt News Int • 24 février 2012


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