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Des spectacles, oui, mais sans public et filmés s’il vous plaît !
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Vers une mise à mort du spectacle vivant déjà exsangue…
Demander aux artistes du spectacle vivant, notamment aux comédiens, de retrouver le chemin des théâtres pour y répéter leur création afin de proposer une captation filmée du résultat final sans public révèle une méconnaissance incroyable de l’essence même du théâtre qui est d’être joué en live et vu par un public in situ : les artistes se nourrissent des réactions du public indispensables à la vie même d’une création théâtrale. Le retour public est un élément fondamental d’une création, chaque artiste le dit. Et le théâtre, c’est ce partage des émotions entre des spectateurs et des artistes, entre la salle et la scène. Sa magie. Sa fragilité. Sa beauté. Sans public, point de théâtre ou de spectacle vivant, en attestent les comédiens qui ayant connu des salles où le public était rare et clairsemé ne peuvent que confier la difficulté qu’il y a à jouer.
C’est également une profonde ignorance du travail des acteurs du spectacle vivant et du fonctionnement du processus de création : si les répétitions doivent intégrer les mesures de distanciation et respecter les règles sanitaires édictées par les pontes de la médecine, voire celles qui ont été préconisées dans le rapport rendu à AUDIENS par le professeur François Bricaire, il sera bien difficile aux comédiens –en dehors des seuls en scène ou des duos interprétés par des couples de comédiens à la ville– de pouvoir répéter aisément. En effet, comme le précise le rapport, soit il est nécessaire d’avoir un mètre de distance entre chaque comédien (ce qui est un minimum quand on sait qu’un comédien en projetant sa voix peut postillonner jusqu’au premier rang dans une salle de spectacle), soit il est obligatoire de tester les artistes afin de savoir s’ils sont ou non porteurs du virus (à savoir qui paiera les tests quotidiens, pas de réponse). Ce qui est pour le jeu théâtral un non-sens total car cela dénature le travail des artistes quand on sait que la proximité est une composante essentielle dans le processus de création théâtrale.
Il est également dit dans le rapport précité qu’il faut adapter la mise en scène à ces contraintes sanitaires : c’est un casse-tête supplémentaire pour le metteur en scène qui doit imaginer des scènes où les comédiens ne se rencontrent pas, inimaginable quand on monte une pièce de théâtre classique ou un boulevard. Il faudrait tout réécrire quitte à dénaturer le texte théâtral et en trahir son auteur. Pour certaines pièces contemporaines, la contrainte peut être moindre. Imaginons un metteur en scène qui relève ce défi, quel sera le résultat artistique de cette mise en scène contrainte ? Des comédiens jouant chacun à un bord du plateau, s’agitant à bonne distance les uns des autres ou mieux encore enfermés dans des cages en verre, criant leur texte ou le susurrant au micro, à l’image des stripteaseuses en vitrine dans certains sex-shops d’Europe du Nord ? Cela s’est déjà fait et cela s’appelle le théâtre expérimental : tous les comédiens et metteurs en scène auront-ils comme unique choix que de s’engouffrer dans cette brèche théâtrale qui n’attire que peu de curieux et rebute les amateurs de théâtre populaire ? Osons espérer que les autres formes théâtrales survivront à ces mises en scènes contraintes sinon on assisterait à une uniformisation et standardisation de l’art théâtral dont la magnificence réside en sa très grande diversité de genres.
Pour en revenir aux préconisations du Président Macron distillées lors de son entretien du 6 mai, capter un spectacle pour une diffusion TV ou internet nécessite des moyens humains et matériels couteux. Les prises de vue et le montage requièrent des besoins en matériels et logiciels de qualité sans parler de la présence d’un professionnel qualifié. La diffusion en streaming sur une plateforme ou un site internet nécessite également une bande passante pouvant absorber les flux des visionnages et la sécuriser… Tout cela a un coût et qui paiera la facture de ce surcoût ? Les petites compagnies n’en auront pas les moyens : elles peinent déjà à proposer des teasers acceptables à moindre coût. Seules les compagnies aux reins plus solides pourront faire appel à des vidéastes pour ce travail mais le rendu ne pourra jamais rendre la fragilité du jeu en live, ce qui fait que chaque représentation est unique et que nous pouvons aller voir plusieurs fois le même spectacle sans s’ennuyer. Le spectacle vivant en offrant ainsi sa matière vivante à la caméra pour devenir objet cinématographique signera son arrêt de mort sachant que nous ne jouons pas de la même façon au théâtre qu’au cinéma, que la mise à la scène est également différemment pensée au regard du temps et de l’espace de jeu : cette délicate et complexe mise en boite de l’art théâtral n’a-t-elle pas déjà été mise en lumière par Lars Von Trier dans Dogville où dans un décor tout théâtral et misant sur jeu théâtralisé -expérience par ailleurs non renouvelée-, il proposait un film au rendu déroutant ? Ainsi, les comédiens et metteurs en scène devront s’improviser acteurs et réalisateurs, le théâtre en devant ciné-théâtre perdra alors son âme et nous assisterons à la mort de cet art millénaire qu’est le spectacle vivant.
Autre conséquence, le public ne se rendra plus en salle pour aller voir du théâtre : déjà qu’il lui était difficile de pousser la porte d’un lieu de spectacle vivant par crainte que ce ne soit pas pour lui, ce phénomène risque d’aggraver le rapport du public au théâtre tout comme la mise en place du streaming et de la VOD a vidé les salles de cinéma en son temps. Ce sera le règne affirmé du tout écran, du chacun chez soi, du consommateur passif qui zappera d’une proposition à l’autre, sans réellement porter son attention sur les enjeux de chaque création, leurs questionnements. Avec une telle proposition, les théâtres en sus des contraintes sanitaires qui limitent drastiquement leur ouverture (une salle de 50 places ne pourrait accueillir qu’au maximum 10 spectateurs, ce qui obligerait les compagnies à jouer 5 fois d’affilée pour espérer une recette honnête et multiplierait par 5 le coût technique du spectacle pour le théâtre l’accueillant) ne vont pas retrouver leur public avant bien longtemps.
Quelles vont être les aides et solutions concrètes apportées par le gouvernement pour sauver la culture en dehors des aides annoncées au monde du cinéma et de l’allongement d’un an des droits des intermittents –obtenu non sans pression ? Peu de réponses satisfaisantes ont été données par le Président aux demandes du milieu culturel : envoyer les artistes à l’école (la bonne blague quand on sait que cela existe déjà depuis longtemps et n’est pas compté dans le calcul des droits), voire en colonie de vacances (à ceux qui ne sont pas titulaires du BAFA, passer votre chemin), leur demander de chercher des nouveaux publics (mais ne le font-ils déjà pas dans les cités, auprès des publics défavorisés, éloignés de la culture?), passer des commandes publiques aux jeunes artistes (sous-entendu de moins de 30 ans) etc…
Des annonces desquelles sont oubliés les artistes précaires sans statut, les primo-entrant qui n’ont pas encore fait leurs heures pour bénéficier du statut, les petites structures et petits lieux oubliés des DRAC qui méconsidèrent leur travail et ne les comptabilisent pas leurs jolis tableaux Excel, tous ceux qui n’ont pas de subventions ou si peu et qui ne vivent que grâce aux cours de théâtre qu’ils donnent à des centaines de jeunes amateurs, ceux-là ont perdu leur unique source de revenu et que leur dit-on ? On aidera tout le monde, bien sûr mais réinventez le spectacle vivant, réinventez des formes de travail nouvelles, réinventez-vous ! De là à ce que les artistes soient amenés comme à l’époque de la Chine de Mao à aller dans les champs ramasser les patates ou aller à l’usine dans une chaine d’assemblage, nous n’en sommes pas loin du tout quand on sait que de nombreux artistes pour subsister et continuer leur art contraint sont déjà amenés à accepter un travail alimentaire.
Alors, oui, il y a des gens qui ne vivent pas de leur passion et/ou envient le statut des intermittents (ces privilégiés), nombreux sont ceux qui n’ont que faire de la culture, ceux-là même qui pourtant consomment séries TV sur séries TV (rappelons leur que ces séries sont le fruit du travail d’artistes qui sans ce statut les protégeant ne pourraient leur offrir ces séries qu’ils aiment tant), ils se moquent de l’avenir de la culture qui ne leur parait pas essentielle. D’ailleurs qui serions-nous pour les en blâmer ? « A chacun sa vérité » disait Pirandello. « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà » professait Pascal. Certes, nous ne voyons que ce que nous voulons bien voir en fonction de nos petits intérêts égoïstes et la culture si vitale pour les acteurs de la culture ne fédère qu’un groupe restreint d’afficionados et de passionnés en comparaison avec d’autres secteurs d’activité bien plus plébiscités par le grand public. Mais c’est oublier qu’en tant que secteur d’activité la culture représente 2.3% du PIB (47 milliards d’euro grosso modo en 2018) et plusieurs centaines de milliers d’emplois directs (un peu moins de 700 000 en 2017)*, ce qui est tout de même non négligeable.
Qu’attend donc le gouvernement pour proposer, en plus d’une aide d’urgence substantielle, des solutions concrètes ainsi qu’un planning d’action à moyen et long terme afin de rassurer tous les acteurs de la culture ? A défaut, ce ne sera pas seulement une année blanche pour les intermittents mais surtout une année noire pour tous les acteurs culturels et tous les métiers qui profitent de cette manne de consommateurs qu’elle draine dans son sillon ! Diane Vandermolina
*Source : ministère de la culture. D’autres sources chiffrent les emplois directs à 1 million 400 000.
Image de Une: masque tombé/getty images/photo libre de droit
A découvrir : Performance photographique autour de l’attente en ces temps confinés
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Nous allons vous présenter ici l’initiative d’une artiste italienne que nous avions rencontrée à Marseille lors de son séjour en notre ville et dont nous avions apprécié le travail photographique et l’originalité de la démarche. Sama Sbrissa nous offre aujourd’hui le fruit du travail participatif de son dernier projet.
Naissance d’un projet
Sama Sbrissa, jeune femme talentueuse au tempérament non conformiste, fourmille d’idées et de projets. Née à Castelfranco en Vénétie (Italie), elle est aujourd’hui photographe professionnelle, diplômée de l’Institut supérieur de photographie et des arts visuels de Padoue. Au fil des ans, elle a développé sa pratique artistique en se mettant en scène dans ses photographies où elle mêle image et performance afin de transmettre de façon suggestive et inattendue ses expériences et interrogations personnelles.
A l’aide d’un détecteur lent, actionné manuellement, elle photographie son corps. Enduites ou non d’argile, les parties de son corps ainsi mises en scène sont prises en gros plan, également en macro offrant ainsi un rendu en noir et blanc étonnant, questionnant avec pertinence et justesse notre rapport au corps-matière vivante et à l’intime. Autre sujet de son inspiration, les insectes dont elle révèle toute la beauté dans ses images fixes. La question de la “métamorphose permanente” est ici au centre de sa recherche artistique.
Curieuse, éclectique dans ses goûts, son inspiration prend forme également à travers l’art sculptural, qu’elle a appris à l’Institut d’Art Pietro Selvatico de Padoue et à l’Institut du Marbre Pietro Tacca di Carrara.
collage 1- copyright Sama Sbrissa
Il est évident que la période de confinement et d’isolement, avec l’attente (et questions) qu’elle génère chez chacun de nous qui le vivons actuellement, et son expérience de la grossesse, les métamorphoses successives induites par cet état qui transforme le corps de la femme enceinte coextensives à la longue attente de l’enfant à naître, l’ont conduite à imaginer un projet original autour de ces deux thèmes qui ont pour point commun la notion d’attente.
“9 comme les 9 mois d’attente pendant une grossesse”
Afin d’essayer d’aller au-delà des peurs, anxiétés et frustrations de chacun de nous qui sommes dans l’attente d’un éventuel retour à la normale mais également de ceux qui sont là pour lutter au quotidien contre le covid19 (médecins, infirmières, personnels de santé etc.), la jeune femme a mis en parallèle la question de l’attente de chacun de nous qui vivons isolés les uns des autres avec celle de l’expérience de la grossesse : elle a pensé cette « poétique de l’attente » comme celle « d’une communauté enfermée dans de nombreuses petites enveloppes ».
Le parallèle avec le fœtus qui doit attendre patiemment son temps pour naître, pour être ensuite exposé à des joies (et dangers) inconnu(e)s, lui est apparu spontanément. En effet, « pour l’enfant, chaque petit événement simple est vécu comme une découverte : en sera-t-il ainsi pour nous aussi? Nous habituerons-nous à cette nouvelle normalité? » S’interroge-t-elle.
Son intention est néanmoins de délivrer un message positif à toutes les mamans dans l’attente mais pas seulement, en valorisant le (bien que difficile) temps d’attente avant la naissance (de l’enfant), renaissance (de la femme-mère). A savoir, « comment prendre soin, savoir doser le temps et générer une nouvelle vie » précise-t-elle.
Enceinte de 9 neuf mois, la jeune maman qui réside actuellement à Padoue, en Vénétie (province d’Italie) où 1502 habitants sur les 18224 cas confirmés ont succombé au Covid19, a proposé ainsi à des femmes enceintes de collaborer à son projet en se photographiant le ventre pris de front, photographie qu’elle a retravaillé en y ajoutant des aiguilles d’horloge.
collage 2- copyright Sama Sbrissa
Le collage présenté ci-dessus est une image représentative du projet avec ses « 9 bancs en attente » et ses aiguilles positionnées sur différents horaires. Les aiguilles du temps ainsi posées sur le nombril, au centre du ventre-horloge, nous pousse à repenser notre rapport au temps, par extension au monde, notamment celui de l’après-confinement, voire à sa renaissance. A savoir, quelle renaissance possible ?
Ce travail artistique nous questionne alors sur le regard (lequel ?) que nous aurons à porter dans cette nouvelle phase à ce nouveau temps à venir, le souci, l’attention et le soin, que nous devons lui consacrer. Un bien beau projet que nous souhaitions vous présenter en ces temps douloureux. Diane Vandermolina
Alerte sur la situation alarmante du secteur du spectacle vivant- communiqué du Sénat
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Alors que les acteurs du monde de la culture attendent des réponses précises et concrètes à leurs interrogations concernant la crise qu’ils traversent du fait de l’arrêt complet du secteur culturel, grand oublié des annonces ministérielles et présidentielles des dernières semaines, la commission de la culture, éducation et communication du Sénat présidée par Mme Catherine MORIN-DESAILLY (Union Centriste ‑ Seine-Maritime) interpelle le ministre de la culture sur la situation alarmante du secteur du spectacle vivant.
Nous vous délivrons ici les grandes lignes du communiqué de presse adressé par le service presse du Sénat en date du 4 MAI:
“Depuis le 13 mars dernier, date de l’interdiction par le Gouvernement des rassemblements de plus de 100 personnes, le secteur de la culture est à l’arrêt. Musées, cinémas, salles de concerts et de spectacles, petits et grands évènements ont précipitamment fermé leurs portes ou été déprogrammés pour permettre d’endiguer la propagation du coronavirus. Dans l’attente de l’annonce d’un plan de soutien par le Président de la République, la commission de la culture du Sénat a souhaité, dans un récent courrier adressé à Franck Riester, interpeller le Gouvernement sur la situation alarmante d’un secteur qui représente près de 3,2 % du PIB français – soit sept fois la valeur ajoutée produite par l’industrie automobile – et plus d’un million et demi d’emplois.
Mobilisée sur le sujet depuis la création de trois groupes de travail transpartisans consacrés à la « Création » animé par Sylvie Robert (SOCR – Ille-et-Vilaine), au « Patrimoine » placé sous la responsabilité d’Alain Schmitz (LR – Yvelines) et aux « Industries culturelles » piloté par Françoise Laborde (RDSE – Haute-Garonne), la commission estime que les acteurs culturels doivent en premier lieu disposer de visibilité. Si certains établissements seront autorisés à rouvrir leurs portes dès le 11 mai (bibliothèques, médiathèques, « petits » musées), le sort des salles de spectacle, des cinémas et des « grands » musées reste toujours en suspens. De même, les « petits » festivals sont plongés dans le désarroi, compte tenu de l’annonce d’une interdiction, au moins jusqu’au 2 juin, des rassemblements de plus de 10 personnes sur la voie publique comme dans le cadre privé. La commission estime que les acteurs culturels ont besoin d’une clarification rapide sur le sort qui leur sera réservé, non seulement pour les mois à venir, mais également pour la nouvelle saison lancée à l’automne.
La commission souligne que les acteurs culturels réclament également la définition d’un cadre national visant à préciser les règles applicables au moment de la levée des interdictions. Elle appelle de ses vœux l’établissement d’un protocole sanitaire par le ministère, en association avec les collectivités territoriales et les associations du secteur, comparable à celui défini pour l’ouverture des établissements scolaires, permettant au secteur de préparer sereinement la réouverture des établissements culturels et la programmation des spectacles.
Elle estime que cette crise constitue par ailleurs l’occasion d’avancer sur la question du statut des artistes auteurs ou la structuration de certaines filières, à l’instar de celle des arts visuels. Catherine Morin-Desailly assure que « le lancement de tels projets innovants et mobilisateurs permettrait de répondre enfin aux inquiétudes exprimées avec force par l’ensemble des professionnels concernés au cours des semaines écoulées ».
La commission souhaite enfin attirer l’attention du ministre sur la nécessité de rétablir une véritable concertation avec les acteurs culturels ainsi qu’une étroite coordination avec les collectivités territoriales, placées en première ligne en matière de soutien à la culture et d’organisation de la vie culturelle sur les territoires. Les membres de la commission demandent à ce sujet au ministre de leur fournir de plus amples informations concernant l’ordre du jour des prochaines réunions du Conseil des territoires pour la culture (CTC) ainsi que les modalités de fonctionnement, la composition, le périmètre d’intervention et le calendrier des travaux de ses déclinaisons régionales.”
Le courrier adressé par Mme Morin-Desailly au ministre de la culture au nom de la commission est disponible ci dessous. Bonne lecture ! DVDM
Acteurs culturels : retrouvez ici quelques liens utiles pour vos démarches
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Suite à l’annonce du confinement et de l’arrêt des activités culturelles le 16 mars dernier, plusieurs mesures de soutien au secteur culturel ont été annoncées le mercredi 18 mars par Franck Riester, ministre de la Culture, pour faire face à la crise sanitaire :
Fond de soutien de 10 M€ pour la filière musicale.
Aides d’urgence de 5 M€ pour le secteur du spectacle vivant hors musical.
A également été mise en place une cellule d’information[5] (liens ci-dessous). Puis le 6 avril, une cellule d’accompagnement a été ouverte en lien avec les DRAC et les Préfectures (les contacter à l’adresse suivante : festivals-covid19@culture.gouv.fr[6]) afin d’aider les organisateurs de festivals dans leurs démarches et identifier leurs besoins dans cette crise sanitaire.
Nous vous proposons quelques liens utiles (liste non exhaustive)
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FESTIVALS ET CULTURE
À l’occasion de l’audition en visioconférence de Franck RIESTER, Ministre de la Culture, le jeudi 16 avril, la Commission de la Culture et de la Communication du Sénat a interrogé le Ministre sur la situation du secteur des industries culturelles, largement sinistré par la crise du covid19, et la réponse qu’il compte apporter au secteur, en particulier les artistes intermittents du spectacle ou non, et les artistes-auteurs. Elle a également pressé le Ministre à répondre aux interrogations concernant les modalités de soutien aux festivals d’Eté contraints d’annuler leur programmation ainsi que l’éclaircissement de ses propos entendus le matin même sur France Inter sur le maintien possible des petits festivals.
Eléments de réponse du Ministre de la Culture développés lors de son audition par le Sénat
Sur les intermittents du spectacle et les artistes auteurs
Le Ministre a annoncé une prolongation des droits des intermittents à partir du 1er mars jusqu’à minima le 31 mai – voire jusqu’au 31 juillet selon certaines sources- avec un allongement de la période de référence à maxima de 5 mois pour l’ouverture des droits. Cependant, « la question du report de la date anniversaire d’un an » demandé par les syndicats pour permettre aux intermittents de faire face aux incertitudes de la sortie de la crise –il est évident que l’activité culturelle ne reprendra pas de sitôt et que les intermittents vont connaître une longue période de vache maigre, les difficultés économiques que subissent de plein fouet les structures culturelles et organisateurs d’événements les embauchant vont se répercuter à tous les niveaux- « n’est pas à l’ordre du jour » a tenu à préciser le Ministre. Ce qui ne va pas manquer de faire bondir les concernés qui réclament d’ors et déjà de reconduire automatiquement les droits des intermittents d’une année en se basant sur les déclarations de 2019.
Néanmoins, souhaitant ne laisser personne sur le bord de la route, « il faut s’occuper de ceux qui ne rentrent pas dans les cases » comme il l’a répété plusieurs reprises, il a tenu à préciser que le Ministère de la Culture en lien avec Audiens est en cours de création d’un fond de professionnalisation spécifique pour les artistes qui n’ont pu parvenir à ouvrir leurs droits au régime spécifique des intermittents avant la crise du Covid19. Les modalités d’accès à ce fond de solidarité seront détaillées ultérieurement dès qu’il sera finalisé.
Les artistes auteurs sont quant à eux éligibles au fond de solidarité spécifique mis en place par le Ministère de l’Economie et peuvent en faire la demande sur le site de la DGFIP : conscient des difficultés techniques qu’ils rencontrent pour finaliser leur demande sur le site, tout va être mis en œuvre pour que tout soit opérationnel au plus tôt. Cependant, il serait également de bon aloi que « cette crise permette enfin d’avancer sur le statut des artistes‑auteurs ou la structuration de certaines filières, à l’instar de celle des arts visuels » pour reprendre les mots de la présidente du Sénat, Catherine MORIN-DESAILLY.
« La commission du Sénat sera très attentive à ce que nul ne soit exclu pour des raisons tenant aux spécificités d’une profession au statut duquel il est désormais impératif de travailler » insiste-t-elle.
Sur la question des structures culturelles
Afin de soutenir les théâtres privés non subventionnés de France, un plan de soutien est en élaboration avec l’ASTP (l’association pour le soutien du théâtre privé) entre autres partenaires dans la mesure où souligne le Ministre, « ce plan de soutien doit bénéficier à tous les théâtres privés français et non aux seuls théâtres parisiens. Il sera doté de 5 millions d’euros. »
Il a confirmé que « les associations culturelles subventionnées pouvaient également cumuler demande de chômage partiel et subventions publiques ».
Des annonces ont certes été faites ce jour mais les modalités concrètes de répartition des crédits du fonds d’urgence entre les différentes structures et professionnels ainsi que l’agenda de mise en place de l’action de soutien aux théâtres privés ou encore aux professionnels non intermittents n’ont pas été réellement abordées ce jour.
Sur les festivals
Le Ministre de la Culture a insisté sur la nécessité de travailler en coordination avec les représentants des DRAC (une personne dédiée à la question des festivals a été nommée, ndlr), les préfets et les élus de terrain afin de faire remonter les besoins et étudier la faisabilité ou non des festivals au-delà de la mi‑juillet au cas par cas: « Il serait plus facile de tout annuler jusqu’à la fin août mais nous préférons éviter d’imposer une solution unilatérale et privilégier le cas par cas pour le maintien ou non des festivals de petites tailles en prenant en compte les spécificités du terrain » assume-t-il, se présentant en chantre de la décentralisation.
Si la sécurité sanitaire du public est assurée, avec distanciation sociale, port du masque et mise à disposition de gel hydro-alcoolique, il explique qu’un « festival avec un musicien sur scène et 50 spectateurs » pourrait être maintenu dès le 11 mai. Son exemple n’a pas manqué par la suite de faire rire jaune le monde culturel et d’attiser les foudres et moqueries du milieu. « La sécurité sanitaire est ma première obsession ; la seconde est l’accompagnement des acteurs culturels pour permettre aux artistes de retrouver leur public » justifie-t-il. Encore faut-il que le public soit au rendez-vous et que des dates soient avancées.
Car son choix du cas par cas et les incertitudes engendrées « risquent de placer les organisateurs de festivals, dont l’équilibre économique est déjà souvent difficile à atteindre, dans des situations impossibles : il ne répond en aucun cas aux attentes de clarifications actuelles » préviennent à juste titre les sénateurs.
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Attentes et inquiétudes du monde de la Culture portées par la voix des sénateurs de la commission qui insistent sur l’urgence de réponses concrètes
En sa qualité de présidente de la commission culture et communication du Sénat, Catherine MORIN-DESAILLY a indiqué que la commission attendait maintenant la présentation du grand plan de soutien à la culture, qui doit offrir à tous les acteurs du secteur « de réelles perspectives non seulement d’aide pour passer ce cap difficile mais également d’avenir, afin de permettre au secteur non seulement de survivre, mais également de se projeter, d’anticiper et de continuer à créer. Les acteurs culturels demandent à pouvoir anticiper leurs décisions, quitte à devoir s’adapter pour s’organiser. Ils ont besoin de décisions de la part du Gouvernement », continue-t-elle en faisant référence à la préparation de la saison 2020/2021 à venir.
En effet, « La crise sanitaire frappe durement le monde culturel*. Sans aide suffisamment forte, les répercussions dans de nombreux autres domaines de la vie économique et sociale seront immenses, tant la culture est un vecteur de développement économique, de cohésion sociale et d’attractivité des territoires » a-t-elle souligné. Les mesures sectorielles déjà mises en place doivent être étoffées.
C’est aussi ce qu’attendent tous les acteurs culturels : une vision à long terme pour redresser tout un secteur déjà fragile, qui plus est grandement impacté par l’augmentation des coûts de sécurité depuis les attentats de 2015, aujourd’hui lourdement touché par la crise sanitaire.
Nous conclurons par les mots de la présidente du Sénat : « Il faut à la fois un plan d’urgence pour sauvegarder les emplois et soutenir les structures les plus fragiles et penser d’emblée un véritable plan de relance pour faciliter la reprise de l’activité, faute de quoi les dégâts pourraient être considérables ». Voire potentiellement irréversibles, rajouterons-nous. Diane Vandermolina
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La Commission de la Culture et de la Communication du Sénat présidée par Mme la sénatrice Catherine Morin-Desailly a entendu jeudi 16 avril, en visioconférence, le ministre de la culture, Franck Riester. Ce dernier a détaillé les mesures d’aides et de soutiens mises en place pour pallier aux urgences liées à l’épidémie de Covid-19 dans les secteurs de la Culture et de la Communication.
Notre premier volet concerne le second point abordé dans l’audition : la question de la communication et des médias. Le second concernera la question de la culture et des festivals qui a fait l’objet de nombreux questionnements de la part des sénateurs membres de la commission.
MEDIAS ET COMMUNICATION
Concernant les médias et plus largement la communication, de nombreuses questions ont été posées au Ministre. La nouvelle de l’application des droits voisins en faveur de la presse et des médias, cheval de bataille du sénateur David Assouline, pour lutter contre l’hégémonie des GAFA, a été saluée mais deux questions principales ont préoccupé les sénateurs : la question d’un crédit d’impôt communication en faveur des médias et celle du maintien de France 4 souhaité par les sénateurs.
Crédit d’impôt pour les médias
Face aux interrogations du sénateur Jean-Pierre Leleux sur la création d’un crédit d’impôt communication, Franck Riester a indiqué que ses services « étudiaient ce dispositif qui faisait sens pour tirer la croissance et la consommation ». Ce crédit d’impôt communication concernerait également la presse afin d’accompagner la reprise de l’activité mais le Ministre a cependant tenu à rappeler que les demandes d’aides étaient nombreuses et concernaient tous les secteurs de l’économie. Pour répondre aux inquiétudes de certains sénateurs en matière de financement de l’audiovisuel public, le Ministre, conscient des efforts budgétaires déjà accomplis par les entreprises depuis trois ans, a annoncé qu’« un plan spécifique pour l’audiovisuel public serait élaboré pour tenir compte de la crise des recettes, notamment publicitaires ».
Au regard des difficultés rencontrées par la presse, en particulier des titres de presse quotidienne régionale, le Ministre a annoncé une accélération du versement des aides permettant aux éditeurs de faire face à leurs échéances de trésorerie. Un accord a également été trouvé pour faire bénéficier les pigistes du chômage partiel, avec trois piges dans l’année et deux dans les quatre derniers mois. Le Ministre n’a cependant pas clairement répondu à l’inquiétude de Michel LAUGIER concernant ” la résolution de la crise de Presstalis » : le sénateur appelle « l’ensemble des parties à un accord rapide et conforme aux intérêts de l’ensemble de la filière ».
La suppression de France 4 en question
Catherine Morin-Desailly rappelle la forte mobilisation des membres de la commission pour le maintien de France 4 au nom de l’équité entre les Français : ces derniers n’ont pas tous accès aux plateformes en ligne dont la position hégémonique se trouve renforcée que ce soit pour l’accès à l’information, la captation de valeur ou la diffusion des productions ainsi que le démontre cette crise sanitaire. Franck Riester a salué le travail effectué par la chaine qui a su être très réactive en proposant des programmes adaptés et il a précisé que « le principe de l’arrêt de la chaîne allait être réexaminé » en comparant « une grille de programmes théorique sur laquelle le groupe France Télévisions a été invité à travailler et l’offre alternative que l’entreprise prévoit à destination de la jeunesse » en cas d’arrêt de France 4. Pour rappel, dans le projet de réforme de l’audiovisuel, la diffusion de France 4 devait cesser le 9 août 2020 : à ce jour, l’avenir de la chaine n’est pas complément assuré même si elle a démontré tout l’intérêt de son maintien.
Le Ministre de la Culture a alors déclaré que « le projet de loi de réforme de l’audiovisuel devra tirer les conséquences de la crise » et que si les objectifs du projet de loi portant sur la réforme de l’audiovisuel demeuraient « pertinents concernant la préparation de la télévision hertzienne du futur et la mise à contribution des plateformes au financement de la création », son contenu – numérique et hertzien- devrait évoluer afin de tirer les conséquences de la crise : les géants de la VOD (netflix, amazon prime et consorts) ont vu leurs plateformes prises d’assaut par les internautes, confirmant leur primauté en terme de diffusion de contenus. La diffusion hertzienne qui permet de pallier à la fracture internet clairement révélée par la crise a prouvé ici toute sa raison d’être et le Ministre insiste sur le besoin de l’assurer.
La question de l’avenir de Radio France a également été évoquée au regard du plan de réduction des effectifs et de restructuration du groupe prévu par le projet mais aucune réponse n’a été précisée. De nombreuses autres questions restent encore en suspens à ce jour concernant ce volet.
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Voici un disque, un livre CD, un conte fleuri de musique, que je recommandais pour Noël, et qui convient à Pâques, au printemps confiné, pour les enfants, petits ou grands d’ailleurs. Il s’appelle Le Violon et l’oiseau,édition Seulétoile Artifices. Il s’agit d’un petit album de quarante pages, format 20 x 28,5 cm. dans lequel est collé le petit CD de 36 minutes de cette fable musicale d’Alice Julien-Laferrière et Matthieu Bertaud, mis en mots sans niaiserie infantilisante par Armelle Bossière et mis en notes par l’Ensemble Artifices. C’est illustré par Victoria Morel et raconté avec une douceur sans rien de doucereux par Émeline Bayart, avec la participation de Matthieu, et d’Alice de cet ensemble baroque Artifices, les instigateurs de l’aventure.
Voici donc un petit oiseau qui chante merveilleusement bien des chants que lui a enseignés une petite fille avec une serinette, un petit orgue à oiseaux pour apprendre aux oiseaux domestiqués à imiter des airs. Ce petit oiseau est en cage…
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(MERCI À L’AUTEUR DE CE DESSIN PARLANT SINON CHANTANT!)
Je n‘aime pas les oiseaux, les animaux en cage. J’ose me proclamer franciscain pour cet amour des animaux. Saint François parlait de frère Soleil, de frère Oiseau, disant ainsi l’unité continue de toute la nature, de toute la chaîne du vivant dont nous commençons à reconnaître la solidarité dans l’urgence de sauver la vie sur terre. Descartes, proclamant avec arrogance « l’homme maître et possesseur de la nature », imposait le dogme horrible des « animaux machine » qui autorisait sur eux les pires atrocités puisqu’il les décrétait insensibles. Fort heureusement, on vient de reconnaître officiellement leur sensibilité.
Or voilà que ce petit oiseau, à la faveur d’une tempête, voit sa cage brisée et découvre dehors, le monde des oiseaux naturels et leurs chants variés sans qu’ils comprennent le sien. Voici, d’abord, le ” Ballet des poussins” dans leur coque » de Moussorgski.
Il se désole, pauvre oiseau domestiqué ! Aucun de ses chants les plus beaux que la petite fille lui a mécaniquement appris ne touche les autres oiseaux. Mais voici que l’arbre merveilleux, dont une branche figure un violon, va lui apprendre, au son magique de cet instrument, son nom qu’il ignorait jusque-là : c’est un canari, et il découvre donc ainsi les chants naturels des oiseaux préludés par Purcell :
Finalement, ayant trouvé son nom et sa voix naturelle, le petit canari, applaudi par la petite fille, s’envole, libre enfin, parmi ses frères oiseaux. Adorable fable initiatique d’une quête identitaire, une réflexion délicate sur le naturel et l’artificiel, l’inné et l’acquis, qui sensibilise les enfants au respect de la nature.
Le livre s’enrichit de trois bonus, un sur les oiseaux et la musique, sur l’apprentissage de la musique aux oiseaux, avec cette serinette de la petite fille ; un bonus sur les instruments de musique qui illustrent le conte. Un joli conte, joliment écrit, joliment dit, joliment joué et illustré : un joli cadeau pour Noël et pour Pâques.
Je dédiais cette émission à tous les enfants pour Noël aujourd’hui pour Pâques, et, en particulier, à ma petite fée Iris qui aura maintenant six ans et à son lutin de petit frère Lucien.
Et voici des « Devinettes », invitant les enfants à reconnaître les chants naturels des oiseaux dont il a été question dans le conte :
Le Violon et l’oiseau,édition Seulétoile Artifices.
MUSIQUES de Heinrich Biber (pour le Rossignol, mais aussi Le Chat, imité au violon), Louis-Claude Daquin, Jacques Hotteterre (Tourtelles en duo flûte et violon), Jean-Féry Rebel, François Couperin, Purcell, Moussorgski (Le ballet des poussins dans leur coque, extrait des Tableaux d’une exposition) et Camille Saint-Saëns.
Alice Julien-Laferrière l’initiatrice du projet, sous les auspices de la LPO Côte d’Or et Saône et Loire, dont le Vice-Président Christian Mayade, signe une petite postface adressée aux enfants. La LPO, c’est la Ligue pour la Protection des Oiseaux. Ces oiseaux dont nous savons aujourd’hui qu’ils disparaissent et qu’il est urgent de sauver pur sauver la biodiversité dont dépend notre survie.
Depuis 2016, l’Ensemble Artifice réinvente l’univers aux mille facettes du baroque et de l’illusion en se consacrant à l’imitation en musique à travers des concerts, spectacles, promenades, conférences, destinés à divers publics dans des lieux variés. L’association Ensemble Artifices au gré d’une « Balade des Oiseaux » où musique baroque et ornithologie émerveillent de concert l’assistance.
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Voici trois semaines que nous sommes confinés en raison de l’épidémie de COVID19 qui secoue le monde. Face à l’arrêt de nombreuses activités jugées non essentielles, les inquiétudes légitimes sont légions et le monde de la Culture n’y échappe pas.
Qu’il s’agisse des intermittents du spectacle inquiets du renouvellement ou non de leur droit, des structures culturelles dont les charges fixes non compensées par d’éventuelles recettes grèvent des budgets déjà contraints, des organisateurs d’événements ou de festivals qui ne savent où aller faute de directive étatique allant ou non dans le sens d’une annulation des manifestations culturelles estivales dont les répercutions en région PACA seraient terribles en terme économique et touristique.
Bref, nous sommes face à beaucoup de questions et si peu de réponses claires en dehors d’une poignée de mesures d’urgence décidées récemment que ce soit le report de la date anniversaire pour les intermittents ou encore le recours à une aide pour les associations culturelles quel que soit leur domaine artistique. Pour en savoir plus, il suffit de consulter les sites du Ministère de La Culture, des Dracs, des Régions, des Départements, des Villes, du Pôle Emploi, d’Audiens, du Sinavi, du Pam, de La Sacem, de La Sacd… dont vous dépendez selon votre situation et là encore, j’en oublie.
Je ne sais de quoi l’avenir de notre culture sera fait, ni comment le monde culturel tel que nous le connaissons survivra à cette longue période d’inactivité et aux pertes financières coextensives à cette inactivité, mais je sais une chose : la culture et l’art survivront à cette épidémie comme les œuvres d’art et les livres ont survécu à l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, aux autodafés et autres destructions perpétrées par la main de l’homme au fil des siècles. La question n’est pas celle de la fin de la culture et des arts –leur diffusion se poursuit déjà sur la toile à grands renforts de partages sur les réseaux sociaux et d’initiatives originales et gratuites- mais celle de la fin de notre modèle culturel français tel qu’il est.
Ce qui inquiète à juste titre les artistes, structures et opérateurs culturels de France est la potentielle remise en cause d’un système de soutien à la création artistique qui permettait aux artistes de pouvoir se consacrer à leur art sans s’inquiéter d’avoir à travailler à côté. Cela est vrai pour la culture adoubée par les tutelles et les artistes en relevant, bien moins pour les structures et artistes ne faisant pas partie du sérail (et ils sont légions, mais ici, tel n’est pas le propos). Cette image idyllique véhiculée permettait à la culture française – ah ! La fameuse exception française- d’être un modèle d’exemplarité à suivre et dont certains pays à l’instar de Taïwan s’inspirent.
Ce modèle imparfait certes mais unique survivra-t-il à la crise que nous connaissons ou la culture ne sera-t-elle qu’une variable d’ajustement lorsque le pays se remettra en marche, et là, ce système risque de se désagréger pour le plus grand malheur de tous les acteurs culturels du pays. Car même si ce modèle dans le choix de l’attribution des aides peut être largement perfectible afin d’être plus équitable entre tous ceux qui participent à la culture – nous savons que, ce choix est souvent pensé dans un entre soi excluant ceux qui de naissance ou de fait ne font pas parti de l’élite culturelle, n’ayant pas travaillé avec un tel ou une telle – s’il disparait, ce serait la fin d’un grand nombre d’organisateurs de spectacles, de structures et d’artistes.
Alors, peut-être qu’avant de penser au pire, nous pourrions nous interroger sur la culture et les arts que nous souhaitons offrir en partage aux générations futures. Voulons-nous leur laisser une image d’une culture nombriliste et boursoufflée réservée à une seule élite de connaisseurs ou celle d’une culture aseptisée visant à abrutir le petit peuple ? N’y a-t-il entre ces deux extrêmes qui représentent tous deux une culture d’Etat (c’est-à-dire imposée par nos gouvernants et voulue par eux en notre nom sans nous consulter) une culture véritablement populaire, originale et plurielle, faisant appel à notre intelligence et à nos émotions que nous pourrions tous partager et apprécier ? N’est-ce pas cette culture que nous devrions soutenir plus et faire fleurir au lieu de la délaisser? Celle-là même que portent de nombreux artistes sans prétention, qui œuvrent dans l’intimité et la confidentialité, et qui ont pourtant tant de choses à nous transmettre si nous prenions la peine de les mettre en lumière.
Mon propos ne signifie pas d’exclure quelle que culture que ce soit mais plutôt penser une répartition plus équitable des aides entre les différentes cultures existantes sans privilégier l’une au détriment de l’autre ni mépriser l’une au profit de l’autre. Recomposer une culture et des arts plus fraternels, pour tous, avec tous. DVDM
La Nef immobile- Sept contes sans fées de Jean-Luc Giribone
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Collection Les Cosmopolites/Éditions La Bibliothèque, 187 pages
Les livres rares sont rares dans l’univers raréfié de l’édition littéraire, vouée en gros au livre marchandise, livrée souvent à l’actualité qui fait rarement acte de littérature. Paru l’an dernier, voici donc, loin des modes vites démodées, un livre « inactuel » mais voguant sereinement sur l’intemporalité d’une prose qui aura toujours pour elle le présent de la qualité de l’écriture qui fait seule la littérature. C’est un élégant volume très aéré, de 187 pages, constitué de sept récits oscillant entre une trentaine et quarante pages, deux de seize et un de deux. La belle couverture bleu clair s’orne du dessin très linéaire d’un navire, d’un vaisseau, d’un paquebot, une manche à air figurée par un stylo plume et des feuillets pour drapeaux voletant autour.
Titre
Le titre, La nef immobile fait penser, bien sûr, mais a contrario, au film de Fellini de 1983, E la nave va… ‘Et vogue le navire’. Terme ancien que « nef » pour un navire. Peut-être quelque chose à voir avec l’écusson, les armes de Paris avec une nef ancienne sur des flots agités et la devise : « Fluctuat nec mergitur », ‘Elle fluctue mais ne coule pas ‘.
Nous réserverons « immobile » pour la fin, puisque le titre du livre est celui même du dernier récit, du dernier « conte » de cette « nef ». La mer est cependant absente hors les « ondes narratives » (p. 16) qui portent la nef de mots, où « les événements » sont « un clapotis » (p. 24) , mais la ville indéterminée, innominée, est omniprésente par des paysages urbains très précis même dans ses sous-sols, dont on peut imaginer que ce sont ceux, poreux, de la capitale.
Le sous-titre dément immédiatement ce que le conte connote : « Sept contes sans fées ». Cependant, il y en aura une de nommée : « la fée du fatras » (p. 126). Association phonique de l’allitération, allusion à la « fatrasie » fantasque du Moyen-âge, poème où le sens cède le pas au son ? Ce n’est pas à exclure dans la densité, la richesse sémantique du texte sous l’apparence innocente de sa transparence. Mais si les fées, qu’en fin de compte attendraient les enfants d’un conte, sont exclues d’emblée, ces contes sont peut-être pour les grands enfants que sont les adultes : « sans fées » mais non sans féerie fantasque, fantaisiste ou fantastique d’un récit qui, au Lecteur, dans l’adresse, tresse les tons, registres et couleurs, les tonalités sonores, « toutes les couleurs de l’arc-en-mots », versicolore prose musicale au-delà de l’arc-en-ciel : Over the rainbow, chantonnerait-on.
Épigraphes, exergues
Avant même l’entrée, il faut franchir des « seuils » du texte, trois épigraphes, guère enfantines. La première, de l’Argentin Jorge Luis Borges, dont on connaît le goût du fantastique et le dégoût du réalisme :
« La littérature n’est rien d’autre qu’un rêve dirigé ».
Cette épigraphe a comme une fonction « programmative », une indication de piste puisque on en aura un écho dès le début du premier conte, « Le Palais du Récit » où, dès la dixième ligne (p. 11) se pose la question : « pourquoi les rêves tentent-ils d’être des récits ? », le personnage confiant : « je me suis assoupi », puis « J’ai fait un rêve » (p. 22). Ce rêve est sans doute érigé, sinon dirigé, en récit en ce temple qui lui est consacré, récit « mué en architecture » (p. 13), qui s’inverse aussi en rêve aux contours estompés, fantasmé mais dirigé, comme Thérèse d’Avila décrivait un type d’oraison orientée pour atteindre l’extase, un état de conscience dépassée dont, poétiquement, elle savait ensuite construire le récit.
Cependant, si, dans la théorie freudienne, les rêves sont soufflés par l’inconscient (« Ça parle », dira Lacan) la conscience éveillée du récit les ordonne, leur donne un sens, une direction et, ici, en tous les cas, s’il y a quelque rêverie surréaliste, cela ne se traduit nullement en écriture automatique soi-disant dictée par le rêve, tant elle est contrôlée.
Enjambée par la première et le troisième, la seconde épigraphe médiane, est tirée de Pascal : « Vous êtes embarqués ». Classique, logique et maritime image de l’inéluctable traversée, existentielle, de la vie, qui nous embarque tous dans le même bateau, prêts pour le départ, le cours, le discours du récit. Paradoxalement, sautant de l’Argentin au Russe, la dernière épigraphe, de Mikhael Bougakov, dramaturge et médecin, semble contredire la première, puisque l’auteur du récit semble ici en perdre le contrôle prôné par Borges :
« Mais ce que je ne vois vraiment pas, c’est ce qui va se passer ensuite. »
Navigation contrôlée ou à vue, ou à l’aveugle selon les épigraphes, sans lever l’ancre, « la Nef immobile » et ses prévues dérives s’amarre à la rive, au quai d’un Palais fixe qui en semble la terrestre métaphore : vaste vaisseau avec ses salles, salons, « antichambres, « couloirs » ou coursives, proustienne « cathédrale narrative » qui suppose des « nefs », dont le luxe architectural est bien dans le faste monumental des ambitieux navires à cheval sur les XIXe et XXe siècles, dont le Titanic fut l’ultime et somptueux avatar. On peut donc s’embarquer dans ce premier conte.
« Le Palais du Récit »
Surgi « dans son esprit une nuit, alors qu’il cherchait le sommeil » (p. 11), l’architecte Jordi Berni, ruminant la question « pourquoi les rêves tentent-ils d’être des récits ? », est l’artisan de ce Palais du récit, sur la perspective « art nouveau » des Grand Palais et Petit Palais à Paris. Même si cela sent vite la métaphore, l’allégorie, le « mélange des genres » revendiqué par l’auteur dans sa note aux lecteurs, la précision réaliste[1] de ce texte ferait croire non à un personnage, mais à une personne réelle interrogée sur son œuvre par un grand journaliste, nous poussant à la curiosité de recherches : la consonance catalane du nom fait penser au célèbre architecte Gaudi (Antoni), contemporain du Grand Palais, mais du nom de Jordi Berni on ne trouve qu’un pianiste de jazz catalan.
Le « Palais du Récit » devrait compenser en pierre l’impossible impensé rationnel du récit onirique. La précision architecturale minutieusement montrée de l’édifice s’opposera à la guère édifiante imprécision donnée comme un axiome de l’ambition narrative du « romancier » nocturne du rêve dont les efforts, « les tentatives avortent » pour faire fixe matière narrative des fuyantes images incohérentes d’avant le sommeil, que n’accepterait aucun éditeur même onirique. C’est finalement, après le « portique d’entrée », dès « l’antichambre où brillent les narrations » (p. 13), « un ensemble multicolore de fictions », « un assemblage d’histoires », un « tissu immatériel d’histoires », la chair même du monde. Et ajouterions-nous, ironique retournement baroque, le tissu même du songe dont nous sommes faits selon Shakespeare.
Le narrateur guide autrefois actif, puis rétrospectif de ce vaste lieu qu’il faisait visiter dans sa jeunesse, rêve dans le rêve, s’assoupit. Tel un Martin Luther King de ce Palais bâti sur un songe, il énonce :
« J’ai fait un rêve. »
Le Palais des Récit est devenu, modernité oblige, « un ordinateur social et central » de tous les récits du monde (p. 23) qui en devient un vaste « roman distendu. » (p.24)
Clé du texte, « portique » ou poétique de ces « contes », ce récit initial semble en fait initiation à l’écriture du livre, qui livre en jouant et se jouant de nous comme de lui-même, ses ambitions et signes. La question de la littérature comme rêve contrôlé posée par l’épigraphe de Borges est ici plaisamment exposée en ses rives de pierre, mais subvertie, dépassée par les dérives ou les rivages et visages brumeux de celle de Boulgakof et son principe d’incertitude. En tous les cas, comme dit celle de Pascal, nous sommes « embarqués » par les charmes de cette prose littéraire qui ne prend jamais la pose de se poser comme telle.
Tressage des tons, tissage des sons
C’est d’abord l’indice de cet onirique romancier s’essayant « au récit fantastique, parfois au roman noir, ou à la nouvelle réaliste » pour ce « tressage des tons » et des genres. Ce livre, donc, onirique, fantastique a toujours un substrat concret, « la profondeur fantastique du réel », avec amorce de roman noir ou film noir comme dans « Les Catacombes rouges ». Il « se mord méchamment la queue » (p. 18) puisque la « configuration en miroir » de cette architecture « cyclique » « revient au commencement » (p. 17), le dernier conte, « la nef immobile » remonte même au titre.
Ce Palais apertural, d’ouverture, cette « cathédrale narrative » est donc bien un récit mué en architecture ». Croyant personnellement à la correspondance rhétorique de tous les arts, donc que la musique est une architecture sonore comme l’architecture est une musique muette, nous goûtons, dans l’architecture du texte qui mêle les deux, le nombre de ces phrases, « nombreuses » au sens de rythmées, de jeux de sons, signature, d’entrée, comme une donnée, de cette écriture. Il y a des figures de sons et sens, telle l’antanaclase[2], effet sonore de redoublement, « bruit », verbe bruire, « bruit » et d’écho allitératif, « embroullamini » :
« il bruit du bruit que font les récits, dans un embroullamini continu. » (p.13)
Ainsi, nous aurons un texte fortement architecturé par la charpente, la structure, le rythme de la phrase, sur quoi s’inscrit ce qu’ailleurs j’ai appelé l’architexture, le tissage sonore, le détail musical.
« Les trois ciels »
Ce conte, le plus court, de deux pages poétiques et satiriques, comme annoncé par son titre, s’énonce et scande en son début, dès la première ligne, en harmonieux rythme ternaire :
« le ciel naturel […], le ciel surnaturel […] et le ciel social ». (p. 27)
À l’équilibre des adjectivations des trois ciels répond leurs attributs.
« Le premier est sans raison, le second est en lui-même sa raison d’être et le troisième tente multicolorement d’en être une. »
De ce « ciel social », on peut raisonnablement conclure, sous les mots et leur jeu implicite, qu’il peut être « une raison sociale » —qui nous en fait voir de toutes les couleurs. S’il est « polychrome » en lumières, c’est qu’il est éclairé non d’étoiles « constellé, mais de stars », qu’on peut imaginer hautes en couleurs.
Après ce bel adverbe « multicolorement », autre belle allitération parmi celles du texte : il est « cruel et criard ».
Cette qualité, voyante ou secrète, permet d’enchaîner avec le troisième conte, cruel sans cris, vraiment sans fée bénéfique si les maléfiques n’y manquent pas.
“Déclaration de poids”
Sous la fantaisie désinvolte de ce conte, sous l’humour constant, sous l’humilité masochiste du narrateur, c’est effectivement, sans effets mélodramatiques mais avec conséquences dramatiques, une réalité cruelle, criante de vérité de la société d’aujourd’hui, impitoyable aux losers, aux perdants. Le narrateur livre cet aveu terrible de naufragé de la nef sociale :
« J’ai perdu pied face au ciel social ; j’ai perdu face devant le visage des autres ; j’ai perdu main devant l’habileté de mes rivaux. » (p.29)
Dans ce frappant, bien frappé rythme ternaire : pied, face, main, pièce à pièce, morceau par morceau, le personnage social se délite, la personne morale, se décompose, se déconstruit, se détruit. Il se sent « transparent » (p. 29), « invisible » « corps muet ». (p. 33)
Aujourd’hui, notons que l’individu vit assiégé par les autres, leur regard et, avec le mythe obsédant de la transparence nous subissons l’exigence de visibilité, visibilité essentielle, existentielle : être connu, c’est quand on remarque votre présence dans une soirée mondaine ; être célèbre, c’est quand on remarque que vous n’y êtes pas. Entre les deux, l’individu et son besoin éperdu d’être sinon renommé, connu, au moins reconnu par ses semblables, perdu sans cela, renvoyé au néant social de sa solitude. Car, dans notre société, nous sommes toujours jugés, toujours évalués, surévalués, dévalués dans la folie quantitative de notre époque où tout est mesuré, chiffré : on nous demande d’évaluer le coursier, le magasin, le service, le produit. Tout en numéro, numérisé : le numérique.
Ici, l’anonyme personnage, sombrant « dans l’inexistence » (p. 35), dit :
« j’avais le sentiment qu’une indifférence implacable marchait à côté de moi. »
Ne pas exister aux yeux d’autrui, on l’a souvent éprouvé, c’est mourir de froid au seuil de leurs regards. Et je me demande : serait-ce par la terreur d’être invisible dans la foule que tant de gens multiplient les selfies, les portraits d’eux-mêmes ? Sous le badinage des dialogues vifs, on perçoit un sentiment tragique de l’existence sociale aujourd’hui.
De la fausse fantaisie sociale, on passe à la folie.
“Le neveu fou”
Ce texte me fait penser à L’amour de lonh, ‘L’amour de loin’ du troubadour Jaufré Rudel, amoureux, sans la connaître, de la Princesse de Tripoli. Ici, c’est d’une ville vue en photo[3] que s’éprend le héros.
Est-ce une fascination ou une fuite ? Lui aussi, comme le loser du précédent conte, avoue tenter « d’occuper une place ou de gravir les échelons d’une hiérarchie ». (p. 55)
On remarque les remarques précises de la ville dans ce livre commencé par l’architecture et qui manifeste un imaginaire urbanistique, fondé sur de concrètes et humoristiques observations :
« Dans cette ville, la hâte s’était généralisée jusqu’à devenir l’état normal de la marche. » (p. 55)
Une course piétonne, sociale ou sociologique, sans doute dans cette chasse, cette poursuite féroce du succès, où le flâneur, plus lent, est continuellement dépassé par le flot :
« Le flux me contournait, je devenais un îlot mobile, un caillot circulatoire, une pierre dans le sang urbain… » (p. 55)
L’individu à son rythme personnel déambulatoire, ternaire, le promeneur contemplatif, n’est que caillot, caillou, thrombose paralysante, inadmissible obstacle dans la frénésie de la circulation d’une société livrée à la vitesse vers on ne sait quel but.
Avec des notations urbaines réalistes, le texte acquiert un surréel, plus que surréaliste une sorte de réel d’à côté. D’en dessous, dans le conte suivant : une plongée dans une réalité urbaine souterraine dont le réalisme débouche sur le fantastique, tant de la fiction que des formes, des sons, des couleurs.
« Les catacombes rouges »
Puissance cinématographique dès la première ligne : le « rond lumineux » d’une lampe électrique arrache des formes dans l’obscurité d’une galerie dans des dégradés de lumière éclatante jusqu’aux effleurements du faisceau flou (p. 73) : atmosphère visuelle de « film noir », dont l’étiquette masque la réalité chromatique de toute la gamme, ombre et lumière du blanc, gris et noir. La surprise sera ici qu’on passera de cet ordinaire chromatisme angoissant à l’extraordinaire du rouge terrifiant. Pour l’heure, la lampe découvre, effleure « des canalisations et des tubulures, « des « piliers » et, dans une superbe image tel un gros plan, « se reflétait dans des flaques, éclairait tout à coup une inscription. » (p. 73)
Mais l’insolite, l’étrange, le fantastique passent du lieu, des images aux mots, aux sons qui lui répondent s’ouvrant en échos sémantiques et sonores. Cela devient « Une histoire peuplée de sons et d’échos », un « événement verbal », un « chaos de cohortes ». Paradoxalement, l’intelligible, « monstre sonore », « la prolifération des mots «éteignait la possibilité de leur faire signifier quelque chose », ce qui, autant que le « récit fantastique » était annoncé dès « Le Palais du Récit » : « il bruit du bruit que font les récits, dans un embroullamini continu. »
Le narrateur a beau affirmer « Je n’avais pas peur », le récit, devenu thriller, instille une atmosphère de terreur par ailleurs suggéré par la référence au « masque de la mort rouge », allusion transparente à Edgar Poe et au film célèbre de Roger Corman de 1964, dont l’acteur principal, Vincent Price, se spécialisera dans le rôle de Dracula.
Les bonheurs d’expression abondent comme, dans ces terribles souterrains ténébreux, cette « Aube souterraine », cette « étoile atténuée ».
Et, pour la première fois, dans cette abondance urbanistique du livre, dans cette ville inverse, à travers une grille, un paysage campagnard s’ébauche, mais dans une irréalité de souvenir, d’estompe : couleur passée, teinte sépia, « carte postale ancienne » (p. 83), description renvoyée à la connaissance culturelle du lecteur : « Un assemblage de stéréotypes poussés à bout ».
Pas de fées non plus ici, mais un bon ange, le gardien qui le tire de là pour une autre insolite aventure en surface dans un énigmatique café rouge.
« L’Homme aux 10 000 objets et la sainte bizarre »
Retour à Atella du narrateur, autre, puisque c’est lui qui a fait peut-être, les photos dont le premier s’était entiché.
Chaos, dépotoir, ordures en tas. Mais la photo, sous un bon angle, œil du photographe artiste, tire de l’art de l’or de l’ordure : « Le chaos devenait ainsi un tableau (p. 113) Désordre, ordre du monde impossible mais érigé en œuvre d’art telle une compression de César ? Cependant, nouvelle ordonnance des ordures en continents constitués de ce magma premier sinon originel, effet original sans doute de la fée du fatras.
Pessimisme, échec avoué du narrateur qui semble issu de la voie sans issue sociale de deuxième conte, installé dans le « provisoire indéfiniment reconduit », « coupé du ciel social » :
« Je vis en dehors des possibilités humaines » ; « Je vis entouré par les cadavres de mes possibilités. » (p.115)
C’est peut-être pour dépasser ces échecs que le dernier conte semble proposer une utopie sociale, bien que pour le moins étrange, reprenant et éclairant le titre global de l’ouvrage.
« La nef immobile »
Encore un ancrage urbain de la nef, décidément bien citadine comme une Île de la Cité enracinée qui ne connaît de la mer que le mouillage immuable au cœur de la ville. Le narrateur, à l’inverse de celui des Catacombes invité d’une soirée, est ici maître de maison, « au centre de la ville, installé dans la géographie lisse et nette d’un gratte-ciel ».
Ce lisse et net se perturbe toujours, ondule et vibre allitérativement du rythme ternaire de paronomases : « Beaucoup de bruyant, peu de brillant, rien de vibrant … »
Maître de maison attentif, il observe, avise, et visera une humaine « architecture », « une structure visuelle » (p. 149), un trio : une femme, deux hommes : « trois mousquetaires de soirée ». Verre à la main, une soirée mondaine d’été, sans beaucoup de malice, on peut penser à un banal trio femme-mari-amant ou un assemblage spontané à trois. Le narrateur, insatisfait veut y mettre l’ordre du quatrième, mousquetaire : passant du trois au quatre, il leur propose un quatuor, un carré, une partie pense-t-on par réflexe générationnel soixante-huitard et salonnard, réflexion érotique. On s’attendrait donc à un malicieux ou délicieux, ou délictueux Embarquement pour Cythère proposé par le maître de maison en quête de maîtresse et amants, trois pour une, une pour tous pour ces mousquetaires d’un nouveau genre ou génération nouvelle, plus on est de fous, plus on rit, mais je ne sais si sa proposition est plus honnête, en tous les cas, étrange : il les « embarque », au sens ambigu aujourd’hui du terme, sinon celui de l’épigraphe de Pascal, à former une nef. Bizarre jeu pour adultes enfantins ou grands enfants ? On pense aux Enfants terribles de Cocteau. Ou à une surréaliste utopie sociale, difficile à démêler, à déchiffrer sous les dialogues vifs, tout aussi étranges, des personnages.
Dans cette nef finale apparaît finalement la foule : La nef des fols ? Cela évoque-t-il La Nef des fous médiévale, Das Narrenschiff), la fameuse satire de Sébastian Brant (xve siècle), célébrée par le tableau de Bosch ?
Immobile, cette nef est-elle enlisée, échouée ? Signe-t-elle l’échec de l’Utopie, des utopies ? Sans doute, si l’on additionne et auditionne ce pluriel de narrateurs singuliers désabusés, à coup sûr trahis par la vie dans leurs inspirations et aspirations frustrées dans une chaotique société. Dans la tradition romantique, ils pourraient invoquer ces vers connus :
Borné dans sa nature, infini dans ses vœux,
L’homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux.
Cependant, traqueur, détraqueur des mots, tressés, troussés et détroussés sémantiquement, Giribone jubile, joue avec le lecteur et déjoue si bien ses attentes, que ce texte fantasque, fantastique, fantaisiste devient une optimiste utopie du langage.
Benito Pelegrin
L’AUTEUR : Jean-Luc Giribone, normalien, agrégé en lettres, a fait à Paris une carrière remarquable d’éditeur en sciences humaines et de psychanalyse aux éditions du Seuil où il a notamment publié, Pierre Bourdieu, Peter Brook, François Cheng, Antoine Compagnon, Tzvetan Todorov, l’Ecole de Palo Alto, etc… Il a également enseigné en France et, aux États-Unis, à l’université de Yale. Dernier ouvrage, un essai Qu’est-ce qu’un homme de vérité ? Indigène éditions.
[1] Les notes de bas de page, comme dans des textes universitaires, accrédite cet effet de réel, comme celle qui identifie le « journaliste de renom » Paul Kolbert (p. 13).
[2] On connaît celle de Pascal qui joue sur eux sens du mot « raison » dans le cœur a ses raisOns que la raison ne connaît pas. »
[3] Le photographe réapparaît plus tard comme la ville, Atella, et d’autres personnages récurrents nommés, Coronatti, Madame Hébert.