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À la rencontre de l’Égypte à Marseille

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Entretien avec son excellence la Consule Générale d’Egypte, Madame Heidy Serry. 

Marseille est un port vibrant de culture, d’histoire et de diversité. Depuis novembre 2021, la ville a l’honneur d’accueillir la Consule générale d’Égypte, Heidy Serry.  Dans un entretien captivant, elle nous parle de ses responsabilités et des projets qui rapprochent son pays de la France, tout en mettant en lumière la richesse de leur histoire commune.

Un parcours au service de la diplomatie 

Heidy Serry, avec plus de trois décennies d’expérience dans le domaine diplomatique, reste discrète sur son parcours qui a commencé en 1993. Après avoir intégré l’Académie des études diplomatiques, elle a occupé des postes clés au sein du ministère des Affaires étrangères égyptien, d’abord au Maroc, puis en tant que conseillère diplomatique à la présidence. Sa carrière l’a menée à Londres et à Genève, tout en revenant régulièrement en Égypte pour travailler sur les relations économiques internationales. 

Bien qu’elle soit réservée sur son parcours, elle ne cache pas sa passion pour la diplomatie, une vocation née d’un amour profond pour son pays, riche en civilisations et en cultures. « Chaque étape de ma carrière a renforcé ma passion pour la diplomatie, explique-t-elle. Je porte une grande responsabilité : celle de présenter la richesse culturelle et historique de l’Égypte au monde. » 

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Madame la Consule générale d’Égypte, Heidy Serry

Marseille, capitale de la Région Sud et pont culturel 

« Je suis heureuse d’être ici à Marseille, une ville qui représente pour moi le cœur de la Région Sud », confie-t-elle, soulignant l’affection qu’elle ressent pour le Sud de la France, où elle a vécu de nombreuses expériences enrichissantes, tant sur le plan personnel que professionnel.  En arrivant à Marseille, Heidy Serry découvre cette région qu’elle décrit comme « la capitale de la Région Sud », en raison de sa beauté et de son atmosphère accueillante.

Elle en parle avec une émotion palpable, partageant son histoire et ses liens avec l’Égypte, en particulier le jumelage entre Marseille et Alexandrie.  « Marseille est une ville cosmopolite, tout comme Alexandrie. Les deux villes partagent une mosaïque culturelle riche et une histoire fascinante », déclare-t-elle. 

En tant que Consule, elle a la responsabilité non seulement d’assister les ressortissants égyptiens, mais aussi de développer des projets de coopération culturelle et économique. Elle insiste sur l’importance de tisser des liens solides entre les communautés égyptienne et française. 

La diaspora égyptienne est estimée entre 30 000 et 35 000 personnes dans le sud de la France. Cette communauté joue un rôle clé dans le rapprochement des cultures, et Heidy Serry s’efforce de soutenir les initiatives qui favorisent l’intégration et la solidarité, une coopération bilatérale qui a déjà un siècle d’existence… 

Le Grand Musée Égyptien à Gizeh

Le Centenaire de la Représentation Diplomatique entre l’Égypte et la France : Un Siècle de Coopération Fructueuse 

L’année 2024 marquera un tournant historique dans les relations internationales avec le centenaire de la représentation diplomatique entre l’Égypte et la France. Cet anniversaire célèbre plus d’un siècle de collaboration fructueuse, d’échanges enrichissants et de respect mutuel entre ces deux nations aux riches héritages culturels.   

Depuis l’expédition de Napoléon Bonaparte en Égypte, qui a suscité un vif intérêt pour la civilisation égyptienne en France, une passion réciproque a façonné les relations diplomatiques entre les deux pays. L’Égypte, reconnue pour son histoire fascinante, ses anciennes cultures et ses contributions à l’art, à la science et à la littérature, a permis de tisser des liens culturels solides au fil des décennies.  La Consule égyptienne à Marseille nous parle des défis et des ambitions à venir, notamment la signature d’accords visant à renforcer les liaisons aériennes entre les régions françaises.

Il est évident que des efforts constants sont déployés pour mettre en avant la culture égyptienne en France, que ce soit à travers des événements ou des collaborations avec le milieu académique.  Ce centenaire est une belle occasion de renouveler et de renforcer les liens entre l’Égypte et la France, surtout à un moment où le pays des pharaons se lance dans une “deuxième renaissance”, avec des projets ambitieux comme le Grand Musée Égyptien à Gizeh. 

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Des projets ambitieux pour l’avenir 

Plusieurs initiatives sont en cours, y compris un projet de recyclage des déchets plastiques en partenariat avec la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.  La consule a également mentionné l’ouverture d’une ligne aérienne directe entre Marseille et Le Caire, ce qui facilitera les échanges entre les deux pays. 

« Le 5 avril, nous lancerons des vols directs entre Marseille et Le Caire, ce qui renforcera nos liens économiques et culturels. C’est un moment clé pour notre coopération, » explique-t-elle.  Encore plus proches d’un pays en pleine transformation…

Les Villes Intelligentes en Égypte : Une Nouvelle Renaissance Urbaine 

L’Égypte est sur le point de connaître une transformation urbaine majeure avec le développement de villes intelligentes, un projet qui symbolise la deuxième renaissance du pays. Cette initiative a pour but de moderniser l’infrastructure urbaine et d’améliorer la qualité de vie des habitants tout en dynamisant l’économie.  La création de la nouvelle capitale administrative, située à environ 45 km à l’est du Caire, est un projet ambitieux. Il vise à désengorger la ville et à établir un centre administratif moderne avec des infrastructures intelligentes.  Avec des bâtiments écologiques, des systèmes de transport efficaces et des espaces verts, cette nouvelle capitale sera un modèle de développement urbain durable. 

L’Égypte investit également dans des projets de développement économique et d’énergie durable. Par exemple, l’expansion du canal de Suez a doublé la capacité de transit maritime. En plus, des projets comme le parc solaire de Benban, qui est l’un des plus grands au monde, montrent à quel point le pays s’engage dans l’énergie renouvelable. 

Le développement des transports publics est également une priorité. L’Égypte s’active à étendre son réseau de métro et à créer de nouvelles lignes de tramway et de monorail, rendant ainsi les déplacements des citoyens plus faciles tout en allégeant la congestion urbaine. 

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L’humain au cœur des préoccupations

Le gouvernement égyptien met aussi l’accent sur des initiatives sociales et citoyennes, comme le projet “100 millions d’habitants en bonne santé”, qui vise à promouvoir la santé publique. Ce projet comprend des campagnes de dépistage pour les maladies chroniques, soulignant l’importance de la santé et du bien-être au sein de la population. 

L’Égypte moderne place l’humain au centre de ses préoccupations.  La diplomate Heidy Serry insiste sur l’importance de la coopération entre les nations et de la solidarité humaine dans ce processus de transformation, affirmant que la connaissance et le rapprochement culturel sont essentiels pour bâtir un avenir meilleur. 

L’Égypte est mondialement reconnue pour sa culture et son patrimoine. Heidy Serry souligne que promouvoir la culture égyptienne en France ne demande pas d’efforts particuliers, tant la passion réciproque entre les deux pays est forte. En évoquant l’expédition de Napoléon, elle rappelle l’impact de l’égyptologie sur la perception de l’Égypte à travers le monde. « Jean-François Champollion a ouvert la porte à la compréhension d’une civilisation millénaire. Chaque événement culturel que nous organisons en France suscite un grand intérêt. Les gens sont fascinés par notre histoire » dit-elle, les yeux brillants d’enthousiasme…  Avec passion, elle suspend le temps et nous entraîne avec elle vers l’ouverture imminente du Grand Musée Égyptien…

L’ouverture du Grand Musée Égyptien : Un Événement Historique au Cœur de la Culture Mondiale 

L’inauguration imminente du Grand Musée Égyptien (GEM) marque un tournant non seulement pour l’Égypte, mais aussi pour le monde entier. Niché près des pyramides de Gizeh, ce musée, qui sera le plus grand musée archéologique au monde, vise à revitaliser le patrimoine égyptien tout en le rendant accessible à un public international. Avec une ouverture prévue pour le 3 juillet 2025, l’excitation autour de cet événement est palpable, tant en Égypte qu’au-delà de ses frontières. 

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Un Lieu de Conservation et d’Éducation

Le GEM ne se limite pas à être un simple entrepôt d’artefacts, il aspire à devenir un véritable centre de recherche et d’éducation sur l’histoire égyptienne. Avec plus de 100 000 objets d’art, y compris la collection complète des trésors de Toutankhamon, le musée a pour mission de préserver le riche héritage culturel de l’Égypte tout en éduquant les générations futures sur l’importance de cette civilisation millénaire.  La variété des expositions, allant des objets du quotidien aux trésors royaux, permettra aux visiteurs de plonger dans la vie des anciens Égyptiens, d’explorer leur spiritualité et de comprendre leur influence sur le monde moderne. « Le GEM sera un pont entre le passé et le présent, un lieu où l’on peut découvrir l’histoire tout en réfléchissant à son impact sur notre société actuelle », souligne Heidy Serry. 

Une Architecture Révolutionnaire 

Conçu par l’architecte Heneghan Peng, le bâtiment du GEM est une œuvre d’art en soi. Sa structure moderne, avec ses lignes fluides et ses espaces lumineux, a été pensée pour s’intégrer harmonieusement dans le paysage emblématique des pyramides. L’architecture du musée reflète la volonté de l’Égypte de se projeter vers l’avenir tout en honorant ses racines historiques.

Le musée sera doté des technologies les plus modernes, offrant aux visiteurs une expérience immersive inédite. Grâce à des applications de réalité augmentée et des expositions interactives, les artefacts prendront vie, rendant la visite à la fois enrichissante et fascinante. « Ce musée ne sera pas qu’un simple lieu d’exposition, mais une véritable aventure sensorielle qui éveillera la curiosité et l’émerveillement des visiteurs » souligne la Consule. 

Un Impact Économique et Touristique 

L’impact économique du GEM est un élément clé à considérer. En attirant des millions de touristes chaque année, le musée devrait revitaliser le secteur du tourisme en Égypte, qui a souffert des crises récentes. Les prévisions indiquent que le GEM pourrait accueillir jusqu’à 5 millions de visiteurs par an, transformant ainsi la région en une destination incontournable.  « L’ouverture du GEM représente une occasion précieuse pour l’Égypte de renforcer son image sur la scène mondiale en tant que destination culturelle de premier plan » explique Heidy Serry. Cette dynamique pourrait également inciter à des investissements dans les infrastructures locales, des hôtels aux restaurants, créant ainsi des emplois et soutenant l’économie locale. 

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Un Événement Mondial 

La cérémonie d’ouverture du Grand Musée Égyptien s’annonce comme un moment vraiment spectaculaire. Des personnalités venues des quatre coins du monde, allant des chefs d’État aux experts en égyptologie, sont attendues pour célébrer cet instant historique. Le GEM ne sera pas seulement une vitrine de l’héritage égyptien, mais aussi un symbole fort de dialogue interculturel et de coopération internationale.  « Nous invitons tous ceux qui s’intéressent à l’histoire, à la culture et à la richesse humaine à se joindre à nous pour cette célébration. C’est un appel à la découverte et à l’émerveillement » déclare Heidy Serry. La visite de ce musée promet d’être une expérience inoubliable, marquée par la découverte de trésors anciens et une réflexion sur les liens qui unissent les civilisations à travers le temps. 

« C’est un événement qui marquera l’histoire de l’humanité » affirme-t-elle avec enthousiasme. 

Un message d’unité et de solidarité 

À travers ses projets et ses actions, Heidy Serry souhaite transmettre un message de fraternité et de solidarité entre les peuples. « La connaissance et le rapprochement sont essentiels. Nous devons apprendre les uns des autres et célébrer notre humanité commune » conclut-elle.  Cet appel à l’ouverture et à la compréhension résonne comme un écho aux valeurs que défend l’Égypte, tout en soulignant le rôle crucial de la diplomatie dans la promotion de la paix et de la coopération internationale. 

Les efforts de personnalités comme Heidy Serry sont essentiels pour la coopération culturelle internationale. Son mandat à Marseille témoigne de l’engagement de l’Égypte à renforcer ses liens avec la France, tout en célébrant la richesse de son patrimoine culturel. 

L’Égypte, avec sa riche histoire et sa culture vibrante, continue d’écrire son récit, non seulement sur son propre sol, mais aussi à travers ses représentants, qui œuvrent pour un avenir meilleur, tant pour leur pays que pour les nations qui les accueillent.

Merci pour ce voyage Madame la Consule.

Isabelle Verna Puget

Crédit photos : Consulat d’Egypte

En Ap[p]arté : Une Saison Intimiste de Musique Contemporaine à Marseille

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La quatrième saison des concerts “En Ap[p]arté”, organisée par Piano and Co, promet une expérience musicale unique à Marseille. Sous la direction artistique de Nathalie Négro, cette série de concerts intimistes à petits prix (10/12€), lancée en 2021 en réponse à la crise sanitaire, continue de rapprocher les artistes et le public dans des lieux atypiques et inattendus.

“En Ap[p]arté” privilégie l’intimité, avec une jauge limitée à 40-100 personnes afin de favoriser l’interaction entre les artistes et le public et créer une ambiance chaleureuse et conviviale. Chaque concert est suivi d’un moment d’échange, permettant une rencontre directe et authentique. Cette année, cinq dates sont proposées entre mars et juin 2025, mettant en lumière une programmation audacieuse. Le répertoire contemporain est à l’honneur, avec une place importante accordée aux femmes compositrices et interprètes, reflétant l’engagement de Piano and Co pour la promotion de la création féminine. Le programme explore différents styles musicaux, de l’improvisation à la musique électronique, en passant par les musiques traditionnelles.

Les concerts se dérouleront dans des lieux marseillais variés et originaux, tels que le Jardin du Tiers-Lab des Transitions, 15 Bd Léglize Marseille (13004) et le Centre Photographique Marseille, 74 rue de la Joliette (13002) offrant une expérience sensorielle enrichie par le cadre unique de chaque lieu. Certains lieux seront dévoilés uniquement lors de la réservation, ajoutant une part de mystère. Parmi les artistes invités, on retrouve des talents émergents et confirmés, explorant des collaborations inédites et des esthétiques musicales variées.

Le 27 mars, à 19h, Patricia Dallio, compositrice et improvisatrice, proposera un moment unique avec “La teneur de l’air”. Le duo Charlotte Testu (contrebasse) et Marine Rodallec (violoncelle) interprétera des œuvres allant du XVIe siècle à nos jours, incluant des pièces de Kaija Saariaho et Eve Risser le 26 avril à 19h. Joël Versavaud (duduk, saxophone) et Amine Soufari (oud) feront dialoguer leurs instruments à travers la tradition orale, l’écriture et l’improvisation le 22 mai à 19h. Le Duo Vasarely (Gabriele Mastrototarro et Giovana Sevi) présentera un répertoire mêlant musique contemporaine et ancienne le 5 juin à 19h. Enfin, le duo Lola Soulier et Peter Nahon, accompagné de Rajna Swaminathan, offrira une exploration des timbres anciens et des improvisations le 19 juin à 19h.

“En Ap[p]arté” est plus qu’une simple série de concerts ; c’est une expérience immersive et une invitation à la découverte de la musique contemporaine dans un cadre intime et stimulant. L’engagement de Piano and Co envers la création, l’innovation, et la promotion des femmes dans la musique est palpable dans cette riche programmation. Les réservations sont vivement conseillées pour profiter de cette occasion unique de vivre la musique autrement. DVDM

Pour réserver : Home – PIANO AND CO [7]

Photo de une : Small is Beautiful avec Patricia Diallo ©Agathe

Baguette enchantée pour voix enchanteresses

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Martin Wåhlberg à la tête de l’Orkester Nord, MOZART, Die Zauberflöte, Singspiel en deux actes, Un somptueux coffret de trois CD Aparté

          Le baroque bénéficie au classique : son souci historique des sources, des effectifs et de l’instrumentation des œuvres, le retour à des instruments d’époque, nous ont donné des écoutes, des visions et versions vraisemblables, pour nos oreilles d’aujourd’hui, des œuvres d’autrefois, décroûtées, allégées des sédiments d’une tradition alourdie d’un romantisme tardif, anachronique donc. Bien sûr, on a connu des exécutions de musique ancienne, baroque, glacées et raidies par cette nouvelle exigence théorique, devenue parfois un dogmatisme esthétique. Bien sûr, même dans l’enthousiasme de la découverte ou redécouverte de cette nouvelle vague ou vogue interprétative, cela n’a jamais suffi à justifier à elle seule une interprétation. Mais sans doute les nouvelles générations de musiciens ont-elles intégré ces théories ou informations historiques pour en faire une pratique toute naturelle dégagée de toute pédantesque démonstration, en somme, vivante.

          C’est le cas de cette version de la Flûte qui, à l’intérêt d’une enquête musicologique externe, joint le charme d’une quête toute intime de l’œuvre, rafraîchie dans l’orchestration, rajeunie dans sa vocalité : ancienne, certes, à notre esprit, mais comme toute neuve à nos oreilles.

          Dans la riche préface du coffret qu’il signe, Martin Wåhlberg s’y montre un passionnant chercheur des sources littéraires et culturelles du livret de l’entreprenant Emanuel Schikaneder, entrepreneur de spectaculaires productions scéniques, souvent d’inspiration française, dans son Theater auf der Wieden, situant ce conte de fées philosophique dans une tradition culturelle lumineuse du Siècle des Lumières (dont on oublie qu’il est aussi le siècle du roman gothique noir). Animés théâtralement de divers bruitages, chants d’oiseaux, tonnerre, etc, il offre dans sa version l’intégralité des dialogues parlés dont il nous est malheureusement difficile de parler faute, sans l’ignorer, d’en connaître suffisamment la langue. Mais néanmoins, à l’oreille tout de même de linguiste, éclairé par la notice de Catharina von Bulow, on peut saluer l’intelligence d’utiliser les accents personnels des divers chanteurs aux nationalités différentes, comme aujourd’hui dans toute distribution, pour en faire sens théâtral et universel. Ainsi, les facétieuses francophones Dames (Julie Gossot, Natalie Pérez, Aliénor Felix), la Reine de la nuit, Pauline Texier, venues d’un autre monde ou planète, et l’esclave Monostatos (Olivier Trommenschlager), forcément forcé à venir d’une autre terre. C’est une véritable mise en scène sonore conçue par ce chef et son équipe.

Naturellement, rompu à la musique scénique de la fin du XVIIIe siècle, le chef s’est interrogé aussi sur le nombre de musiciens dont pouvait bénéficier la première de l’œuvre et il a déniché et déchiffré une copie de 1792, contemporaine à quelques mois près de celle de la création du 30 septembre 1791, avec de précieuses didascalies musicales, phrasé, coups d’archet, sans compter des éléments musicaux nouveaux dont pas moins qu’une petite fantaisie pour flûte, destinée à être jouée par Tamino pendant l’épreuve du silence. L’effectif orchestral, réduit avec vraisemblance, se compose de six violons, deux altos, deux violoncelles sur lesquels planent les instruments à vent.

Ces instruments anciens de ces musiciens spécialisés sont un écrin de rêve à la vocalité, librement ornée, d’un panel de chanteurs également choisis en regard de l’âge des créateurs de l’époque examiné par notre chef chercheur minutieux. Ainsi, le rôle de Pamina est confié à une soprano de seize ans, le rôle ayant été créé en 1791 par Anna Gottlieb, âgée de dix-sept ans déjà première Barbarina des Noces de Figaro à seulement douze ans. Et la Reine de la Nuit pourrait, sans invraisemblance, être sa mère.

Tout cet appareil ne suffirait évidemment pas à faire les mérites de cette version aérienne, où rien de pèse ni pose de l’érudition, de l’information historiciste. Tout serait à citer de la distribution, par bouquet maçonnique de trois, des délicieuses Dames nommées, des espiègles Trois garçons (Felix Hofbauer, Ludwig Meier-Meitinger, Benedikt Eberl), bien opposés à la vigueur virile des

Trois Prêtres, Kristoffer Emil Appel, Filip Eshetu Steinland (par ailleurs second Prêtre), le solide Eric Ander cumulant à lui seul les rôles du Sprecher, Premier Prêtre, Premier Homme d’Arme.

Monostatos, rôle comique souvent donné à une voix mince, asexuée, est ici solidement incarné en mâle trémolant de désir sexuel par l’ardent Olivier Trommenschlager, tenté, avec vraisemblance par le viol.

          Manuel Walser campe un Papageno aussi solide en appétit et voix que voletant oiseleur dans ses vocalises ailées, aisées, dans son dernier air qui semblent le renouveler, auréolé d’un léger glokenspiel tout nouveau à l’oreille. Sa Papagena, Solveig Bergersen, belle oiselle, loin d’être une oie blanche est une accorte et piquante compagne bien en accord avec lui.

          La marche des prêtres, délivrée de tout rythme martial douteux, a des lointains de procession solennelle apaisante. Le Sarastro de Bastian Kohl, tout en noblesse humaine, est ici plus un père attentif et attendri par ces enfants qu’un patriarche marmoréen, rocailleux, caverneux, cavernicole de la tradition.

          La Reine de la Nuit, dans son premier air enveloppante, tendre, mère éplorée et implorante séduit naturellement Tamino, et dans le deux, laisse éclater une fureur acérée comme la lame assassine qu’elle donnera à Pamina, hérissée de notes piquées, plantées pleinement dans l’aigu, comme des rafales de mort.

          Tamino (Angelo Pollak), de son air du portrait fait de lui le portrait d’un héros juvénile qui, après l’effroi de l’effrayant serpent, touché par la grâce, déploie le rêve d’amour d’une voix presque angélique, poétique, extatique, d’une légèreté pourtant incarnée, semblant se chanter à lui-même, s’enchanter, nous enchantant.

          Seul bémol à cette homogène distribution, la Pamina de la toute jeune Ruth Williams. Adorable dans les dialogues, si elle semble une jeune, fraîche et fragile fleur éclose à peine issue du bouquet des Trois enfants, innocente héroïne de conte de fées, sa gracieuse voix pure, sans vibrato, dans son air suicidaire manque sans doute trop de chair pour faire vibrer la nôtre. Sans mésestimer la douleur des enfants et des adolescents, malheureusement si souvent tentés ou atteints par le suicide, cette voix y paraît trop enfantine. Mais il est vrai que ce très beau disque [8] rend la Flûte à l’enfant Mozart.

Benito Pelegrín

 

Orkester Nord

Direction musicale : Martin Wåhlberg


Tamino : Angelo Pollak

Pamina : Ruth Williams

Papageno : Manuel Walser

Papagena : Solveig Bergersen

Sarastro : Bastian Kohl

Monostatos : Olivier Trommenschlager

La Reine de la Nuit : Pauline Texier :

Première Dame : Julie Gossot

Deuxième Dame : Natalie Pérez

Troisième Dame : Aliénor Felix

Sprecher, Premier Prêtre, Premier Homme d’Arme : Eric Ander 

Deuxième Prêtre : Kristoffer Emil Appel

Deuxième Homme d’Arme, Troisième Prêtre : Filip Eshetu Steinland

Trois garçons : Felix Hofbauer, Ludwig Meier-Meitinger, Benedikt Eberl

Vox Nidrosiensis

 

 

La Cerisaie : Une exploration contemporaine de l’héritage au Théâtre des Calanques

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Après un mois de répétitions ouvertes au public, le Théâtre des Calanques dévoile sa nouvelle création : La Cerisaie d’Anton Tchekhov, une adaptation audacieuse qui résonne avec les défis contemporains. Du 20 au 29 mars, Serge Noyelle signe une mise en scène visionnaire de ce classique du répertoire, deuxième volet d’une trilogie sur l’héritage après Le Tartuffe en 2024 et avant Le Roi Lear en 2026.

Écrite en 1903, à l’aube de la révolution russe, La Cerisaie est une fresque sociale poignante qui explore les bouleversements d’une famille aristocratique confrontée à la disparition de son monde. Tchekhov, avec son style unique mêlant humour noir, mélancolie et une profonde humanité, dépeint une société en mutation où l’ancien monde, incarné par une famille aristocratique ruinée, se heurte à l’arrivée d’un nouvel ordre économique, symbolisé par un moujik devenu entrepreneur. La pièce met ainsi en lumière les conflits entre tradition et modernité, héritage et progrès, à travers des personnages hauts en couleur et attachants, chacun confronté à ses propres contradictions et faiblesses. Le théâtre des Calanques revisite ici ce classique du répertoire avec une sensibilité moderne et met en lumière la force et la pertinence de l’écriture de Tchekhov au regard de notre actualité. 

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Serge Noyelle à la barre d’une pièce visionnaire

Serge Noyelle, metteur en scène et scénographe, aborde La Cerisaie comme une réflexion sur l’héritage, non seulement familial et matériel, mais aussi spirituel et collectif. Sa mise en scène développe les thèmes de la perte et de la fragilité de l’identité face aux changements sociaux. L’utilisation de la scénographie, décrite comme un espace qui se vide progressivement, souligne ce caractère transitoire de la société représentée. « C’est une belle pièce du répertoire qui résonne aujourd’hui par rapport aux enjeux actuels de notre société. On est dans un héritage social, politique, économique en pleine mutation, en pleine crise, en plein chaos, dans une espèce de leçon de vide, de nostalgie d’un monde qui ne reviendra plus jamais, et d’un autre dont on ne sait pas encore dessiner le contour. Ce qui est intéressant ici c’est qu’avant la révolution russe, avant la grande économie de marché du tourisme, Tchekhov avait déjà tout prévu. Il avait déjà envisagé cette transformation de la société avec ce personnage du jeune moujik qui propose de racheter la Cerisaie et abattre les cerisiers pour y implanter un village vacances, rempli de datchas, ces petites, grandes ou très grandes maisons à la campagne où les russes ont le plaisir d’aller. C’est le club med avant le club med. » D’où une scénographie pensée comme un souvenir d’enfance. « Ces vieilles villégiatures, ces vieux hôtels, où quand ils fermaient, les meubles étaient couverts de draps blancs comme des linceuls pour ne pas qu’ils prennent la poussière. Ce sont ces meubles qui vont bientôt déménager pour laisser un autre espace, une autre vie, l’ancien monde qui laisse place au nouveau monde. »

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Une variation infinie entre tragique et comique

« On passe du drame à l’ironie, à la cruauté et même à un sens comique. Il y a des scènes tout à fait lyriques, avec cette Charlotta magicienne qui fait des apparitions inattendues avec un chien, un fusil, un jeu de cartes, avec ce vieux Firs qui a cette parole incroyable à la fin : « ils m’ont oublié ». On avance de millimètre en millimètre pour installer ensemble des pièces de puzzle et trouver l’équilibre avec des poids, contre poids et autres contre poids. C’est vraiment un délice de tous les jours, comme une photographie qui viendrait à se révéler, de dévoiler l’amplitude de ce texte et de ses variations un peu à la Bach, à l’infini. Ce sont des syncopes contre syncopes, sens contre sens, variations entre humour et tragédie » avant de rajouter: « Tchékhov n’est pas du tout naturaliste. Il est plus proche pour moi de Shakespeare. Et même sur certaines séquences, c’est presque brechtien, sans trop exagérer, il faut faire attention aux comparaisons, mais c’est vraiment une écriture qui a une connaissance du plateau artistique, de l’oralité des acteurs, ce qui est rare. »

Un travail d’orfèvre

« Pour les lumières, c’est un compagnonnage avec Richard Psourseff. On travaille tous les deux à la création des lumières, on essaie qu’elles soient à la fois oniriques, en même temps très concrètes. Comme dans le texte, elle suit des variations, qui doivent être imperceptibles par moments, et en même temps, très tranchées, en l’occurrence pour les entrées de Charlotta, la magicienne, qui transforme le monde, qui donne des parenthèses un peu étranges, hors temps, hors contexte, hors tout : c’est un travail qui se fait dès le premier jour jusqu’au dernier instant. C’est un travail de création minutieux, très en dialogue avec le plateau artistique. Le fond musical quant à lui va arriver en tout dernier, quand tous les comédiens seront en place, et il sera quasiment imperceptible. On pourra légèrement entendre le bruit des chiens au loin, peut-être quelques cris d’oiseaux et quelques bruits sourds des arbres. C’est de la microchirurgie » détaille-t-il.

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De la transmission à l’esprit de troupe

« L’équipe artistique est une équipe panachée de jeunes acteurs professionnels et de plus anciens. Pour certains, ils étaient à l’école du Cerisier, quand on avait l’école ici, d’autres du groupe 444. Pour moi, c’est important qu’il y ait une transmission et un devenir dans un théâtre. Certains directeurs disent « Après moi, table rase ! ». Moi, je dis « Appelez moi ! » Il y a une continuité et il y aura de nouvelles aventures. C’est important que ces liens se fassent tous les jours. Même si ils ne sont pas sur le plateau, tous les comédiens sont là tous les jours. C’est un processus de création qu’il faut assumer et vivre. Je pense qu’il faut savoir partager, échanger, vivre ensemble. On revendique la notion de troupe. C’est essentiel pour nous. D’ailleurs, on ne pourrait pas travailler comme on travaille parce que c’est un travail très collectif. Il n’y a pas de petit rôle. Il n’y a pas de grand rôle » précise-t-il.

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Les acteurs, au cœur du texte

Marion Coutris, comédienne  et dramaturge, incarne Lioubov. « J’aborde mon personnage comme tous les personnages de Tchekhov, dans une espèce de discorde constante avec lui-même. C’est-à-dire qu’on est dans une écriture à fragments. Les personnages relient entre eux ces fragments pour en faire une figure, mais on est dans un parcours qui passe sans arrêt du rire aux larmes, de la naïveté à la cruauté, de la tendresse au cynisme.  Et ça, c’est le texte qui l’impose. Pour moi, ça a été un travail d’en être le réceptacle et de ne pas freiner ces mouvements antagonistes qui font partie du personnage. Comme c’est une pièce chorale, chaque personnage est complètement relié aux autres et a une incidence sur tous les autres quasiment à tout moment de la pièce. Ça se joue vraiment avec tous les acteurs du plateau, presque sans arrêt. C’est en ça que l’écriture de Tchekhov est tellement belle, c’est une écriture qui est faite pour les acteurs, pour le metteur en scène, pour le théâtre. C’est presque difficile à lire en dehors du plateau et pour moi, le travail c’était de ne pas y aller avec des préconçus sur le personnage, je me laisse aspirer et envahir par ce texte et ses injonctions parfois contradictoires. J’ai travaillé sur la dramaturgie du texte au préalable : ce sont deux temps séparés. On a travaillé sur le sens ou l’essence de ce texte et de cette mise en scène. Mais une fois qu’on est au plateau, on est vraiment dans l’instant : les personnages, ce sont des parcours incroyables qu’on traverse. Tout est interdépendant de l’espace du plateau et des autres acteurs que c’est très difficile de travailler tout seul. C’est vraiment un travail de troupe. D’ailleurs, à l’origine, il l’a écrit pour une troupe de théâtre. Et ça prend tout son sens dans ce genre de mise en scène » abonde-t-elle.

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Coulisses d’une création

Pour la première fois, le Théâtre des Calanques a ouvert ses répétitions au public, offrant un aperçu unique du processus créatif. «C’est incroyable parce qu’on déjeune avec les spectateurs qui sont là le matin et d’après leur retour, ils n’imaginent absolument pas la méticulosité avec laquelle chaque instant doit être fait, refait et refait. C’est quelque chose qu’on ne peut pas imaginer quand on voit le spectacle abouti. Et je pense que c’est assez excitant pour le spectateur parce qu’il y a cette petite maïeutique qui est fragile d’ailleurs. C’est un moment assez rare, assez particulier qui n’a rien à voir avec une répétition de fin de résidence ou une représentation publique qu’on donne de A jusqu’à Z. Là, c’est un travail d’artisan. Pour nous, c’est notre quotidien mais on se rend compte que c’est difficilement imaginable quand on n’y a pas assisté et les retours sont vraiment très très chouettes. Il y a une grande adhésion, les gens veulent revenir. Je pense que ce sont les meilleurs ambassadeurs du théâtre en train de se faire » poursuit-elle.

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Une création accessible à tous

 Le Théâtre des Calanques propose une politique tarifaire originale, rendant La Cerisaie accessible à partir d’un euro. « C’est un choix qu’on a fait il y a un petit peu plus d’un an, sous-tendu par le fait qu’on voulait que les étudiants, les chômeurs, les gens en difficulté puissent venir pour 1 euro. C’était important pour nous et bizarrement on s’aperçoit que cela permet de prendre conscience du fait que toute chose a un coût : quel est le coût de l’art qui fait parti du service public, de la culture subventionnée ? C’est le prix que chacun peut consentir à mettre et les gens jouent le jeu. On s’aperçoit que le prix moyen du billet est plus important que la billetterie moyenne avec un prix fixe. Il y a assez peu de billets à très bas prix en réalité même si des gens nous ont dit que s’il n’y avait pas eu cette politique là ils n’auraient pas pu venir voir le spectacle : c’est le plus important » rappelle la co-directrice du théâtre.

Plus qu’une simple représentation, La Cerisaie au Théâtre des Calanques se présente comme une expérience immersive et une réflexion sur notre époque, mise en scène avec sensibilité et audace.

Propos recueillis par Diane Vandermolina

Photos: Cordula Treml

Photo de une:  Gilles Layet

Informations pratiques :

La Cerisaie d’Anton Tchekhov, production du Théâtre des Calanques

Du 20 au 29 mars 2025 (du jeudi au samedi/20h30)

Théâtre des Calanques, 35 traverse de Carthage, 13008 Marseille

www.theatredescalanques.com ou 04 91 75 64 59.

Traduction: André Markowicz & Françoise Morvan

Mise en scène: Serge Noyelle

Dramaturgie: Marion Coutris

Distribution:

 Gaev: Nino Djerbir

 Lopakhine: Guilhem Saly

 Lioubov: Marion Coutris

 Epikhodov: Antonin Totot

 Varia: Camille Noyelle

 Ania: Louison Bergman

 Pichtchik: Jean Boissery

 Trofimov: Lucas Bonetti

 Charlotta: Clara Koskas

 Douniacha:  Aurélie Imbert

 Firs: Pascal Delalée

 Iacha: Thibaut Kuttler

Équipe technique:

 Assistante scénographe: Alice Thelot

 Régie générale: Riccardo Bandi

 Création lumières: Richard Psourseff, Serge Noyelle

 Production: Laurent Katz

 Administration: Hugo Quesnel

 Relations avec le public: Tiphaine Colombain

Sortie de Réserve et Apparitions : Un regard photographique sur la mémoire provençale

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Sortie de Réserve et Apparitions, du photographe Morgan Mirocolo, explorent la mémoire et la renaissance du patrimoine provençal à travers deux expositions distinctes, mais complémentaires. Du Musée Provençal de Marseille à la Maison Musée Frédéric Mistral de Maillane, le costume arlésien devient le fil conducteur d’une réflexion sur l’évolution des traditions et la revitalisation du patrimoine.

À Marseille, jusqu’au 3 mai 2025, le Musée Provençal, en pleine rénovation, accueille une exposition atypique, Sortie de Réserve. Morgan Mirocolo y présente des photographies de jeunes Arlésiennes en costumes traditionnels, saisies au cœur même du chantier. Papier bulle et caisses de conservation deviennent des éléments de composition, créant un dialogue saisissant entre modernité et tradition. A la Maison Musée Frédéric Mistral de Maillane dès le 25 mars (jusqu’au 8 septembre), Apparitions, la seconde exposition, tout en conservant le thème des costumes arlésiens, explore une nouvelle dimension en intégrant des éléments de la riche correspondance de Frédéric Mistral.

Nous nous sommes entretenus avec Morgan Mirocolo afin de mieux comprendre sa vision artistique.

Une histoire tissée dans les fils du costume

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Rencontre intemporelle ©ADAGP Paris 2024.

Le natif de Cavaillon vit et travaille à Mouriès. Depuis 15 ans, l’objet de son travail est le costume arlésien. « Le costume est arrivé naturellement dans mon travail. Chez l’Arlésienne, c’est son élégance qui me plaît, même si c’est un cliché de le dire, elle est élégante. Il y a différentes époques représentées, les Arlésiennes ont suivi la mode parisienne au fil des siècles, mais en s’appropriant les styles à leur manière. On retrouve donc différentes époques dans ce costume.  D’ailleurs, dans les deux musées, il y a deux costumes contemporains, les autres sont des reconstitutions, notamment de l’époque 1880 où la coiffe était différente. L’évolution du costume se voit aussi dans la mise en valeur progressive des cheveux : au début, ils étaient cachés sous un bonnet, puis de plus en plus visibles, jusqu’à être presque entièrement apparents aujourd’hui, à l’exception d’un petit ruban. Depuis mon retour d’Australie, je photographie ces Arlésiennes en studio. Je travaille avec les mêmes modèles depuis dix ans, une complicité s’est installée, ce sont des amies. Cette relation me permet plus d’aisance, et je sais avec quelles modèles je peux aller plus loin, notamment pour le travail marseillais, qui est vraiment à part. Elles ont pris beaucoup de plaisir à participer, et me demandent régulièrement quand on pourra refaire des séances photos. »

Marseille et Maillane : deux regards en dialogue entre tradition et modernité

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 « Ces deux expositions se rejoignent par leur proximité : deux musées qui se réveillent doucement, ou qui sont en pleine restauration, et par leur lien avec la Provence, notamment à travers les Arlésiennes que j’ai photographiées. Pour moi, le costume n’est pas figé, il vit. J’ai eu la chance que le musée marseillais soit en travaux. Lors de mes premières visites, j’ai trouvé beaucoup de papier bulle et de caisses de conservation. J’ai utilisé ces éléments dans mes photos, ce qui apporte une touche moderne et décalée, inattendue dans un musée. Nous travaillons sur cette exposition depuis trois ans, intensément ces cinq derniers mois. Il y a environ 25 clichés.  L’exposition s’est déroulée en deux temps : d’abord à Mouriès, dans une galerie amie, puis au musée de Marseille, pour un aspect plus immersif. L’installation a été un défi : trouver l’équilibre entre les objets utilisés pour les photographies et les photographies elles-mêmes, pour éviter qu’un élément ne prenne le dessus sur l’autre. Je pense que nous avons réussi. »

« À Maillane, les prises de vue ont eu lieu en février, car le temps était compté, la réouverture du musée étant prévue pour le 25 mars. Il y aura moins de papier bulle et de papier de soie que pour l’exposition marseillaise, mais les conservateurs ont laissé traîner un escabeau… bonne ou mauvaise idée, je ne sais pas, mais on l’a utilisé dans les photos. Ce qui m’a surtout intéressé, c’est la correspondance de Mistral, le musée possède 60 000 lettres, c’est colossal ! J’ai pu consulter des lettres adressées à Théodore Roosevelt, à l’Empereur du Brésil, à Guy de Maupassant, Victor Hugo, Georges Sand, Alphonse Daudet. Mon approche est légèrement différente de celle de Marseille, mais j’utilise toujours les collections du musée. Le musée de Maillane étant presque prêt à rouvrir, je n’ai pas pu faire la même chose. Et finalement, c’est bien ainsi. Je suis aujourd’hui sur la finalisation de l’accrochage ».

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Des projets plein les poches

« Le musée des Alpilles à Saint-Rémy, un petit musée, prépare une exposition sur l’esprit du mas.  Avec une collègue, nous avons été mandatés pour réaliser un travail vidéo sur l’intérieur du mas. L’exposition explore l’évolution des mas, de leur vocation agricole à leur fonction actuelle, souvent touristique. C’est un projet contemporain, car la plupart des mas de Saint-Rémy ont perdu leur vocation agricole, contrairement à ceux de Mouriès. Le musée de Saint-Rémy explique bien cette évolution, notamment la production de semences agricoles, autrefois une activité d’exportation majeure, remplacée par le tourisme. La suite est liée : ce sont des symboles du territoire, des musées de terroir et de société. Pour ce projet, je ferai appel à un couple, pour apporter une présence masculine, car jusqu’à présent, j’ai surtout photographié des femmes. J’en apprendrai plus sur les costumes masculins. Ce projet est aussi lié à mon travail d’il y a cinq ans, sur les personnes âgées de Mouriès, un projet qui a donné lieu à un livre, sur la transmission du patrimoine aux jeunes générations. »

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Photographe provençal pur souche, il a la passion des taureaux chevillée au corps

« Je compte également poursuivre mon travail au musée de Marseille. Après l’exposition, la salle où se trouvent les photographies sera restaurée à l’identique, comme en 1928.  Il y aura sûrement de nouvelles scènes à photographier, notamment avec les échafaudages. Cela permettra de documenter la transformation du musée, un événement rare, et d’enrichir les archives du musée pour les générations futures. Et puis, il y a les courses camarguaises, une passion d’enfance. J’ai photographié des taureaux pendant des années, et je n’ai pas fini. C’est même cette passion qui m’a amené à la photographie. Je me demande parfois si je suis plus passionné de taureaux ou de photographie… je crois que les taureaux gagnent. La photo est mon moyen d’expression pour parler des taureaux. Je réfléchis à un ouvrage sur ce sujet depuis cinq ans, mais le projet évolue constamment, je pense maintenant plutôt à une approche vidéo et projection. » A suivre.

Ce sont plus que de simples expositions photographiques ; ce sont deux expériences immersives qui invitent à la réflexion sur la transmission du patrimoine, la revitalisation des musées et la beauté intemporelle des traditions provençales. Elles offrent une expérience artistique inédite afin que le public redécouvre le patrimoine provençal sous un jour nouveau.

Propos recueillis par Diane Vandermolina

Crédit photo: Morgan Mirocolo 

Adresse :

Musée Provençal [19] Château Gombert 5 place des héros, 13013 Marseille

Maison Musée de Frédéric Mistral [20] 11 rue Lamartine 13910 Maillane

Save the date : le 22 mars à 19h Concert “La Noche al Sur” de Daniela Aguilar

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Samedi, Daniela Aguilar, artiste argentine, présente son premier single et dévoile son projet d’album, “La Noche al Sur”.

Elle propose un voyage musical unique, fusionnant des rythmes latino-américains traditionnels avec des sonorités électropop modernes. Le résultat est une expérience sonore vibrante et immersive.

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L’artiste invite le public à explorer des paysages sonores et des histoires riches en émotions et en contrastes, autour de thèmes universels tels que la quête de soi et les autres ainsi que la beauté poétique des instants fugaces.

Ce concert est une occasion unique de découvrir un projet musical audacieux et promet un moment de partage et de passion.

Venez nombreux le 22 mars 2024 à 19h00 à la Maison des Associations, 93 La Canebière, Marseille (Entrée libre).

DVDM

 Les Rencontres Cinématographiques de Salon-de-Provence

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35 ans de cinéma engagé, la liberté des femmes à l’honneur

Du 14 au 23 mars 2025, la ville de Salon-de-Provence vibrera au rythme de la 35ème édition des Rencontres Cinématographiques. Cette année, le festival célèbre son anniversaire en mettant à l’honneur un thème fort et actuel : la liberté des femmes.  Pendant dix jours, le Cineplanet se transformera en un véritable carrefour cinématographique international, proposant une programmation riche et diversifiée, fidèle à l’esprit Art et Essai qui caractérise l’événement.

Plus de 170 projections sont annoncées, mettant en lumière 62 films, dont près d’une trentaine de premiers films, venus de 44 pays. « Nous avons une sélection de 150 à 160 films. Nous devons faire des choix difficiles pour arriver à une programmation de 60 films qui plaise au plus grand nombre. Notre programmation est exigeante mais accessible et vise à toucher un large public. On veut montrer que l’art et l’essai est un cinéma d’extrême qualité, mais aussi un cinéma d’émotion et qui fait passer des messages au travers des émotions» détaille Patricia Flori, directrice du festival, en préambule.

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Un public éclectique au rendez-vous

« Nous travaillons avec de nombreuses associations locales (SOS Méditerranée, Welcome Salon, Film Femmes Méditerranée…) pour faire venir un public qui serait rebuté par ce type de cinéma. Notre objectif est d’élargir notre audience, ce que nous avons réussi ces dernières années, avec un public plus jeune et plus diversifié. Nous accueillons désormais de nombreuses personnes actives qui ne vont pas souvent au cinéma, mais qui attendent notre festival pour découvrir des films.  Nous avons 4000 enfants présents chaque année, avec plus de 2600 réservations scolaires déjà enregistrées et près de 2000 collégiens et lycéens et 270 pré-réservations sur les goûters. Nous travaillons également avec les centres sociaux et les associations de quartier pour attirer les familles, notamment les mères immigrées récemment installées. Elles viennent voir des films qui leur font du bien et après, elles partent sur une soirée resto. Nous leur proposons des films adaptés comme « Six pieds sur terre » l’an dernier. Et elles étaient ravies, elles se retrouvaient dedans » précise-t-elle.

Du drame poignant à la comédie légère, en passant par le polar et le road-movie, le festival offre un voyage cinématographique captivant, explorant la complexité du monde et la richesse des cultures. L’accent est mis cette année sur les récits de femmes, leurs combats pour la liberté et la dignité, faisant écho au mouvement “Femmes Vie Liberté”.

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Gloria de Margherita Vicario

Engagement féministe

« Ce thème de la liberté des femmes est au cœur de l’ADN de notre festival. Engagés depuis toujours, nous souhaitons créer des ponts, favoriser les échanges de regards et défendre les libertés, l’égalité, et bien sûr, la liberté et les droits des femmes. Même si des progrès considérables ont été accomplis, il reste crucial de rester vigilant et actif pour promouvoir l’égalité, condition d’une société plus démocratique.  Cette année, notre voyage cinématographique autour du monde a mis en lumière une riche filmographie sur le sujet. Le cinéma indien indépendant est à l’honneur avec « Sister Midnight », un film décoiffant, radical et fantastique sur le choix de vie d’une femme, et « Shameless », un film plus classique sur des jeunes femmes luttant contre la pauvreté et la misère qui s’entraident. C’est un film sur la sororité »  développe-t-elle avant de poursuivre :  

« Nous présentons aussi des films du Népal (« Shambhala, Le Royaume des Cieux »), d’Espagne (le premier film d’Issy Arbolain sur le #MeToo espagnol), du Sénégal (« Zahlé »), de Tunisie (« Aïcha ») et de France, notamment avec le film d’Emma Benestan, « Animale » et d’Italie avec « Gloria », un film passionnant qui explore la vie dans les orphelinats de jeunes filles et l’émergence du pianoforte, mais surtout l’émancipation à travers la création de troupes féminines qui sillonnaient l’Italie.  C’est une véritable découverte.»

La programmation est diversifiée : du polar féministe à la comédie musicale italienne, en passant par l’odyssée népalaise.  « Les réalisatrices s’emparent avec succès de ces différents genres, comme dans « Reines », un road trip marocain au cœur du désert mettant en scène trois femmes déterminées. La sélection reflète parfaitement l’engagement de notre festival et l’actualité. »

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Baby de Marcello Caetano

Engagement humain

“L’histoire de Souleymane”, présentée par l’association Welcome Salon, est programmée à plusieurs reprises (15 mars à 14h15, 18 mars à 10h30 et 20 mars à 10h15). «C’est une histoire de migration, mais aussi de miroir. Depuis près de dix ans, nous mettons en lumière la réalité des réfugiés, de leur accueil et du potentiel d’une société plus accueillante et ouverte. Il nous semblait essentiel de le programmer notamment pour les scolaires (nous accueillons trois groupes), afin de proposer un autre récit que celui dominant sur les réfugiés, en soulignant leur motivation et leur richesse potentielle pour notre pays. Nous avons déjà présenté d’autres films du même réalisateur. Notre festival essaie de montrer le visage des réfugiés et ce que pourrait être notre société si elle regardait les choses différemment. La soirée du 18 mars sera consacrée à « Mothership », un documentaire de Muriel Cravate sur la Méditerranée, avec des portraits de réfugiés et de sauveteurs. Elle a passé 5 mois à bord de l’Ocean Viking.  Il sera précédé du court-métrage « La mer en face », réalisé par l’association Union Urbaine. Des intervenants (médecins, psychologues, SOS Méditerranée…) seront présents. On a ces invités-là pour leur donner la chance de s’exprimer et de montrer la justesse de leur combat, et pourquoi pas déclencher des prises de conscience et des engagements. Cette soirée sera très émouvante et vise à déconstruire les préjugés.»

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Le siècle Costa-Gavras

Des invités de prestige et un WE Costa-Gavras

L’événement accueillera de nombreux invités prestigieux, dont le réalisateur oscarisé et palmé Costa-Gavras, invité d’honneur de cette 35ème édition. Il présentera son nouveau film, “Le Dernier souffle”, lors d’une projection-débat le samedi 15 mars à 20h15. Le lendemain, dimanche 16 mars à 10h00, sera projeté l’épisode 1 de la série documentaire “Le Siècle de Costa-Gavras”, réalisé par Yannick Kerchouat à partir des grands événements politiques qui ont marqué le XXème siècle, de ses archives et films, suivi d’une intervention d’Edwy Plenel et d’un débat.  « Le film de Costa Gavras, traitant du choix de mourir et des conditions de la fin de vie, est une ode aux vivants, une réflexion sur la dignité et le rapport à la vie, un film très délicat. Dimanche matin, on aura l’occasion d’échanger sur la démocratie, la liberté, et de prendre un peu de recul face à l’actualité. Costa Gavras sera présent, aux côtés d’Edwy Plenel. » Un temps fort à ne pas manquer !

« L’an dernier, la présence d’invités a été très appréciée. Nous renouvelons l’expérience cette année avec un réalisateur iranien pour « Au pays de nos frères », le Brésilien Marcelo Caetano, et la Française Emma Benestan. Nous projetons également « Photogenico », un film surprenant qui offre un regard dynamique et entraînant sur Marseille, ses graffitis et ses quartiers populaires, contrastant avec la vision plus sombre et tragique de Marseille présentée dans « Shérazade » de Jean-Marie Maril. Nous présentons aussi « Jours d’été » de Fawzi Benzaïdi, figure de proue du cinéma marocain, une adaptation de « La Cerisaie » au Maroc. Enfin, pour mettre en lumière un autre aspect du cinéma, nous projetons « Vingt Dieux » et invitons Laurent Le Crabe, photographe de plateau pour une exposition et une masterclass en partenariat avec le club photo de la MJC Objectif 24. »

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Photogenico de Marcia Romano et Benoît Sabatier : un film montrant un autre Marseille

Des nouveautés

« Nous présentons huit courts-métrages, dans une démarche de transmission aux plus jeunes et aux publics empêchés, et de soutien aux jeunes créateurs.  Ces courts-métrages, notamment celui de Samuel Massilia, traitent avec délicatesse du sujet des Ehpad, mettant en lumière le travail des aides-soignants. »

« Nous lançons cette année le prix du meilleur premier film, soutenu par la Fondation Crédit Agricole, aux côtés de nos traditionnels le Prix du Jury, le Prix du Public et le Prix des Collégiens et Lycéens » conclut-elle.

Au-delà des projections, les Rencontres Cinématographiques proposent un programme riche et varié : un atelier de calligraphie persane le samedi 22 mars à 14h00, des projections au centre de détention de Salon-de-Provence, des conférences et débats (dates et horaires précisés sur le site web), des séances scolaires tout au long du festival, et des événements familiaux comme le ciné-goûter le mercredi 19 mars et une séance familiale le dimanche 23 mars. 

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Le dernier souffle de Costa-Gavras

Une envie

« Nous sommes une association entièrement bénévole, sans salarié. L’organisation du festival représente un investissement considérable pour chacun d’entre nous, car nous travaillons tous à côté. Nous avions envisagé des soirées ciné-débat ponctuelles autour de films importants, l’idée nous tient à cœur, mais notre capacité est limitée, l’organisation du festival nécessitant déjà beaucoup de temps, de recherche de sponsors et de subventions. Il serait pourtant souhaitable d’organiser des projections régulières, par exemple trimestrielles, pour présenter des films incontournables ou des œuvres de notre sélection ayant eu une diffusion limitée en salles. La profusion de films crée une frustration pour les spectateurs qui ne peuvent tout voir, et certains films, comme « To the North » l’an dernier, passent inaperçus. Ce film, pourtant remarquable par son exploration des rythmes et des consciences à bord d’un bateau transportant des migrants, mériterait d’être redécouvert. C’est le genre de film que nous aimerions soutenir après sa sortie en salle » ajoute-t-elle.

Cette 35ème édition promet d’être un événement exceptionnel, un rendez-vous incontournable pour les cinéphiles et tous ceux qui souhaitent découvrir un cinéma engagé, solidaire et porteur d’espoir ainsi que vivre une expérience cinématographique immersive et enrichissante. 

DVDM

En une, extrait du film “Animale” d’Emma Benestan ©DR

Pour consulter la programmation complète et réserver vos places, rendez-vous sur rencontres-cinesalon.org. [28]

Avec le Temps : Marseille vibre au rythme de la chanson francophone, avec une première en chansigné !

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Jusqu’au 15 mars, le festival Avec le Temps investit Marseille, mettant à l’honneur la scène musicale francophone actuelle. Il se déploie sur plusieurs lieux emblématiques : L’espace Julien, le Cepac Silo, le Makeda,  le Théâtre de l’Œuvre et des lieux plus insolites pour le Parcours Chanson.

Des stars et des pépites

Yoa, star montante nommée aux Victoires de la Musique, partage l’affiche avec des artistes comme Youssef Swatt’s, Théa (concert complet), Barbara Pravi et Victor Solf, et la prometteuse Liquid Jane. Côté rap, Isha & Limsa D’Aulnay enflammeront l’Espace Julien. En ouverture des concerts, découvrez des talents prometteurs comme RAU_ZE (12 mars, Espace Julien), LIQUID JANE (13 mars, Cepac Silo), LIV ODDMAN (14 mars, Espace Julien) et MOESHA 13 (15 mars, Makeda).

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crédit photo Benoit Paille

Une première pour Avec le Temps

Le 12 mars au Théâtre de l’Œuvre, le concert de Klô Pelgag, artiste québécoise audacieuse ayant collaboré avec CRi, Patrick Watson et Pomme, sera interprété en Langue des Signes Française (LSF) par la compagnie Les Petites Mains. Cette performance de chansigné, véritable création artistique, est accessible à tous, sourds et entendants.  Une initiative originale et rare à découvrir !

DVDM

Infos et réservations à contact@festival-avecletemps.org [30]

Tarifs : 0€ à 41€.

Réservez vos places sur https://web.digitick.com/index-css5-festivalavecletemps-pg1.html [31].

“Guerrières ! : Échos de Courage et de Résilience au Fort Ganteaume

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Ce mercredi 5 mars, le Fort Ganteaume nous a de nouveau offert une rencontre mémorable, orchestrée par le Gouverneur Militaire de Marseille, Thierry Laval. Sous le thème inspirant « Guerrières ! : À la rencontre de femmes d’exception », l’événement a vu se rassembler un public enthousiaste, avide de découvrir les parcours de femmes qui se battent dans des métiers difficiles.

Au programme, des témoignages poignants de femmes engagées qui ont captivé l’auditoire, mais également des interventions marquantes, dont celle d’Énora Chame, auteure de « Quand s’avance l’ombre ». Né d’un journal tenu au jour le jour, ce livre, lauréat du Prix Capitaine Thomas-Gauvin 2022 et du Prix “La Plume et l’Épée” 2023, se base sur ses expériences vécues en Syrie, où Énora Chame a été l’un des rares officiers français à participer à une mission d’observation durant les débuts tumultueux du conflit syrien.

Énora Chame (photo ci-dessous ©DR) débutera sa présentation en remerciant le Général Laval pour son invitation puis en nous révélant, en toute simplicité, que son premier combat de la soirée serait de garder sa voix.

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Enora Chame : l’horreur et la complexité de la guerre

« Je ne dois pas être admirée plus que quelqu’un d’autre ». Stoïque, humble, elle nous emporte avec elle. Son récit, à la fois personnel et historique, plonge l’audience dans l’horreur et la complexité de la guerre.

Dans son livre, elle raconte. En mars 2011, alors que des enfants dessinaient un graffiti sur un mur, leur arrestation déclenchait une spirale de violence qui conduisait à la guerre civile. Elle nous confie « Nous étions là pour observer un cessez-le-feu qui n’existait pas », soulignant les dangers omniprésents auxquels elle a été confrontée, allant des tirs d’armes à feu aux manipulations politiques.

Son témoignage révèle la réalité crue des missions d’observation, où des observateurs désarmés se retrouvaient au cœur de la tourmente. “Nous étions des cibles, et notre présence était un enjeu de communication”, explique-t-elle, illustrant ainsi les enjeux moraux et éthiques qui se posent dans les conflits modernes. Énora Chame évoque également les défis émotionnels auxquels elle a dû faire face, notamment le stress post-traumatique, et la nécessité de témoigner pour ceux qui, comme elle, ont vécu l’horreur.

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Importance de l’éducation et de l’insertion sociale

Les autres intervenantes ont également pris la parole pour partager leurs parcours. Le médecin chef de l’hôpital militaire de Saint-Anne, a apporté un éclairage sur le rôle des femmes dans le domaine de la santé militaire, tandis que Lila Some, directrice générale de l’École de la 2e chance, mettra en avant l’importance de l’éducation et de l’insertion sociale pour les jeunes en difficulté.

Des témoignages enrichissants

Chaque témoignage a été enrichissant, illustrant la diversité des expériences et des motivations qui poussent ces femmes à s’engager dans des carrières exigeantes. Leurs récits ont mis en avant la notion de détermination face à l’adversité, qu’elle soit d’ordre militaire, médical ou éducatif.

Thierry Laval a encouragé un dialogue ouvert, permettant aux intervenantes d’échanger librement sur leurs expériences. “Ce sont des moments qui vous tiennent à cœur, des temps forts pour vous”, a-t-il déclaré, soulignant l’importance de ces échanges dans la construction d’une société plus inclusive et respectueuse des droits des femmes.

La place des femmes

Au-delà des témoignages, l’événement a également été l’occasion d’aborder des questions plus larges sur la place des femmes dans les armées et la nécessité d’un changement de mentalité face aux obstacles persistants. Les intervenantes ont partagé leurs réflexions sur la légitimité, un thème récurrent dans les carrières militaires. “Il y a souvent une question de légitimité qui pèse sur les femmes”, a souligné l’une d’elles, mettant en lumière les défis spécifiques auxquels elles font face.

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Une rencontre qui a été l’occasion de souligner l’importance de la solidarité et de la camaraderie, valeurs fondamentales dans les métiers de l’armée et de la médecine, mais également dans tout engagement social.

Une quête commune de justice, d’égalité et de respect

Les histoires de ces femmes, bien que différentes, se rejoignent dans leur quête commune de justice, d’égalité et de respect.

La soirée s’est conclue sur une note d’espoir, avec un appel à l’action et à l’engagement, rappelant à chacun l’importance de contribuer à un monde où le courage et la détermination ne connaissent pas de genre.

Le Fort Ganteaume, en tant que bastion de l’histoire militaire, a une fois de plus prouvé qu’il pouvait aussi être le lieu d’une réflexion profonde sur l’avenir des femmes dans des rôles d’engagement, sur notre avenir commun.

Un hommage à toutes les femmes qui, à travers leur courage et leur résilience, continuent de tracer des chemins d’excellence et d’engagement dans des domaines où leur présence est plus que nécessaire.

Isabelle Verna Puget