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Intégrale des mélodies de Gabriel Fauré

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Un torrent émotionnel et poétique

Avec Cyrille Dubois, ténor et Tristan Raës, piano et le Palazzetto Bru-Zane. Cd Label aparté. Édition limitée.

Les mélodies de Gabriel Fauré  (1845-1921)

Né à Pamiers en Ariège, son père détecte ses prédispositions pour la musique et l’envoie étudier à Paris avec Louis Niedermeyer puis avec Camille Saëns. Pédagogue reconnu, il enseigne  la composition au Conservatoire de Paris. Ravel, Enesco, Koechlin,Roger-Ducasse, Florent Schmitt, Louis Aubert, Nadia Boulanger sont ses élèves entre autres. En 1905, il succède à Théodore Dubois à la direction du prestigieux conservatoire. Il laisse une œuvre immense dans tous les domaines de la musique dont certains ouvrages lyriques restent à redécouvrir. L’intégrale des mélodies ici en un coffret de trois cd chantées par un chanteur est inédite. Elle couvre la période  de 1861 à 1921. Elle se découvre comme un livre ouvert sur la vie d’un immense artiste.  Gabriel Fauré demeure l’un des maîtres absolus de la mélodie française. Il possède un langage très singulier qui ouvre les fenêtres à l’impressionnisme. Que de couleurs extatiques, que de douceurs insoupçonnées inondent ce recueil de mélodies. Que d’audaces harmoniques nous cueillent et nous ébranlent. Amoureux inlassable de la poésie, Fauré met en musique dans un premier temps des romantiques dont Victor Hugo, Paul Verlaine… Avant de retrouver l’esthétique parnassienne avec Sully Prudhomme  et surtout Armand Silvestre. Il finira par mettre en lumières les vers de la Baronne de BrImont et après la première guerre mondiale les poésies de Jean de La Ville de Mirmont dans L’horizon chimérique, jeune poète mort lors la guerre à 27 ans. Plus d’une centaine de mélodies nous emportent dans un torrent émotionnel. La magie totale !


 

L’interprétation

Cyrille Dubois est un ténor lyrique léger dont les qualités musicales ne sont plus à démontrer. Il est l’interprète exemplaire et parfait pour cette intégrale. Le timbre est ravissement. Quelle implication de ce ténor, il met en lumière à chaque mélodie la quintessence de l’écriture si subtile de Fauré. Il réveille nos âmes. Sa diction est parfaite. La ligne de chant est exemplaire. Sa voix à travers ces cycles de mélodies est un peu comme le lever sur Santorin : l’indicible ! Son implication laisse sans voix. Il reste à inventer les mots.

Tristan Raës est un pianiste au toucher délicat. Quel artiste!. On songe par instant à Samson François. Il fusionne totalement avec l’écriture si exigeante de  Fauré  et le chanteur. Il développe une large palette sonore. Quelle poésie se dégage de ce pianiste. Voilà un pianiste à suivre. Saluons la prise de son aérée et sensible réalisée à la Salle Colonne.

Enfin saluons les qualités du livret si bien détaillé, une mine d’informations et Le palazzetto Bru-Zane. Le centre de musique romantique français ne cesse de mettre en lumières la redécouverte du patrimoine musical français du grand 19ème. Installé à Venise dans un palais de 1695 réhabilité, les efforts de son équipe passionnée sont louables. Que de trésors renaissent par leurs efforts permanents. On attend avec impatience la Psyché d’Ambroise Thomas bientôt chez tous les bons disquaires.

Serge Alexandre

Bru-zane.com

cyrille-dubois.fr

https://apartemusic.com/fr/label [2] 

Quatuors à cordes opus 76 de Joseph Haydn

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D’une beauté diaphane !

Quatuor Akos avec Alexis Gomez, violon ; Aya Murakami, violon ; Katya Polin, alto ; Cyrielle Golin, violoncelle. Cd Collection Fravami- NoMadMusic Label

Si Jean Sebastian Bach est le grand père de toutes formes musicales, Joseph Haydn (1732-1809) en est le père. Compositeur génial, il laisse une œuvre gigantesque dans tous les domaines musicaux. Le quatuor à cordes est la forme la plus pure musicale.

L’opus 76

Publié en 1799, ces six quatuors sont dédiés au comte Joseph Georg von Erdody. Ces  œuvres épousant des tonalités différentes témoignent de la maîtrise harmonique et mélodique du compositeur.  Ils sont d’une modernité inouïe et d’une profondeur lyrique. Comment comprendre Beethoven et le 19ème siècle musical sans connaître sans connaître cet opus 76 monumental? Le premier en Sol Majeur nous fait passer de la joie à la mélancolie pour finir en allégresse. Le second en ré mineur dit les quintes offre un style épuré qui rappelle Mozart par instants. Ce quatuor est un hymne à la joie de vivre. Le troisième en Do Majeur demeure le plus célèbre de cet opus.  Le second mouvement retient l’attention par son choral harmonisé sur Gott erhalte den kaiser. Ce choral deviendra l’hymne allemand en 1817. On est emporté dans un fleuve le Sturm und drang, orage et passion nous entrainant sur les rivages du romantisme. Le quatrième en Si bémol Majeur dit le lever du soleil est un chant à l’harmonie de la nature si inspirante. Le cinquième en Ré Majeur est une explosion de couleurs musicales et d’une créativité harmonique déroutante. Le sixième en Mi bémol Majeur emprunte les sentiers du classicisme pour déboucher sur un abime harmonique annonciateur  de Beethoven jusqu’à Chostakovitch ou StravinskyUn monument dans la littérature musicale !

L’interprétation

Le quatuor Akos est composé de quatre jeunes musiciens.  Ils font preuve d’une maturité insoupçonnée et d’une justesse rare. Ils possèdent toutes les qualités musicales et non rien à envier à d’autres quatuors célèbres comme Modigliani, Emerson, Danel… Ce quatuor est à l’aube d’une immense carrière.

Quelle fusion entre ces quatre merveilleux musiciens, le dialogue est permanent comme l’aimait tant  Goethe. Leur interprétation est délicate, vivifiante, inspirante. Ils transcendent l’opus 76 de Haydn.

On ne peut que remercier La Fondation du Roi Baudoin de soutenir un tel enregistrement. Cette intégrale composée de deux cd est une référence absolu et pour découvrir quelques clés au mystère Haydn. La prise de son est absolument remarquable. On la doit à Thibaud Maillard.

Cette intégrale est un rempart au monde anxiogène dans lequel on essaye de nous enfermer. Le quatuor Akos est un océan de vie, de poésie, de beautés irréelles… Indispensable ! 

Serge Alexandre

Fava, la nouvelle adresse conviviale de Baille

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Dans le quartier Baille, encore trop peu pourvu en spots gourmands, un vent de fraîcheur souffle depuis l’été dernier. À 35 ans, le chef marseillais Dorian Berard a posé ses valises – et ses fourneaux – au 186 boulevard Baille (13005), à proximité du métro.

Son premier restaurant, sobrement nommé Fava, se distingue déjà comme un ovni culinaire : une façade aux motifs bleu roi d’inspiration marocaine, signée par l’artiste Maxime Gralet, irradie de couleur et invite à la découverte. À l’intérieur, la décoration suit le même esprit joyeux et convivial, transformant cet établissement en un havre éthique et accessible, loin des effervescences du centre-ville.

Un parcours passionné, ancré dans le local

Après une licence en anthropologie, Dorian Berard s’est reconverti par amour des produits et des producteurs. « J’ai commencé la cuisine parce que j’étais amoureux du produit et des producteurs, mais après le COVID, j’ai voulu arrêter pour me consacrer à un projet de sortie pédagogique sur les plantes sauvages comestibles, avant d’être appelé par Jean Pichinoty, libraire, qui avait besoin d’un chef pour Les Amateurs, son bar à huîtres », confie le jeune papa d’un garçon de 7 ans.

Son chemin l’avait mené entre-temps aux côtés de grands noms : Alexandre Gauthier dans le Pas-de-Calais, Alexandre Mazzia à Aix-en-Provence et Camille Lhomme à La Ciotat, avant une parenthèse en tant que chef nomade et privé. Aujourd’hui, il s’installe enfin en son nom pour proposer une cuisine créative, résolument ancrée dans le végétal et le terroir.

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Le nom « Fava » n’est pas anodin : « Le mot Fava signifie fève ; le phonème se décline dans plusieurs langues de Méditerranée », indique le chef. « C’est une plante ressource dans la cuisine méditerranéenne et le régime crétois. Je voulais ancrer ma cuisine dans le végétal et le local. »

Sensible à l’éthique, il collabore étroitement avec des fournisseurs triés sur le volet, comme la maraîchère Big Bloom de Saint-Maximin, dont les arrivages inspirent un menu évoluant chaque semaine. « Je travaille avec elle pour le goût et l’originalité de ses produits. » Viandes et poissons ne sont pas oubliés mais intégrés avec originalité : thonine ou petits maquereaux pêchés sur le littoral provençal, coquillages frais de Camargue Coquillage (coques, palourdes, moules), porc noir de Bigorre ou paleron de bœuf.

Des plats qui surprennent et réconfortent

Au Fava, le légume est roi, mais les associations audacieuses font la signature de Dorian Berard. « J’aime surprendre en associant les saveurs », dit-il. La carte, concise et de saison, met en scène des créations pleines de pep’s : milanaise d’aubergine croustillante, ceviche rafraîchissant de pastèque, ou huîtres géantes gratinées au ‘Nduja (soubressade calabraise). « Ce sont des huîtres calibre 1, accompagnées de fleurs comestibles. C’est devenu un plat-signature. On en propose une avec une persillade de fenouil ou d’estragon. »

Sa poitrine de porc rôtie au four, dont les tranches sont délicatement grillées au barbecue, s’accompagne d’une sauce BBQ fumée à base de mélasse de betterave. Un ketchup de betterave pimenté vient relever sa thonine à la braise.

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Le midi (de 12h à 14h, du mardi au samedi), on y vient pour un déjeuner sur place en salle ou terrasse, ou à emporter. Les menus du midi sont attractifs : 25 € pour une entrée/plat ou plat/dessert, 30 € pour le trio complet. Pour les envies nomades, des sandwichs gourmands (à 10 €) allient finesse et générosité.

Le soir (jeudi, vendredi et samedi de 19h à 22h), l’ambiance vire à l’apéritif avec une carte plus légère d’assiettes à partager (8/14 €). Les vins, bios et naturels, sont sélectionnés avec soin, parmi eux les trois crus du Domaine La Cavalière à Lourmarin (en blanc et rouge, à partir de 25 € la bouteille), pour coller à l’esprit du lieu : cool, éthique, exigeant mais accessible.

Un quartier qui vit grâce à la convivialité

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Les habitués ne s’y trompent pas : la clientèle fidèle du quartier apprécie cette proximité humaine. « Le rapport humain est central et charnière dans la cuisine », insiste Dorian. « C’est important quand on a un restaurant de quartier. » Entre projets de fête des voisins et gardiennage de plantes à venir, le chef marseillais rayonne de générosité. Un jeudi sur deux, il propose des soirées iodées et des soirées musique vivante.

La première édition des soirées Graffiti, en partenariat avec L’autre Rital, a lieu ce jeudi 6 novembre dès 19h. Au programme, cocktail de jazz, d’art et de saveurs partagées : Fava se transforme en espace inspirant. La soirée démarre avec le jazzman Simone Pace, entouré de musiciens talentueux, pour une ambiance électrisante entre swing, bebop et hardbop.

De 19h à 20h30, une formule apéritive/finger food est proposée, avec un forfait à 10 € pour un verre de vin, une bière ou un soft et l’accès au buffet. À partir de 20h30, l’atmosphère bascule en mode café-concert avec un service à table et des plats à partager.

Diane Vandermolina

Crédit photo : Diane Vandermolina sauf les plats: crédit Fava

Réservation au 04 88 15 84 11. FAVA – 186 boulevard Baille, 13005 Marseille. Métro Baille à 4 minutes.

HeroFestival Marseille 2025

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Saison XI, Prêts pour une nouvelle aventure ?

Depuis onze ans, le HeroFestival s’impose comme le rendez-vous marseillais de la pop culture. Cette Saison XI se déroule les 8 et 9 novembre 2025 au Parc Chanot autour d’un thème fédérateur : le Voyage. Les Héros de la pop culture investissent 25 000 m² d’expositions et d’animations, avec plus de 40 000 festivaliers attendus.

Le HeroFestival embarque ses visiteurs dans l’univers des comics, séries, jeux vidéo, mangas et bien d’autres passions. Au programme, surprises, immersion totale, offre gastronomique autour du monde et invités stars.

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Un voyage dans les étoiles : invités légendaires et univers cultes

L’espace s’ouvre sur un cosmos foisonnant : le Village Star Wars attend les passionnés avec ses déambulations cosplay, ses expositions et ses photocalls immersifs. À ses côtés, le Village Stargate fait son retour, porté par la présence exceptionnelle de Christopher Judge, interprète mythique de Teal’c dans Stargate SG-1 et voix de Kratos dans God of War. Il sera présent durant les deux jours, au cœur du ComicCon Marseille, lors de conférences, sessions Q&R, photos, dédicaces, selfies sur réservation, sans oublier le Pack Goa’uld avec figurine Funko Pop et coupe-file, ainsi qu’un Meet & Greet en édition limitée.

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James Marsters, qui a marqué toute une génération dans le rôle de Spike dans Buffy contre les vampires, partage anecdotes et énergie sur scène comme en rencontres privées. Acteur éclectique aperçu dans Smallville et Torchwood, il est aussi chanteur et doubleur.

Le festival célèbre aussi les 40 ans de Retour vers le Futur grâce à Kevin Pike, maître des effets spéciaux, impliqué sur Les Dents de la mer, Star Trek, Indiana Jones et la DeLorean culte. Il anime conférences et échanges, tandis qu’une exposition de props organisée par Les Backers France, des quiz et une animation photo embarquent le public dans l’univers du voyage temporel.

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Voyage autour des cultures et du temps : espaces thématiques et nouveautés

Cette édition replonge dans les racines du festival avec un grand tour du monde des cultures réelles et imaginaires. Konoha, dédié au Soleil Levant, propose traditions japonaises, créateurs, artisans, manga, photocalls et boutiques. Brocéliande met en avant les héros européens : univers médiéval, fantastique, vikings, salon du Livre/BD et un espace steampunk. Krypton, en hommage aux comics et super-héros made in USA, accueille la 2ème édition du ComicCon Marseille. Ludopolis consacre plus de 2 000 m² au gaming, à la VR, au retrogaming, à l’e-sport et aux tournois en freeplay. Broadway réunit 2 000 m² de spectacles, une grande scène et un foodcourt. Le samedi soir, place à une soirée festive avec concerts, DJ et restauration internationale, accessible avec le billet du jour ou sur place.

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Saint Seiya est à l’honneur avec Jérôme Alquié, qui dévoile en avant-première le Tome 4 de Time Odyssey, disponible en version classique ou collector et un coffret réunissant les trois premiers tomes avec ex-libris. Les dédicaces personnalisées sont offertes aux premiers acheteurs sur le stand Kana, ou signatures simples avec tampon collector.

Le gaming s’illustre aussi à travers le tournoi Disney Lorcana : 128 joueurs s’affrontent en partenariat avec Ravensburger et Fée pas ta Geek, avec de nombreux lots à gagner. Cross The Ages investit 500 m² de Ludopolis pour une immersion e-sport et artistique : tournoi Heroes’ Legacy avec huit finalistes mondiaux, démo inédite de l’Action-RPG Arise (tournoi 4×4, PC Gamer en jeu), version beta de Blast, conférences (dont celles du CEO Sami et du COO Anthony), dédicaces d’auteurs comme Arnaud Dollen, Alain Damasio (le samedi seulement), Norbert Merjagnan et Fabrice Capizzano.

Une expo exclusive pour tous

L’exposition Les Routes de l’Imaginaire occupe 1 500 m² dans le Hall 3, mettant en scène plus de 20 véhicules mythiques de films, séries et BD (DeLorean, Batmobile, van de l’Agence tous risques, TARDIS, Nekobus…). L’événement reste ouvert en nocturne jusqu’à 21h30 le samedi. L’illustrateur Nicolas Bannister, créateur de The Banncars, présente son artbook et des affiches exclusives.

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Plus de 100 artistes, comédiens, auteurs, cosplayers et autres talents sont réunis pour deux jours de festivités. DVDM et PL.

Infos pratiques :

Lieu : Parc Chanot. Rond-Point du Prado. 8ème.

Horaires : 9h/18h30 sauf samedi jusqu’à 21h30.

Tarifs : De 19 à 70€. Pass 1 ou 2 Jours, Flash pour coupe-file et options soirées/tournois. Réservations : herofestival.fr/billetterie [9].

Entrée gratuite pour les enfants nés après le 1er janvier 2015. Infos PMR/PSH et sécurité sur herofestival.fr/infos-pratiques [10].

Pour toutes les infos, programme complet: herofestival.fr [11].

Les belles surprises de la musique finlandaise

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Ilmari Hannikainen (1892-1955) : Concerto pour piano et orchestre en Si  bémol mineur opus 7 et quatuor pour piano en Fa dièse mineur opus 2

Avec Oliver Triendl, piano; Christel Lee, violon; German Tcakulov, alto; Jonathan Roozeman, violoncelle. Württenbergische Philharmonie Reutlingen: Florian Csiszmadia.

Cd Hänsler classic / www.haensslerprofil.de [12]

La musique finlandaise offre que de belles surprises à tous les mélomanes qui aiment sortir des sentiers battus. Né dans une famille de musiciens, Ilmari Hannikainen étudie le piano au conservatoire d’Helsinski avant d’aller à Vienne pour se perfectionner auprès de Schrecker puis Siloti  et Steinberg à Petrograd. Il écrit beaucoup pour le piano et un concerto et quatuor avec piano enregistrés ici par le courageux label allemand.

Le Concerto

Écrit entre 1917 et 1920, ce concerto pour piano et orchestre s’inscrit dans un romantisme tardif. Le choix de la tonalité en si bémol mineur confère à l’œuvre aux dimensions impressionnantes une couleur automnale qui séduit à chaque mesure. On y ressent toutes les beautés offertes par la nature brute de la Finlande.

 Dès les premières notes on constate qu’on es face d’un pianiste compositeur dans la lignée du russe Serge Rachmaninov ou de l’ukrainien Serge Bortkiewicz méconnu ou de l’arménien Stephan Elmas oublié à mon grand regret. Les qualités techniques exigées pour aborder cet unique concerto de ce compositeur sont immenses. Il s’inscrit dans la droite lignée de son illustre prédécesseur Jean Sibelius. Celles et ceux qui adorent le concerto pour violon de Sibelius vont aimer cette audacieuse découverte. Sur le plan mélodique et harmonique, on est saisi par l’art maîtrisé du compositeur.

 Oliver Triendl  est l’un des plus grands pianistes de notre temps dans la lignée de Michael Ponti. On ne compte plus ses enregistrements pour redécouvrir des œuvres oubliées chez Cpo, Capriccio… Sa technique et sa musicalité laissent pantois. Il transcende ce concerto inconnu et en est l’interprète idéal. On est sous le charme total !

L’orchestre Philharmonique sous la direction précise de Florian Csismadia sonne merveilleusement et magnifie avec passion ce très beau concerto endormi.

Le quatuor avec piano

Écrit en 1913 pendant ses années d’études, l’opus 2 d’Ilmari possède une beauté diaphane tant par ses qualités mélodiques qu’harmoniques. Ce quatuor est dans la tonalité de fa dièse mineur. Très poétique et mélancolique, l’œuvre fascine dans ses trois mouvements. L’andante cantabile est une invitation à la méditation. Ce quatuor s’inscrit à côté de ceux de Robert Schumann, Johannes Brahms ou Joseph Joachim Raff. Les interprètes y sont engagés et passionnés. Quelle justesse dans l’interprétation. La magie opère à chaque mesure et nous convie à la fusion tellement indispensable à la musique de chambre. Au piano Oliver Triendl, au violon Christel Lee, à l’alto German Tcakulov et au violoncelle Jonathan Roozeman sont irréprochables. Un ravissement.

Serge Alexandre

Ethel Smyth : Der Wald – La forêt

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Une redécouverte majeure !

Opéra dramatique avec prologue et épilogue en un acte  livret de la compositrice

Création le 9 avril 1902, Court Opera, Berlin

Avec  Samueol Park, baryton ; Edith Grossman, mezzo-soprano ; Sangmin Jeon, ténor ; Erik Rousi,basse ; Mariya Taniguchi, soprano ; Zachary Wilson, baryton ; Mira Ilina, soprano ; Hak-Young Lee, baryton. Chor der Oper Wuppertal et Sinfonieorchester Wuppertal : Patrick Hahn.

Cd Cpo 555 650-2/ sortie octobre 2025

Qui connaît Ethel Smyth ?

Ethel Smyth (1858-1944) est une compositrice anglaise.  Elle fait ses études au conservatoire de Leipzig   avec  Reinecke  puis Jadassohn. Elle suit à Berlin  Heinrich von Herzogenberg. Elle laisse une œuvre immense dans tous les domaines dont quatre opéras.  Der Wald est le second. Il est urgent de redécouvrir cette artiste majeure romantique. Ses œuvres épousent toutes les caractéristiques germaniques dans son langage musical, on y entend Brahms, Raff, Wagner, Strauss, Zemlinsky… Artiste engagée, elle rejoint la cause des suffragettes pour le droit de vote des femmes en Angleterre. Elle écrit en 1911 la marche des femmes. L’ensemble de son œuvre exerce une fascination.

 

Der Wald- la forêt

Cet opéra en allemand écrit entre 1899 et 1901 est créé à Berlin en 1902 puis à Londres, Strasbourg et au Met à New-York avant de disparaître. Elle sera la première femme dont un opéra sera joué au Met.  C’est une histoire envoûtante, courte et tragique. Tout se déroule dans la tranquillité et l’infini de la nature représentée par la forêt et ses esprits. Par bien des côtés, le livret d’Ethel Smyth est le miroir de la tragédie shakespearienne. Un livret qui exulte toutes les passions humaines… Der Wald  vous bouleversera de la première à la dernière note. Ethel Smyth n’a rien envié à Wagner ou Richard Strauss. On est emporté dans un torrent émotionnel. Rarement je n’ai entendu une œuvre avec une telle maîtrise de l’écriture orchestrale et une telle connaissance des voix. Son opéra suivant Les naufragés  sera son plus grand succès. Les scènes d’amour de Der wald  ne sont que pur enchantement.

Une distribution homogène et remarquable

Landgrave Rudolf  est écrit pour un baryton. Samueol Park est une totale révélation. Ce baryton sud coréen possède toutes les qualités vocales et musicales pour transcender son rôle d’une intensité de tous les instants. Artiste en troupe à Wiesbaden est à suivre. Quelle sureté et projection.

Iolanthe, sorcière et maîtresse de Rudolf peut être distribué à une soprano dramatique ou une mezzo-soprano. C’est ici une mezzo américaine Edith Grossman. Elle possède cette sensualité vocale exigée pour ce rôle très exigeant sur toute la tessiture. On tombe sous le charme. Les duos avec Rudolf confèrent à l’indicible dans la lignée de Wagner et Strauss.

Heinrich sollicite un ténor. Sangmin Jeon est un artiste sud coréen aux qualités indéniables. Il convainc totalement dans ce rôle périlleux.

Peter, bûcheron est une basse. Le finlandais Erik Rousi  est en troupe à Wupperthal depuis 2023. Quel bon choix ! Il possède la noirceur exigée pour tout le répertoire wagnérien ! Quel engagement et justesse. La ligne de chant est admirable.

Roschen, fiancée de heinrich  est une soprano lyrique. La japonaise Maryia Taniguchi qui vient de faire ses débuts en  liu dans Turandot à Barcelone est sans reproche.

Enfin le colporteur avec ours  est incarné  par un jeune baryton lyrique américain Zachary Wilson  en troupe à l’opéra de Wuppertal depuis 2024.  Il retient l’attention.

Pour être complet citons  la voix d’ange de Mira Ilina  et le baryton Hak-Young Lee qui complètent à merveille cette distribution.

Une direction engagée et probante

On la doit à Patrick Hahn, chef d’orchestre bien connu des lieux. Il est connu des munichois et des écossais. Compositeur, pianiste et Chef d’orchestre, il est l’une des valeurs montantes de la nouvelle génération. Sa direction est précise et inspirée. L’équilibre orchestre et solistes est exemplaire. On est sous le charme. Le chœur de Wuppertal est juste sublime. Wuppertal a beaucoup de chance d’avoir un directeur musical aussi talentueux.

Bravo au label cpo qui fait un travail fondamental et exemplaire depuis tant d’années.

Der Wald est un sommet de l’art lyrique. À découvrir et à programmer par tous les directeurs inspirés. Précipitez-vous ! Ethel Smyth est un génie musical injustement oublié…

Serge Alexandre

 

Beethoven : 3 trios pour cordes opus 9

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Avec le Trio GOLBERG,  www.triogoldberg.com [13]

Un cd Ars produktion-  SACD

À propos de Beethoven Opus 9

Après avoir quitté Bonn et doté d’une bourse du prince électeur Maximilian Franz, Ludwig van Beethoven part à Vienne poursuivre ses études auprès de Joseph Haydn dont l’apprentissage sera bien difficile entre les deux hommes. Beethoven, désireux d’étudier le Gradus ad Parnassum à l’insu de Haydn  suit les cours assidument de  Johann Georg Albrechtsberger.

 Il lui devra sa connaissance robuste de l’art du contrepoint. Les trois trios pour cordes opus 9 constituent  un sommet du genre dans l’histoire musicale.

Tous les trois sont composés en quatre mouvements. Ils seront joués dans les salons de l’aristocratie viennoise et obtiendront un succès toujours renouvelé jusqu’aux salles de concert de nos jours. Les trois trios épousent la forme sonate avec exposition, développement, réexposition et coda. Ils semblent qu’ils aient été composés avant 1798. Les trois sont écrits dans des tonalités différentes. Le premier est en sol majeur, le second est en ré majeur.

Le dernier probablement le plus beau est en ut mineur.

Le Trio Golberg, une interprétation vivifiante et passionnée

 

Ce trio est composé de trois jeunes musiciens aux talents rares. La fusion entre les trois interprètes opère dès les premières mesures. Chacun est à l’écoute de son partenaire. Le trio est composé  de la violoniste super soliste Lisa Kerob, Federico Hood, altiste et Thierry Amadi, violoncelliste.  Les trois musiciens se sont connus au sein de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. Le Trio Goldberg  se caractérise par leur dynamisme et leur éclectisme. Leur répertoire est immense. On comprend mieux à l’écoute de cet enregistrement leur brillante carrière dans les plus belles salles de concert du monde et l’avalanche de prix reçus par les critiques nationaux et internationaux.

Leur lecture de l’opus9 du compositeur de Bonn est d’un engagement d’une authenticité inespérée. Ils livrent une vision novatrice explorant l’âme tant en avance sur son temps du génial compositeur allemand. On est emporté par un torrent de poésie et d’émotions. On comprend mieux à travers cette interprétation pourquoi Beethoven a influencé tant de compositeurs jusqu’à nos jours. Tout ici est fluide et limpide. On passe de la stupeur à la joie puis à la beauté de la mélancolie enfouie dans nos âmes. Une mise à nue et en abime de trois chefs d’œuvre de ce répertoire si précieux.

Pour être complet, je salue l’excellent livret de Dagmar Hoffmann-Axthelm et une prise de son aérienne et parfaite de Karel Valter.

Juste monumental ! Une plongée dans le mystère Beethoven.

Serge Alexandre

Alfredo Catalani Complete Songs, piano Music

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Avec Lisa Houben, soprano et Filippo Arlia, piano

Cd Opera Discovery : www.opera-discovery.com [14]

Alfredo Catalani (1854 – 1894) : un mystère, un compositeur oublié ?

Qui se souvient d’Alfredo Catalani ? On ne connaît de lui que le célèbre air Ebben ne andro lontana extrait de la wally (1892), son ultime opéra dont la source est une mélodie enregistrée ici la chanson groenlandaise, romance  sur un texte de Jules Verne et dédié au célèbre  ténor espagnol Julian Gayarre. La vie de Julian Gayarre a fait l’objet de deux très beaux films devenus rares incarnés par deux immenses ténors successivement Alfredo Kraus puis José Carreras. On connaît cet célèbre air grâce au cinéma je songe à Luc Besson entre autres ou la publicité. Les plus grandes cantatrices aux voix de soprano lyrique dramatique aiment l’inscrire dans leur concert lyrique. 

Alfredo Catalani est né à Lucca. Il fait ses études auprès de son père organiste puis étudie avec Fortunato Magi et de Bazzini. Il se rend ensuite à Paris où il étudie la composition avec François Bazin et le piano avec Marmontel. Il retourne en Italie où il succédera à Ponchielli comme professeur de composition à Milan. Il sera encouragé par Boito. Sa rencontre avec Toscanini en fera l’un de ses plus ardents défenseurs. Il laisse cinq opéras au sujet fantastique, de la musique symphonique, des mélodies avec piano et musique de chambre et de la musique de chambre. Amoureux de Wagner, il a été un épigone rare dans l’histoire de la musique italienne du 19ème siècle.

Premier enregistrement mondial de l’intégrale de ses mélodies et sa musique piano

Cet enregistrement devrait une source d’inspiration de nombreux programmateurs et directeur de festival en France dans le cadre de la biennale culturelle Franco –Italienne. La soprano hollandaise américaine Lisa Houben en est l’interprète idéal. Elle maitrise parfaitement le français, l’italien et l’allemand. Ces mélodies au nombre de quatorze fascinent par un art du chant quasi disparu. La diction est exemplaire en italien et en français. Quel bonheur ! On connaissait Lisa Houben pour ses incarnations  de Lady Mactbeth, Suor Angelica, Tosca, Madame Butterfly… Elle prépare Salomé de Richard Strauss en ce moment. C’est une tragédienne hors paire sur scène. Elle vient de triompher au Théâtre Margravial de Bayreuth dans sa première Elsa de Lohengrin et dans Tosca. Elle connaît parfaitement sa voix et l’utilise pour le meilleur. Elle se révèle  une mélodiste unique. Elle vous prend la main et vous fait découvrir des îles inexplorées.

Que ses mélodies sont belles et envoûtantes. La ligne de chant semble sortie d’un ailleurs que l’on croyait devenu impossible. Les sons filés sont incroyables. Les couleurs multiples de sa voix sont un ravissement. L’investissement et la musicalité de l’artiste est une leçon de chant à écouter dans toutes les écoles de chant. Les pianissimi sont inouïs Ses mélodies vous emporteront dans un  torrent d’émotions diverses et de poésie. Cet enregistrement est un peu comme se plonger dans une source qui alimenterait plusieurs rivières musicales au confluent de nombreux compositeurs. On y entend par instants du Godard, du Saint-Saëns, du Schumann,… On y entend surtout du Catalani.

Le pianiste Filippo Arlia fusionne avec la chanteuse. Il est un merveilleux défenseur des pièces pour piano de Catalani. On ressent l’enseignement de Marmontel.

 La musique est délicieuse à écouter. On retient la richesse harmonique et mélodique. Le toucher de l’artiste est délicat et poétique rappelant cette école italienne riches en talents musicaux. Ces pièces sont dans la lignée de Chopin, Schumann, Moscheles, Sgambati par instant et annonce la poésie de Fauré.

Filippo Arlia est aussi chef d’orchestre et pédagogue. Un artiste majeur à suivre !

La prise de son est remarquable. Saluons le travail Raffaelle Cacciola.

Un premier enregistrement mondial à déguster sans modération !

Serge Alexandre

Enregistrement effectué à l’institut musical Tchaikovsky de Catanzaro

Lisa Houben sera l’invitée de Si La musique m’était contée avec Clémence Acar, Catherine Richarté et Fabrice Eboli lundi 20 octobre à 21 heures sur radio Zinzine : www.radiozinzineaix.org [15]

Le partenaire exclusif est Rmt News international de cette émission.

OUVERTURES ÉCLATANTES DE MARSEILLE-CONCERTS

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Avec Pierre Génisson, clarinette et David Kaddouch, piano au Palais du Pharo samedi 20 septembre puis RYAN WANG, RÉCITAL DE PIANO Les 24 Préludes Frédéric Chopin dimanche 28 septembre au Foyer Ernest Reyer de l’Opéra.

Marseille-Concerts avait frappé les trois coups éclatants de sa nouvelle saison dans la belle salle La Major, nichée dans le palais aérien du Pharo, embrassant à vol d’oiseau tout le port et la rade de Marseille, avec un duo bouleversant qu’on dirait voix et piano tant la clarinette humaine de Pierre Génisson, soupirs, murmures, longs souffles confidentiels fondus dans un infini de silence, puis éclats tristes ou joyeux, nous fait vibrer sans vibrato, dialoguant avec le piano attentif, toujours amical, de David Kaddouch, qui répond, appelle, interpelle comme en une intime conversation, front à front sans affrontement, duo jamais duel, qui passe par toutes les phases et phrases amicales d’un échange, de la confidence presque de bouche à oreille, du babil  complice, souriant, aux facéties de vocalises comme des rires ou des blagues. On aurait le sentiment de surprendre, un peu indiscrètement, un dialogue entre copains si leur générosité ne nous invitait, sinon à y prendre place, à partager leur bonheur de courir et discourir ensemble.

Un moment arraché au temps.

          Ce miracle se poursuivit pour le second concert, ce rendez-vous devenu rituel des dimanches à 11 heures au foyer Ernest Reyer du joyau Art Déco de notre Opéra, une heure pour un programme dévolu à un compositeur, confié à un artiste, ce jour-là, le tout jeune Ryan Wang, dix-huit ans, dont on peut dire, sans risque, que les fruits passeront les promesses des fleurs.

Les 24 Préludes, op. 28, furent publiés par Frédéric Chopin, à Paris en 1839, dédiés à son proche ami et élève Camille Pleyel, par ailleurs compositeur, l‘héritier de la dynastie institutionnelle de facteurs de pianos fondée par son père Ignace. Chopin les considérait comme les « nec plus ultra » du piano.

C’est Camille Pleyel qui, en 1838, expédie un piano de sa marque à Majorque où Chopin se trouve avec George Sand dans l’incommode Chartreuse froide de Valldemosa, séjour tempétueux, où le couple d’artistes, insolite, suspect, est rejeté par les habitants, craignant la contagion de la tuberculose qui mine le pianiste. C’est dans ces conditions difficiles que Chopin peaufine et termine ce cycle de Préludes commencé en 1835.

 Selon un schéma inspiré du Clavier bien tempéré de J.S. Bach, ce recueil parcourt toutes les tonalités majeures et mineures dans l’ordre d’une tonalité majeure suivie de sa relative mineure, en suivant le cycle des quintes (Do majeur/ la mineur ; Sol majeur, mi mineur, etc.). À lire le programme, dans l’ordre de l’alignement des préludes, on peut constater que les 24 sont apparemment groupés par trois dans une alternance canonique de mouvements vifs enserrant un lent, ou l’inverse, à l’exception de deux séries de trois Préludes (10, 11, 12) et (16, 17, 18) tous de rythme vif.

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Le mot « prélude » est généralement compris comme un prologue, un préambule, une introduction à une autre œuvre. Il n’en est rien ici. Ce sont des tableautins, des miniatures, certaines ne dépassant pas la minute, indépendantes, chacune expression d’une atmosphère propre, autonomes en technique et couleur d’une grande variété d’écriture, de la virtuosité extrême à la simplicité mélodique la plus épurée. Aucun prélude, par ailleurs, ne suit une structure fixe, chacun semblant explorer librement ce que nous recevons comme une idée, une méditation, ou ressentons comme une émotion, nostalgie, joie, angoisse, en tous les cas, une atmosphère différente interprétée par notre humeur, une sensibilité éveillant la nôtre.

          Nous voyons entrer sans façons ce long jeune homme, frimousse enfantine, aux yeux rieurs, à l’abondante crinière d’ébène, toison en touffe sur le front qui battra sa mesure à la mesure du tempo des œuvres, qui lui donne, malgré le costume noir rigoureux, la dégaine sympathique d’un héros juvénile de bande dessinée.

Il l’est, à coup sûr, du piano, grand volatile noir à l’aile déployée, qui semble n’attendre que lui pour s’envoler et nous élever avec lui vers des sommets d’extase et nous plonger dans des abîmes d’émotion. Il n’édulcore pas des allégros parfois aigres et douloureux. Il creuse des graves profonds, fait ruisseler les gammes, dans un vertige virtuose, il fait jaillir, étinceler des aigus cristallins, des jets d’eau de lumière qui semblent auréoler sa chevelure brune, couronner sa mèche rebelle qui danse, indomptable, sur son front.

Sans maniérisme, il caresse les touches qui le lui rendent de caressante et touchante manière. Ses attaques sont franches, fulgurantes, d’une fougue virile d’un jeune homme en devenir qui balaie les miasmes maladifs et geignards des caricatures d’un Chopin fragile voué à la suavité savonneuse de jeunes filles lors d’un goûter de thé, tâtant, tâtonnant timidement un piano de salon pour agrémenter la gourmandise sucrée de vieilles demoiselles.

            Plus deux bis, en complément à son programme, il avait ajouté les fameuses variations juvéniles de Chopin sur « Là, ci darem la mano… » (‘Là, nous nous donnerons la main’) le duettino séducteur où Don Giovanni offre sa menteuse main à une Zerline d’avance conquise : nous aussi lui donnons la main, les deux, pour applaudir le bonheur que ce jeune homme, séduisant sans jouer le séducteur, vient généreusement de nous offrir.

Benito Pelegrín