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“Rêve” – La nouvelle création de la compagnie Hap!

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La jeune compagnie Hap! dévoile son deuxième spectacle “Rêve”, spécialement conçu pour la saison des fêtes, au cabaret l’Étoile Bleue les 30 novembre et 1er décembre. Une offre Black Friday de -10% est accessible avec le code REVE.

Un conte circassien enchanteur

Dans cette création féerique, nous suivons Joséphine, une fillette de 9 ans dont le journal intime recèle un rêve précieux : devenir artiste de cirque. La magie de Noël transforme son vœu en réalité lors d’une nuit extraordinaire où elle se retrouve transportée dans un univers merveilleux. Des artistes de cirque l’accueillent et l’initient à leur art, lui permettant de découvrir ses talents à travers des acrobaties spectaculaires.

La voix de la jeunesse

Joséphine, plus jeune membre de la troupe et protagoniste du spectacle, partage son enthousiasme : “Quand on m’a proposé de participer à un spectacle, j’étais vraiment contente. L’histoire de la petite fille qui rêve de devenir circassienne est née grâce à Nina. Nous avons réadapté nos numéros de l’année dernière pour les intégrer dans cette nouvelle histoire. J’adore le travail en groupe, car j’aime tout le monde.”

Joséphine et Medhi

Une troupe aux liens uniques

La Compagnie Hap! se distingue par sa composition atypique d’artistes âgés de 10 à 20 ans, incluant deux paires de sœurs : Joséphine-Colette et Gabrielle-Angèle. Sophie Ortiz, directrice et circassienne, appelée Nina par ses élèves en référence à son nom de scène, explique cette dynamique particulière : “Ce qui est intéressant, c’est qu’à un moment donné, elles ne sont plus seulement sœurs, mais deviennent partenaires dans les duos. Il faut donc adapter notre langage. Et lorsqu’il y a des tensions au cirque, il est important de laisser cela de côté à la maison.”

Six mois de transformation

La progression entre ‘Hap!’ et ‘Rêves’ est spectaculaire” note Sophie. “En six mois, nos artistes ont grandi techniquement et artistiquement. Nous devons constamment adapter les numéros, les costumes et les techniques à leur évolution physique. Cette adaptation permanente fait partie de notre identité.”

Gaby

Les défis d’une croissance artistique

Sophie révèle les particularités du travail avec de jeunes artistes en pleine croissance : “La principale difficulté, c’est de travailler avec des enfants qui grandissent. Cela représente un vrai défi pour moi. Pour la création des numéros, on doit tenir compte de leur croissance. Par exemple, avec Gaby, je travaille sur son équilibre. C’est un processus long, car en grandissant, elle perd son centre de gravité. Avec Joséphine et Colette, les portées doivent être régulièrement repensées. Mon travail principal consiste à adapter continuellement les numéros et les exercices à leur évolution. Notre priorité reste la préservation de leur santé pendant leur développement.”

Rosalie

Une aventure collective extraordinaire

Rosalie partage l’intensité de leur engagement : “Créer un spectacle en six mois seulement, avec des sessions supplémentaires le week-end, relève du défi. Manon, Mehdi et Nina ont pris un risque financier considérable. Quand je dis aux gens que je fais partie d’une compagnie, je leur explique que nous ne sommes pas rémunérés mais c’est une chance pour nous, car tout est pris en charge, et nous avons l’opportunité de monter sur scène. C’est vraiment magique d’être comme une rock-star, même si ce n’est que pour quelques minutes. Quand les lumières s’allument et que le public applaudit, c’est notre moment. C’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre tant qu’on ne l’a pas vécu ; il se passe vraiment quelque chose de spécial. Cette expérience est aussi une première étape qui peut nous aider à devenir des professionnels par la suite.”

Retour aux sources

La compagnie renoue avec la tradition des grandes familles de cirque. Frédéric Ortiz, responsable de la mise en scène, observe : “De nos jours, les productions rassemblent souvent des artistes qui viennent de différents pays, voire de différentes villes. À part quelques troupes très jeunes, qui sont encore à l’école ou en voie de professionnalisation, il est rare de trouver des groupes qui restent ensemble sur le long terme. À part au Théâtre du Soleil, il n’y a plus vraiment d’équipes permanentes en France. Par le passé, des metteurs en scène comme Maréchal ont essayé de créer des noyaux stables, mais c’était compliqué. Souvent, la moitié des comédiens venaient de Lyon, car c’était l’ancienne troupe lyonnaise qui s’était installée à Marseille. On disait alors qu’il avait créé un foyer à Marseille, mais ce n’était pas tout à fait vrai, car il devait aller chercher des comédiens un peu partout. Aujourd’hui, cette pratique est devenue courante”.

Naïs

De Sophie de rajouter : “On essaie de raviver l’esprit de troupe et de famille que l’on a un peu perdu dans le cirque. Il y a de moins en moins de compagnies où l’esprit de groupe est présent, à part peut-être le Circus Baobab. Dans les compagnies, les artistes tournent beaucoup à l’intérieur sans vraiment s’installer. Bien sûr, il est important qu’ils partent pour découvrir de nouvelles choses avant de revenir. Mais cet esprit de famille et de collaboration, où chacun travaille ensemble, est devenu rare. C’est justement ce qui fait notre force. Cette jeunesse est aussi notre atout, et tout le spectacle est créé en équipe”.

Le processus créatif

L’équipe investit chaque minute disponible dans la création. Les week-ends sont consacrés aux répétitions supplémentaires, certains membres jonglant entre leur passion et leurs obligations professionnelles ou scolaires. Cette dédicace collective contribue à la qualité exceptionnelle du spectacle. Frédéric détaille leur approche novatrice : “Ce n’est pas simplement une série de numéros. Il est essentiel de théâtraliser le cirque en y intégrant des éléments de danse, de théâtre ou d’effets visuels. Les artistes doivent apprendre à incarner des personnages avec cette fragilité qu’un comédien peut avoir en racontant une histoire tout en travaillant la technique circassienne, ce qui demande une souplesse nécessaire pour rester dans leur rôle, un défi particulièrement complexe avec des artistes si jeunes dans un contexte de conte de Noël.”

“Rêve” incarne ainsi le renouveau du spectacle vivant, où tradition circassienne, théâtre et esprit familial se conjuguent pour créer une expérience magique unique, portée par une nouvelle génération d’artistes passionnés et talentueux.

Propos recueillis par Diane Vandermolina

Photos de répétition ©DVDM

Photo de Une: Sophie Ortiz entourée de Angèle, Joséphine et Colette

Plus d’infos : 

Spectacle le 30 Novembre et 1er Décembre (Samedi : 16h – 20h et dimanche 14h – 17h)

 107 bis boulevard jeanne d’arc 13005 Marseille – Cabaret l’étoile Bleue

“Isha”, Nouvel album de Sarah Lenka

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Un Voyage Musical Émotionnel

La prodigieuse artiste Sarah Lenka sera à Marseille, à La Meson, le 29 novembre prochain pour un concert unique à ne rater sous aucun prétexte. L’occasion d’écouter son nouvel et sublime album, déjà largement plébiscité, ‘Isha’.

Nous l’avons rencontrée et avons conversé ensemble sur son œuvre, ses inspirations, et son impact potentiel sur la scène musicale actuelle.

Une voix unique

Sarah Lenka, chanteuse et compositrice française, s’est imposée dans le paysage musical francophone par sa voix unique et son approche authentique de la musique. Avec son nouvel album intitulé “Isha”, elle continue d’explorer des thèmes profonds et personnels tout en offrant à son public une expérience sonore riche et variée.

Contexte et Inspirations

Née dans un environnement riche en culture, Sarah Lenka a toujours été entourée par l’art, la musique et la littérature. Son parcours artistique a été marqué par une exploration constante de ses racines personnelles et de ses influences variées, allant du jazz à la chanson française, en passant par la musique du monde. Avec “Isha”, elle semble fusionner toutes ces influences en un projet cohérent qui lui est propre.

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Sarah Lenka ©Alice Lemarin.

‘Isha’, la femme, les femmes

Le titre de l’album, “Isha”, signifie “femme” en hébreu, et cela témoigne du projet introspectif qu’elle souhaite partager. Sarah a créé cette œuvre dans un contexte de réflexion sur la féminité, l’identité et les relations interpersonnelles. Cette dimension thématique est omniprésente tout au long des pistes et se manifeste tant dans les paroles que dans la mélodie. Sarah parle des femmes de sa famille, de ses ancêtres, de leur résilience, de leur courage. C’est un album sur les femmes oubliées. 

Une œuvre éclectique

“Isha” est une œuvre éclectique qui mélange diverses sonorités, intégrant des éléments de la pop, du folk, et même des touches de musique traditionnelle. Cet album est le fruit d’une collaboration avec différents musiciens et producteurs, apportant une richesse sonore qui fait la signature de Sarah Lenka.
Des balades poignantes aux rythmes entraînants, chaque morceau semble raconter une histoire qui résonne avec l’expérience humaine, traitant de l’amour, du chagrin, de la liberté, et de la quête de soi.
“Isha” : Le morceau, éponyme de l’album, pose immédiatement l’ambiance avec une mélodie envoûtante. Les paroles évoquent la force et la vulnérabilité des femmes, soulignant l’équilibre complexe de l’identité féminine.

Sarah Lenka ©Milena Carranza

Des sujets universels

Dès sa sortie, “Isha” a suscité un intérêt considérable parmi les critiques et les fans. La profondeur des textes et la diversité des sonorités ont été saluées par de nombreux médias. Sarah Lenka parvient à toucher des sujets universels tout en restant profondément personnelle, ce qui fait résonner sa musique avec un large public.

L’impact de cet album pourrait également se mesurer par sa capacité à susciter des conversations autour de la féminité et de l’identité dans un monde en constante évolution. Avec “Isha”, Sarah souhaite non seulement divertir, mais aussi engager son auditoire dans une réflexion plus vaste.

Au cœur de la condition humaine

“Isha” est plus qu’un simple album ; c’est une exploration musicale qui plonge au cœur de la condition humaine. Sarah Lenka, par sa voix et son écriture, offre une œuvre authentique et engageante. Dans un secteur musical où l’authenticité est souvent mise à l’épreuve, “Isha” se distingue par sa profondeur et sa diversité, promettant à Sarah Lenka une place de choix dans le paysage culturel francophone. Cet album marque une nouvelle étape dans sa carrière, et il sera passionnant de voir comment il influencera à la fois sa musique future et la scène musicale en général.

« Être aimé, avoir beaucoup d’amour et en donner »

Quand on demande à Sarah quelle est sa conception du bonheur, elle répond : d’être aimé, d’avoir beaucoup d’amour et d’en donner. Sarah Lenka, depuis toujours éprise de liberté, offre avec cet album, une part de son intimité à partager avec toutes les femmes de l’humanité.

Danielle Dufour-Verna

Photo de une: ©Milena Carranza

“Novella” : Un projet pluridisciplinaire au Cœur des traditions et de l’écologie

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Le projet “Novella” imaginé par Chiara Caruso est présenté en clôture du festival Tous en son à la Cité de la Musique de Marseille le 19 décembre à 18h30. Cette création transporte le public dans un univers où se mêlent héritage culturel, musique, marionnettes, écologie et féminisme.

Un Conte Chanté et Brodé

Ce spectacle unique, destiné principalement aux enfants dès 8 ans, fusionne plusieurs formes artistiques : conte chanté, tapisserie brodée, jeu et manipulation de marionnettes façon Grand Guignol et création musicale. Inspirée par une chanson traditionnelle napolitaine, Chiara Caruso, la créatrice du projet, met en scène des personnages extraordinaires, des histoires millénaires et une esthétique profondément ancrée dans les traditions artisanales.

Une Équipe au service d’une Utopie Féministe et Écologique

L’équipe derrière “Novella” est un collectif de femmes aux parcours divers, unies par une vision commune : la transmission de savoirs artisanaux et artistiques. Parmi elles, Chiara Caruso, artisane marionnettiste et initiatrice du projet, et Irene Lentini, artiste pluridisciplinaire, apportent leur savoir-faire – la première dans la construction de marionnettes et la mise en scène ; la seconde dans la direction d’acteur. Rita Meherg a réalisé les illustrations des tapisseries qui accompagnent le conte, tandis qu’Alicja Marszalkowska et Annamaria Parietti contribuent à l’aspect écologique du projet, notamment en matière de teinture naturelle et de travail de la laine.

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Un Hommage à Eugenio dit « Cucciariello » (Petite Tête) et aux Traditions Médiévales

La nouvelle création de Chiara Caruso est un hommage à un conteur napolitain oublié, dont l’œuvre a inspiré une revisite moderne et engagée des récits populaires. « Cela fait maintenant trois ans que je travaille sur ce projet, de A à Z », dit-elle. « L’idée du spectacle est née pendant le confinement. J’ai ressenti la nécessité de mettre en place des utopies plutôt que des dystopies. Je voulais qu’il reste quelque chose après la fin du spectacle : des savoir-faire, des connaissances échangées, et surtout entre femmes. »

Chiara a choisi de s’inspirer des conteurs du Moyen Âge, en particulier des traditions populaires, à l’image des pupi siciliennes, où les conteurs s’appuient sur des représentations visuelles pour soutenir leur narration. « Ce n’est pas forcément un textile qui sert de support visuel », précise-t-elle, « ce qui compte, c’est d’avoir un support sur lequel le conteur ou la conteuse peut s’appuyer pour raconter son histoire. Ici, j’ai choisi une technique inspirée de la tapisserie de Bayeux, une broderie réalisée à l’aiguille qui ne nécessite pas de métier à tisser. La tapisserie sera dévoilée en avant-première le 7 décembre 2024 à 16h au Mucem avec Na Cartulin’e Napule où je serais accompagnée par Francesco Quartuccio, chanteur et poly-instrumentiste napolitain. » (Réservations : https://www.mucem.org/programme/chiara-caruso-et-francesco-quartuccio-na-cartuline-napule [5])

Une Œuvre Pluridisciplinaire

Le spectacle “Novella” se distingue par son approche pluridisciplinaire. Broderie, chant, musique et marionnettes se réunissent pour former une tapisserie visuelle et sonore. « Cela fait trois ans que je travaille sur ces tapisseries, constituées de neuf éléments regroupés en un seul », précise Chiara. Chaque tableau raconte une partie de l’histoire, en lien avec un chant à décompte. « C’est un chant en neuf étapes, où l’on avance progressivement tout en revenant régulièrement en arrière. Cela permet au chant de gagner en intensité et en rythme. »

Chaque chiffre de la chanson correspond à une image représentée sur la tapisserie-histoire de près de deux mètres de long. Cette tapisserie adossée à un castelet s’inspire des arazzi (tentures narratives traditionnelles italiennes), ces fameuses tentures des conteurs médiévaux. « Le double sens du titre ‘Novella’, entre ‘nouvelle’ et ‘narration’, renforce cette idée de modernisation des thématiques abordées », ajoute-t-elle.

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Thématiques contemporaines : Genre, Féminisme et Antiracisme

Au-delà de l’hommage aux traditions, “Novella” aborde des questions très contemporaines comme le genre, les discriminations et le racisme. Chiara explique : « Mon idée de départ était de réaliser une vision queer et contemporaine du Moyen Âge. Par exemple, dans l’histoire originale, les commères étaient exclusivement des femmes mais j’ai rajouté des hommes. J’ai transformé la princesse en femme savante, une figure publique et intellectuelle. » Elle fait également référence à l’œuvre des féministes sorcières du manifeste WITCH (Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell), un texte de 1968 repris lors des manifestations des Gilets Jaunes en France. « J’ai également modifié le texte en transformant les garçons en quatre petites filles qui jouent au football. »

Le conte met en scène une famille, symbolisée par l’union de l’homme à deux têtes et de la fille du roi Mouton. Cette union, qui représente la fusion de deux cultures (celle des deux rives de la Méditerranée), donne naissance à un enfant blanc et un enfant noir. Dans le spectacle, ce sont quatre filles métisses, deux blanches et deux noires. Ce choix de narration permet d’aborder des thématiques contemporaines comme la diversité, l’acceptation des différences, la tolérance, le vivre-ensemble et l’antiracisme, « déjà présent dans la chanson d’Eugenio Cucciariello ».

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La scène des jurons quand la reine découvre que ses petits-enfants sont métis est un passage marquant du spectacle. « Certains éléments, comme les jurons, ne peuvent pas être traduits sans perdre leur saveur. Il y a tout un art du juron en napolitain qui est intraduisible. Le théâtre, c’est justement cela : ce n’est pas seulement de la littérature, c’est aussi la possibilité de représenter et de jouer. Cela permet de comprendre des choses au-delà du rationnel, de saisir une certaine magie. Il y a également du français et le fait de passer du napolitain au français crée une variation dans les sonorités, qui est intéressante pour moi » détaille-t-elle avant de préciser:

Une artiste artisane

« J’ai choisi ce métier parce que la musique a une fonction. Je suis arrivée à Marseille en tant qu’artiste de rue, avec ma marionnette Django Reinhardt, qui m’a porté chance. Je continue à me considérer comme une artisane dans mon travail, même dans l’écriture. Je travaille le texte comme une matière, je l’affine, je le sculpte. Cela s’applique aussi à la recherche linguistique. Par exemple, la chanson est en dialecte napolitain, et j’ai voulu intégrer des expressions provençales ou fouiller dans le jargon du football pour une scène spécifique. J’ai aussi cherché des expressions en vieux français pour une scène inspirée du film L’Armata Brancaleone ».

Artisanat, Écologie et Transmission des Savoirs

L’un des éléments centraux du projet est la volonté de transmettre des savoir-faire artisanaux, en lien avec des pratiques écologiques. « J’ai pris contact avec des bergères et me suis formée à la teinture végétale naturelle à l’Atelier Couleur Garance. Nous avons organisé des ateliers, comme à la ferme du Roi d’Espagne à Marseille, où nous avons transmis ces compétences », raconte Chiara. « L’objectif était la transmission mutuelle de compétences. J’ai appris à tondre les moutons, à filer la laine et à broder » indique-t-elle.

L’écoféminisme, une approche qui lie les luttes féministes à la préservation de l’environnement, est également au cœur du projet. « L’écoféminisme, qui avait été mis de côté parce qu’il était jugé trop essentialiste, connaît aujourd’hui un renouveau. Cela s’inscrit parfaitement dans ce que nous faisons : utiliser des matériaux respectueux de l’environnement, tout en transmettant ces savoirs. »

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Une Coordination artistique monumentale

Sur scène, Chiara Caruso est seule à manipuler les 21 personnages incarnés par des marionnettes. « Les sept chevaliers sont représentés par une marionnette à gaine : chaque doigt correspond à un personnage, et deux doigts postiches sont ajoutés pour former les sept personnages. Les quatre petites filles sont représentées par quatre autres doigts d’un gant. L’homme à deux têtes, quant à lui, est une marionnette de type guignol », explique-t-elle. « Cela permet de faire coexister plusieurs personnages. Ce projet demande une grande coordination, à la fois pour jouer, chanter, et gérer les marionnettes » dévoile la saltimbanque.

Le spectacle utilise également des outils modernes tels qu’une pédale loop, permettant à Chiara de créer des boucles musicales en direct. « Cela me permet de minimiser les enregistrements et de créer une atmosphère sonore en direct. »

Pour mener à bien ce travail monumental, Chiara s’est entourée de collaborateurs talentueux, comme Mélissa, une directrice de chœur, qui l’aide à jongler entre les 21 voix des personnages, et Irene Lentini, marionnettiste italienne, avec qui elle a approfondi la coordination entre les voix et le mouvement des marionnettes. « C’est un travail monumental, et ce qui est intéressant dans ce projet, c’est le côté cathartique. Par exemple, l’un des jurons de la reine, “Passe le bonjour à ton père, le mouton”, est assez drôle. C’est une façon poétique et sensible de conclure une dispute » s’amuse-t-elle.

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Un Projet Utopique et Inspirant

 “Novella” est bien plus qu’un simple spectacle pour enfants. C’est un projet utopique, destiné à ouvrir l’imaginaire des jeunes générations à des mondes plus inclusifs, plus respectueux de la nature et des êtres humains. « Pour moi, les enfants sont les meilleurs interlocuteurs quand on veut construire une utopie », affirme Chiara. « J’espère toucher des enfants issus de milieux défavorisés, à Marseille mais aussi dans les zones rurales. »

Ce spectacle, véritable ode à l’artisanat, à l’écologie et à la diversité, est un exemple inspirant de la manière dont les arts peuvent contribuer à transformer le monde. “Novella” est un projet que nous vous invitons à découvrir d’urgence. 

Diane Vandermolina

Crédits photos: Constanza Piana et Leila Porcher

Tarifs : 9/13€

Réservations :  Novella – Tous en Sons ! [10]

L’art du portrait : L’exposition de Jean-Michel Botsen

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L’art et l’artiste : Un cursus artistique et technique

Samedi 16 novembre 2024, j’ai eu le privilège de vivre une expérience mémorable au Théâtre TOURSKY, un lieu emblématique de la scène culturelle locale, réputé pour son accueil chaleureux et son atmosphère bienveillante. Cette rencontre a été pour moi un véritable voyage artistique, alliant des moments de découverte sensorielle et intellectuelle, avec deux événements marquants : l’exposition « L’art du Portrait » de Jean-Michel BOTSEN et la pièce « Zoé » de Gilles ASCARIDE.

Cette première partie m’a offert une belle plongée dans l’univers créatif de Jean-Michel Botsen, à travers son exposition “L’art du portrait”. Cet artiste diplômé en arts appliqués, fort de plus de trente ans de carrière dans le monde de la publicité et de l’édition, nous a proposé une série de portraits aussi captivants que variés. À travers ses œuvres, j’ai pu découvrir un voyage visuel, où la diversité des techniques se mêle à l’émotion brute du portrait humain. L’artiste a su explorer différentes facettes du genre : du réalisme précis à l’abstraction poétique, chaque œuvre semble raconter une histoire, un moment figé dans le temps.

Son travail se distingue par sa capacité à jouer avec les formes, les couleurs et les textures. À travers des portraits réalisés à la peinture acrylique, à l’huile, ou encore avec des outils plus modernes comme la tablette graphique, Botsen nous invite à voir au-delà de la simple représentation du visage. Il capte l’âme des sujets qu’il peint, les rendant vivants, émotionnels, et parfois même déformés, mais toujours puissants.

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Sa série de “tributes”, dans laquelle il rend hommage à des figures emblématiques du cinéma et de la musique, m’a particulièrement impressionné(e). En intégrant des titres de chansons ou de films en arrière-plan, il crée une fusion subtile entre l’image et le texte, renforçant la profondeur émotionnelle de ses portraits. Ce jeu avec les mots et les visages ajoute une dimension narrative à ses œuvres, donnant à chaque portrait une histoire qui va bien au-delà du simple visage. J’ai pu admirer les tributes de Clint Eastwood, Serge Gainsbourg, Jean-Paul Belmondo et bien d’autres figures marquantes.

Une évolution créative : de l’illustration au gribouillage, une quête de liberté

Jean-Michel Botsen a également partagé son parcours, une évolution marquée par un désir constant d’explorer de nouvelles façons de s’exprimer. Après plus de trente ans dans la publicité et l’édition, il a ressenti le besoin de se réorienter vers une pratique plus personnelle et authentique. C’est ainsi qu’il s’est tourné vers le dessin, renouant avec les racines de sa passion. Ses débuts dans l’illustration, souvent appliquée à des projets commerciaux, lui ont permis d’affiner son sens de la forme et de la couleur, tout en développant un regard unique sur l’anatomie et la représentation visuelle. Le travail en peinture acrylique ou à l’huile, notamment dans des interprétations créatives de la réalité, lui a offert une maîtrise technique qui est aujourd’hui au service de son art personnel.

Au fil du temps, il a ressenti le besoin de s’affranchir des contraintes du monde commercial et de trouver une voie plus libre, plus expressive. C’est dans cette quête de liberté que le “gribouillage” est apparu comme un élément clé de sa pratique. À travers un simple stylo à bille, l’artiste a redécouvert la fluidité du dessin, où chaque ligne, chaque geste devient une exploration spontanée, un mouvement intuitif qui laisse place à l’imaginaire. Ses ‘gribouillages’, qui mêlent valeurs et contours, nous dévoilent des portraits ou des scènes qui prennent forme au fil du tracé, sans préméditation, mais avec une grande finesse. Ce n’est pas seulement un exercice de style, mais une véritable démarche artistique, qui lui permet de se reconnecter avec l’essence même du dessin.

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Du gribouillage numérique à l’encre de Chine : un retour aux sources

L’arrivée des outils numériques a ouvert de nouvelles possibilités à Jean-Michel Botsen, notamment grâce à la tablette graphique, qui lui permet d’ajouter une dimension chromatique infinie à ses gribouillages tout en conservant l’esprit du dessin manuel. Grâce à la flexibilité des calques et des outils numériques, il a pu développer des œuvres plus complexes, intégrant du texte en arrière-plan, notamment dans ses séries “tributes”, où il rend hommage à des artistes et à des personnalités en mêlant portrait et citation. Ces œuvres témoignent d’une maîtrise des nouvelles technologies, tout en préservant cette touche personnelle et spontanée propre à son approche créative.

Mais malgré les atouts du numérique, l’artiste n’a jamais cessé de revenir à ses premières amours : l’encre de Chine et la plume ou encore le stylo bille. Dans ses dernières séries de portraits réalisés sur papier, il parvient à restituer la fluidité et la légèreté de ses gribouillages tout en apportant une profondeur nouvelle grâce à la précision du trait et la richesse des textures. Ces œuvres sont un retour aux sources, où le geste devient plus précis, plus travaillé, tout en conservant la spontanéité et l’émotion. La série actuelle de portraits en encre résonne comme un retour aux fondamentaux de sa pratique, où il recherche un équilibre parfait entre technique et liberté expressive.

L’art du partage : transmettre sa passion à travers les ateliers

Au-delà de sa production personnelle, Jean-Michel Botsen s’investit également dans la transmission de son savoir-faire. Depuis plusieurs années, il anime des ateliers de dessin et de peinture, s’adressant à un public de tous âges, des enfants aux adultes. Ces ateliers sont pour lui une manière de partager non seulement des techniques, mais aussi sa vision de l’art : une pratique ouverte, sans barrières, où la créativité individuelle est mise en avant. Chaque participant est invité à explorer ses propres envies artistiques, guidé par l’expérience d’un artiste qui a su, au fil du temps, réconcilier ses différentes facettes créatives et s’émanciper des contraintes imposées par le monde extérieur.

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Un moment de convivialité

Après cette immersion dans l’art, l’entracte s’est révélé tout aussi enrichissant. Le créateur, en partageant son discours, a offert un éclairage supplémentaire sur ses œuvres et son parcours. L’apéritif qui a suivi a permis à chacun d’échanger ses impressions sur l’exposition, tout en profitant de l’atmosphère conviviale et accueillante du lieu. Ce moment de rencontre, de discussion et de partage a parfaitement complété la visite, ajoutant une belle dimension humaine à cette expérience artistique.

Une soirée réussie

Cette découverte au Théâtre TOURSKY a été une véritable réussite, alliant culture, convivialité et découvertes artistiques. Il est important de souligner que le théâtre poursuit sa mission avec une profonde détermination, en honorant la mémoire de son fondateur, Richard Martin, qui nous a quitté il y a un an. Ce lieu unique continue de vivre et de rayonner grâce à son esprit, sa vision et le travail de tous les salariés. Chaque événement comme celui-ci est une façon de perpétuer son héritage et de célébrer la culture qu’il a toujours défendue.

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La rencontre avec Jean-Michel Botsen restera gravée dans ma mémoire comme un moment privilégié de partage artistique. Un grand merci à toute l’équipe du théâtre pour leur accueil attentionné et leur professionnalisme. La personnalité de l’artiste, son talent et sa générosité en font une belle rencontre, un créateur à découvrir absolument.

Leïla METINA-BOUCHOUR

Photos : Leïla METINA-BOUCHOUR 

Phot de une : Jean-Michel Botsen ©Leïla METINA-BOUCHOUR

Lien : botsen | Instagram, Facebook, TikTok | Linktree [15]

Lieu : Théâtre TOURSKY (Marseille) : Jusqu’au 14 décembre 2024 / entrée libre

Zoé, une femme invisible : personnage inspiré de la trilogie de M. Pagnol

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Zoé est une pièce bouleversante qui a été jouée au Théâtre TOURSKY ce samedi 16 novembre 2024. Elle est signée Gilles ASCARIDE et interprétée par Marie FABRE.

Gilles Ascaride, auteur de cette pièce, s’intéresse à des questionnements humains profonds, notamment ceux liés à la quête de soi, aux rapports familiaux et aux choix individuels face aux contraintes sociales. Il reconstitue avec humour et sensibilité l’histoire de Zoé, cette femme souvent évoquée dans la trilogie de Marcel Pagnol mais que l’on ne voit jamais, rejetée par ses sœurs Honorine (mère de Fanny) et Claudine (tante de Fanny), qui la perçoivent comme le déshonneur de la famille en raison de ses “mœurs” jugées légères et de ses choix audacieux.

Identité et transformation

“Zoé” est un drame intimiste qui explore les thèmes de l’identité, du changement et de la recherche personnelle, plongeant le spectateur dans l’histoire poignante d’une femme en pleine transformation. La pièce mêle humour, tendresse et mélancolie, nous offrant une vision de la vie complexe de Zoé, entre rires, larmes, révoltes silencieuses et désirs inassouvis. C’est une réflexion sur la liberté de la femme, les injustices sociales et la construction d’une existence.

Dans ce soliloque, Zoé prend vie sur scène. Cette femme vieillissante et solitaire réside dans un modeste appartement de Marseille, dans le quartier populaire de La Plaine, loin du tumulte du port.

Contexte historique

L’action se déroule dans les années qui suivent la Libération, une époque marquée par des bouleversements sociaux et culturels, où les stigmates de la guerre se mêlent aux espoirs de réinvention personnelle et collective. C’est une période où les femmes, comme Zoé, cherchent leur place dans un monde en pleine transformation, tiraillées entre l’héritage d’un passé patriarcal et les nouvelles aspirations d’indépendance et de liberté qui émergent après la guerre.

Dans ce contexte de renouveau, Zoé, en dehors des sentiers battus, incarne cette quête de soi. À travers son monologue, elle nous plonge dans une réflexion intime sur l’évolution du rôle des femmes dans la société et sur la manière dont elles redéfinissent leur identité dans un monde en perpétuel mouvement. Dans cette quête de sens, Zoé n’est pas seulement une vieille dame nostalgique, mais une femme qui cherche à comprendre son passé et à donner du sens à sa vie, malgré les épreuves et les incompréhensions. Ce texte devient ainsi une méditation sur la famille, la solitude et la façon dont les femmes, en particulier, sont jugées.

Le texte de Gilles Ascaride, riche en émotions et en réflexions, est porté par une mise en scène minimaliste mais percutante, où chaque geste et chaque silence semblent chargés de sens.

Interprétation et mise en scène

Marie Fabre, seule en scène, incarne Zoé avec une telle intensité qu’elle captive le public pendant 1h40. Son interprétation, subtile et profonde, rend pleinement justice au texte, donnant vie aux dilemmes intérieurs de Zoé, une femme qui cherche à comprendre son passé tout en apprenant à s’accepter. Son jeu, empreint d’une grande sensibilité, met en lumière les multiples facettes du personnage : entre fragilité et force intérieure, elle parvient à transmettre toute la complexité des émotions de Zoé. Particulièrement saisissante dans les moments de confrontation et d’introspection, Marie Fabre donne une profondeur supplémentaire à cette exploration psychologique et sociale. Grâce à sa maîtrise, elle offre au public une expérience émotionnelle intense et révèle toute la richesse intérieure de Zoé.

Le contraste entre la crudité du langage et la poésie de la mise en scène crée une tension dramatique saisissante, où le discours direct et sans fard de Zoé se heurte à une mise en scène subtile, souvent empreinte de poésie. Ce contraste ne se contente pas d’ajouter de la profondeur à l’œuvre ; il invite aussi à une réflexion plus profonde sur la dualité du personnage et ses luttes intérieures. Le langage cru, brut, sert à dévoiler les émotions les plus viscérales, tandis que la poésie de la mise en scène adoucit ces moments pour offrir au public une expérience à la fois intime et visuellement riche, pleine de nuances. Ce langage direct peut être interprété comme un moyen d’expression sincère, souvent associé à des personnages qui rejettent les conventions sociales. Chez Zoé, il devient une forme de résistance, incarnant une authenticité brute. Dans ce contexte, Marie Fabre se montre particulièrement à l’aise avec le texte et l’interprétation.

Ce moment théâtral riche et émouvant offre un espace de réflexion sur la manière dont chacun de nous cherche à comprendre et à redéfinir son identité dans un monde en constante évolution.

Marie Fabre est Zoé ©François Mouren-Provensal

Les temps forts de la vie de Zoé

Zoé et Pompon

Zoé revient du marché, portant péniblement un lourd couffin rempli de courses. Après avoir monté cinq étages, elle entre chez elle, où son unique compagnie est son chat Pompon. Vieille dame vivant seule, Zoé parle souvent à son chat, son seul interlocuteur. Sa solitude, mise en lumière par la présence de Pompon, contraste avec l’absence de sa famille.

Zoé et le faire-part

Dans son courrier, Zoé trouve un faire-part de décès de sa sœur Honorine ravive en elle un tourbillon de sentiments contradictoires : l’amour mêlé à la rancœur envers celle qu’elle surnommait “l’adjudant-chef” et la colère contre sa sœur Claudine, “la grosse à qui on avait oublié de fabriquer une cervelle”. Ce faire-part déclenche chez Zoé une profonde introspection sur son passé et ses relations familiales. Les funérailles auront lieu le jour suivant, et Zoé se questionne sur la nécessité d’assister à la cérémonie à l’église ainsi que se rendre au cimetière.

L’Histoire de Zoé

Elle se souvient de son enfance marquée par la violence et les brimades répétées de sa sœur aînée, Honorine, de ses aventures avec des hommes (Felipe, l’amour intense mais impossible) et des femmes (Nadia, rencontrée au “Palermo” et devenue son amoureuse) qui ont croisé son chemin, mais aussi de son passage par des épreuves difficiles : l’abandon, la pression sociale, les moments de solitude et de douleur, ainsi que les réconciliations avec son passé et ses relations, qui l’aideront peu à peu à comprendre ses blessures intérieures.

Zoé est une femme à la fois indépendante et fragile, qui cherche à s’épanouir et à comprendre ses désirs. Les différents amants et relations qu’elle rencontre jouent un rôle crucial dans son cheminement personnel. Ils sont à la fois des figures d’attachement, de rupture et de redécouverte. À travers ces interactions, Zoé tente de trouver son équilibre entre liberté et besoin d’intimité, tout en se confrontant aux attentes sociales et aux défis de l’amour.

Zoé, maîtresse de son destin

Elle a toujours été une femme libre, à une époque où les femmes étaient souvent contraintes par les normes et les attentes de la société. Bien avant de comprendre ce qu’était le féminisme, Zoé en incarnait l’esprit, ne laissant personne dicter sa vie ni limiter ses désirs. Elle a vécu en dehors des conventions de son époque, refusant de se conformer aux critères moraux et sociaux imposés aux femmes de sa génération. Zoé a fait le choix de sa propre liberté, même si cela signifiait vivre dans la marginalité, braver les jugements et les reproches d’une société qui cherchait à restreindre ses choix, ses désirs et son indépendance. Cette audace, loin d’être un simple rejet des normes, était une affirmation de sa volonté d’être maîtresse de son destin.

Zoé fait le bilan de sa vie

Au crépuscule de sa vie, Zoé repense à sa jeunesse ouvrière à la fabrique d’allumettes, où elle fut séduite puis abandonnée par Felipe, un matelot espagnol, et à sa solitude actuelle. Ce retour sur sa jeunesse ouvrière est sans doute une clé pour comprendre son histoire personnelle. On peut imaginer que cette séquence représente à la fois une période de grande émotion (séduction, abandon) et un point de fracture dans sa vie, un moment où ses rêves de bonheur ont été écrasés par la réalité de ses relations familiales et sociétales.

Cercle inversé

Zoé a eu un fils, Jean-Christophe (son petit café au lait), avec un homme de couleur, un enfant né hors mariage à une époque où cela était encore lourd de significations sociales. Jean-Christophe finit par devenir instituteur, un métier que sa mère, Zoé, avait elle-même rêvé d’exercer, mais qu’elle n’a pas pu réaliser. Au-delà de sa carrière professionnelle, Jean-Christophe a dû faire face à d’autres défis : il était homosexuel, une réalité dans un monde souvent peu tolérant. Malgré les préjugés sociaux de son époque, Zoé a su accepter et soutenir son fils sans jugement. Leur relation, ainsi que les choix de vie de Jean-Christophe, révèle un cercle de transmission inversé : tandis que Zoé n’a pas pu réaliser son rêve de devenir institutrice, son fils y parvient, tout en vivant selon ses propres aspirations. Cela pourrait symboliser une réconciliation avec ses rêves non accomplis et une forme de résilience face aux obstacles sociaux. Cette histoire témoigne non seulement de l’acceptation de Zoé, mais aussi de sa capacité à dépasser les normes de son temps et à être un soutien indéfectible pour son fils, en dépit des difficultés et des tabous sociaux de l’époque.

Au fil de ses pensées et de ses souvenirs, Zoé fait face à une vie qui, bien qu’éprouvée, a été vécue avec une certaine liberté et une recherche d’inconnu.

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Un roman actuel

Le roman de Gilles Ascaride dépeint le parcours d’une femme dont la vie a été marquée par des amours contrariées, des désirs inassouvis et des conflits familiaux. Ce retour sur ses souvenirs s’entremêle à une méditation profonde sur sa solitude actuelle, ses regrets et son besoin de réconciliation avec elle-même.

À travers des dialogues percutants, l’œuvre aborde des thématiques sociétales essentielles : l’homosexualité, les relations interraciales, la maternité hors mariage et le mariage de convenance. Elle explore également des questions fondamentales comme le droit de vote des femmes, la résistance pendant la guerre et les transformations politiques et culturelles de son époque, soulignant les luttes pour l’égalité, la liberté et la justice.

En traitant du métissage, des discriminations raciales et de la liberté individuelle, le roman aborde des réalités difficiles qui résonnent encore aujourd’hui. Il questionne notre regard sur l’autre, l’évolution de la société et la liberté de choisir sa propre voie, tant dans l’amour que dans la vie. L’œuvre met en lumière des sujets toujours actuels : la condition féminine, les préjugés raciaux, le métissage et la défense des droits fondamentaux. Elle interroge également l’autonomie corporelle, l’indépendance personnelle et les choix de vie, révélant les tensions entre conventions sociales et aspirations individuelles.

Dans ce monologue, Ascaride propose une réflexion intime sur la quête de sens et de réconciliation avec soi-même. Zoé, malgré les épreuves, affronte son existence avec résilience et dignité. Sa quête dépasse la recherche d’une reconnaissance extérieure : elle vise une paix intérieure avec ses décisions, aussi douloureuses soient-elles. Son parcours, bien que difficile, devient un cheminement vers la compréhension et l’acceptation de son passé, lui permettant de retrouver sa dignité.

Là où Pagnol dressait le portrait d’une femme amorale, Ascaride révèle une figure féministe avant-gardiste.

Leïla METINA-BOUCHOUR

Photo de une : Gilles Ascaride et de Marie Fabre ©Leïla Metina-Bouchour

Texte publié aux éditions du Fioupélan.

Bon à savoir

Gilles ASCARIDE écrivain, comédien et dans une autre vie sociologue au CNRS, est né à Marseille. Fondateur et figure de proue du mouvement « Overlittérature », il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, allant du roman à l’essai, en passant par la nouvelle, le théâtre et le journal de voyage. Certains de ses ouvrages ont été traduits en italien, témoignage de son influence au-delà des frontières. Reconnu pour son écriture vive, percutante et souvent subversive, Ascaride s’illustre par sa capacité à bousculer les conventions littéraires tout en explorant des thématiques sociales, politiques et humaines.

Marie Fabre est une artiste et comédienne française, reconnue pour sa polyvalence et la profondeur de ses interprétations. Sa carrière, entre théâtre et cinéma, fait d’elle une figure incontournable, aussi bien pour son talent d’actrice que pour ses qualités d’écriture. Son parcours artistique se distingue par un équilibre rare entre une sensibilité contemporaine aiguisée et une maîtrise des classiques, tout en étant marqué par un engagement constant dans des projets théâtraux qui interrogent des thématiques sociales, féministes et humaines. À travers ses créations, elle offre une réflexion puissante sur les rapports de pouvoir, les inégalités de genre et la place de la femme dans la société. Elle explore les sujets les plus complexes avec une finesse de ton qui permet une véritable prise de conscience chez le spectateur. Ses pièces sont saluées tant par la critique que par le public appréciant son approche innovante.

Alexandra Marcellier : Butterfly, une interprétation entre jeunesse et maturité

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Madama Butterfly, chef-d’œuvre en 3 actes de Giacomo Puccini, sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, poursuit sa série de représentations jusqu’au 24 avril (19 et 21 novembre à 20h/ le 24 à 14h30) sur la scène de l’Opéra de Marseille, s’inscrivant magnifiquement dans la célébration du centenaire du maître du vérisme.

Rencontre avec Alexandra Marcellier

La soprano Alexandra Marcellier, lauréate d’une Victoire de la Musique en 2023 dans la catégorie “révélations, artiste lyrique”, retrouve avec enthousiasme l’Opéra de Marseille : “Je suis ravie de revenir à l’Opéra de Marseille, et je pense que si cela s’était mal passé, je n’aurais pas ressenti cette excitation de revenir, surtout dans une mise en scène que j’ai déjà joué, entourée de personnes que j’apprécie et d’un casting exceptionnel.” Elle souligne la particularité de cette production avec une distribution entièrement française : “Il est rare de se retrouver sur un plateau 100% français. L’avantage, c’est que nous nous connaissons tous plus ou moins. Nous avons souvent croisé nos chemins lors d’événements ou de concerts, même si nous n’avons pas forcément chanté ensemble. Cela crée un lien familial.”

Une approche musicale enrichie par le violon

Sa formation de violoniste influence profondément sa démarche artistique : “Avoir une formation musicale est un atout. Le violon m’a permis d’acquérir cette rigueur, que j’applique maintenant à ma voix, qui est mon instrument principal.” Cette double compétence nourrit sa méthode de travail : “Je m’appuie toujours sur le violon dans ma pratique. Lorsque je déchiffre un morceau ou un opéra, je commence par les coups d’archet, car cela m’aide à définir le geste musical que je vais utiliser.”

Habituée de la musique italienne, elle détaille son processus d’apprentissage : “Il y a deux aspects à travailler : d’une part, la phrase musicale elle-même, et d’autre part, le travail théâtral lié au texte. Je m’efforce de travailler le texte comme un comédien avant de rassembler le tout. Les musiques de Puccini, notamment dans Madama Butterfly, sont très proches de la manière dont on peut exprimer théâtralement les émotions et les sentiments.”

Un début de carrière étonnant

Elle a fait ses débuts sur scène dans Butterfly « Madama Butterfly est l’un des rares opéras qui me bouleverse à ce point. Jamais je n’aurais imaginé débuter ma carrière avec un rôle d’une telle envergure. Je me souviens, au conservatoire, j’avais un recueil d’airs d’opéra que mon meilleur ami m’avait offert. Sur la partition de Butterfly, il avait inscrit ‘à jouer dans une autre vie’. Des années plus tard, quand on m’a proposé le rôle, j’ai retrouvé ce vieux recueil. En l’ouvrant et en découvrant cette annotation, j’ai été saisie par l’ironie du destin. J’avais seulement 27 ans quand on m’a proposé le rôle, et je l’ai interprété à 29 ans – un âge particulièrement jeune pour un rôle aussi exigeant. »

Madama Butterfly ©Christian Dresse

« Mais cette jeunesse s’est révélée être un atout. N’étant que légèrement plus âgée que Cio-Cio-San, je peux naturellement me connecter à ses émotions, à sa façon de réagir et de ressentir les choses. Une interprète de 45 ans, aussi talentueuse soit-elle, aura nécessairement une sensibilité différente. Ce ne sera pas moins bien, simplement différent. Je sais que je chanterai probablement encore ce rôle à 50 ans, mais avec une autre approche. Cette expérience précoce me permettra toujours de puiser dans ces souvenirs, de me rappeler comment je l’interprétais quand j’étais plus proche de l’âge du personnage » détaille-t-elle.

Une Butterfly complexe et nuancée

Sa vision du personnage de Cio-Cio San révèle une grande lucidité : “Elle a 15 ans, mais elle n’est pas aussi naïve qu’on pourrait imaginer. Elle est fragile et sincère mais elle sait aussi jouer de sa jeunesse. En tant que geisha, elle a déjà dû apprendre l’art de la survie dans un monde difficile. À son âge, elle possède une maturité immense. L’arrivée de Pinkerton représente pour elle à la fois une échappatoire et un nouveau défi : celui de s’adapter à une culture totalement différente.”

Le défi de l’entracte et l’évolution du personnage

L’artiste souligne l’importance capitale de l’entracte : “Il est rare qu’à l’opéra il se passe autant de temps entre deux actes. Ici, trois années s’écoulent. Il faut donc que je sois consciente de ces trois années pendant l’entracte. Mon jeu évolue également ; je n’utiliserai plus les mêmes techniques vocales.” Elle évoque la transformation psychologique du personnage : “L’attente est quelque chose de difficile à gérer.  Elle la consume de l’intérieur, provoquant des changements profonds dans son comportement, ses gestes, sa façon d’être. On peut observer ces transformations à travers ses tics nerveux, ses comportements compulsifs, ses accès de colère, signes d’une tension intérieure grandissante.”

Le dénouement tragique : une nouvelle lecture

Alexandra Marcellier propose une interprétation personnelle du suicide final : “Dans ma vision des choses, j’imagine que son suicide est une façon de punir Pinkerton. Elle dit à Kate qu’elle lui remettra l’enfant dans 30 minutes au sommet de la colline, mais c’est lui qui doit venir le chercher. Elle planifie cela en quelques secondes. Ce n’est pas un rituel d’honneur comme le harakiri japonais ; elle ne se situe pas dans cette logique-là. Elle a mis de côté ces notions d’honneur car elle a complètement embrassé la foi de Pinkerton.”

Madama Butterfly ©Christian Dresse

Une interprétation vivante et évolutive

La chanteuse insiste sur la richesse du rôle : “Je pense qu’on pourrait jouer ce rôle des milliers de fois et toujours découvrir de nouvelles nuances. Selon le jour et l’heure, on peut avoir envie de l’interpréter différemment.” Elle souligne l’importance des interactions sur scène : “Les regards autour d’elle sont comme des miroirs qui reflètent sa situation. L’intensité du regard de mes partenaires sur scène influence profondément ma performance. C’est particulièrement vrai avec les enfants qui participent au spectacle – leur regard innocent peut être dévastateur pour Butterfly, lui rappelant sa propre innocence perdue et le poids de ses choix.”

L’universalité de l’œuvre

Elle conclut sur la puissance universelle de l’œuvre de Puccini : “J’entends souvent des personnes dire que l’opéra n’est pas fait pour eux, mais cela dépend vraiment de la façon dont on y est introduit. Lors de ma première représentation à Saint-Étienne avec cette mise en scène, j’ai reçu pendant plusieurs jours des messages de personnes qui disaient qu’elles n’arrivaient pas à s’en remettre. Ainsi, des gens qui n’avaient aucune connaissance de l’opéra en sont tombés amoureux. Je pense que c’est un opéra qu’on devrait découvrir en premier, même avant Carmen.”

Une relation privilégiée avec l’Opéra de Marseille

L’artiste voue une affection particulière à l’Opéra de Marseille : “C’est un lieu assez grand, avec une belle scène et une bonne capacité d’accueil. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est la proximité avec le public, qui crée une ambiance intimiste. L’acoustique est fabuleuse, ce qui est essentiel pour moi dans un théâtre.” Elle souligne l’atmosphère unique du lieu : “Les sièges rouges ajoutent une touche spéciale. Il y a une belle énergie qui se dégage de cet endroit.”

Elle apprécie particulièrement Maurice Xiberras : “Maurice est un directeur exceptionnel. Il nous fait confiance et sa passion est contagieuse.” Une anecdote personnelle illustre cette ambiance familiale : “Il adore les chiens ; j’étais venue avec mon chien Samson, et maintenant j’ai aussi Brioche, sa sœur.”

Madama Butterfly ©Christian Dresse

Une vie partagée avec ses fidèles compagnons

Au-delà de sa carrière artistique, Alexandra partage sa vie avec deux adorables spitz : Samson et Brioche. Le choix du nom de Samson révèle son attachement à l’art lyrique : “C’était l’année des ‘S’ et j’adore Samson et Dalida.” Elle souligne les qualités remarquables de cette race : “Les spitz comme Samson ont une excellente immunité grâce à leur fourrure, qui agit comme une barrière. Leur pelage hypoallergénique leur permet de s’adapter aux variations de température, c’est vraiment impressionnant.”

Brioche, la petite dernière de la famille, doit son nom à sa douceur caractéristique : “C’est sa véritable petite sœur, la dernière portée de leurs parents, et elle a deux ans de moins que Samson. Elle est tellement adorable, moelleuse et douce comme une brioche. Quand on la voit, on a envie de la croquer !” Ces compagnons à quatre pattes l’accompagnent dans sa vie d’artiste, apportant tendresse et légèreté à son quotidien intense.

Des racines catalanes à la scène internationale

Originaire de Catalogne, Alexandra vit désormais à Cap d’Ail, près de Monaco. Elle garde un lien fort avec ses racines : “Je parle catalan. Ma grand-mère est catalane et j’ai fréquenté une école catalane.” Sur scène, elle retrouve ces liens culturels : “Je parle un peu catalan avec Goro, Philippe Do, car il vient de la même région et est également né à Perpignan. Du coup, on se fait souvent des blagues en catalan, ce qui me fait du bien et me ramène à mes racines, à mon pays, la Catalogne.”

Une carrière marquée par des défis relevés

Sa carrière a été jalonnée de remplacements mémorables : “J’ai dû remplacer au pied levé pour ‘Butterfly’ à Monaco et récemment à l’Opéra de Paris (où elle a été ovationnée, ndlr). J’ai aussi remplacé Vitellia dans ‘La Clémence de Titus’ de Mozart, en tournée avec Cecilia Bartoli. J’avais seulement quelques jours pour préparer le rôle avant la tournée européenne.” Cette expérience s’est révélée particulièrement enrichissante : “C’était un grand défi, surtout avec Cecilia à mes côtés. Mais le défi a été relevé et nous avons même joué à Salzbourg sous la direction de Robert Carsen. Cela a été un grand succès.”

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Madama Butterfly ©Christian Dresse

Une vocation depuis l’enfance

Pour Alexandra, la musique est une vocation profonde : “J’ai toujours voulu être musicienne. Depuis que je suis petite, avec mon violon, je savais déjà ce que je voulais faire. À l’âge de 6 ans, je savais répondre à cette question.” Elle évoque son parcours personnel : “Je suis née chanteuse, en fait. J’ai toujours chanté. Je faisais du violon et j’étais une enfant très timide. Le chant était donc un peu compliqué pour moi, mais c’était mon rêve : pouvoir m’exprimer en public, même devant trois ou quatre personnes.”

Cette timidité s’est transformée en force : “Avant, je n’arrivais même pas à faire une blague devant qui que ce soit, et maintenant, on ne peut plus m’arrêter.”

Des aspirations théâtrales

Au-delà de l’opéra, Alexandra nourrit d’autres ambitions artistiques : “Le théâtre est vraiment quelque chose qui m’intéresse. Je me sers de mes expériences sur scène, mais j’aimerais vraiment me lancer dans le théâtre en parallèle dans un avenir proche.” Elle manifeste un intérêt particulier pour la comédie : “J’aime beaucoup la comédie et j’apprécie faire rire les gens. À l’opéra, je fais souvent pleurer, donc au théâtre, j’aimerais vraiment avoir l’occasion de faire rire.”

Son regard sur le métier d’artiste lyrique

Elle porte un regard lucide sur sa profession : “Il y a beaucoup de travail, même si c’est un don. Pour moi, c’est un métier comme un autre, je ne vois pas de différence. Cependant, nous apportons tellement d’émotions sur scène que parfois, les gens se laissent transporter et ont besoin d’idéaliser un chanteur.” Elle apprécie particulièrement l’évolution du milieu : “Je pense qu’il y a de plus en plus d’artistes de qualité sur le plan humain dans le domaine lyrique.”

La ville de Marseille, un cadre inspirant

Son rapport à Marseille reflète son dynamisme : “C’est une ville très dynamique. Il faut être prêt à suivre le rythme. Quand on vient ici pour travailler, on a souvent besoin de moments de repos et de calme, donc il est important de bien choisir son endroit pour se détendre. Mais il y a le soleil ! C’est une ville du sud, où tout gravite, où ça bouge, c’est vivant” conclut l’amatrice de pasta italienne.

Propos recueillis par Diane Vandermolina

On a vu Butterfly

Nous retrouvons avec un plaisir non dissimulé Alexandra Marcellier, dont l’inoubliable Micaëla aux côtés d’Héloïse Mas dans l’opéra de Bizet « Carmen » présenté en février 2023 avait déjà révélé un talent rare. Elle nous avait alors conquis avec son interprétation audacieuse, déconstruisant brillamment les clichés d’un personnage trop souvent caricaturé.

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Madama Butterfly ©Christian Dresse

Dans le rôle de Cio-Cio-San, Alexandra Marcellier dévoile avec virtuosité les multiples facettes d’un personnage d’une complexité vertigineuse : une adolescente de 15 ans contrainte à la condition de Geisha par la ruine familiale, puis séduite par un officier américain en quête d’exotisme facile. Dès son entrée au premier acte, sous une apparente timidité, elle laisse transparaître une maturité précoce, particulièrement saisissante lors de la scène du reniement familial où, convertie au christianisme par amour, elle sublime le duo avec Pinkerton d’une touchante ambiguïté entre candeur et lucidité.

Alexandra incarne son personnage avec une intensité rare, naviguant avec maestria entre les émotions les plus contrastées. Au 2ème acte, elle atteint des sommets dramatiques lorsque, consumée par l’attente de son époux volage, elle oscille entre espoir déchirant et folie naissante, adressant à Suzuki des reproches d’une ironie glaçante. Son “Un bel di vedremo” captive par sa construction magistrale, ses nuances subtiles et ses ruptures saisissantes.

L’intensité dramatique de son interprétation culmine dans l’Acte 3, où chaque geste, chaque note devient poignant. La scène des adieux à son enfant, déchirante de tendresse désespérée, précède une tentative de suicide d’une justesse bouleversante, interrompue par l’irruption de son fils. Le suicide final, où elle se traîne vers Pinkerton dans un dernier élan d’amour, atteint une dimension tragique rare, conjuguant perfection vocale et vérité dramatique absolue. Alexandra Marcellier incarne Butterfly jusqu’au plus profond de son être, nous offrant une interprétation qui restera dans les mémoires.

La distribution qui l’entoure atteint un niveau d’homogénéité remarquable. Eugénie Joneau compose une Suzuki d’exception, alliant une voix sublime à une gestuelle japonaise minutieusement travaillée. Philippe DO offre un Goro magistral, incarnant la duplicité avec un talent consommé. Amandine Ammirati dessine une Kate Pinkerton complexe, où la compassion le dispute à la détermination, face à un Thomas Berringer dont la relative pâleur sert paradoxalement le caractère superficiel de Pinkerton. Marc Scoffoni campe un Sharpless fascinant, dont la posture rigide souligne admirablement les compromissions morales. Le chœur de femmes, partie prenante du drame, atteint une cohésion parfaite sous la direction inspirée de Paolo Arrivabeni, qui révèle chaque subtilité de la partition avec une précision d’orfèvre, faisant notamment resplendir les interventions de la harpe dans toute leur délicatesse.

Madama Butterfly ©Christian Dresse

La production n’est pas sans failles : malgré une scénographie évocatrice, jouant habilement des paravents mobiles côté jardin et d’un imposant escalier-colline en bois en fond de scène, certains choix de mise en scène manquent de finesse. Les costumes, particulièrement ceux de Butterfly, ne servent pas toujours la dramaturgie avec bonheur. Si la mise en scène reste globalement cohérente, elle pèche parfois par un excès de didactisme, et la direction d’acteurs, bien qu’efficace, laisse entrevoir quelques imprécisions qui auraient mérité plus d’attention. DVDM

Crédit photos: Christian Dresse

MADAMA BUTTERFLY | Opéra [19]

Madama Butterfly de Giacomo Puccini

Livret de Luigi ILLICA et Giuseppe GIACOSA

Création à Milan, à La Scala, le 17 février 1904

Dernière représentation à l’Opéra de Marseille, le 23 mars 2016

PRODUCTION Opéra national de Lorraine

Direction musicale Paolo ARRIVABENI

Mise en scène Emmanuelle BASTET

Scénographie Tim NORTHAM

Costumes Véronique SEYMAT

Lumières Bernd PURKRABEK

Cio-Cio San Alexandra MARCELLIER

Suzuki Eugénie JONEAU

Kate Pinkerton Amandine AMMIRATI

La Mère de Cio-Cio San Christine TUMBARELLO

Zia Miriam ROSADO

Cugina Francesca CAVAGNA

Pinkerton Thomas BETTINGER

Sharpless Marc SCOFFONI

Goro Philippe DO

Le Bonze Jean-Marie DELPAS

Le PrinceYamadori Marc LARCHER

Le Commissaire impérial Frédéric CORNILLE

Yakusidé Norbert DOL

L’Officier du registre Pascal CANITROT

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille

FRENCH FRAGRANCES

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Nouveautés Cd Klarthe Records avec le concours de SWR KULTUR

Le label Klarthe fait souvent preuve de courage en réhabilitant des œuvres peu jouées au concert.  Cet enregistrement met en lumières cinq chefs d’œuvres du répertoire français de musique de chambre pour hautbois. Philippe Tondre, hautboïste émérite et reconnu internationalement vous prend par la main et vous entraîne avec sa compère pianiste Germano-Grecque Danae Dörken dans un voyage musical passionnant. On admire le travail sur le timbre et la couleur ayant pour leitmotiv le désir d’embrasser des œuvres aux styles tellement différents selon les compositeurs.

Enivrante, chaque pièce nous offre son lot d’arômes. On s‘enivre du son unique du hautbois.

La sonate de Saint-Saëns respire un romantisme délicieux. Douce et pétillante, cette pièce est un pur ravissement qui viendra illuminer vos soirées hivernales.

Pierre Sacan, prix de Rome en 1943 était un pianiste, pédagogue, compositeur recherché et apprécié. Sa sonate se révèle malicieuse et semble sourire à l’impressionnisme d’un Claude Debussy tout en épousant la dimension tonale d’un Arthur Honegger. On y retrouve de ci de là le langage riche harmoniquement d’Olivier Messiaen.

La sonate de Francis Poulenc est l’une des dernières œuvres du compositeur avec celle pour clarinette. Le hautbois se révèle mélancolique et déploie sa triste complainte. Pièce incontournable, les émotions sont multiples à l’écoute d’une des pièces majeures de la musique de chambre du 20ème siècle.

La sonate d’Henri Dutilleux, fruit de la jeunesse du compositeur se déguste comme un mille feuille. Explosion de saveurs grâce à la richesse des mélodies et des couleurs. Un délice d’une intensité rare.

La sérénade pour quintette à vents d’André Jolivet met en avant d’excellents solistes nous communiquant leur plaisir de jouer ensemble. Brillante, burlesque, virtuose à souhait, cette pièce est un véritable feu d’artifice musical qui conclut merveilleusement cet enregistrement.

Soulignons la prise de son exemplaire de Luc Fourneau.

 Un enregistrement à offrir et à découvrir sans hésitation.

Serge Alexandre

FRENCH FRAGRANCES

Camille Saint Saëns : sonate pour hautbois et piano (1921)

Pierre Sancan : sonate pour hautbois et piano (1957)

Francis  Poulenc : sonate pour hautbois et piano (1962)

Henri Dutilleux : sonate pour hautbois et piano (1974)

André Jolivet : sérénade pour quintette à vents avec hautbois solo (1945)

Avec Philippe Tondre, hautbois, Danae Dorken, piano, Clément Dufour, flûte, Julien Chabod, clarinette, Guillaume Bidar, basson, Pierre Rémondière, cor.

Akai Ito : Un fil rouge, symbole clé dans la pièce 

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PREMIÈRE IMPRESSION

J’ai eu le grand plaisir d’assister à la première représentation de “Akai Ito” qui a eu lieu à Marseille au théâtre TOURSKY le 08 novembre. Cette œuvre à l’authenticité rare est née de la passion et de l’acharnement d’une jeune compagnie indépendante après deux ans de recherche et de travail intensif. Produite par la compagnie Chrysomèles, elle s’inspire de la légende japonaise du fil rouge dont la traduction en japonais est “Akai Ito”. Le titre laisse évoquer une part de mystère, de curiosité et de libre interprétation pour le public.

SYMBOLIQUE ET THÉMATIQUES

“Akai Ito” représente les rencontres, les événements et les choix importants qui vont influencer notre parcours de vie. La pièce parle de la quête de soi, de la recherche de sens dans nos vies et de la force nécessaire pour surmonter les obstacles. Elle invite à réfléchir sur nos propres parcours, nos épreuves, nos espoirs et nos peurs, et à trouver en nous les ressources pour avancer et se guérir. 

L’idée du fil rouge, tel qu’exprimée dans la pièce, est un fil conducteur qui va bien au-delà de la simple idée de l’âme sœur. Cette ambivalence donne à la pièce une profondeur particulière.

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RÉFLEXIONS PHILOSOPHIQUES

Depuis les temps anciens, l’humanité s’interroge sur le sens de la vie. Cette quête a engendré une richesse exceptionnelle d’enseignements philosophiques et de légendes. La légende du fil rouge raconte que nous serions liés à notre âme sœur par un fil invisible. Mais qu’en est-il si ce fil n’était pas un chemin prédéfini et qu’il ne reliait pas simplement deux moitiés, mais le chemin de toute une vie ? 

Peut-on imaginer que ce fil du destin soit à la fois un soutien et un obstacle ? Il peut nous guider vers notre voie et nous donner la force d’avancer malgré les difficultés. Mais il peut aussi nous confronter à des défis et des obstacles qui mettent à l’épreuve notre détermination.

MISE EN SCÈNE ET NARRATION

Le décor repose sur l’idée centrale du fil rouge qui symbolise le destin et les liens invisibles entre les personnages.

Ce fil est matérialisé par des cordes suspendues, tendues, ou même entrelacées à travers l’espace scénique représentant le fil du destin et créant une atmosphère à la fois poétique et symbolique.

Chaque personnage est lié à quelque chose, qu’il s’agisse de son passé, de ses relations ou de ses propres choix. Ces liens, parfois invisibles, façonnent son parcours. Tantôt ils sont une aide pour avancer, tantôt un frein pour évoluer.

Dans le déroulé de la pièce, ces liens n’ont pas la même signification pour chacun. Certains s’en libèrent, d’autres les rencontrent, les partagent ou encore les subissent. Cette pluralité des parcours évoque la variété des expériences humaines face à un destin qui semble à la fois dicté par des forces extérieures et, en même temps, largement façonné par nos choix.

Le message final de l’œuvre n’est pas figé. Il reste ouvert à l’interprétation, car il dépend du regard du spectateur, de son vécu et de la signification qu’il choisit d’attribuer à ces liens. Pour ma part, j’ai pu entrevoir une lumière au bout du tunnel. Mais, cette lumière pouvait aussi bien être une porte de sortie offrant une nouvelle liberté, qu’une direction finale une sorte de clôture, selon l’interprétation que l’on en fait.

Dans la continuité de cette création, il y a la bande son qui permet de renforcer l’atmosphère poétique et émotive.

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DISTRIBUTION

Martin Sigaud, 19 ans, est un jeune danseur professionnel. Après avoir intégré la compagnie de Josette Baïz durant sa scolarité, il poursuit depuis deux ans sa formation à l’international à CODARTS, à Rotterdam. Il est également danseur dans la création « Décadrés » (autre création de la Cie).

Aurélien Vaudey, 33 ans, est un danseur professionnel, évolue depuis plus de 10 ans dans le monde de la danse, alliant Hip-hop et danse contemporaine. Il a travaillé avec des compagnies telles que Kafig et Rêvolution. Actuellement, il participe au projet “Akai Ito”.

Valentin Brune, 27 ans, est un danseur formé au conservatoire d’Avignon avant d’intégrer la formation Profession de Révolution à Bordeaux. Passionné de danse académique et de breakdance, il évolue aujourd’hui au sein de diverses compagnies.

Matthis Paupert, 21 ans, est un danseur passionné et polyvalent. Il débute sa pratique en explorant le Break et le Hip Hop avant d’intégrer le Conservatoire d’Avignon, où il se forme en danse classique. Poursuivant son parcours, il rejoint le Ballet Junior de Genève, où il affine sa technique et enrichit son répertoire. Aujourd’hui, Matthis collabore avec plusieurs compagnies et continue de diversifier ses expériences artistiques. Il fait également partie de la pièce « Décadrés ».

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Axel Queval, 31 ans, est technicien Mapping et artiste numérique depuis six ans au sein de la compagnie Enlight. Spécialisé dans la fusion de la création numérique et de la technique, il met son expertise au service de projets de mapping architectural, de scénographies numériques pour le spectacle vivant, ainsi que d’installations diverses utilisant les techniques de projection. Parallèlement, Axel est également danseur.

Sandra Beaubatier, 48 ans, est danseuse, chorégraphe et professeur avec plus de 25 ans d’expérience et une carrière marquée par des créations et des collaborations artistiques. Elle est également Directrice Artistique depuis plus de 23 ans d’une école de danse à Marseille. Absente ce soir-là, car elle a malheureusement dû faire face à une blessure grave nécessitant une intervention chirurgicale quelques jours avant la représentation.

Marine Romano, 32 ans, est chorégraphe et danseuse. Elle débute sa formation avec sa sœur Sandra avant de se perfectionner à l’école de danse Varium à Barcelone. Danseuse polyvalente, Marine a travaillé avec plusieurs compagnies, explorant une grande diversité de styles et d’approches.

LA FRATRIE À L’ŒUVRE

Sandra et Marine forment une fratrie soudée.

Elles fondent la Compagnie Chrysomèles, un projet artistique à la croisée de l’art, de la danse contemporaine et des expérimentations sensorielles. Elles explorent et partagent leurs écritures chorégraphiques. Ensemble, elles ont développé des ateliers de partnering (Duos portés) à travers la France, transmettant leur passion et leur savoir-faire. Leurs créations, alliant mouvement, lumière et son, explorent les frontières de l’émotion humaine et invitent le spectateur à une immersion totale dans des univers poétiques et abstraits.

Elles sont fières de leur indépendance artistique et technique. Leur compagnie reflète cette autonomie : en plus de la danse, elles y mettent à profit leurs compétences en couture, vidéo, photographie, graphisme et montage. Une approche multidisciplinaire qui devient leur véritable force et leur permet de faire rayonner leur visibilité.

 

IN FINE

Le spectacle d’Akai Ito m’a emporté dans un tourbillon d’émotions profondes. Je vous invite à découvrir cette œuvre inédite, ainsi qu’à soutenir cette nouvelle génération d’artistes, qui insufflent un souffle neuf et audacieux dans le monde de la danse.

J’ai pu vivre ce moment « suspendu » au théâtre Toursky (en deuil). J’espère de tout cœur que ce lieu pourra continuer à exister, produire, et faire naître de belles émotions chez les spectateurs. Ces derniers ont réservé à la compagnie un accueil chaleureux.

Bravo en souhaitant un long et fructueux parcours à la Compagnie Chrysomèles. Un spectacle qui mériterait d’être programmé ici et ailleurs !

Leïla METINA-BOUCHOUR

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INFORMATIONS PRATIQUES

Akai Ito a été présenté au Théâtre TOURSKY le 08/11/2024 à 20H30

“Akai Ito” par la compagnie Chrysomèles

Chorégraphie : Marine Romano

Avec Marine Romano, Aurélien Vaudey, Matthis Paupert, Valentin Brune et Martin Sigaud

Pauline & Carton aux Bernardines

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Une pépite théâtrale où Christine Murillo ressuscite une figure inoubliable

Du théâtre dans le théâtre dès les premières secondes : Christine Murillo entre sur scène, sa chaise-béquille à la main. Le dispositif est minimal mais efficace : un frêle lampadaire qu’elle éteint, une table où elle dépose son carton rempli d’objets, les mémoires de Pauline Carton qu’elle en sort précieusement. Un signe à la régisseuse lumière, et la magie opère.

Dans une ambiance feutrée, sous une lumière tamisée, nous plongeons dans la vie extraordinaire de celle que Sacha Guitry avait surnommé à l’occasion d’un dîner “l’aisée” – un trait d’esprit né de leurs séances de travail, jouant sur l’adage “la critique est aisée, l’art est difficile”. Christine Murillo incarne avec une truculence savoureuse cette personnalité hors norme du théâtre et cinéma français décédée en 1974 à presque 90 ans.

Les anecdotes croustillantes s’enchaînent, comme ce récit savoureux de trois cachets obtenus pour un même film : d’abord dame pipi (coupée au montage), puis institutrice (finalement non requise), et enfin concierge avec son balai, pour dix syllabes historiques : “Il n’y a pas de taxis, on est le 1er mai”. Son premier rôle parlant ! Et derrière ces souvenirs, se dessine tout un pan de l‘histoire du cinéma et théâtre français du 20ème siècle.

Totalement habitée par son personnage, la gestuelle précise, Murillo nous tient délicieusement en haleine avec une générosité débordante. Elle excelle à jouer cette vieille femme avant-gardiste à la mémoire qui flanche. Le texte, d’une finesse remarquable, jongle entre traits d’esprit ciselés et expressions savoureuses. Sa langue charnue, vivante, imagée et fantaisiste fait mouche à chaque réplique.

Les imitations à grand renfort de mimiques drolatiques sont un festival à elles seules : Jean Marais dans “La Belle et la Bête”, Bourvil ou encore Danièle Gilbert. Quand cette dernière l’interroge sur le passage du fiacre à l’automobile, elle maugrée une réponse bien sentie… Sans oublier les chansons coquines et paillardes, dont celle de la concierge intitulée “par le trou de la serrure” tiré de l’opérette Pas sur la bouche ou encore cette ode au pet du XVIIIe siècle où “c’est le cul qui chante”.

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Pauline & Carton ©Thomas O’Brian

L’humour côtoie constamment la profondeur, notamment dans sa vision du théâtre et du rapport au public. Elle loue magnifiquement l’imagination des spectateurs, capables de croire qu’une tranche de pain d’épices est un morceau de viande, tout comme ils acceptent que Murillo soit Carton malgré leur dissemblance physique. Sa réflexion sur les acteurs, “morts en sursis qui sortent de leur caveau” et n’existent que par le regard du public, touche juste.

Femme résolument moderne, elle suivit à la lettre le conseil maternel de ne pas gâcher sa vie à “éplucher des patates et s’occuper du linge. Je ne fais la bonne que devant une caméra “. Elle vit à l’hôtel, “modestement”, au dernier étage, avec une fenêtre donnant “sur le jardin des Tuileries. Je ne sais même pas cuire un œuf à la cloque” s’amuse-t-elle avec sa gouaille légendaire.

Son amour des moineaux, qu’elle nourrissait aux croissants (“quand j’aurai 100 ans, ils en auront deux chacun”), sa chanson “Je n’aime que les hommes forts” en hommage à son unique amour, le poète Jean Violette, son amant (même si elle pleure devant la mort d’un bellâtre au cinéma), sa répartie cinglante face à un journaliste évoquant le casting canapé (“avec ma tête de pou ? Avant d’ajouter, il y a 12 000 comédiennes pour 60 directeurs…”) dessinent le portrait d’une femme libre, fière et spirituelle d’une rare intelligence, avec un sens inné de l’autodérision.

La mise en scène, d’une sobriété élégante, sert parfaitement ce texte précieux qui nous fait revivre une époque révolue du théâtre et du cinéma français. La scène où est reproduite la publicité de la Vache qui rit est un moment d’anthologie. La conclusion est un bijou : après avoir rangé ses affaires et rallumé la lumière, Murillo revient pour une ultime révérence : “Je suis au théâtre, Je suis enchantée”.

Un spectacle d’autant plus émouvant qu’il se joue aux Bernardines, à deux pas du Gymnase où Pauline Carton elle-même se produisit en 1906. Cette évocation d’une artiste unique donne envie de plonger dans ses “Mémoires en carton” pour prolonger le plaisir d’une soirée où le théâtre déploie toute sa magie. Une belle leçon de jeu et de théâtre. Tout simplement bravo ! Diane Vandermolina

Jusqu’au 16 novembre aux Bernardines : https://www.lestheatres.net/fr/a/4915-pauline-carton [25]

Rencontre avec Charles Tordjman, metteur en scène 

L’homme de théâtre, auréolé d’un Molière, reviendra à Marseille l’année prochaine avec « 12 hommes en colère » de Reginald Rose. Aux origines de Pauline & Carton, “ça a commencé par un hasard. Le festival de la correspondance de Grignan m’avait demandé de faire une soirée consacrée à des échanges épistolaires. C’est eux qui m’ont proposé de travailler sur les textes de Pauline Carton. J’ai été immédiatement emballé parce que je connaissais l’ouvrage, les mémoires de Pauline Carton. C’est vrai que le nom de Pauline Carton ne parle pas aux jeunes générations. Mais pour ceux qui l’ont connu, comme moi, c’était une actrice très populaire qui ne jouait d’ailleurs que des rôles secondaires, de gouvernante, de concierge. Ces personnages subalternes l’ont rendu extrêmement populaire dans les années 50, 60. C’était une femme extrêmement cultivée qui passait beaucoup de ses journées à la Bibliothèque Nationale puisque pendant 15 ans, elle a été l’assistante directe de Sacha Guitry. Elle faisait les recherches historiques, l’aidait à faire ses distributions, ses castings, à bâtir les scénarios. Elle avait une liberté de vie absolue et n’aimait pas être considérée comme une bobonne. Elle passait toutes ses journées au théâtre, à la radio, au cinéma. Elle a tourné plus de 255 films, ce qui est absolument énorme” détaille-t-il avant de poursuivre :

“Ce spectacle est vraiment avant tout un hommage et un portrait d’une grande actrice modeste, humble et qui a connu un succès public absolument phénoménal. Notre propos reste humble, modeste et léger. On n’a pas d’armature scénographique lourde. J’ai voulu mettre en avant l’actrice Murillo, quadri-moliérisée. C’est une actrice exceptionnelle qui aime faire rire, elle sait le faire et elle a adoré le personnage de Pauline Carton qui lui collait à merveille. Elle s’amuse à imiter des collègues de Pauline Carton comme Michel Simon, elle chante des chansons assez coquines. J’avoue que les répétitions ont été bien joyeuses.”

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Pauline & Carton © Thomas O’Brian

Après 100 représentations à la Scala de Paris, suite à sa création à Festival d’Avignon en 2023 reprise en 2024, le spectacle est joué 13 fois à Marseille. Pour Tordjman, le théâtre est vivant, en constante évolution : “Un spectacle doit vivre, respirer, s’inventer, se réinventer. C’est formidable pour des acteurs de pouvoir se poser dans des grandes villes françaises et jouer longtemps. Je vais voir le spectacle presque tous les jours et il nous arrive de changer, faire des petites modifications de texte. Murillo, c’est une actrice très attentive à ne jamais s’enfermer dans une recette qui a marché. Faire de longues séries, c’est vraiment formidable parce qu’on continue toujours à travailler. Il y a eu beaucoup de versions successives, grâce au rapport avec le public et à la maturation de l’acteur aussi qui est là et qui réfléchit.”

Cette approche va à contre-courant des pratiques actuelles dominées par les “one-shot” ou les courtes séries.“J’ai adopté ce slogan de Lénine qu’il avait écrit au-dessus de son bureau : ‘mieux vaut moins mais mieux’. J’ai beaucoup travaillé avec les gens de l’Est, et les Russes, les Hongrois, les Polonais, ils ont des habitudes qu’on n’a pas : ils mettent un temps infini à répéter un spectacle et à le produire. En France, en général, c’est entre un et deux mois. Et à l’Est de l’Europe, souvent, c’est un an” indique-t-il avant d’ajouter :

“Mon plaisir dans le théâtre, c’est d’abord dans les textes que je fréquente, c’est-à-dire les textes des poètes, les auteurs. Je ne peux pas faire un spectacle sans auteurs et sans textes que j’estime grands. Et après, ce sont les acteurs. Je suis fan des acteurs. Je ne suis pas acteur moi-même, je n’ai jamais pris de plaisir à jouer. Je suis toujours épaté par la façon dont les acteurs prennent un plaisir à faire un métier extrêmement difficile. J’aime les acteurs qui savent se diriger tout seuls. Le metteur en scène, il est là en support, en appui. Il peut dire à l’acteur : ‘attention, il y a un mur, tu vas t’y cogner, là il y a un trou, là il y a une fausse trappe, là on ne te voit pas, là je ne t’entends pas.’ Je donne plutôt des conseils au parcours de l’acteur que de le diriger. Je ne sais pas ce qu’il faut faire, je sais que l’acteur sait mieux le faire que moi. Je suis très confiant avec l’équipe avec qui je travaille, les scénographes, créateurs de lumière et chacun amène sa pierre à l’édifice. C’est la merveille du théâtre, c’est un art collectif. On bâtit la maison ensemble et la plupart du temps, quand on s’entend bien, quand tout coïncide, la maison se fabrique avec harmonie. Peut-être qu’un metteur en scène, c’est celui qui sait gérer les conflits, qui les évite et qui permet à l’harmonie de se réaliser” conclut-il.

Propos recueillis par Diane Vandermolina

Photo de une : © Thomas O’Brian

Pauline & Carton : Adaptation Virginie Berling, Christine MurilloCharles Tordjman / Mise en scène Charles Tordjman / Lumières Christian Pinaud / Avec Christine Murillo/ Durée 1h/ De 10€ à 38€.