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La Légende de Tristan de Charles Tournemire

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Stupéfiante redécouverte que cet opéra en 3 actes sur un livret de Albert Pauphilet

Avec An de Ridder, Iseut ; Markus Francke, Tristan ; ;Dae-Hee Shin, le roi Marc ; I Chiao Shih, Brangien ;Joshua Spink, Le nain Frocin.

Opéra et chœur  des Théâtres ULM sous la direction musicale de Felix Bender.

Label Groove notes. Premier enregistrement mondial !

L’année 2025 se termine en beauté avec la redécouverte de la légende de Tristan de Charles Tournemire avec les forces allemandes d’Ulm. Disons le cet opéra oublié est un tsunami musical et émotionnel.

Charles Tournemire (1879-1930)

Compositeur bordelais, il étudie le piano avec Bériot, l’harmonie avec Taudou et l’orgue avec Widor et Franck. Il se perfectionne en composition à la schola cantorum auprès de D’Indy. Il laisse quatre opéras dont la légende de Tristan est le troisième, huit symphonies, de la musique de chambre, pour piano, pour orgue, des œuvres sacrées.

La Légende de Tristan : une distribution et interprétation convaincantes.

Écrit en trois actes et huit tableaux, cet opéra est une révélation d’un compositeur français  majeur négligé écrit entre 1925 et 1926.

 L’œuvre est captivante, inspirée, dramatique. Le langage est moderne et unique.  Elle dure un peu plus de deux heures. Elle ne fût jamais jouée du vivant du compositeur. Il faut attendre 2022 pour la création à Ulm.

Le sujet de Tristan correspond à la nature du compositeur toujours proche de la nature. Sa propre maison se nommait Tristan.  L’œuvre se trouve à la croisée de l’école franckiste et de Debussyste avec une influence post Wagner.

 On comprend mieux l’influence de Tournemire sur Olivier Messiaen. Tournemire se révèle un fin orchestrateur surprenant, bouleversant à la lisière d’un romantisme tardif et d’un impressionnisme ressenti. Le passage de Tristan à l’éternité constitue un sommet de l’opéra français.

 Le jeune chef d’orchestre  Felix Bender surprend par son investissement et défend avec ferveur cet opéra qui n’a rien à envier au Pélléas et Mélisande de Claude Debussy. Il travaille toutes les couleurs orchestrales de la partition et répond parfaitement aux exigences harmoniques et rythmiques d’une complexité surprenante. Les masses chorales sont édifiantes.

 La soprano belge An de Ridder est une Iseut convaincante. La ligne vocale est impeccable comme la projection. Elle est une véritable soprano lyrique dramatique à suivre.

 Le ténor Markus Francke  offre à Tristan une projection vocale pure au timbre lumineux. C’est une des révélations de cette distribution. Il fait preuve d’une musicalité de tous les instants. La diction est parfaite.  On est totalement conquis.

 Le baryton coréen Dae-Hee Shin avait retenu l’attention pour son Amfortas  dans Parsifal de Richard Wagner récemment. Il est un roi Marc à la voix saine. Le timbre est envoûtant. Seule la diction du français pourrait être améliorée.

La mezzo-soprano Taïwanaise I-chiao Shih en Brangien possède un timbre somptueux. On comprend mieux ses triomphes dans Octavian, Ortrud… Elle irradie cette distribution.

Le ténor anglais Joshua Spink est un nain Frocin  au timbre agréable avec un registre aigu solide. Il est un ténor lyrique pétri de qualités. Cette distribution très homogène est la démonstration totale des points positifs d’une véritable troupe lyrique. Les représentations en Allemagne furent un triomphe public lors de la création de ce chef d’œuvre de Tournemire !

 Que faut-il faire pour des reprises en France, Belgique, Suisse… Certainement l’événement discographique de cette fin d’année 2025 avec la Psyché  d’ Ambroise Thomas  chez Palazzetto Bru-Zane.

Serge Alexandre

 

L’Âme Slave s’expose à Marseille

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Jenia et Anton Zvir dévoilent leur univers au Tattoo Art Club

Jusqu’à la fin de l’année, au cœur du 6ème arrondissement marseillais, le Tattoo Art Club ouvre ses portes à une exposition inédite signée Jenia et Anton Zvir. Le couple d’artistes biélorusses, installés à Marseille depuis près de vingt ans, propose une plongée dans leur univers où se mêlent peinture, graphisme et âme slave.

Deux artistes, deux regards complémentaires

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Anton Zvir, ancien danseur du Ballet National de Marseille pendant quatorze ans, a troqué les planches pour le pinceau et l’aiguille du tatoueur. Formé au dessin dès l’enfance auprès de son grand-père artisan, il a développé une technique singulière : le Trash Polka, style qui marie graphisme et réalisme dans des dominantes noir et rouge. Pour cette exposition de décembre, il livre une réflexion troublante sur les Anges, messagers intemporels devenus témoins de notre humanité en quête de repères.

Jenia Zvir, son épouse, formée aux arts décoratifs à Minsk et perfectionnée auprès de Vladimir Tkatchenko, membre de l’union des artistes de Biélorussie, explore quant à elle l’univers de l’enfance. Ses toiles puisent dans les souvenirs, le folklore et cette nostalgie propre à la culture slave, entre spiritualité orthodoxe et attachement aux traditions.

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Une galerie au service de la création

Depuis 2014, le Tattoo Art Club situé au 51 rue Edmond Rostand n’est pas qu’un simple salon de tatouage. C’est un véritable espace d’expression artistique où Anton et Jenia exercent leur art du tatouage tout en accueillant des expositions mensuelles. Un lieu hybride qui reflète leur parcours : de la danse à la peinture, de Minsk à Marseille, de la tradition slave à la création contemporaine.

Dans ce Marseille cosmopolite qu’ils ont choisi comme terre d’accueil, les Zvir perpétuent les valeurs de leur culture : l’importance des racines, le sens de l’hospitalité et cette résilience forgée par une histoire tourmentée. Comme l’écrivait le poète ukrainien Taras Chevtchenko en 1845 : “Notre Âme ne peut pas mourir, la liberté ne meurt jamais”.

DVDM

Crédit photos: tattoo art club.

Informations pratiques

Vernissage sur invitation le vendredi 19 décembre 2025 à partir de 19h30

Tattoo Art Club – 51 rue Edmond Rostand, 13006 Marseille

La ligne et le pointillé

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Marseille Concerts présentait Vanessa Wagner joue Glass & Satie à l’Opéra de Marseille le 30 novembre 2025

          Encore un succès pour Marseille-Concerts dû à la magie pleine d’art sans artifice de Vanessa Wagner. Sans solution de continuité autre qu’un bref silence, césure faite musique, comme un morceau d’un seul tenant, sans qu’on en perçoive les raccords, tel un long plan séquence sonore onirique, elle enchaîne, tisse avec fluidité, remontant, avec une liberté post-moderne le temps, d’aujourd’hui au passé, de la fin du XXe et début XXIe siècle des pièces de Philip Glass (Études pour piano entre 1991 et 2012) à celles de la fin du XIXe d’Érik Satie (Première Gymnopédie, 1888, Gnossiennes n°1 et n°3, vers 1890, Trois Pièces froides, 1897), sans qu’on sente les coutures de ce long tissu musical, texte musical ou textile unifié magiquement par son jeu.

Presque toutes groupées par trois, les Études de Philip Glass, Phil Glass pour ses familiers, semblent presque obéir au schéma canonique en musique de l’alternance du tempo vif et lent, la N°3 étant d’une véloce et vertigineuse virtuosité que l’on retrouvera, presque éruptive, dans la N° 18, comme encadrant des plages variées d’un temps rêveur ou impatient qui se contracte ou s’étire comme une respiration timide ou angoissée ou soudainement libérée, en expansion.

Vanessa Wagner en fait fuser finement ou fébrilement l’effervescence, les myriades rutilantes, les fuyantes constellations, les éclaboussures, les grappes de notes, on oserait dire des clusters au sens acousmatique du terme, infinitésimaux, brume ou brouillard de notes comme, au-dessus d’une cascade, parfois, sur la poussière d’eau se pose la lumière irréelle d’un arc-en-ciel.

De cette musique qu’on dirait en peinture divisionniste, pointilliste à l’infini, elle passe tout naturellement, sans hiatus, à la linéarité mélancolique de Satie, l’encore impressionniste Première Gnossienne, empreinte de la nostalgie de l’impossible gnose mystique, contemplative, presque immobile, d’une lenteur quasi liturgique, aux cadences plagales, aux résonances d’église.

Les Gymnopédies, danses rituelles religieuses de la Grèce antique, mais inspirées du roman historique Salammbô (1862) de Gustave Flaubert, sont des valses lentes, et cette Première semble refuser la circularité pour s’étirer en une seule ligne continue. Mais ce sont les Trois pièces froides (« deux Airs à faire fuir et une Danse de travers »), qui, au-delà de l’humour déconcertant de Satie, avec leurs séquences répétitives, d’une monotonie délibérée et leurs infimes modulations, qui sont bien une anticipation de la moderne musique répétitive des Phil Glass et Steve Reich et de l’actuelle école minimaliste américaine.

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         Ainsi, avec ce choix significatif de pièces et ce jeu subtil, la filiation de l’héritier minimaliste au lointain ancêtre en simplicité souveraine, sans effet lourdement démonstratif, devient évidence, si ce terme, “ce qui s’impose clairement au regard, à l’esprit”, relevant étymologiquement des yeux, avait un équivalent auditif, une flagrance s’imposant à l’oreille.

         Justement, si l’on sait que les sons et les couleurs se répondent, que musique et peinture ont un registre lexical souvent commun, couleur, colorature, chromatisme, palette sonore ou chromatique, échos, contrastes, vibration, rythme, etc., je crois qu’il faudrait intégrer, dans l’appréciation critique des concerts modernes, à défaut de la vue du visage de l’interprète, quand on en est trop loin, le gain visuel apporté par les écrans qui nous en rapprochent miraculeusement l’image et le détail.

Comme ce jour-là, dans la douce pénombre du foyer Reyer, sur la fenêtre lumineuse de l’écran, s’offrant à mes regards, les mains et avant-bras de la pianiste : juste un bout de manches de sa veste, nuit noire pailletée d’étoiles, qu’elle retrousse parfois, irradiant leurs éclaboussures de lueurs minimales sur les brefs éclats réverbérants des touches touchées de lumière, miroitantes alternativement, du piano. Ces fugaces visions semblaient répondre, en tous les cas correspondre, à cette musique parcellisée, scintillante de Glass, en pointillé, se condensant doucement pour la ligne souvent mélancolique, venue d’ailleurs, aux cadences plagales ou orientalisantes, chatoyantes, de Satie.

Le jeu des sons émanait de l’invisible pianiste, de ses mains comme des colombes délicates, suspendues un moment irréellement, se posant sans peser, s’imposant parfois sur le clavier, avant le vol, l’envol, leur envolée dans les battements d’ailes des doigts avec leur double, reflet, réfraction, dans le miroir noir du couvercle concave ouvert du piano, un jeu à deux mains qui en semblent quatre, plus qu’hypnotique, effet magique de cette vue ondoyante qui se traduit en ondes de musique, bonheur des oreilles et des yeux, moment magique arraché au temps sinon au tempo scrupuleux des œuvres, mais rendu au rêve, à l’extase.

Benito Pelegrín

Crédit photos: Marseille Concerts

 

Andalousie à l’Odéon

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Inépuisable Francis Lopez (1916-1995), l’un des compositeurs les plus populaires du théâtre musical français du XXᵉ siècle et inoubliable Luis Mariano, son acolyte interprète et ami basque.

L’opérette Andalousie est créée à Paris, au Théâtre du Châtelet, en 1947, comme Luis Mariano sera son interprète fétiche. L’œuvre s’inscrit dans la grande veine hispanisante du compositeur, amorcée avec La Belle de Cadix (1945).

Si l’on ne peut discréditer la musique de Lopez, de parents espagnols, du qualificatif d’espagnolade car sa musique puise aux sources authentiques, on peut le dire de ses livrets à intrigue espagnole, présentant sous de riantes couleurs, opérette oblige, une Espagne idéalisée ou caricaturale, dont les passions s’expriment en chansons et danses et où tout finit en fêtes dans un pays qui ne l’est guère, en fête, avec la permanence du troisième dictateur fasciste, Franco, qui, aidé par Mussolini et Hitler, a défait la République et règne impitoyablement sur un pays vaincu. Il a tiré son épingle du jeu à cause de la Guerre froide qui a fait de l’Espagne une pièce maîtresse américaine, stratégique, contre l’empire soviétique. L’historiographie la plus récente estime à 200 000 le nombre de fusillés après la fin de la Guerre Civile. Cela devait être dit en ce cinquantième anniversaire de la mort de ce sanguinaire dictateur fasciste.

 Le livret d’Andalousie a la pudeur de ne pas le situer dans l’Espagne contemporaine franquiste, encore au ban des nations, mais au XIXe siècle sous le règne d’Isabelle II, 1860.

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Andalousie se passe en Espagne, près de Séville et au Venezuela. Le fringant marchand d’alcarrazas, cruches d’eau en terre cuite qui gardent la fraîcheur et se boivent à la gargoulette (et non les petites cruches vernissées de la mise en scène, Juanito Pérez est la coqueluche de toutes les filles. Mais il aime Dolorès, une bien aimable Julia Knecht, voix pleine aux aigus percutants comme des uppercuts de fille à qui on ne la fait pas et qui sait se battre, défiant sa mère donneuse de leçons, la digne Doña Victoria, Anny Vogel qui sait aussi faire le coup contre les alguazils. I

Les amoureux rêvent pour abriter leur amour, de châteaux en Espagne, de celui qui se dresse concrètement sur la crète de la colline. Juanito décide de faire fortune en devenant, toréador, torero, matador, donc qui signifie en espagnol, tueur. Avec la facilité des carrières des opérettes, un succès aux arènes de Grenade lui amène un mirifique contrat pour le Venezuela. Habitué de cette scène, Jérémy Duffau, a belle et solide voix, mais semble cependant gêné dans les entrées en souples roulades à la flamenco d’un de ses airs.

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Donc, conquistador en quête de gloire et d’argent, le voilà parti, non pour Mexico, sinon pour Caracas. L’humble marchand d’eau marche vers le succès et c’est sa fameuse marche, un paso doble (qui est une marche au départ) qui fut le tube de l’opérette « Ole, torero !», triomphe sur un pauvre animal que je ne partage pas, même en admirant la musique de Lopez.

Comme il se doit, loin des yeux mais non du cœur de sa belle restée au pays et, près de lui, le cœur et les beaux yeux d’une diva autrichienne, Fanny Miller, et quand elle est incarnée par la belle Laurence Janot, allure et figure de reine—pas seulement de la valse viennnoise— on s’étonne que Juanito lui résiste. C’est le sombre sort d’un drame, mais les ressorts d’une comédie : un politicien proscrit au Venezuela, Rodriguez Valiente, aime Fanny qui ne l’aime pas, qui aime Juanito, qui ne l’aime pas, qui aime Dolorès, qui trouve le temps long et le courrier trop lent ou absent, intercepté subrepticement par la diva jalouse.

          Le courrier est lent, mais les nouvelles rapides dans la presse : Dolorès se croit trahie et oubliée par fiancé lointain devenu célèbre quand elle découvre dans le journal un article qui relate les relations entre le torero et la cantatrice, des people, dirait-on aujourd’hui, qui alimentent la gazette des chaumières jusqu’en Espagne.

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Mais une opérette ne le serait pas sans l’amour contrarié, les dépits amoureux, les jalousies, les désirs de vengeance, et un couple de seconds, Fanny/ Valiente, qui deviennent premiers dans l’intrigue contre les jeunes premiers, avec le lot de rivalités artistiques, de quiproquos. Dolorès jalouse, fière et vindicative, miracle de l’opérette a eu une carrière fulgurante aussi : sous le nom de la Estrellita, ‘petite étoile’, elle est devenue une grande étoile dans un cabaret de Séville où tout le monde se retrouve comme dans les vaudevilles.

Valiente, le digne Sébastien Lemoine, à la voix parlée aussi noble que la chantée, désireux de se venger de Juanito, qu’il croit l’amant de Fanny, courtise Dolorès qui feint d’accepter ses avances ; Juanito, sans accepter celles de Fanny, accepte tout de même un dîner avec elle, parallèle à celui de Dolorès et de Valiente, sinon face à face, balcon à balcon.

Couple de jeunes premiers, couple de seconds, et troisième couple, comique, de notre inégalable et espiègle Julie Morgane, Parigote devenue andalouse Pilar, qui trouve dans le Pepe de Nicolas Soulié un égal partenaire inénarrable, que ses dédains font passer par tout un éventail, andalou, d’émotions et de recours cocasses aux sortilèges au poil (barbe) dictés par une narquoise gitane, Christine Tumbarello. L’accorte soubrette, escorte autrichienne de Fanny, Perrine Cabassud, une habituée, fait couple ou sangsue avec Pepe ou l’insolite Baedeker de Didier Clusel. Avec eux, une floppée de personnages, flippant, comiquement, comme le Carracho de Cédric Brignone, les nécessaires commissaire tremblant et aubergiste de Jean-Luc Épitalon, les consommateurs et alguazils Rémi Chiorboli et Jean-Michel Muscat, qui alimentent l’intrigue de leur présence.

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On saluera la qualité poétique de la voix de Damien Barra dans sa mélopée du rôle pourtant si bref du Sereno, mais indispensable à l’intrigue puisqu’il est le témoin de l’heure du repas chez Dolorès de l’enquête policière. Le Sereno était le gardien, le vigile d’une ou plusieurs rues, drapé dans une cape, une lanterne à la main et une lance dans l’autre qui, s’y promenant toute la nuit, chantait l’heure, le temps qu’il faisait, quelque événement notable, armé d’un sifflet pour une alerte. Il avait aussi les clés des immeubles qu’on lui demandait pour rentrer chez soi. Il était parfois aussi chargé d’allumer et d’éteindre les réverbères. Sous le franquisme, agent d’état, il servit aussi à signaler aux autorités les groupes de gens soupçonnés de réunions clandestines dans un pays où presque toute la population, on l’a découvert aujourd’hui dans les archives, était fichée…

Mais tout finira bien dans le meilleur des mondes de l’opérette, et chaleureusement bien pour un spectacle donné devant un théâtre surchauffé où pas un strapontin n’était inoccupé d’un public enthousiaste. À juste titre.

Deux simples arches rouge brique comme décor praticable sur fond de toiles peintes : l’Alhambra et le Palais de Charles Quint de Grenade ; la Place d’Espagne du Parc María Luisa de Séville ; une ruelle andalouse en perspective, la superbe toile peinte, fontaine, guitare monumentale et éventails, déjà utilisée dans la Belle de Cadix, et une verdoyante perspective tropicale pour Caracas.

Les costumes, dont certains déclinés de la couleur des arches, ocre, tabac, sont nombreux, variés et tous remarquables, évitant la caricature coloriste d’une fausse Espagne festive pour touristes nordiques épris de coloriage exotique. On admire les sobres robes rouges ou noires des belles danseuses de la troupe (Annabelle Richefeu, Sophia Alilat, Lorena Debray, Sabrina Llanos) menées de main et pieds de zapateado du maître chorégraphe Felipe Calvarro, digne du mythique maître à danser de Cadix, Luis Alonso, héros de deux fameuses zarzuelas, dont, sans le dire, on emprunte ici, la musique, l’élégant fandango de l’intermède de La Boda de Luis Alonso de Gerónimo Giménez (1897), qui nous vaut un magnifique tableau, zapateado et castagnettes, mais sans citer le vrai compositeur, abusivement intégré à la musique de Lopez, qui en pâlit du coup.

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Mais Didier Benetti, à la tête de l’Orchestre et chœur de l’Opéra de Marseille, joue loyalement le jeu et la joie de servir, en un, deux compositeurs, apportant avec grâce, aux oreilles françaises, le compositeur d’Espagne auquel rendait grâces, depuis la France, le compositeur espagnol de France qui nous prodigue avec bonheur boléros, séguedilles, habanera et pasodobles.

Carole Clin est chez elle à l’Odéon et, à la tête de cette troupe, qui semble après tout la sienne, elle règne et règle la mise en scène à la baguette. Elle signe encore un succès et, avec cette harmonieuse qualité, je pense qu’on pourrait parler, sans emphase, pour cette salle unique en France pour l’opérette, d’un label Odéon. Benito Pelegrin.

Photos Christian Dresse 

ANDALOUSIE

OPÉRETTE EN 2 ACTES

NOUVELLE PRODUCTION

Direction musicale : Didier BENETTI

Mise en scène : Carole CLIN

Chorégraphie : Felipe CALVARRO

Décors : Ateliers Sud Side

Costumes : Opéra de Marseille

Régisseuse de production : Isabelle DOLIVET

Dolorès : Julia KNECHT

Fanny Miller : Laurence JANOT

Pilar : Julie MORGANE

Doña Victoria : Anny VOGEL

Greta : Perrine CABASSUD

La Gitane : Christine TUMBARELLO

Juanito : Jérémy DUFFAU

Pepe : Nicolas SOULIÉ

Valiente : Sébastien LEMOINE

Sereno : Damien BARRA

Le commissaire / L’aubergiste : Jean-Luc ÉPITALON

Baedeker : Didier CLUSEL

Caracho : Cédric BRIGNONE

1er Consommateur / 1er alguazil : Rémi CHIORBOLI

2ème Consommateur / 2ème alguazil : Jean-Michel MUSCAT

Orchestre et chœur de l’Opéra de Marseille

Chef de Chœur : Florent MAYET avec Astrid Marc (répétitrice piano)

Danseuses : Annabelle RICHEFEU, Sophia ALILAT, Lorena DEBRAY, Sabrina LLANOS

OPÉRETTE EN DEUX ACTES, Francis Lopez (1947), livret de Raymond Vincy et Albert Willemetz. Dimanche 30 novembre 2025

Idées de cadeaux pour les fêtes (1)

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Chaque jour de vie est une renaissance. En ces temps où l’individualisme triomphe quoi de plus beau que d’offrir ou de partager… Découvrir, c’est réveillé l’âme de tout être vivant. Nous sommes tous des Robinson… Voici une sélection d’enregistrements de 2025 ou de découvertes non exhaustives : nos coups de cœurs. Comment retrouver son regard d’enfant ? La réponse ne serait-elle pas par l’émerveillement ! Écrire, composer, interpréter, peindre, sculpter, mettre en scène, diriger est un cheminement dont le sens donné est la boussole. Un don de soi.

Côté Opéra :

Toute la collection des livres disques du Palazzetto Bru Zane est précieuse et se déguste sans modération. Cette année, je recommande vivement l’Ancêtre de Camille Saint-Saëns (1835-1921) : un choc et la Psyché d’Ambroise Thomas (1811-1896), une révélation ! On attend avec impatience 2026 pour découvrir Zampa d’Hérold. Enfin, le timbre d’argent de Camille Saint-Saëns est une occasion de retrouver Jodie Devos qui nous manque tant ! www.bru-zane.com [9]

La sorcière de Camille Erlanger (1863-1919) est une belle découverte. Le livre disque est un plaisir. L’enregistrement étonne par sa qualité et l’incroyable richesse de cet ouvrage. www.b-records.com [10]

Le Samson de Joseph Joachim Raff (1822-1882) est essentiel pour comprendre l’art lyrique romantique allemand. Qualifié de Lohengrin de ce compositeur suisse autodidacte n’est pas usurpé ! www.schweizerfonogramm.com [11]

Die Eifersüchtigen de Raff  est à l’opéra allemand ce qu’est Falstaff à l’œuvre de Verdi. On trépigne en attendant l’enregistrement de Dame Kobold du compositeur suisse. www.naxos.com [12]

La Légende de Tristan de Charles Tournemire (1870-1939) est bien l’un des chefs d’œuvre du compositeur bordelais, élève de César Franck et Charles-Marie Widor.  Ce compositeur est à redécouvrir de toute urgence. Un génie oublié. Merci aux forces d’Ulm en Allemagne. Label Groove notes.

Enfin les chanceux pourront découvrir La Zaza de Ruggero Leoncavallo (1857-1919). C’est un sommet du vérisme servi par une distribution  exceptionnelle dont la soprano dramatique Lisa Houben que l’on aimerait voir de partout. www.bongiovanni70.it [13]

Des enregistrements rares sorties cette année : Les concertos pour violon et piano et orchestre de Florence Price (1887-1953), compositrice américaine vous apporteront que du bonheur. www.naxos.com [12]

Les concertos pour la main gauche pour piano et orchestre de Josef Labor (1842-1924) par l’infatigable Oliver Triendl sont une surprise étonnante. www.capriccio.at [14]

L’un des plus beaux concertos pour piano et orchestre d’un romantisme tardif et savoureux de Viteslav Novak (1870-1949) trouve enfin sa version de référence sous les doigts d’Oliver Triendl. Label Cpo

Le concerto pour piano et orchestre d’Alfonso Rendano (1853-1931) est un choc ! On comprend mieux pour quoi Franz Liszt l’aimait tant. Daniela Roma, pianiste y met tout son âme. Une révélation ! www.dynamic.it [15]

Côté Récital :

Gracias la vida est un ravissement. Il permet de découvrir une jeune mezzo-soprano pétrie de talent Anne-Lise Polchlopek. www.outhere-music.com [16]

Hommage à Jodie Devos est un coffret qui rassemble tous les enregistrements qu’elle a fait en dix ans pour Alpha Classics. Cette artiste hors norme à la sensibilité extrême laisse un océan d’amour. La vente  de ce coffret sera entièrement versée au fonds Jodie Devos créé en 2025 dont l’unique vocation est de pérenniser les valeurs de transmission et de promotion de l’art lyrique. www.outhere-music.com [16]

Côté Dvd :

Der Freischütz de Carl Maria Von Weber (1786-1826) au Festival de Bregenz est magique. Le chef d’orchestre Enrique Mazzola signe la version de référence. La mise en scène de Philipp Stözl nous transporte. www.bregenzerfestpiele.com [17]

Côté Livres :

Les Vivants – Ambre Chalumeau

Un roman d’amitié aussi vif que bouleversant, où l’adolescence vacille au bord du mystère et de la fragilité. Ambre Chalumeau y déploie une voix d’une sincérité rare, mêlant humour et gravité avec une grâce fulgurante.

Chez stock

Comme un ciel en nous – Jakuta Alikavazovic
Une nuit au Louvre qui devient un tête-à-tête bouleversant avec un père disparu. Jakuta Alikavazovic y explore la mémoire et l’art avec une douceur lumineuse. Un petit livre qui sonne vrai et qui touche juste.

Chez stock

La Faille – Blandine Rinkle
Avec La Faille, Blandine Rinkel signe un texte à la croisée des genres, entre récit autobiographique, réflexion philosophique et fragments d’intime.
Elle explore la famille sans idéalisation, avec liberté et profondeur.
Un récit brillant et percutant. Plus qu’un livre, une rencontre.

Chez Stock

Serge Alexandre et Clémence Acar

Quand le corps devient cri

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Pour célébrer son 40ᵉ anniversaire, le Ballet Preljocaj voit grand et déploie une programmation à la hauteur de l’événement. Le 4 décembre, le Pavillon Noir accueillait Maldonne de Leïla Ka.

Il y a des spectacles qui se regardent, d’autres qui se reçoivent en plein cœur. C’est le cas de Maldonne. Dans ce ballet percutant, il est question de la condition féminine racontée d’une manière rare. Sur scène, cinq femmes en costumes chatoyants virevoltent dans un tourbillon vibrant. La féminité se dévoile par à-coups. Entre vulnérabilité, pudeur, éclat, rage, le geste raconte la femme.

Ce quintet incandescent est une tempête. Leïla Ka fait crier les corps et possède le rare pouvoir de donner au mouvement la grandeur d’un manifeste. Chaque tableau, sculpté par des lumières d’une précision picturale, frappe par son évidence. Tout parle et tout vibre. Je crois que Maldonne me donne envie d’aimer fort, très fort. D’oser crier, tourbillonner, vivre entièrement.

Ce ballet réveille la folie douce qui sommeille en chacun d’entre nous et nous reste collé à la peau, encore longtemps après.

 C’est beau, c’est grand. On en sort différent, certainement un peu plus vivant.

Clémence Acar.

Crédit photos: Pavillon Noir

 https://preljocaj.org/pavillon-noir/ [18]

Portrait de Pétra Wauters

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Voilà une belle idée cadeau à offrir. Ce livre chez Ulisse Regards Croisés sur l’aquarelle  est un livre d’art qui permet de découvrir le mystère de l’aquarelle au détour de rencontres. Une véritable invitation au voyage à travers les rencontres de l’autrice. Un regard fascinant sur la création.

Quel est votre parcours ? Votre conception du journalisme ?

Je suis artiste peintre et journaliste culturelle depuis plus de quarante ans ! J’ai débuté très jeune : peindre, écrire, observer, parler des autres, transmettre… Cela s’est imposé à moi naturellement et c’est ce que je préfère faire ! Mon parcours s’est construit au fil des pays et des villes où j’ai vécu, et des journaux avec lesquels j’ai collaboré, en France comme à l’étranger. J’ai notamment écrit pour Le Pays de Franche-Comté, L’Est Républicain, Le Trait d’Union en Argentine, L’Observateur du Valenciennois, Bien dans ma région, Artpresta, et depuis 2015 pour Wukali, un magazine en ligne consacré aux arts et à la culture. Je m’y sens bien. De belles plumes y écrivent sur des sujets passionnants, à commencer par son fondateur et directeur, Pierre-Alain Levy, un homme engagé, dévoué, amoureux de la culture, qui ne compte pas ses heures de travail. Ma conception du journalisme est simple : donner un éclairage sincère sur une œuvre, un artiste, un concert, une pièce de théâtre, un livre… Pourvu qu’il y ait une étincelle, une émotion. Si c’est mauvais ou que je « ne le sens pas », je préfère parfois m’abstenir ; et si je vois tout le travail derrière, je mets en avant le bon côté des choses. Je vois souvent le verre à moitié plein. En tout cas, je privilégie une approche respectueuse et claire, qui met en valeur le travail des artistes sans jamais les « assassiner », comme on le voit trop souvent.

 Pourquoi ce livre sur l’univers de l’aquarelle ?

« Ma Méthode d’aquarelle : jusqu’au bout du pinceau » est sorti en 2021 aux éditions Ulisse et a été réédité en mars 2022. On le trouve en France mais aussi dans tous les pays francophones, y compris au Québec. J’y propose des pas-à-pas et des leçons variées qui permettent aux élèves d’avancer, de comprendre et de trouver leur voie dans le florilège des sujets abordés.
Avec « Regards croisés sur l’aquarelle », je poursuis cette même approche, avec un volet inédit : la rencontre avec des aquarellistes « coups de cœur », des artistes internationaux aux sensibilités et techniques très diverses. Ces échanges enrichissent une méthode qui privilégie autant la technique que l’épanouissement artistique.

Ce livre est une invitation au voyage à travers le monde et notre belle région au fil des rencontres. Quels voyages vous ont le plus marqué ?

Oui, le livre est une invitation au voyage, avec ces artistes venus d’horizons différents : l’Indien Vikas Vinayak Patnekar, Oscar Cuadros, le Péruvien, Alejandro Fidelio, l’Argentin, mais aussi trois Français qui nous font voyager autrement : Jean-Paul Schifrine, croquineur, Catherine Rey et Helen Barenton. Chacun excelle dans son thème de prédilection. Ce livre est dépaysant, il nous emmène ailleurs ! Que l’on peigne ou pas, on plonge dans l’aquarelle ! J’ai aimé vivre en Espagne et en Argentine. On y retourne dès que possible. On y découvre toujours des territoires fabuleux, des paysages à couper le souffle, des ambiances uniques…

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Quelles sont vos passions ?

Si je réponds peinture et écriture, on revient à mes passions de toujours ! Travail/plaisir. Si j’ajoute expositions, conférences, lectures, stages de peinture… ce sont toujours les arts et la culture qui me motivent le plus !
Je suis aussi très « famille » et j’ai besoin de mes amis. Et pour me bouger, indispensable, car j’ai la bougeotte,  je pratique le tennis. J’aime balader aussi, découvrir de nouveaux sites.

Quel rôle joue l’aquarelle et l’écriture dans votre vie ?

J’ai un peu anticipé et répondu à travers les autres questions. L’aquarelle et l’écriture sont indispensables : c’est une respiration, un exutoire ! L’un comme l’autre m’accompagnent depuis si longtemps. Peindre ou écrire, c’est observer, transmettre, partager ce qui me touche. Les deux se nourrissent. C’est un équilibre vital, une double passion qui me fait vibrer !

La musique joue-t-elle un rôle dans vos créations ?

En fait, pas toujours ! Quand je peins, je peins, et je peux rester dans mon monde de silence, aussi étrange que cela puisse paraître. Car j’aime la musique, et en particulier la « grande musique ». Cela fait des décennies que je fais des comptes rendus de concerts et que je donne mes impressions. Je me demande parfois : « Mais de quel droit ? Suis-je légitime ? » Cette question m’a poussée à me former sans cesse : j’étudie, j’écoute… Avant de couvrir un concert, par exemple, j’écoute la symphonie ou la sonate programmée. Je me « fais » l’oreille, je m’imprègne de l’univers du compositeur. Je n’ai pas étudié la musique, mais j’ai suivi des cours d’esthétique musicale au conservatoire, et assisté à des conférences d’analyse musicale pour essayer de comprendre. J’ajouterai que je ressens très fortement la musique et que je peux être bouleversée par une œuvre, un orchestre, un musicien, un chanteur ! Aujourd’hui, il me semble que ma sensibilité et mon travail ont leur place.

Votre actualité et vos projets ?

Mon livre sorti en mai fait toujours pleinement partie de mon actualité ! Je m’inscris à des salons pour le présenter, j’organise des rencontres dans des lieux culturels et des galeries, je réalise des démonstrations. J’ai plusieurs expositions programmées : deux à Aix et une à La Roque-d’Anthéron. Mais je préfère attendre encore un peu avant d’en parler davantage.
Dans mes projets, il y a aussi de belles échappées à Paris. Même si nous sommes gâtés en expositions à Aix, celles de la capitale me manquent ! Je programme aussi des stages d’aquarelle à Venelles et au Château de Sannes, ce merveilleux domaine du Luberon qui offre tant de sujets à croquer in situ. C’est une autre façon, tout aussi passionnante, de travailler l’aquarelle.

 Quelle définition donneriez-vous du bonheur ?

On m’a dit un jour : « Petra, vous êtes douée pour le bonheur ! » Ça m’a fait un bien fou ! Bien sûr, je sais que ce n’est pas tout à fait vrai, mais j’aimerais vraiment que ça le soit !
C’est peut-être cela, le bonheur : une quête, un chemin, une vision optimiste de la vie,  qui, pour beaucoup, n’a pas sa place dans notre monde. Et pourtant… Je trouverais indécent de baisser les bras et de tourner le dos au bonheur ! Regardons le beau, faisons-nous plaisir, pour nous et pour ceux que nous aimons !

Par Serge Alexandre. 

Franz Reizenstein : Piano Concerto N°2, Sérénade, Ouverture Cyrano de Bergerac

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Un enregistrement à découvrir et à offrir.

Franz Reizenstein (1911-1968)

Pour sortir des sentiers battus, ce cd s’impose. Né à Nuremberg, ce pianiste, compositeur allemand étudie avec Paul Hindemith à Berlin la composition. Il est considéré comme un enfant prodige. Il doit s’exiler à Londres à l’arrivée du pouvoir nazi. Il continue ses études avec Lambert et Vaughan Williams. Il laisse une œuvre immense dans tous les domaines dont deux très beaux opéras, de la musique d’orchestre, de nombreux concertos, de la musique de chambre et de la musique pour le cinéma notamment pour des films d’horreur…Au début de la seconde guerre mondiale, en tant qu’allemand, il est interné au camp principal de Douglas sur l’île de Man avant d’être naturalisé britannique. Sous le régime nazi, Franz Reizenstein appartient aux compositeurs interdits. Le festival des Musiques interdites à Marseille dont c’était la 20ème édition en novembre lui correspond totalement. Très influencé par Hindemith, il laisse une œuvre d’une grande beauté dont le deuxième concerto pour piano et orchestre en Fa Majeur, la sérénade en Fa majeur pour petit orchestre et l’ouverture enregistrés ici en sont une parfaite illustration. Le style très abouti est néo romantique.

 

Une Interprétation de qualité.

Le second concerto pour piano et orchestre se dessine en trois mouvements. C’est le compositeur lui-même qui le crée en 1961. Il dure une trentaine de minutes où le soliste peut mettre en lumières toute sa virtuosité et sa musicalité. L’exubérance est de mise pour ce très beau concerto. Oliver Triendl en est l’interprète idéal. On ne compte plus les enregistrements et les redécouvertes de cet artiste. Il est à la musique ce que furent en leur temps Michael Ponti ou Felicjia Blumenthal.  Il domine sans difficulté toutes les difficultés de la partition qui rappelle par instant Bartok, Hindemith. Le second mouvement est un sommet de la littérature concertante pour piano. Sa musicalité s’exprime totalement. La Sérénade est écrite pour un petit orchestre. Créée en 1953, elle est un tableau édifiant de la nature, l’harmonie qu’elle procure et un hymne à la vie. Très agréable à écouter elle fait songer à la musique par moment de Delius, Moeran ou Vaughan Williams. L’ouverture sur Cyrano de Bergerac opus 28, créée en 1954 par Sir Adrian Boult peut contenir quelques réminiscences de Richard Strauss même si on songe plus à Hans Pfitzner. Elle est profondément germanique. L’orchestre symphonique de Nuremberg offre son meilleur visage sous la direction du chef d’orchestre israélien Yaron Traub. Il mène une carrière internationale et est bien connu du public espagnol. On ressent chez lui les influences reçues lors de sa formation auprès de Zubin Mehta, Daniel Barenboim et Sergiu Celibidache. Les partitions d’une beauté troublante revivent dans leur plus bel apparat sous sa direction passionnée. Un véritable trésor !  Serge Alexandre

Avec Oliver Triendl, piano ; Nürnberger Symphoniker, Yaron Traub. Cd Label Cpo. Durée : 66 minutes

www.oliver-triendl.com/ [20] www.yarontraub.com [21]

La Symphonie n°2 dite « Résurrection » de Mahler

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Un Concert éblouissant célébrant la vie après la mort.

Gustav Mahler est un compositeur et chef d’orchestre autrichien, auteur de dix symphonies, dont la dernière est inachevée. D’origine juive mais converti au christianisme, il décède en 1911 à l’âge de 50 ans. Pour ses 20 ans, le festival Musiques Interdites lui rendait hommage le 23 novembre en donnant pour la 1ère fois à l’Opéra de Marseille, la Résurrection, œuvre des plus populaires du compositeur avec le Chant de la Terre.

D’inspiration chrétienne, la Symphonie no 2 en ut mineur a été composée entre 1888 et 1894. Partageant le style monumental des Première et Troisième Symphonies, elle se situe dans la lignée de la Neuvième Symphonie de Beethoven.

D’une durée de 90 minutes, elle se déroule en 5 mouvements : Allegro maestoso (Totenfeier); Andante moderato ; Scherzo (In ruhig fließender Bewegung); « Urlicht » (Sehr feierlich, aber schlicht) et Im Tempo des Scherzos (Wild herausfahrend).

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De la marche funèbre du début murmurée par le chœur au final saisissant, la symphonie nous transporte dans un espace-temps intemporel entre ciel et terre. La douleur du deuil, les doutes et les angoisses laissent place à l’intime, le spirituel, l’émotion suspendue jusqu’au final bouleversant où Malher laisse entrevoir un espoir, révélant une possible renaissance de l’âme après notre mort.  

Michele Spotti, presque en transe, a offert une direction magistrale d’une élégance et d’une précision millimétrée : puissance dramatique du 1er mouvement, douceur bucolique du 2ème mouvement, montée en puissance des mouvements suivants ponctués de respirations et de silences jusqu’à l’explosion finale. Chaque instrument trouvait sa juste place dans cette architecture musicale monumentale : le chatoiement des harpes, les pizzicatos aériens des cordes, les envolées lyriques post-romantiques des violons contrebalancés par la puissance des cors et la solennité guerrière des cuivres.

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L’orchestre, entièrement dévoué, accompagnait avec ferveur et justesse deux solistes touchantes au sommet de leur art : Aude Extremo (mezzo-soprano) avec son interprétation émouvante de l’« Urlicht » (Lumière Primitive) et Irina Stopina (soprano), dont le duo avec Aude était formidable.

Le chœur, d’une force impressionnante dans « je mourrais pour vivre. Tu ressusciteras », préparé par Florent Mayet, a complété à merveille ce moment intense et rare dédié à ce compositeur longtemps ignoré et pourtant si génial.

Une expérience musicale inoubliable. Un grand bravo à tous et un grand merci à Michel Pastore pour avoir programmé cette œuvre exceptionnelle. Diane Vandermolina.

Vu le 23 novembre à l’Opéra. Avec le chœur et l’orchestre de l’Opéra de Marseille.

Crédit photos : Christian Dresse