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A. Mozart, Fantasy, Florent Albrecht
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A. Mozart, Fantasy, Florent Albrecht, pianoforte Baumbach 1780, CD label Triton / Hortus
C’est la dernière tendance des interprètes en musique : sans doute lassés ou trop prudents pour nous asséner encore la énième version d’une œuvre archi-connue et archi-rabâchée de tel grand compositeur qui sera forcément passée au prisme risqué de la comparaison avec d’autres prestigieuses interprétations qui saturent le marché, faute d’en renouveler le catalogue forcément répertorié, classé, numéroté, finalement limité, à partir de ce matériau usé de tant d’exécutions et répétitions, ils s’en fabriquent un à leur goût, à leur mesure, ou à celle de leur instrument. D’où la vogue des transcriptions d’œuvres qui sommeillaient paisiblement dans la ouate interprétative de la tradition, soudain éveillées, réveillées, arrachées à nos oreilles au paresseux confort du ronron de la routine, par une originale adaptation, qui en enrichit l’approche, en renouvelle l’écoute.
Certes, il y a, grâce aux chercheurs en musicologie, souvent les interprètes eux-mêmes, aujourd’hui mieux formés et historiquement informés, la découverte ou redécouverte de compositeurs inconnus, méconnus ou simplement oubliés, un grand nombre de compositrices, advenant enfin à la lumière grâce à des labels discographiques audacieux qui se risquent à les lancer dans un marché encombré essentiellement par les grands noms qui font les grandes ventes.
Ainsi, le même label Hortus avait permis au même Florent Albrecht, pour son premier disque, déjà sur un pianoforte historique de Carlo de Meglio (1826) sinon de nous découvrir John Field (1742-1837), le créateur du nocturne dont Chopin sera largement débiteur, du moins de lui rendre une juste place grâce à sa poétique interprétation.
On notera, dans les deux cas, que le nom de l’instrument historique st précisé avec justice sur le titre du CD et, ici, ce pianoforte Baumbach, qui aurait appartenu à l’abbé Vermond, confesseur, lecteur, secrétaire de Marie-Antoinette à Versailles après d’avoir été son précepteur, sans doute musical, à Vienne. On soulignera aussi, dans l’intérieur de l’album, après la dédicace à son père, une épigraphe latine tirée d’un sermon de saint Augustin :
« Dilige et fac quod vis (‘Aime et fais ce que tu veux’), et même si la citation est tronquée car biaisée hors de son contexte, sans doute Florent Albrecht fait ce qu’il veut de ce qu’il aime, du moins ici dénomine-t-il « Fantasy », Fantasie, ces pièces « libres et inclassables » que ni Mozart ni la tradition mozartienne n’avaient ainsi nommées, ne lui en attribuant précisément que quatre.
Pour Florent Albrecht, « c’est une erreur évidente ».
Il dénonce, je cite : « La même tradition [qui] a toujours établi de manière précise et exhaustive la liste des autres œuvres du compositeur viennois, sonates, rondos, concertos, danses, etc. », excluant de cette manie taxinomique, classification et numérotée ces modestes fantaisies, considérées sans doute comme trop « fantaisistes » pour figurer sérieusement dans le dénombrement et la nomenclature des œuvres d’un compositeur sérieux. Et je rappelle, bien sûr, que Mozart (1756-1791), eut au moins la chance de voir très tôt une ébauche de répertoire de ses œuvres, commencée par son père, poursuivie par lui-même jusqu’au célèbre catalogue Köchel ou Köchelverzeichnis, inventaire chronologique de ses œuvres, dressé par Ludwig von Köchel en 1862, qui explique le fameux K qui suit le titre de ses œuvres et en précède le numéro, comme le BWV celles de Bach.
Comme il l’avait déjà fait pour les Nocturnes de Field, cette forme sans forme, sans moule fixe, cette atmosphère ou vague paysage musical, Florent Albrecht s’attache ici à réhabiliter sous le nom de Fantasie huit morceaux, sinon hors classe de Mozart, déclassés, délaissés, délestés de ce nom dans les catalogues. Ainsi, la première, en fa mineur qu’il reconstruit lui-même. Le piano, entrant d’un trait franc, semble se chercher, hésiter, troué de silences avant de tisser une ligne mélodique continue :
1) PLAGE 1
C’est insolite, troublant, difficile à raccorder spontanément dans ce que la tradition nous a accoutumés à reconnaître du style d’un Mozart bien lissé, bien peigné, perruque bien poudrée. Il est entendu aussi, par paresseuse tradition, que Mozart n’a fait qu’hériter des formes musicales de son temps, qu’il a toutes dépassées, les portant au sommet de leur perfection, mais sans en créer de nouvelles. Je rappelle qu’on peut lire parfois que si toute la musique de Mozart disparaissait, ce serait certes une catastrophe pour la musique mais que l’histoire de la musique n’en serait nullement changée car il est un compositeur inégalé mais fermé sur lui-même et sans héritier.
Florent Albrecht s’inscrit naturellement en contre de ces manières de penser, il les questionne et renverse ce monument de croyances solidifiées par l’habitude grâce à cette collection d’œuvres non classées qu’il nous propose sous le nom de fantaisies. Car l’insaisissable fantaisie, forme inaboutie, est aussi presque indéfinissable. Le pianiste cite le Dictionnaire de Diderot et d’Alembert qui en risquent une :
« Pièce de musique instrumentale qu’on exécute en la composant », l’associant ainsi à l’improvisation, bien difficile aussi à cerner, comme le capriccio cousin ou voisin par l’évasion d’une forme. Florent Albrecht annexe au monde de la fantaisie ce Capriccio ainsi nommée dans le Catalogue de Köchel, numéro 395 :
2) PLAGE 5
Mais dans ces formes, petites par leurs dimensions, Florent Albrecht salue « cette débauche d’invention, et créativité sans limite qui impose à l’oreille du mélomane un « nouveau » Mozart. » Qu’il n’hésite pas à qualifier de révolutionnaire, récusant que ces fantaisies comme simples exercices de laboratoire de formes musicales, inscrivant ce Mozart que l’on disait unique et seul, sur les traces et les modèles de Carl Philippe Emmanuel Bach.
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Le CD des nocturnes de Field, avait une insolite photo : le pianiste sérieux semblant pianoter une octave de touches du piano figurées par des bougies blanches et noires allumées. Dans ce nouveau CD, dans un rigide couloir aux sévères lignes droites, sur la ligne rouge d’un tapis comme une longue tradition en perspective géométrique déroulée sous lui, en tenue noire et basquettes blanches, bras ouverts à hauteur d’épaules, jambes croisées, un pied sur la pointe, l’autre à plat, le facétieux mais rigoureux Florent Albrecht semble ébaucher une joyeuse et fantaisiste danse.
Nous le quittons sur la Fantaisie en ré mineur K 397, achevée par August Eberhard Müller, élève de Mozart :
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Un Voyage Musical Émotionnel
La prodigieuse artiste Sarah Lenka sera à Marseille, à La Meson, le 29 novembre prochain pour un concert unique à ne rater sous aucun prétexte. L’occasion d’écouter son nouvel et sublime album, déjà largement plébiscité, ‘Isha’.
Nous l’avons rencontrée et avons conversé ensemble sur son œuvre, ses inspirations, et son impact potentiel sur la scène musicale actuelle.
Une voix unique
Sarah Lenka, chanteuse et compositrice française, s’est imposée dans le paysage musical francophone par sa voix unique et son approche authentique de la musique. Avec son nouvel album intitulé “Isha”, elle continue d’explorer des thèmes profonds et personnels tout en offrant à son public une expérience sonore riche et variée.
Contexte et Inspirations
Née dans un environnement riche en culture, Sarah Lenka a toujours été entourée par l’art, la musique et la littérature. Son parcours artistique a été marqué par une exploration constante de ses racines personnelles et de ses influences variées, allant du jazz à la chanson française, en passant par la musique du monde. Avec “Isha”, elle semble fusionner toutes ces influences en un projet cohérent qui lui est propre.
Le titre de l’album, “Isha”, signifie “femme” en hébreu, et cela témoigne du projet introspectif qu’elle souhaite partager. Sarah a créé cette œuvre dans un contexte de réflexion sur la féminité, l’identité et les relations interpersonnelles. Cette dimension thématique est omniprésente tout au long des pistes et se manifeste tant dans les paroles que dans la mélodie. Sarah parle des femmes de sa famille, de ses ancêtres, de leur résilience, de leur courage. C’est un album sur les femmes oubliées.
Une œuvre éclectique
“Isha” est une œuvre éclectique qui mélange diverses sonorités, intégrant des éléments de la pop, du folk, et même des touches de musique traditionnelle. Cet album est le fruit d’une collaboration avec différents musiciens et producteurs, apportant une richesse sonore qui fait la signature de Sarah Lenka.
Des balades poignantes aux rythmes entraînants, chaque morceau semble raconter une histoire qui résonne avec l’expérience humaine, traitant de l’amour, du chagrin, de la liberté, et de la quête de soi. “Isha” : Le morceau, éponyme de l’album, pose immédiatement l’ambiance avec une mélodie envoûtante. Les paroles évoquent la force et la vulnérabilité des femmes, soulignant l’équilibre complexe de l’identité féminine.
Dès sa sortie, “Isha” a suscité un intérêt considérable parmi les critiques et les fans. La profondeur des textes et la diversité des sonorités ont été saluées par de nombreux médias. Sarah Lenka parvient à toucher des sujets universels tout en restant profondément personnelle, ce qui fait résonner sa musique avec un large public.
L’impact de cet album pourrait également se mesurer par sa capacité à susciter des conversations autour de la féminité et de l’identité dans un monde en constante évolution. Avec “Isha”, Sarah souhaite non seulement divertir, mais aussi engager son auditoire dans une réflexion plus vaste.
Au cœur de la condition humaine
“Isha” est plus qu’un simple album ; c’est une exploration musicale qui plonge au cœur de la condition humaine. Sarah Lenka, par sa voix et son écriture, offre une œuvre authentique et engageante. Dans un secteur musical où l’authenticité est souvent mise à l’épreuve, “Isha” se distingue par sa profondeur et sa diversité, promettant à Sarah Lenka une place de choix dans le paysage culturel francophone. Cet album marque une nouvelle étape dans sa carrière, et il sera passionnant de voir comment il influencera à la fois sa musique future et la scène musicale en général.
« Être aimé, avoir beaucoup d’amour et en donner »
Quand on demande à Sarah quelle est sa conception du bonheur, elle répond : d’être aimé, d’avoir beaucoup d’amour et d’en donner. Sarah Lenka, depuis toujours éprise de liberté, offre avec cet album, une part de son intimité à partager avec toutes les femmes de l’humanité.
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Avec Lilian Lefèvre, clarinette et Vincent Martinet, piano
Quel joli titre ! Une invitation au voyage musical dans deux des plus belles villes au monde ! Ce programme concocté et interprété par le clarinettiste Lilian Lefèvre et le pianiste Vincent Martinet célèbre le riche patrimoine musical de ces deux capitales européennes.
Formé au Conservatoire de Lille et de Paris, Lilian Lefèvre est un clarinettiste soliste très demandé sur les scènes internationales où il se produit régulièrement. Il perpétue l’excellence de l’école française des clarinettistes.
Après des études à Toulouse puis à Paris, Vincent Martinet débute une carrière de pianiste en récital et en soliste avec orchestre. D’une rencontre en classe de musique de chambre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris est né une belle amitié musicale et humaine entre les deux jeunes artistes. Cet album au programme riche et passionnant constitue leur premier enregistrement qui témoigne d’une complicité rare entre les deux musiciens.
La sonate pour violon et piano présentée ici dans une transcription de la clarinettiste israélienne Shirley Brill se nourrit de chansons populaires et de rythmes de danses folkloriques. On est emporté par la puissance mélodique de cette pièce. Dans l’allegretto final les mélomanes auront plaisir à retrouver le thème du destin cher à Janacek emprunté à son opéra Katya Kabanova, véritable chef d’œuvre du répertoire lyrique rarement donné en France.
La rhapsodie de Debussy est une œuvre clé perméable au courant impressionniste qui touche les artistes français en 1910. L’œuvre nous emporte dans une atmosphère étrange, mystérieuse se révélant d’une virtuosité éblouissante.
Victor Kalabis exploite à fond les capacités de la clarinette. Sa sonate se révèle sombre, douloureuse. Elle est le miroir des événements dramatiques qui touchent la Tchécoslovaquie en 1968. Elle est le chant de révolte d’un peuple opprimé. On est ému par l’engagement des deux interprètes.
Débordante de vie et non dénuée d’humour, la sonate de Francis Poulenc est un pur enchantement. Cette sonate est destinée à l’origine au clarinettiste de jazz américain Benny Goodman qui la créera au Carnégie Hall avec Léonard Bernstein au piano juste après le décès de Francis Poulenc.
Le plaisir de jouer ensemble des deux jeunes solistes est communicatif. Ils savent transcender quatre pièces maitresses du répertoire de musique de chambre pour clarinette du 20ème siècle aux styles et univers différents et fascinants. On est admiratif par tant de talent. Un premier enregistrement réjouissant ! Serge Alexandre
De Paris à Prague- Nouveauté Cd Klarthe records
Léos Janacek : Sonate pour violon et piano (Transcription Shirley Bill pour clarinette)
Claude Debussy : Première Rhapsodie pour Clarinette et piano
Viktor Kalabis : Sonate pour clarinette et piano
Francis Poulenc : Sonate pour clarinette et piano
Avec Lilian Lefevre, clarinette et Vincent Martinet, piano
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Nouveautés Cd Klarthe Records avec le concours de SWR KULTUR
Le label Klarthe fait souvent preuve de courage en réhabilitant des œuvres peu jouées au concert. Cet enregistrement met en lumières cinq chefs d’œuvres du répertoire français de musique de chambre pour hautbois. Philippe Tondre, hautboïste émérite et reconnu internationalement vous prend par la main et vous entraîne avec sa compère pianiste Germano-Grecque Danae Dörken dans un voyage musical passionnant. On admire le travail sur le timbre et la couleur ayant pour leitmotiv le désir d’embrasser des œuvres aux styles tellement différents selon les compositeurs.
Enivrante, chaque pièce nous offre son lot d’arômes. On s‘enivre du son unique du hautbois.
La sonate de Saint-Saëns respire un romantisme délicieux. Douce et pétillante, cette pièce est un pur ravissement qui viendra illuminer vos soirées hivernales.
Pierre Sacan, prix de Rome en 1943 était un pianiste, pédagogue, compositeur recherché et apprécié. Sa sonate se révèle malicieuse et semble sourire à l’impressionnisme d’un Claude Debussy tout en épousant la dimension tonale d’un Arthur Honegger. On y retrouve de ci de là le langage riche harmoniquement d’Olivier Messiaen.
La sonate de Francis Poulenc est l’une des dernières œuvres du compositeur avec celle pour clarinette. Le hautbois se révèle mélancolique et déploie sa triste complainte. Pièce incontournable, les émotions sont multiples à l’écoute d’une des pièces majeures de la musique de chambre du 20ème siècle.
La sonate d’Henri Dutilleux, fruit de la jeunesse du compositeur se déguste comme un mille feuille. Explosion de saveurs grâce à la richesse des mélodies et des couleurs. Un délice d’une intensité rare.
La sérénade pour quintette à vents d’André Jolivet met en avant d’excellents solistes nous communiquant leur plaisir de jouer ensemble. Brillante, burlesque, virtuose à souhait, cette pièce est un véritable feu d’artifice musical qui conclut merveilleusement cet enregistrement.
Soulignons la prise de son exemplaire de Luc Fourneau.
Un enregistrement à offrir et à découvrir sans hésitation.
Serge Alexandre
FRENCH FRAGRANCES
Camille Saint Saëns : sonate pour hautbois et piano (1921)
Pierre Sancan : sonate pour hautbois et piano (1957)
Francis Poulenc : sonate pour hautbois et piano (1962)
Henri Dutilleux : sonate pour hautbois et piano (1974)
André Jolivet : sérénade pour quintette à vents avec hautbois solo (1945)
Avec Philippe Tondre, hautbois, Danae Dorken, piano, Clément Dufour, flûte, Julien Chabod, clarinette, Guillaume Bidar, basson, Pierre Rémondière, cor.
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Une prodige empêchée avec Jennifer Fichet au piano (un CD label Hortus)
Nous ne comptons plus le nombre de Dames compositrices, mal servies, ou desservies par l’histoire de la musique, dont nous voudrions nous faire chevaleresquement le chevalier-servant redresseur de torts. On ne nous accusera donc pas de caresser, je ne dis pas dans le sens du poil, mais de la belle chevelure, la mode féministe, ou plutôt la juste révolte des femmes contre le patriarcat, dont nous ne cessons de rougir à la découverte que nous faisons des dégâts qu’il a pu causer ancestralement, sans états d’âme, sur la moitié ou plus de l’humanité, la part féminine du monde —la plus belle pour nous osons-nous à peine avouer, tant on a voulu sa beauté muette et bête.
Encore un CD dira-t-on qui met en lumière une femme ensevelie dans l’ombre de l’oubli, ou laissée dans la pénombre de la mémoire, comme celles peine éclairées par de brillants compagnonnages masculins, maris, amants, mécènes, des vocations et des talents féminins qu’on découvre ou redécouvre à peine aujourd’hui : ne revenons pas sur les Fanny Mendelssohn, brutalement contrariée par père, et même frère, le grand Félix qui l’utilise froidement dans son œuvre, en riant de sa vocation, confinée au rôle germanique des traditionnels KKK (Küchen, Kirchen, Kinder, ‘Cuisine, Église, Enfants’), Clara Schumann, subordonnée servante de l’œuvre de son époux, Alma Mahler, peintre, compositrice, poétesse, sacrifiée au sien par lettre qu’on dirait patente, patente de son égoïste misogynie qu’il fait signer abusivement à sa jeune fiancée comme condition expresse du mariage. Objet décoratif, la femme à vocation artistique, était cantonnée, au mieux, dans les Arts décoratifs.
Voici aujourd’hui une enfant, une jeune fille, une femme, l’Américaine Amy Beach, qu’on redécouvre, première compositrice reconnue aux États-Unis, la première à y être jouée par un orchestre symphonique, à la brillante carrière, y fondant des écoles de musique comme une généreuse compensation à tous les empêchements personnels subis dans sa proche famille, pourtant cultivée, qui ne parvint pourtant pas à étouffer sa vocation, trop manifeste pour n’être pas suspecte, d’abord, paradoxalement, cruellement, aux yeux ou oreilles, peut-être jalouses, de sa propre mère, pourtant musicienne et chanteuse.
Son talent musical est manifeste dès sa première enfance, attesté par des témoignages admiratifs. En effet, à deux ans, la petite fille improvise des contrechants pour accompagner sa mère, chanteuse ; à quatre ans, pendant les vacances, elle compose de tête des valses, qu’elle joue ensuite sur le piano familial retrouvé et, à six, elle donne son premier récital. Et pourtant, au lieu d’en être émerveillée, sa mère, lui refuse tout enseignement musical, par peur de perdre son autorité avance Jennifer Fichet qui signe aussi le riche livret qui accompagne le disque. Malgré l’envol d’un récital à succès donné en 1881, à quatorze ans, son impitoyable famille lui coupe les ailes, refusant les propositions qu’on lui fait.
Le mariage est parfois une libération pour les jeunes filles brimées, corsetées par le carcan familial. Hélas, si Fanny Mendelssohn, confinée à son rôle décoratif de jeune fille de salon par ses injustes père et frère, eut la chance d’un époux éclairé qui comprit la vocation et le talent de sa femme qu’il aida à s’épanouir, Amy n’a pas cette chance : l’année même où sa première composition est éditée, l’homme qu’elle épouse en 1885, à dix-huit ans, de plus du double de son âge, tolère qu’elle compose, mais ne lui concède que deux concerts caritatifs par an, excluant tout contact artistique extérieur, et encore moins voyages et apprentissage, avec des pianistes reconnus. Autodidacte par la force des choses, et la surdité forcenée des siens, finalement, Amy se formant toute seule ne devra ses réussites qu’à elle-même.
En 1904, elle compose Variations sur des thèmes des Balkans op. 60, qu’elle révisera en 1936. Le motif principal est une mélodie folklorique bulgare assez mélancolique, qu’Amy Beach fait suivre d’onze variations. Écoutons le thème :
1) PLAGE 5
Avant que nous n’en perdions la perception, voici ce qu’il devient à la 2e variation :
2) PLAGE 7 :
Puis à la 3e :
3) PLAGE 8
Composées en une semaine, elle écrira une version orchestrale de ces variations en 1906, une édition piano révisée en 1936, puis une autre pour deux pianos en 1937, bref l’art de varier les variations !
Malgré ces traverses, ces entraves familiales, Amy arrive à composer et faire jouer un concerto et nombre de pièces pour piano. La réussite de la création de sa symphonie à Boston en 1896, ne change rien pour elle dans son inflexible famille maritale.
La libération pour les femmes, du moins dans les classes aisées, était le veuvage. Amy, sacrifiée par mère et mari doit attendre le décès de son mari en 1910 et de sa mère en 1911, pour pouvoir enfin se mouvoir librement. Elle peut alors se déplacer aux Etats-Unis, parcourir l’Europe et rencontrer les milieux musicaux. Malgré son éloignement jusque-là des grands centres musicaux, sa musique, sans connaître les avant-gardes de la musique européenne de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, forcée à la singularité de sa solitude séduisit de grands interprètes européens de son temps tels Josef Hofmann, le plus novateur Ferruccio Busoni ou Rosenthal, qui mirent des pages d’Amy Beach au programme de leurs concerts.
La pianiste française Jennifer Fichet, formée à Lille et à Paris, lauréate de plusieurs concours, a fait une carrière d’accompagnatrice avant d’enseigner la pratique au CNSMD de Paris. Elle est titulaire d’une classe de piano au CRD d’Issy-les-Moulineaux. L’anthologie qu’elle propose court sur quarante-cinq ans de la vie d’Amy Beach qui décédera à New-York en 1944, laissant un catalogue varié, dont, évidemment, un grand nombre de pièces pour le piano. Sauf les Variations balkaniques, d’une vingtaine de minutes, le programme du CD offre des pièces de durée moyenne : une joyeuse Valse-Caprice (1889), une Ballade (1894), qui n’a pas oublié Chopin et Liszt, deux Sketches (1892) plutôt schubertiens. Une jolie vignette, The Old Chapel by Moonlight, et une la mélancolique berceuse de la mère solitaire Cradle Song of the Lonely Mother, sur laquelle nous nous quittons :
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Un voyage musical entre Romantisme et Bel Canto
L’alto est l’unique instrument à porter le nom d’une tessiture de voix. Lorsqu’on évoque l’alto, on songe souvent à un violon plus grave mais le sens de son nom indiquerait plutôt un violoncelle qui tend vers l’aigu, comme la voix d’alto masculine baroque, première voix lyrique.
Le programme choisi par l’altiste français Loan Cazal est une invitation au voyage à travers le romantisme russe tardif de Serge Rachmaninov envoûtant de sa sonate pour violoncelle, le « bel canto » séduisant de Paganini ou le chant poétique germanique de la romance de Max Bruch. C’est au XIXème siècle que l’alto est mis en valeur comme instrument concertant par nombre de compositeurs.
Loan Cazal est reconnu internationalement. Il joue ici un Guadagnini de 1775. Il démontre la polyvalence de l’alto et la nécessité d’explorer l’entièreté de son registre, du plus aigu au plus grave. Il n’a pas son pareil pour faire chanter son instrument et mettre en valeur le vaste champ de couleurs de son Guadagnini.
Le pianiste Guillaume Masson et les instrumentistes de l’ensemble Libertalia participent avec passion à cet enregistrement dont la prise de son se révèle exemplaire.
Un régal à découvrir !
Serge Alexandre
Niccolo Paganini : Sonate per la grand viola Ms 70, Sergeï Rachmaninov : Sonate pour violoncelle opus 19, Max Bruch : Romance opus 85.
Avec Loan Cazal, alto ; Guillaume Masson, piano et l’Ensemble Libertalia sous la direction de Nicolas Kruger édité chez Klarthe Records
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Avec le Morphing Chamber Orchestra, direction Giorgio Croci, un CD Aparte
À un public encore sous le charme des ondes de son dernier disque, Seigneur, paru le printemps dernier, chez le même label Aparte, nous en avons parlé ici, le jour même de l’automne, inversant le rituel des anniversaires, pour ses soixante ans, c’est Roberto Alagna au lieu de le recevoir, qui nous offre généreusement un cadeau, un nouveau CD que je dirais printanier par la fraîcheur pratiquement intacte de sa voix et par la jeunesse d’une palette lyrique qui renouvelle bien largement le répertoire vocal auquel il nous avait jusqu’ici habitués.
Certes, de ses débuts d’amateur dans les bars, cabarets et restaurants parisiens, le jeune Roberto, chantant un répertoire léger de variétés au gré de publics divers et cosmopolites dont il fallait capter l’attention, qu’il fallait contenter, accrocher, avait conservé cette faculté, devenue facilité, d’adaptation vocale et thématique au cadre, aux gens souvent distraits même au milieu des repas. Sans doute un rude apprentissage dont il a tiré une indubitable expérience d’accommodation aux répertoires les plus internationaux capables de charmer des auditeurs de tous horizons par la grâce solaire sa voix.
Au sommet de sa carrière mondiale de chanteur lyrique indiscuté depuis quarante ans et d’une vertigineuse discographie, comme le précédent Cd, Seigneur, fervent de dévotion intime, de reconnaissance aux cadeaux de la vie, dont on ne sait jamais les lendemains, disque de réflexion sur l’existence, celui-ci est un reflet de sa personnalité mobile, curieuse du vaste champ, le champ chantant, enchanteur, d’une vocalité sans frontières qui ne lui est jamais étrangère.
Ainsi, du grand opéra italien et français, de l’opérette à la musique religieuse, de la chanson traditionnelle sicilienne et internationale, du goût compréhensible pour la généreuse vocalité hispanique aux créations, parfois les siennes et de ses frères, Roberto Alagna chante et enchante dans tous les genres de répertoires. Ce dernier Cd est dont un éventail de ses goûts, offrant le cadeau de marceaux qu’il n’avait pas enregistrés ou de répertoires et langues jamais ou rarement abordés jusqu’ici. Venu tard à Wagner, mais interprété lors d’une mémorable diffusion d’un Löhengrin pendant la pandémie, prudemment mis en scène sans attouchement corporel des chanteurs, comme déjà un rêve distant, le voici dans l’air du mystérieux chevalier au cygne venu d’un lointain pays des rêves : « Mein Lieber Schwan ». Wagner avait forcément des chanteurs de bel canto italien pour ses opéras que n’avait pas grossis, enflés, mauvais goût ultérieur qui n’était pas le sien. Alagna chante ce passage comme un véritable et poétique lied confidentiel flottant en extase dans la brume du rêve d’Elsa :
1) PLAGE 6
Accompagné, presque auréolé parfois par le Morphing Chamber Orchestra, délicatement dirigé par Giorgio Croci, le chanteur propose ici un programme à son image, personnalisé à sa voix toujours belle et rayonnante, toujours riche et colorée, avec des demi-teintes à faire rêver de tout jeunes chanteurs, fruit d’un long travail à l’évidence, de toute une vie. Il expose son talent admiré en terrain connu de l’opéra français (Gounod, Massenet, Thomas, Adam, mais se lance aussi dans aussi Meyerbeer), de l’opéra italien (Verdi, Leoncavallo), s’inaugurant dans le baroque napolitain de Pergolèse. Mais on le découvre en territoires et styles différents, allemand (deux airs de Löhengrin de Wagner, mais aussi Flotow), polonais (Moniuszko) ou russe (Tchaïkovski, l’air bouleversant de Lenski avant le duel qui verra sa mort dans Eugène Onéguine, et Rimski-Korsakov). Mais c’est dans ce dernier que nous l’entendrons, un extrait de son opéra légendaire, Sadko (1896) chanté, murmuré presque dirais-je, en français, : « Les diamants chez nous sont innombrables », aux mélismes orientalisants :
2) PLAGE 9 : 1’50’’
Et puisque nous sommes dans des œuvres rares sinon inconnues, voici encore, dans ce français à la diction exemplaire de Roberto Alagna le Sicilien de Paris, voici un air d’un compositeur italien bien oublié aujourd’hui, Riccardo Drigo (1846-1930) qui fit surtout carrière en Russie dont rappelons que la langue de la bonne société était pratiquement toujours le français. Voici donc, dans le même registre de la richesse imaginaire, la Sérénade, extrait Les millions d’Arlequin :
3) PLAGE 14 : 1’44’’
Mais voici Alagna interprétant en polonais un air très nostalgique tiré de Halka, un opéra de Stanislaw Moniuszko (1819-1872) :
4) PLAGE 7 : 1’40’’
Naturellement, chez ce déjà ancien adepte du « cross over », l’on ne manquera pas de trouver un air en anglais le fameux Be my love, et en espagnol, célèbre Ay, Ay, Ay !, du Chilien Osmán Pérez Freire, une aubade, chanson de l’aube pour réveiller la belle mais que notre ténor ralentit tellement, et en donne tant de délicates nuances, que ça en devient plutôt une berceuse qui rendormirait plutôt que de réveiller la bien-aimée. Peu emporte, c’est très charmeur et, dans ce registre hispanique, on goûte, en italien, une espagnolade, La Spagnola, un populaire boléro autrefois interprété par Gina Lollobrigida dans le film La Belle des belles où elle incarnait une cantatrice. Mais comme notre ténor a un sens très vif de la famille, une autre pochade espagnolisante des trois frères Alagna David, Frederico et Roberto lui-même, L’Andalouse, dont on s’étonnera, en Espagnol, qu’on lui prête un sein bruni tant on connaît l’horreur du soleil des femmes de ce pays, surtout autrefois.
Nous quitterons ce sympathique et talentueux ténor qui, à ses soixante ans, se souvient du jeune compositeur de vingt ans qu’il fut, composant cette chanson si solairement italienne, Sognare, ‘Rêver’, songer, ce rêve d’une vie à chanter en pleine liberté, à pleine voix, qui n’a pas été un songe vain pour lui :
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Le titre Mezzo Mozart pourrait se traduire par « Moitié Mozart » et je protesterais aussitôt : non, il n’y a pas la « moitié », mais Mozart tout entier dans ce magnifique CD de Marina Viotti, cantatrice classée dans la nomenclature vocale d’aujourd’hui comme mezzo-soprano. Évidemment, il ne s’agit pas de l’entièreté, de la totalité de l’œuvre du compositeur, impossible gageure, mais, personnellement, j’y trouve bien, comme on dit en rhétorique, par synecdoque, une partie pour le tout et, entendons-nous bien, une partie pour un tout des tessitures mozartiennes de la vocalité féminine, du moins du registre le plus courant de ses œuvres, hors les extrêmes aigus d’une Reine de la nuit ou de tel air de concert. C’est un habile choix, un éventail de quelques rôles, partitions, du grave moyen à l’aigu lyrique de la voix de femme, que la tradition du XIXe siècle a classé de mezzo, mezzo-soprano, à soprano, frontières vocales du grave à l’aigu, tessitures séparées que ne connaissait pas le XVIIIe siècle et surtout pas Mozart puisqu’il qualifiait indifféremment toutes les voix de ses rôles féminins de simplement soprani, étant entendu en son temps qu’il y avait les seconds sopranos et le premier soprano, la prima donna, ‘la première dame’, dont le terme est devenu synonyme d’héroïne principale d’un opéra.
De même dans ses opéras, les hommes étaient classés en bassi, sans les distinguos modernes de baryton ou basse et leurs variétés, seul le ténor étant mentionné comme tel, traditionnel médiévale du « teneur » de la ligne masculine aiguë. L’opéra étant un art vivant, les compositeurs écrivaient non pour des tessitures abstraites, mais pour des chanteurs spécifiques. Les chanteurs de ce temps-là interprétaient ce que le compositeur écrivait sur mesures pour eux. Le problème, avec le respect religieux de la lettre de la partition des temps modernes, c’est que les chanteurs d’aujourd’hui doivent s’adapter à des partitions adaptées pour tel ou tel chanteur particulier d’autrefois et endosser un habit vocal parfois trop grand ou trop étroit pour leur capacité vocale. On sait que, lors de la création de Don Giovanni, l’interprète de Mazetto chantait à la fin le Commandeur.
En somme, le chanteur chantait ce que ses moyens vocaux lui permettaient de chanter, et ce sont justement les moyens vocaux exceptionnels de Marina Viotti, venue de la musique dite métal, mais en toute élégance et délicatesse, qui lui permettent de nous offrir ce panel au spectre vocal et dramatique si divers unifié par son aisance, son expressivité, et un timbre, dont le métal argenté, satiné, soyeux, la délicatesse, la musicalité, n’ont en rien pâti de son passage dans ce qu’on croirait à tort les excès de la musique métal dont elle brosse une brillante défense, très convaincante, séduisante, qu’on trouve sur Youtube. Voici comment, dans un rythme affolé, elle traduit le désespoir théâtral de Dorabella dans Cosí fan tutte, apprenant le départ de son fiancé à la guerre, que l’adorable belle va pourtant cocufier quelques scènes après :
1) PLAGE 2
Et la voici dans le rôle travesti du jeune page Chérubin dans Les Nozze di Figaro chantant son émoi de jouvenceau devant les dames, qui le font toutes palpiter :
2) PLAGE 14
Ces deux rôles sont aujourd’hui catalogués comme mezzo, distinction pratiquement inconnue au temps de Mozart qui les nomme soprani. MarinaViotti démontre, et démonte, ces artificielles frontières vocales de notre temps, donc anachroniques en regard de ces œuvres sans étiquette de tessiture à leur époque, qu’elle surmonte brillamment en interprétant des parties aujourd’hui dévolues à des voix aiguës ou moyennes.
Avec le chef Stephan MacLeod, elle s’attarde un peu longuement à ces explications historiques, inutiles aux connaisseurs de l’histoire de la musique et de la voix, mais sans doute profitables aux nouveaux venus à la musique, au chant, qui ont droit à ce savoir. Plus intéressant pour le connaisseur, c’est l’intelligence de la chanteuse exposant sa technique et sa prudente disposition de l’ordre d’enchaînement des morceaux en fonction de leur exigence vocale et de leur difficulté. Car, pour ce qui est de la démonstration du passage vocal d’un rôle à l’autre, la beauté et réussite de ce disque en est une brillante preuve.
Autres cantatrices par-dessus les tessitures
Mais on rappellera que d’autres cantatrices, telle María Colbrán, chère épouse de Rossini, avaient de tels moyens qu’elles franchissaient aisément les frontières théoriques des registres vocaux, balisés ou non en mezzo ou soprano. Encore à l’époque romantique, on dit de María Malibran, la légendaire sœur aînée de Pauline Viardot, chantée par Marina Viotti, qu’elle interprétait indifféremment en alternance les rôles masculin, Farnace, et féminin de la Semiramide de Rossini. Naguère, à notre époque, la grande mozartienne classée mezzo Teresa Berganza, célèbre Dorabella, chantait cette même Sémiramis, et Fiordiligi de Cosí, il est vrai dans un disque.
Cependant, Maria Callas, dans son ambitieux absolutisme lyrique, laissa sa voix à jongler avec les rôles et les tessitures pour incarner la mythique « soprano assoluta », la soprano absolue, dont elle-même connaissait pourtant les dangers : on se souvient de sa polémique avec Rudolf Bing, le directeur du Metropolitan Opera de New-York qui, comme un effet d’annonce d’un prodige sinon un animal de foire vocal, lui avait programmé en rapide succession des rôles aux tessitures dangereusement contrastées. Refusant de chanter, prudence qui passait pour un caprice de star, elle déclara : « Ma voix n’est pas un ascenseur. »
Mais nous faisons confiance à l’intelligence, bien évidente à l’entendre, et à la technique, manifeste à l’écouter, de Marina Viotti qui sais aussi bien s’exprimer par la parole et le chant, pour préserver sa voix, comme elle l’a prouvé dans son passage qui aurait pu être éprouvant de son groupe de heavy metal Soulmaker, qui lui a forgé, dit-elle en riant, à la scène lyrique des cordes vocales d’acier, mais, je le répète, d’un doux acier satiné.
Écoutons-la dans cet air grave de fureur de Farnace, alors chanté par un castrat, homme à la frontière des genres et des voix, tiré de Mitridate re di Ponto, inspiré de Racine, composé par un Mozart de quatorze ans :
3) PLAGE 7
Il faut reconnaître qu’elle est idéalement accompagnée par l’orchestre Gli Angeli Genève, les ‘Anges [de] Genève,’ dirigé par Stephan MacLeod, partenaire et complice du projet, de ce choix, de cette réussite. Née dans une famille de musiciens, père et frère chefs d’orchestre, mère violoniste, Marina Viotti s’est forgé une identité personnelle éclectique et l’on n’oublie pas son apparition dans la fameuse ouverture des Jeux Olympiques en femme pirate en robe rouge, sur la Nef de Paris devant la Conciergerie, enveloppée par le groupe de métal français, Gojira, chantant sans lanterner le fameux « Ah, ça ira ! Ah, ça ira, les aristocrates à la lanterne !» de la Révolution française avant, à en perdre la tête, le cap, la capiteuse « Habanera » de Carmen, de Bizet.
On goûter, entre autres morceaux, le « Parto, parto ! » du Sesto travesti de la Clemenza di Tito, véritable concerto pour voix et clarinette, avec son feu d’artifice final de vocalises, et la douceur et les déchirments de Ch’io me scordi… (‘Que je t’oublie… ?’), que Mozart signa : « Pour Mlle Storace et moi », sorte de concerto pour le pianoforte qu’il tenait lui-même (Sebastian Wienand pour le CD), dont les cordes si tendrement percutées, ont ici des douceurs de guitare aux cordes avec des pincements qui semblent être ceux du cœur de la déchirante séparation.
Nous quittons cette sympathique et admirable artiste avecl’« alléluia » final de l’Exultate, jubilate écrit pour un castrat, aujourd’hui chanté par des sopranos légers, mais dont les vertigineuses vocalises jubilatoires n’effraient pas notre ductile chanteuse :
Alexandra Lescure au piano, un Duphly Transcendant
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Rmt News Int
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Nouvel album, nouvelle joie
Alexandra Lescure enregistre son troisième disque consacré à Duphly, compositeur français mort au lendemain de la prise de la Bastille. On a déjà beaucoup aimé les premiers opus de cette pianiste authentique et engagée dans ce répertoire baroque qui s’écoule naturellement sous ses doigts.
Après le très bel accueil de Royer et Scarlatti déjà pour son label Indésens Records, elle nous fait réellement découvrir un Jacques Duphly sur piano moderne. Une première mondiale pour un disque entièrement consacré au compositeur.
Pourquoi se priver de ce qui est beau ?
Pourquoi se priver de ce qui est beau ? Ecouter les 15 pièces de clavecin de Duphly avec l’interprétation transcendante d’Alexandra Lescure au piano relève de la magie ! Alexandra Lescure sublime, dans cet opus, l’agilité nécessaire à l’interprétation de Duphly tout en apportant les couleurs et les nuances naturelles du forte du piano par rapport au clavecin, naturellement plus sec.
Un discours coloré
L’album interpelle, questionne. On écoute, circonspect, curieux, surpris, mais dès la première pièce, l’évidence s’impose au contact de cette musique spontanée, fluide et colorée :
Alexandra Lescure construit un discours intelligent, elle sait parler, chanter, colorer ou perler. On retrouve Couperin dans le délicieux Menuet en do évoquant les Barricades Mystérieuses ou les suites de Bach dans l’Allemande et la Courante. Construit tel un kaléidoscope des styles aux claviers du XVIII -ème siècle, cette musique suggère tantôt Scarlatti dans les remarquables acrobaties de La Vanlo et de La Tribolet , tantôt Frescobaldi, dans La Larare par sa fantaisie créatrice et sa virtuosité donnant l’impression de grandes improvisations qui répondent très bien aux multiples possibilités de l’instrument.
On touche même à la forme sonate bi-thématique avec une Lanza brillamment défendue par un jeu d’une étonnante, précision, clarté et d’une grande élégance, annonçant les prémices du style galant d’Haydn. On évoquera aussi l’émouvante De Drummond qui entrevoit un Andante mozartien comme le stipule bien justement son acolyte Etienne Kippelen dans le livret.
Captivant
Alexandra Lescure captive l’oreille par des inflexions mélodiques qui pleurent ou implorent dans une simplicité et une pureté narrative. Un équilibre finement mené qui lie superbement le rapport au temps et à l’expression des intervalles.
Une évidence
La pianiste joue superbement avec les résonances, les plans sonores, les couleurs, les contrastes, les styles et les dynamiques. Son jeu s’exprime dans une sobriété chantante, une architecture consciente et peut aussi foisonner jusqu’à la virtuosité jubilatoire du clavecin. Parfois, elle sait aussi s’abandonner et dépouiller une mélodie dans sa grâce virginale.
Un disque à découvrir sans attendre !
Disponible dans les Fnac et autres distributeurs. Sortie sur toutes les plateformes le13 septembre 2024
Alexandra Lescure, pianiste et pédagogue
Sensible, pétillante, Alexandra Lescure fascine par sa personnalité entière et engagée. Née à Paris, elle débute le piano à l’âge de 9 ans puis entre au Conservatoire d’Aix-en-Provence dans la classe de Michel Bourdoncle. Sa rencontre avec l’éminent pianiste et pédagogue sera déterminante dans son parcours : “C’est un musicien fin et passionné qui m’a transmis l’amour du son, de la couleur et du répertoire“. Diplômée du Conservatoire d’Aix et de la classe de préparation aux Concours Internationaux de Bruno Rigutto du Conservatoire de Marseille, lauréate entre autres, du Concours International des Nuits Pianistiques, Alexandra complète son apprentissage aux côtés de musiciens émérites comme Bernard D’Ascoli, Prisca Benoit, Jacques Rouvier, Jean-Marc Luisada et Konstantin Lifschitz.