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ANNA BOLENA : 23 octobre/2 novembre 2016 à l’Opéra de Marseille
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Anna Bolena ou le drame de l’ambition
Fin octobre, l’opéra de Marseille accueillait en alternance les versions concertantes de deux Opéras composés par G. Donizetti, Maria Stuarda et Anna Bolena, deux reines au destin tragique, la première d’Écosse, la seconde d’Angleterre, toutes deux emprisonnées pour de fausses raisons, exécutées pour une trahison qu’elles n’ont pas commise, la première par la reine Elisabeth 1er (fille d’Anna Bolena et Henri VIII, vieille fille aigrie, jalouse de celle qu’elle considérait comme sa rivale), la seconde par son propre époux (haïssant sa femme de ne pas lui avoir donné de fils et souhaitant se libérer de ses liens pour épouser Seymour, sa maîtresse et dame de compagnie de sa femme) .
Bien moins connu et joué que Maria Stuarda, opéra romantique où le spectateur assiste impuissant à la chute d’une reine digne à la foi inébranlable, Anna Bolena*, drame psychologique, raconte la tragédie d’une femme dévorée d’ambition qui sacrifiera pour une couronne d’épines son amour de jeunesse. Trompée par un époux de sang royal qui la hait et ourdit une machination diabolique pour mieux l’accuser de trahison, en faisant revenir de son exil forcé l’ancien amant de sa femme, Anna Bolena se dévoile être, certes une ambitieuse parvenue à la plus haute fonction, mais également une femme fragile, consumée par le regret, sombrant peu à peu dans la folie.
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Zuzana Markova relève le défi de cette prise de rôle avec brio, interprétant toute en nuance et finesse Anna Bolena, faisant preuve d’une retenue pudique quant aux sentiments de la reine pour Percy ou laissant éclater sa colère lorsqu’elle apprend la trahison de Seymour avant de la pardonner en grande dame. Elle exprime dans son chant, avec souplesse et délicatesse, et dans son jeu magnifiquement esquissé, toute la complexité des sentiments qui animent notre héroïne, notamment lors de son duo avec Percy où luttant contre ses propres sentiments pour son ancien amant, elle tente de le dissuader de l’aimer, lui intimant l‘ordre de se taire, faisant montre d’une froideur d’âme étonnante. Telle la braise ardente sous un lac tranquille, Zuzana, élégante, confère, au personnage d’Anna Bolena, une humanité troublante et attachante : en effet, Anna Bolena n’est pas un personnage à priori aimable. Dévorée par l’ambition et d’un port hautain, elle est, une fois arrivée à ses fins, remplie d’aigreur. Or, Zuzana nous fait ressentir toute la douleur de cette reine déchue, à tel point que nous nous prenons d’affliction pour son sort. La scène de la folie est joliment interprétée par celle qui nous émerveilla dans Lucia Di Lammermoor, deux ans auparavant.
Les autres artistes lyriques de la production ne sont pas en reste tant du point de vue de la diction et de la projection que de la qualité vocale : souffrante, la mezzo-soprano italienne Sonia Ganassi a émerveillé le public marseillais avec son interprétation de Seymour, oscillant entre doute et ambition, et dont l’intensité dans le jeu et la voix sont remarquables : avec aisance, elle offre à entendre de magnifiques duos, notamment avec le roi lorsqu’elle ne sait si elle doit accepter sa couronne, ou encore avec Anna Bolena lorsque cette dernière lui pardonne son infidélité. Possédant une grande maturité dans son chant d’une expressivité étonnante et faisant preuve d’une belle technique vocale, elle nous a régalés et nous avons hâte de la retrouver dans Don Carlo, bientôt à l’Opéra de Marseille! La jolie découverte de cet opéra est sans conteste Marion Lebègue, invitée pour la première à Marseille : elle incarne, avec fraicheur et en train, Smeton, un jeune musicien, amoureux de la reine, crédule et imprudent, aisément manipulé par le roi: son mezzo, plutôt dans les graves, se rapproche du contre alto, et lui permet d’être convaincante dans ce rôle masculin auquel elle prête sa juvénilité et son ardeur. Notre curiosité a bel et bien été piquée ce jour par sa remarquable prestation.
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Mirco Palazzi est un Henri VIII qui, à première vue, aurait pu étonner mais ne vous fiez pas à sa carrure de jeune premier ! Il est fort à l’aise dans ce rôle où le cynisme royal supplante l’amour qu’il porte à la belle Seymour : il se révèle être un excellent Henri VIII et ses duos avec Anna Bolena et Seymour sont superbes. Basse puissante, il fait preuve d’autorité et de fermeté avec une aisance dramatique et vocale que pourrait lui envier le ténor Giuseppe Gipali. Ce dernier, dans le rôle de Riccardo Percy, est un amoureux transi dont la voix au relief chaleureux est ardente et passionnée mais son jeu, hélas trop en retenu, contraste avec celui de ses compagnons. Carl Ghazarossian (Hervey) et Antoine Garcin (Rochefort) sont quant à eux, tous deux excellents et incarnent avec dignité leur personnage. Cette production concertante jouit d’une distribution homogène et équilibrée. Du côté des chœurs, citons le beau travail de direction d’Emmanuel Trenque : les chœurs sont justes et précis.
La direction musicale dynamique et cohérente avec l’œuvre est ici à saluer : Le chef italien, Roberto Rizzi Brignoli, originaire de Bergame comme Donizetti, nous a fait redécouvrir une œuvre souvent décriée par les spécialistes du compositeur qui la considère moins novatrice et moins mature que Lucia. Il a su mettre en relief les belles pages de l’œuvre, notamment l’acmé du premier acte quand la Reine s’évanouit. Sans baguette, il dirige l’orchestre de l’Opéra avec passion, donnant sans frémir le tempo à de magnifiques solos de Harpe ou de Violon, et son corps vibre tout entier au rythme des conflits intérieurs retranscrits dans la partition. Un seul regret, que cet Opéra ne fut montré qu’en version concertante même si cette dernière fut remarquable en tout point de vue.
DVDM
*Cet opéra a disparu longtemps des scènes lyriques jusqu’en 1957 où il fut repris à La Scala de Milan, dans la production de Luchino Visconti, avec Maria Callas dans le rôle d’Anna Bolena. Il n’a pas été joué à Marseille depuis 1990 !
Anna Bolena : Zuzana MARKOVÁ (prise de rôle) / Giovanna Seymour : Sonia GANASSI / Smeton : Marion LEBÈGUE
Enrico VIII : Mirco PALAZZI (prise de rôle) / Riccardo Percy: Giuseppe GIPALI / Rochefort: Antoine GARCIN / Hervey: Carl GHAZAROSSIAN
Direction musicale: Roberto RIZZI BRIGNOLI/ Orchestre et chœur de l’Opéra de Marseille
Coffee or not coffee? Week End festif du MUCEM du 28 au 30 octobre 2016
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A l’occasion de l’ouverture publique de l’exposition Café in,* présentée au Mucem jusqu’au 23 janvier 2017, participez au grand week-end inaugural gratuit qui se déroulera du 28 au 30 octobre 2016 ainsi qu’au Café off où seront proposées conférences, rencontres et autres découvertes-dégustations caféinées dans toute la ville et qui succèderont à cette inauguration festive.
Pour ce Week end placé sous le signe du Café et des cafés, il sera possible de visiter l’expo (une première en France sur ce thème), et ce gratuitement, le samedi après-midi (de 17h à 22h et après, profitez de la vue sur le port des terrasses du Mucem) pour y découvrir une histoire méconnue d’un breuvage aux multiples vertus, venu d’Éthiopie et arrivé en Europe via Marseille, au 17ème siècle.
Sera lancée la première (d’une longue série) « université populaire (entendez gratuite) du café » le 28 à 18h30 au sein de l’auditorium Germaine Tillion du Mucem autour de la thématique de « L’épopée des cafés littéraires du XIXe siècle à nos jours », animée par Gérard-Georges Lemaire, écrivain. Une dégustation littéraire autour des lieux emblématiques ayant inspiré pléthore d’écrivains mais également une dégustation culinaire du fameux breuvage qui rythme notre quotidien. Elle sera suivie de « L’origine des cafés philosophiques » par Marc Rosmini, philosophe, débat animé par Jean-Michel Djian, commissaire de l’exposition Café in, ponctué d’une lecture de Zoé Valdès, écrivain, et de Jacques Bonnaffé, comédien et metteur en scène.
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Le clou de ce Week end est évidemment à 15h la course de garçons de café, célèbre dans le monde entier où de nombreux pays la pratiquent encore aujourd’hui (de Hong Kong à Jérusalem en passant par Tokyo, Buenos Aires et Washington) ! Le principe en est simple : garçons et filles de café parcourront une boucle de 3,5 km entre le Mucem et l’ombrière du Vieux-Port (aller-retour), sans courir, et surtout en veillant à ne pas renverser le contenu de leur plateau. A 17h, dans le hall d’accueil du Mucem, 3 prix seront remis aux vainqueurs de la course :
– 1er prix : 1 vol aller/retour pour 2 personnes à Cuba offert par Air France, et remis par Gérald Passédat
– 2ème prix : machine à café broyeur à grains Slimissimo et blender chauffant Gustissimo Scott
– 3ème prix : 1 cours de cuisine pour 2 personnes par les chefs Gérald Passédat et Pierre Gagnaire.
– 1 prix sera également remis au plus élégant des garçons ou filles de café !
Cette course gratuite et réservée aux garçons et filles de café est limitée à 120 participants. Bulletin d’inscription à télécharger sur : www.mucem.org/fr/evenement/la-course-des-garcons-de-cafe[2] (Retour exclusif par mail : cgcmarseille@gmail.com[3]). Les participants de l’édition 2016 de la course ne repartiront pas bredouille puisqu’ils bénéficieront tous de réductions sur la visite de l’exposition «Café in». Un temps fort cinéma (4/6€ l’entrée) avec la projection de 2 films dans l’auditorium G. Tillion clôturera une journée bien remplie avec à 20h, Garçon ! de Claude Sautet (France, 1983, 1h42 min) et à 22h Coffee and cigarettes de Jim Jarmusch (USA, 2004, 1h36 min).
Avis aux amateurs : le 30 octobre, après-midi culinaire et littéraire à la Friche (accès libre) avec à 16h, aux Grandes Tables de la Friche Belle de Mai, la lecture de l’ouvrage « Le café, histoire, science et hygiène », édité en 1877, écrit par le Docteur Le Plé, lecture réalisée par l’académicien Jean-Christophe Rufin, médecin, écrivain et diplomate. Puis à 17h, suivra une masterclass intitulée « Création culinaire caféinée » par le chef étoilé Pierre Gagnaire, avec la participation de Philippe Geluck (le dessinateur du Chat) et Jean-Pierre Darroussin, à l’issue de laquelle une tombola désignera le privilégier qui pourra déguster le fruit de cette création… Succèdera à cette performance culinaire retransmise en direct sur grand écran, rythmée des illustrations de Philippe Geluck et d’une lecture surprise de Jean-Pierre Daroussin, un débat « Pourquoi buvons-nous du café ? » à 18h avec Jean-Pierre Blanc, directeur général de Malongo, et Frans Van der Hoff, docteur en économie politique et cofondateur du label commerce équitable Max Havelaar, animé par Jean-Michel Djian. Une réflexion autour d’une question simple que nous ne nous posons jamais…
Une mise en bouche festive d’une exposition originale dont nous vous reparlerons bientôt puisque dans le cadre des Café in/ Café off, du 26 octobre 2016 au 23 janvier 2017, le public sera invité à découvrir de nombreux événements culturels au Mucem et dans les rues, les commerces, les restaurants et les cafés de Marseille : rencontres, installations, dégustations, shopping, animations seront au menu de ces cafés off (en entrée libre)!DVDM
*réalisée en partenariat avec la fondation MALONGO (financement d’un tiers du coût de l’expo et prêt d’objets) et le soutien de TECHNICOFLOR (notamment pour la création des arômes de fleur de café, arabica et robusta ainsi que la reconstitution olfactive d’un café ancien)
** Les autres universités populaires du café se dérouleront jusqu’au 21 janvier, avec pour objectif de percer les mystères du café : elles sont organisées à raison d’une université par semaine le vendredi et/ou samedi, au mucem et ailleurs (dans une douzaine de bistrots, brasseries ou musées marseillais), et animées par Emmanuel Moreira (retransmises le samedi à 10h sur radio grenouille). En compagnie de professeurs d’université, d’écrivains, de baristas chevronnés, d’agronomes ou des anthropologues, et autour d’un café, il s’agira de comprendre aussi bien l’origine des cafés littéraires que celle de la cafédomancie ; de parler d’addiction, de génétique ou bien encore de la disparition programmée ou non des cafés avec la multiplication des starbucks et autres coffee shops à l’américaine. Pour en connaître le programme, suivez le lien http://www.mucem.org/fr/evenement/luniversite-populaire-du-cafe[4]
Informations pratiques:
Mucem, J4-Fort Saint Jean (Marseille)
Ouvert de11h —18h sauf le mardi
Pour les rencontres gratuites : Entrée libre dans la limite des places disponibles.
Pour les rencontres payantes : Réservation possible de 9h à 18h par téléphone au 04 84 35 13 13 ou par mail : reservation@mucem.org
« Apaise-t-on le ciel par des assassinats ? » C’est la question que pose Iphigénie, prêtresse de Diane préposée aux sacrifices humains, dans la version lyrique de Gluck (mai 1779, livret de N.-F. Gaillard) au roi Thoas de Tauride qui attend d’elle qu’elle exécute encore deux étrangers pour détourner de sa tête la colère divine. C’est un parfait résumé de la problématique déjà humaniste de l’Iphigénie en Tauride (414-412 A. J. C.) d’Euripide, un plaidoyer contre les sacrifices humains encore admis par les Grecs. L’auteur antique fait dire à son héroïne, sauvée pourtant par Diane du sacrifice en Aulide, mais révoltée en Tauride contre la déesse avide de sang humain :
« J’ai lieu de me plaindre des lois imposées par la déesse […] Les habitants de ce pays, habitués à verser le sang des hommes, ont rejeté sur les dieux leurs mœurs inhumaines, car je ne saurais croire qu’une divinité puisse faire le mal. »
Des hommes mauvais faisant des dieux cruels à leur image, alibi et prétexte de leur inhumaine cruauté. On se souvient de la boutade de Voltaire :
« Dieu fit les hommes à son image : on le lui a bien rendu. »
Mais l’Iphigénie antique rêve de dieux à sa douce image : bons et compatissants. Rêve pieux dont elle fait un inlassable militantisme généreux qui résonne encore aujourd’hui face à la barbarie qui nous assiège et à la terrible actualité d’un Dieu prétendument de bonté altéré de sang profane.
Problème également débattu en ce Siècle des Lumières, aux aspirations généreuses, à travers le mythe d’Iphigénie : sacrifiée en Aulide à ses intérêts politiques par son père Agamemnon pour apaiser Diane et avoir des vents favorables contre Troie, sauvée in extremis par la déesse lui substituant dans un nuage opaque une biche (comme Abraham arrêté par un ange au moment où il allait sacrifier son fils à la demande de Dieu qui le remplace alors par un bouc), Iphigénie, sera elle-même contrainte de perpétuer, à son corps défendant, les sacrifices humains à Diane dans une Tauride barbare.
Le mythe d’Iphigénie, remis en scène par le classicisme de Racine dans son Iphigénie en Aulide (1674), traduite en italien en 1707 à Venise par Pietro Riva, avec le pendant de l’Ifigenia in Tauris de Jacopo Martello en 1709, passant du théâtre parlé à l’opera seria, devient l’étendard des réformes lyriques de l’aube du néoclassicisme avec l’Ifigenia in Aulide du réformateur Apostolo Zeno, à Vienne en 1718. Les versions lyriques de la tragédie ne vont plus cesser jusqu’à la fin du siècle, dont une aussi de 1779 à Naples mise en musique par l’Espagnol Martín y Soler, futur triomphateur de Mozart à Vienne. Le Viennois Gluck, avait déjà refusé à Paris un premier livret français en 1776. Ainsi, lorsque Goethe donne son Iphigenie auf Tauris en avril 1779, la fille d’Agamemnon et Clytemnestre, sœur d’Électre et d’Oreste, Iphigénie est un sujet, un texte à la mode, prétexte esthétique et éthique aux réformes néoclassiques du théâtre —et des mœurs moralisatrices depuis Rousseau, à dix ans de la Révolution française.
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RÉALISATION ET INTERPRÉTATION
Et pourtant, bien datée en son jeu et enjeux, cette pièce, si l’on excepte les généalogies mythiques qui, même bien précisées d’abord en voix off puis en texte, passent, hélas, au-dessus de la tête d’une grande partie du public aujourd’hui acculturé en la matière, n’a pas pris une ride. Gageure gagnée de Jean-Pierre Vincent ramant à contre-courant de la facilité culturelle, en général, du théâtre aujourd’hui. D’autant que, sans forcer la note, sa lecture nous en livre une modernité d’une terrible acuité actuelle.
Sur fond de pré verdoyant (ou de mer ondoyante ?) mais avec un horizon en plan incliné, un arbre découpé en silhouette symbolise le bois sacré ; une chaise paillée d’un bleu grec contemporain (?) ; à jardin, un rocher, la nature brute stylisée et, à cour, des éléments d’architecture antique, une colonne brisée, une ébauche d’hémicycle en trois degrés, et, presque centrale, une table, moins de la civilisation que de la brutalité barbare des hommes : un autel de sacrifice du temple de Diane (décor de Jean-Paul Chambas). Sobre scénographie aux lumières dramatiquement expressives, d’aube à nuit, jour doré, en passant par des crépuscules somptueux (Benjamin Nesme). Sur cette épure classique du lieu unique, la pureté d’un jeu à cinq où la parole, la rhétorique antique réassumée par Goethe, sera maîtresse, jamais parasitée par une gestique excessive.
D’abord, en chiton blanc, tunique traditionnelle, écharpe suspendue par une fibule à l’épaule gauche, paraît Iphigénie (Cécile Garcia-Fogel), brune, cheveux courts, grand yeux : dans ses gestes, dans sa grâce, ses mouvements graciles, c’est une vive biche humaine en laquelle Diane la transforma pour la sauver du sacrifice à Aulis, et la douceur mélodieuse de sa voix, loin de la déclamation tragique, rend plus évidentes et terribles les choses qu’elle dit et dira. D’abord, l’inégalité entre hommes et femmes :
« Je ne querelle pas les dieux ; mais la condition des femmes est pitoyable. A la maison comme à la guerre, c’est l’homme qui règne. […] À lui la joie de posséder, à lui la couronne de la victoire ! »
Elle ne met pas, en apparence, les dieux en procès mais c’est déjà l’interpellation d’une révoltée qui ne se résigne pas à l’ordre immonde du monde. La clémence dont elle fait preuve en éludant les sacrifices rituels contre les étrangers, ayant même, par sa douceur, gagné l’amour du roi Thoas attendri dans sa rigueur et l’amoureuse affection de son conseiller Arcas, est une mission civilisatrice de la femme face à la sauvagerie de l’homme. Exilée comme autant d’autres aujourd’hui sur un rivage étranger, dans l’exil aussi d’une mission sacrificatrice qu’elle exècre, elle use de son pouvoir pour sauver des vies, mettant et misant la sienne dans l’utilité de l’action :
« Une vie inutile est une mort avant l’heure. »
Face au plaidoyer d’un Arcas aussi massif que tendre et délicat devant elle, dont la voix et l’attitude protectrice et respectueuse sont gagnées de cette douceur contagieuse (Thierry Paret), qui la rassure sur son utilité, elle rétorque par une maxime généreuse d’une grande âme toujours insatisfaite en sa mission : « ce qui a été fait » n’est rien en regard de ce qui reste à faire. Magnifique leçon humaine d’une frêle jeune femme face aux dieux injustes et aux hommes despotiques, grandeur d’une leçon en langage clair et voix toute simple, qui ressortit, cependant, à la rhétorique antique du sublime revenue en force, dans tous les arts, au Siècle des Lumières —qui a aussi ses ombres comme la misogynie de la lumineuse Flûte enchantée maçonnique d’un Mozart contemporain.
Affublé d’un manteau rouge, lesté d’un clinquant collier barbare sur un pourpoint noir, épée à la main, le roi Thoas, voix grave, noble et redoutable allure (Alain Rimoux), voit son élan, pourtant amoureux, brisé sur le roc fragile de l’inébranlable jeune fille. Posée sur le rocher comme un oiseau solitaire les ailes de ses bras autour de ses jambes, accroupie telle une pauvre petite fille apeurée, puis grandie sur le piédestal d’un degré, elle opposera à la volonté de mariage d’un roi absolu toutes les ressources de la mètis, la ruse, arme des faibles, déclinant alors son identité, déployant avec toutes les ressources de la rhétorique des affects, l’horreur irrémissible et rédhibitoire de sa généalogie impie et abominable de Tantale à Pélops, de Thyeste à Atrée, affrontée aux dieux puis confrontée en famille aux pires instincts meurtriers, festins cannibales de neveux servis en repas au père, et la malheureuse ignore encore le régicide d’Agamemnon son père par sa mère et le matricide de son frère Oreste. Une malédiction, dirait-on aujourd’hui, génétique. Non posée transparaît la question du libre arbitre : échappe-t-on au déterminisme familial (des gènes), social (prêtresse sacrificatrice), ethnique ( Grecque en Tauride) ?
On comprend, à cette longue tirade sur la monstruosité des hommes, débitée d’une si douce voix par l’actrice, que Freud ait découvert, dans la tragédie grecque, où les pires horreurs sont dites et jamais montrées, jamais commises, le pouvoir libérateur de la verbalisation, de la parole humaine : la parole sur le crime et non la répétition de l’acte meurtrier.
Une dynastie qui a fait du fratricide une tradition familiale, dira plaisamment le blond, juvénile, fringant et chaleureux Pylade (Pierre-François Garel), manteau XVIIIe siècle (costumes, Patrice Cauchetier) à un Oreste sombre, mal rasé, hirsute (Vincent Dissez), détruit par son crime contre sa mère, couverture ou reste d’exomide, manteau grec loqueteux sur le dos, tel un émigré naufragé des temps modernes. Le fidèle Pylade aura beau réconforter le frère d’Iphigénie au nom de leur amitié-amour entre hommes à la grecque, prodiguer les sages paroles apaisantes (« On hérite la bonté de ses parents, non de leur malédiction »), l’homme fatal poursuivi par les impitoyables Érinyes poursuit son inlassable cauchemar culpabilisant qui fait frémir certains spectateurs, mais dont l’inculture mythologique du public s’amuse, d’autant que son élocution outrée, causée par le délire, est la seule qui déroge à la noble simplicité des autres personnages raisonnables et raisonneurs. Le couple, dont le contraste est bien mis en valeur apporte un élément presque humoristique au spectacle, Pylade lumineusement persuasif et Oreste hystérique, forcé à l’excès par les Furies.
On admire la fluidité des entrées et sorties des personnages avant et après la rencontre, le conflit se nouant sur le refus du mariage par Iphigénie et le refus du roi humilié de poursuivre la trêve dans les sacrifices, la renvoyant à son devoir de prêtresse de sacrifier les deux étrangers, dont le suspense lui fait ignorer l’identité que nous connaissons.
Aristote considérait que le passage d’Euripide où Iphigénie découvre enfin l’identité de son frère au moment où elle va le sacrifier était la plus belle scène de reconnaissance du théâtre grec. Chez Goethe, elle sera étalée, donnant lieu à d’autres péripéties, dont la tentative d’évasion des trois Grecs. Mais le Siècle des Lumières, comme dans l’opera seria n’aime que le lieto fine, le happy end. Thoas, sans doute civilisé par la femme douce qui le traite en père sinon en époux, entrant dans la lignée du despote éclairé, de ce « Turc généreux » de tant d’autres pièces ou opéras, aura la générosité de laisser partir, avec la femme qu’il aime, les deux amis grecs qui, au terme d’une sorte de mission commando en terre ennemie, rapporter à Mycène le vivant trophée qui arrête enfin la malédiction divine sur des hommes libres rendus à la terre, sainement émancipés des liaisons dangereuses avec les puissants :
« La race des mortels est trop faible pour supporter sans danger la fréquentation des dieux. »
Belle leçon encore, politique maintenant, de cette si belle Iphigénie.
Benito Pelegrín
Marseille, Théâtre du Gymnase
14 octobre
Iphigénie en Tauride de Goethe
Texte français de Bernard Chartreux et Eberhard Spreng ;
Mise en scène : Jean-Pierre Vincent
Dramaturgie : Bernard Chartreux ;
Assistanat à la mise en scène et à la dramaturgie : Frédérique Plain, Léa Chanceaulme ;
« Approche Bertrandou, le fifre ancien berger et joue ces vieux airs du pays aux doux rythmes enchanteurs, dont chaque note est comme une petite sœur… » Edmond Rostand parlait de la Gascogne. Mais ses propos vont parfaitement au concert exceptionnel et unique que nous a offert l’ensemble Kéram, sous l’égide du CEDCA Tivoli le 22 octobre.
« Merci Maestro » rendait hommage à Khatchadour Avedissian à l’occasion du 20ème anniversaire de sa mort. Son fils Mickael a fait le voyage de Los Angeles avec sa baguette de chef. Au programme du grand auditorium de la faculté de médecine, le fameux oratorio du maestro composé de sept mouvements dédié à la mémoire des victimes du génocide des Arméniens. Quarante minutes de pur bonheur où sous les mélopées caucasiennes, les auditeurs découvrirent l’étonnant mélange des sonorités du doudouk, kamantcha, kanoun, dehol, oud, târ mais aussi plus rares, les sonorités du pampir, du kamani et du santour.
crédit photo François Allard
Les chœurs n’avaient rien à envier aux plus grands professionnels et les solistes s’en donnèrent à cœur joie dans la deuxième partie composée d’une sélection des plus célèbres œuvres du compositeur, avec le marseillais Nicolas Mazmanian à la baguette. Trois solistes se succédèrent en un pot-pourri tantôt mélancolique tantôt d’une folle gaieté malicieuse. A l’image d’un peuple pour qui la musique a toujours été une expression artistique privilégiée. Et pour qui la musique n’a pas de frontières.
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SOL Y SOMBRA
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Ombre et soleil de l’Espagne dans la voix de Béatrice Uria-Monzon et la complicité d’un trio remarquable, piano (Jean-Marc Bouget), violon (Christophe Guiot), violoncelle (Jean Ferry), brodant, tissant une somptueuse mantille musicale autour d’elle. Tout un programme de musique espagnole car, à part la « Chanson bohème », la séguedille de Carmen, musique de Bizet mais rythme typiquement hispanique, la habanera du même opéra qui ouvrait le concert de la plus grande Carmen de sa génération, est un emprunt que fit le compositeur à l’Espagnol Sebastián Iradier, auteur de la célébrissime Paloma, en reprenant, pratiquement in extenso, son duo humoristique et sensuel El arreglito.
Comme on tire un rideau pour découvrir un tableau ou une affiche illustre, le trio ouvre littéralement le concert par l’ouverture de Carmen adaptée à leurs instruments : elle paraît, dans une robe rouge exaltant son teint de brune, et, comme dans un concert rock ou jazz, ou même autrefois dans les opéras en Italie, le public, irrespectueux pour ces beaux musiciens en pleine musique, applaudit la star.
Elle se lance dans la « Habanera », son début, et sa fin, son bis, même couplé malicieusement et « sororalement » avec « La gitana » de José Serrano, gitane de zarzuela, sera la séguedille de cette même Carmen : comme une identité lyrique et scénique revendiquée, assumée, mais manière subtile, me semble-t-il, d’enclore et dignifier ce concert espagnol sous les auspices de Bizet dont la Carmen, pour française qu’elle soit, n’existerait pas non seulement par le sujet, mais par la musique espagnole à laquelle elle doit son inspiration dans nombre de pages des plus expressives, non seulement habanera et séguedille mais aussi le magnifique prélude du dernier acte, génialement puisé dans un polo du fameux Manuel García (1775-1832), père de la Malibran et de Pauline Viardot, chanteur, interprète et collaborateur de Rossini, compositeur de quarante opéras, qui fixe déjà les couleurs de la musique espagnole dans des tonadillas et un grand nombre de chansons fort fréquentées dans une France férue d’Espagne depuis le romantisme et le règne de l’impératrice espagnole Eugénie de Montijo.
Il y a quelque chose d’émouvant à sentir cette grande Carmen franco-espagnole, plonger en Espagne, approfondir dans ce concert ses racines espagnoles, paternelles. Comme une introspection ? On dit, d’étrange façon, langue « maternelle », de ‘la mère’, pour la langue de la « patrie » qui serait le ‘pays du père’. Ici, Béatrice, avec je dirai respect, et beaucoup de pudeur, entre dans ce répertoire de la culture paternelle qu’elle fait sien par droit sinon du sol, du sang, quand le talent suffit à légitimer le choix d’un grand interprète. Mais, on pardonnera la réception forcément subjective de ce concert, je trouve, dans ce vaste programme, comme une exploration personnelle, sensible, sans doute assez secrète mais qu’elle nous fait partager un peu, de la chanteuse qui s’inscrit aussi dans la lignée des grandes cantatrices espagnoles familières de ce répertoire. Elle ne fait pas non plus que chanter : quand ses partenaires jouent, ensemble ou en solistes vraiment merveilleux, elle ne quitte pas la scène, elle vit avec eux leur musique, sa musique. Qu’elle servira avec la même dignité que sa Carmen, sans faire de l’Espagne une espagnolade, loin des redoutables interprétations ultra coloristes de notre couleur locale.
Du grand compositeur pianiste Enrique Granados (1867-1916), mort tragiquement en mer de retour de la création triomphale à New-York de son opéra Goyescas tiré de sa fameuse suite pianistique inspirée des tableaux de Goya, elle nous offrira quelques Tonadillas, encore d’inspiration XVIIIe siècle. Elles prennent source et nom de ces innombrables saynètes satiriques très brèves, de vrais trésors, mêlant chant et danse typiques et texte, mettant en scène en général une piquante maja, élégante du peuple de Madrid, se jouant malicieusement des majos galants et des petits-maîtres sophistiqués à la française, époque encore joyeuse du Siècle des lumières peinte encore par Goya dans ses lumineux et humoristiques cartons de tapisseries. De la collection de Tonadillas (1910), mais réduites à des airs, seules trois d’entre elles gardent l’esprit badin original : « El tra-la-la y punteado », « El majo tímido » et « El majo discreto », que Béatrice Uria-Monzon chante avec la grâce primesautière et la légèreté qu’il convient : solaire. Les trois Majas dolorosas, tout en s’inspirant toujours de l’univers des majos de Goya, sont un basculement nocturne qui est déjà celui de l’opéra Goyescas, d’un néoromantisme morbide avec la mort inacceptable en rendez-vous et le lancinant souvenir du bonheur perdu : ombre et deuil. La grande voix de la chanteuse se déploie sur deux pleines octaves d’un grave extrême (fa) à l’aigu déchirant de douleur avec le sens dramatique qu’on lui connaît, la beauté pianistique égrenant, perlant de larmes, déroulant le voile noir de la mélancolie (« De aquel majo amante… »). Grâce mélancolique encore que la fameuse pièce « La maja y el ruiseñor », poétiques confidences amoureuses que la belle à son balcon ou sa reja, sa fenêtre grillée, en l’absence de l’amant, adresse au rossignol qui s’ébroue dans les feuilles, dont les doigts délicats de Jean-Marc Bouget font sentir le bruissement, farfouillis feutré de feuillage, les battements d’ailes, les trilles ailés de l’oiseau fondus enfin dans le silence rêveur.
Avec Manuel de Falla (1876-1946) et ses Siete canciones populares, la musique espagnole folklorique fixée déjà grâce aux Tonadillas escénicas du XVIIIe siècle, à Manuel García, répertoriée, codifiée, dans sa vaste variété par Felipe Pedrell à la fin du XIXe, retrouve dans ces chansons des racines authentiques du peuple, rythme, couleur et textes poétiques, dans la traditionnelle inspiration populaire de la musique savante. Écrites sur des coplas, quatrains octosyllabiques assonancés aux vers pairs, héritage du romancero, sur lesquels s’est bâti pratiquement tout le folklore hispanique, de la Péninsule à l’Amérique latine, c’est un parcours musical synthétique de l’Espagne, qu’on réduit abusivement à l’Andalousie. Deux des trois chansons choisies par la chanteuse viennent du sud : « El paño moruno », réécriture d’un thème populaire andalou, cruelle métaphore de la femme déshonorée, avec un piano virtuose ostinato imitant le rasgueado et le punteado de la guitare, arpégé et pointé du flamenco, et la « Seguidilla murciana », véloce séguedille de Murcie, implacable rythmique à l’impeccable rendu dans ses triolets et mélismes. La « Jota » a l’arrogance drue et drôle de l’Aragon. Mais c’est à la voix tendre du violoncelle émouvant de Jean Ferry qu’est dévolue la cantilène mélancolique de l’«Asturiana», d’une région à la musique plus mélodique que rythmique, où les nets contours ibériques se teintent de brume celte jusqu’au Portugal, et Falla fait passer en finesse l’évocation bleutée de la gaita, la cornemuse du nord-ouest de l’Espagne, horizon vaporeux de nostalgie. En vif contraste, la célèbre « Danse du feu » de l’Amour sorcier est un grand moment instrumental qui transporte et soulève le public avec ces derniers accords tranchés inexorables.
Jesús Guridi (1886-1961),prolifique compositeur proche de Vincent d’Indy, Basque, est présent dans ce panorama péninsulaire par trois des Seis canciones castellanas (1939) : sécheresse rythmique héroïque avec une montée par demi-tons, « Llámale con el pañuelo », « ¿Cómo quieres que adivine ? », sorte de joyeuse dynamique séguedille castillane et, en contraste de rythme et couleur, « No quiero tus avellanas », climat mystérieux avec la transparence cruelle, comme l’eau de la fontaine, de la lucidité sur la fugacité des serments d’amour, beau phrasé d’une voix planant lentement, suspendue sur la pudeur contenue du chagrin.
La seconde partie s’ouvrait somptueusement avec le premier mouvement du Trio N°2 en si mineur, opus 76 de Joaquín Turina (1882-1949), qui mérite d’être entendu en entier. Côté vocal, Turina, intégrant les mélismes du flamenco stylisés, illustre la grande mélodie de salon, très lyrique, comme en témoigne son Poema en forma de canciones, aux coplas du poète savant Campoamor qui mériteraient d’être qualifiées de populaires tant il retrouve la sève du peuple. Uria-Monzon en interprète quatre toujours dans un subtil alliage et contraste de couleurs, de rythmes et de tempi, dont les virtuoses « Cantares » aux sauts périlleux, à la tessiture tendue, et aux vocalises flamencas qui doivent beaucoup au Baroque, ou le contraire.
Fernando Obradors (1897-1945) est un autre de ces compositeurs sous la chape franquiste qui, coupés de la musique moderne européenne honnie par le fascisme, non exilés comme Falla, soit cultivent la veine andalousiste fomentée par le régime comme Turina, soit se tournent comme Rodrigo vers le passé idéalisé, idéologie officielle, d’une Espagne en son sommet du Siècle d’Or. Ses Canciones clásicas españolas (1941), sont, en gros, des coplas du véritable trésor que sont aussi les villancicos, ‘villanelles’populaires des XVIe et XVIIe siècles dont texte et musique se sont transmis oralement par les Cancioneros jusqu’à leur captation par Pedrell. Il est vrai qu’avec une touche respectueuse, Obradors les harmonise et en fait de petits joyaux lyriques et poétiques et Béatrice les sert avec une délicatesse vocale souriante (« Aquel sombrero… »), rêveuse (« Con amores, la mi madre… »), ou irisée de rêverie sensuelle (« Del cabello más sutil… »), mais il y a aussi l’humour du fameux « Vito » (XVIIIe siècle), la virtuosité flamenquiste des « Coplas de Curro Dulce » (XIXe). Quant à la délicieuse vignette orientalisante des « Tres morillas de Jaén », il faut rendre hommage alors au traditionalisme espagnol puisque texte et musique en sont attestés au XVe siècle, à la fin de la Reconquista, et cette forme poétique, un zéjel, un tristique monorrime (rimes par trois, une autre rime sur une note servant le retour du couplet) remonte au IXe siècle et l’on en connaît même l’auteur, le Ciego de Cabra, ‘l’Aveugle de Cabra’ !
Du compositeur Edouard Toldrá (1895-1962), puissant animateur de la vie musicale à Barcelone, auteur de nombre de mélodies en catalan, il appartiendra, dans un équitable partage des instruments solistes, au violon ailé de Christophe Guiot de nous faire découvrir et goûter son Cuaderno.
Enfin, on apprécie que Béatrice Uria-Monzon avec charme, humour, serve la verve et la veine de la zarzuela, répertoire d’une immense variété lyrique, avec les irrésistibles carceleras de Las hijas del Zebedeo de Chapí, et la liberté de l’air de Paloma de Barbieri, très grands compositeurs dont la gloire est si grande pour les Espagnols qu’on se passe de leurs prénoms. Et on rêve de la voir, de l’entendre, arrachée un peu aux grands rôles tragiques qui vont à l’ombre de sa voix, rendue à l’éclat solaire d’une Carmen espagnole sans tragédie : dans la joyeuse zarzuela.
Bref, oui, il aurait fallu être plus long pour rendre mieux compte de ce riche et ambitieux récital auquel on sait gré de l’image musicale d’une vraie Espagne sans caricature, par une chanteuse habituée des grandes scènes mais qui fait scène unique de chacune des mélodies : toujours différente et égale à elle-même.
Un concert très équilibré, la Diva la moins diva qui soit ne tirant pas toute la couverture à soi mais laissant largement le champ, le chant dira-t-on, aux voix du violoncelle, du violon et du piano, tous merveilleusement chantants.
Benito Pelegrín
Sol y sombra
Opéra Grand Avignon
8 octobre
Béatrice Uria-Monzon, mezzo-soprano ;
Christophe Guiot, violon ;
Jean Ferry, violoncelle ;
Jean-Marc Bouget, piano,
de l’Opéra National de Paris
Bizet, Granados, de Falla, Guridi, Turina, Obradors, Toldrá, Chapí, Barbieri.
Hero Festival 2016: Les Héros ont toujours la côte !
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Du 12 au 13 novembre, du matin jusqu’au soir, au Parc Chanot (Marseille), le public est invité à vibrer à l’unisson sous les bannières de leur héro préféré à l’occasion du Hero Festival, créé par Annabelle et Marc Lefèvre à destination des passionnés de BD, jeux vidéo, ciné et séries.
Préambule
Le déferlement de films sur les héros avec la sortie récente de Suicide Squad, cette bande de méchants enrôlés pour une mission héroïque, ou encore du prochain Wonderwoman, et la multiplicité des séries TV reprenant les héros de DC Comics et Marvel, avec l’Agent Carter, dernière en date, sont le signe d’un retour en force depuis quelques années des Héros. Pourquoi cet engouement pour ces êtres aux pouvoirs surhumains et/ou aux capacités physiques extraordinaires, souvent nés à l’époque de la guerre froide ou de la seconde guerre mondiale, citons Electra des X-men ou encore Captain America, l’un des Avengers? Il semblerait qu’à une époque où notre monde est en crise, chacun de nous, en proie au doute et à l’incertitude, cherche un peu de réconfort dans ces fantaisies mettant en scène des êtres loyaux, bons et garants de la paix mondiale. Car au-delà de l’aspect à priori superficiel des combats souvent manichéens entre le Bien et le Mal, la complexité de ces héros soumis à des dilemmes cornéliens, tiraillés entre désir et devoir, volonté et libre arbitre, en fait d’excellents sujets de réflexion philosophique à l’image des Dieux de l’Antiquité.
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Le festival des Héros au concept novateur explore ici toute la diversité de ce monde imaginé qu’il vienne du Japon, des Etats Unis ou d’Europe !
Un salon transgénérationnel et multi générationnel qui se renouvelle d’année en année
Doté d’un espace de salon étendu avec « des allées plus larges pour les poussettes » précise Marc (13000m2 en intérieur répartis entre le Hall 1 et 2 et 7000m2 en extérieur avec le village médiéval reconduit) et d’un espace restauration (de 14 stands) amélioré pour satisfaire au mieux aux souhaits d’un public venu en nombre lors de la précédente édition (30 000 festivaliers !), le HERO FESTIVAL, 3ème édition, attend 40 000 visiteurs sur les deux jours du salon à venir, avec « possibilité de parking de 2000 places dans l’enceinte du parc et, pour d’évidentes raisons, sécurité renforcée » explique Annabelle.
Cette saison 3 s’annonce riche en nouveautés avec une exposition de voitures de 5 à 6 séries et films cultes américains (dont la fameuse KIT de K2000 et la véritable Doloréan de retour vers le futur) prêtés par des propriétaires privés passionnés associés au salon et son campement US Army 1944 sur la terrasse US. Les amateurs du genre pourront également redécouvrir les vaisseaux de Star Strek à l’occasion des 50 ans de la série ! Côté animation, le Week end donnera lieu à des défilés de Cosplay et de body painting ainsi qu’à une séance de graff en live : le dimanche, à l’issu du Concours Cosplay, sera sélectionné un représentant de PACA pour participer à la finale de la coupe de France du Cosplay au Toulouse Game Show 2017, avis aux amateurs. Un Hero-fabrik, atelier créatif dédié, sera installé au cœur du salon qui explorera cette année le réel et le virtuel, avec des animations en réalité virtuelle. Sera également mis en place un studio tv avec enregistrement en live des temps forts du festival et interviews des personnalités présentes sur la place par le marseillais Bob Le Gob.
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Néanmoins, fidèle à sa ligne directrice originelle, la scénographie du festival (ci-dessus) permet de (re)découvrir les univers Amérique, Europe et Asie.
Suivez la visite guidée des espaces Krypton avec son village Star Wars (à noter, la possibilité d’apprendre l’art du sabre laser avec Andrew Lawden, un professionnel en la matière), son espace comics (avec cinq invités de marque dont l’espagnol F. Dagnino connu pour sa contribution dans les numéros de Suicide Squad ou B. Chang travaillant actuellement sur Batman Beyond) et sa scène ; Brocéliande avec la venue des acteurs de la web série pour geeks les « noobs » dans l’artist alley, son village steampunk et ses jeux ou encore son monde des mini héros (dédié aux 3-8 ans où sera inaugurée la formule Hero Birthday) qui permettra aux moins de 13 ans de découvrir les offres kids de l’OM (rencontre jeunes/joueurs de foot) ; et Konoha avec ses animations autour de l’art martial au cœur du Hero Dojo (100m2 de tatamis) et ses rencontres/conférences/dédicaces (à noter, la venue du chanteur JMA Kabeya, interprète du générique des Pokémons dont c’est le 20 ième anniversaire !).
A ces trois espaces, se rajoute l’espace « ludopolis » dédié aux jeux (retrogaming, new gen, jeux indé) avec une mise en avant du e-sport (et ses compet’ de foot’ et formule 1) et des invités exclusifs (héros du web et famous youtubers), ses tournois et autres réjouissances pour accros de la manette. La nocturne, quant à elle, fera la part belle aux génériques TV sur la grande scène!
Vous l’aurez compris, le festival s’enrichit de propositions d’année en année : il sera également prolongé au Centre Commercial Avant Cap (Plan de Campagne) du 9 au 24 décembre dans le cadre du Noël Fantastique proposé. A vos agendas et venez déguisés ! DVDM
Infos pratiques : Parc Chanot, 12 et 13 novembre, dès 10h
Tarifs de 8 à 60€ selon les billets et pass choisis (participation offerte à des tournois payants pour les billets HeroGames)/ gratuit pour les – de 7 ans
Traversée poétique au cœur de la vie d’Honorine dans le Vrai Marseille
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LA VRAIE VIE D’HONORNE
De et avec Edmonde Franchi/ Compagnie Cocktail théâtre/Mise en espace : Gabriel Cinque/Son et lumières : Frédéric Peau
Présenté au Toursky, salle Léo Ferré 16, passage Léo Ferré – 13003 Marseille (du 4 au 8 octobre 2016)
A voir ou revoir à St Estève Janson, le 18 novembre à 21h, salle des fêtes, gratuit sans réservation
Préambule
Il existe des artistes dont nous ne pouvons qu’apprécier et aimer le travail à moins d’être un agélaste totalement dénué d’humour et insensible au plaisir que provoque un éclat de rire. Il en est de même des personnes dont la générosité tant sur scène que dans la vie est si éclatante qu’elle nous fait oublier la morosité dans laquelle est plongée notre société rongée de tant de maux.
Et j’avoue qu’Edmonde Franchi fait partie de ces personnalités à la fois drôle et émouvante, sensible et poétesse dans l’âme que j’affectionne particulièrement : c’est ainsi, toujours avec grand plaisir, que nous allons voir les dernières créations de sa compagnie bien nommée Cocktail Théâtre, d’autant plus qu’elle signe de sa main des textes aux accents marseillais, joliment ciselés et finement écrits, ayant nécessité des heures et des heures de recherche et de travail, qu’elle interprète avec sa verve sans pareil sur scène, joignant le geste à la parole avec une grande justesse, sans exagérer ni l’accent ni le vocable, ni la posture ni l’attitude.
Edmonde Franchi, prononcez-le à l’italienne, pratique l’humour, oui, mais pas cet humour à trois sous qui ne dépasse guère le dessus de la ceinture, de l’Humour avec un grand H, un humour où poésie et rire s’entrelacent sur fond de critique sociale, mais une critique tendre, affectueuse, des travers de notre ville et de sa population bigarrée, loin de la pagnolade en dépit de ses nombreuses références faites à Pagnol.
Honorine, quand tu nous tiens !
Détournant les clichés dont nous affublent les estrangers parigots, à l’image de celui de la poissonnière qu’elle incarne dans « la vraie vie d’Honorine » présentée en octobre au Toursky, Edmonde Franchi réussit ici un tour de force. S’inspirant d’un personnage trivial et pittoresque bien connu des crèches provençales, elle évite, tout en en jouant, de tomber dans la caricature simplette de la poissonnière avec un jeu tout en finesse et sobriété : au travers de son récit, elle rend hommage à notre ville et à ses habitants!
Honorine, poissonnière de son état, maman d’une belle plante (Stéphanie, sa « patchoulette », convoitée par le tenancier d’une boutique jouxtant le port), abandonnée par son mari (Louis) pour une « cagolette » de 20 ans plus jeune (la « counasse » sans vouloir être vulgaire), a été choisie par la télévision parisienne (et « j’ai pas couché pour ça », précise-t-elle à toute fin utile) pour parler de son métier, de sa vie et de sa ville : Marseille. A quelques pas de son banc de poisson, sur le Vieux Port, assise sur une caisse en bois, un parasol bleu la protégeant du cagnard marseillais, des projecteurs lui brûlant la face, voici Honorine, femme aux formes généreuses et à l’air jovial, au déhanché bonhomme, vêtue d’un châle style Souleiado, son bonnet blanc fiché sur la tête et un petit tablier gris couvrant en partie sa jupe bleue nuit.
Un personnage et une langue
crédit photo : Jean Louis Thorel
Honorine, elle est bavarde (« une vraie bazarette avec la langue aussi pendue que son poisson est frais ») et n’a de cesse de raconter anecdotes sur anecdotes, toutes plus croustillantes les unes que les autres, imitant avec talent ses amies poissonnières (citons Maria, l’italienne et son sempiternel lamenti dès que son mari s’en va pêcher avec son « sono disgraziata » pleureur répété à l’envi ; ou encore la portugaise et ses récits improbables ponctués de « che » en lieu et place des « s »). Nous apprenons que la pauvre Fernande lave son poisson à la javelle et le plonge dans le gasoil pour qu’il ait l’air d’être du jour, n’ayant plus de mari pour aller chercher le poisson à la Criée ; que Mme Santelli, surnommée Pomponette en référence à la chatte de « la femme du Boulanger », trompe son mari « de longue » ; que le mari de l’espagnole, jaloux et macho, est un pied niquelé malchanceux avec sa « barcasse » ou son pointu pour user d’une langue plus châtiée… Edmonde nous dépeint avec vérité et gouaille tout un petit monde haut en couleur (avec sa population venue de toute la Méditerranée) qui cohabite sans trop de heurts, une particularité marseillaise, dans un parler marseillais chamarré, empruntant au Provençal et à l’Italien certaines de ses sonorités et expressions.
Sans dévoiler toutes les trouvailles du texte tant il est riche d’un parler marseillais parfois oublié des marseillais eux-mêmes (avec ses verbes : espancher, esquicher, péguer, guincher, engatser, escagasser), citons ici quelques expressions savoureuses, notamment lorsqu’Honorine parle des aixoises, les « passuguettes, ces blondes avec leur accent jambon », ou encore des bourgeoises liftées avec leurs « têtes de poisson suceur et leur bouche en cul de canard ». A ces expressions imagées et cocasses, se rajoutent des tournures de phrases typiquement marseillaises où le pléonasme est roi « il pleut là où ça mouille ». Entre deux galéjades (« comment il s’appelle mon poisson ? Il est mort tellement vite qu’il n’a pas eu le temps de me le dire ! » dit-elle à une cliente huppée en se moquant), Honorine nous assène quelques petites vérités bien senties « à Marseille, on croit à la Bonne Mère, c’est une maman, mais on ne croit pas au Petit Jésus », « la propreté, c’est l’honneur des pauvres disait la grand-mère ».
Entre critique sociale et poésie
crédit photo : Jean Louis Thorel
Autre réalité qu’elle dépeint, c’est le fini parti des éboueurs (et de certains éboueurs qui laissent plus de « bordilles » dans la rue que dans leur camion), ou encore la prolifération des touristes, ces « envahisseurs » qui posent pleins de questions mais n’achètent jamais rien en dehors des « attrapes couillons» des magasins du port avec « leurs savons de Marseille made in china » et leurs cigales (d’ailleurs, « pour vendre du poisson, il faut être polygame, parler 3 langues »). C’est une habille façon de parler de Marseille sous un jour moins flatteur mais véridique (hélas) car Marseille, ce n’est pas que la ville cosmopolite avec ses habitants prétendument accueillants affichant tout sourire leur joie de vivre : Marseille est complexe, paradoxale et contradictoire à l’image d’Honorine. Cette dernière, sous son air souriant et ingénu (un peu dans le genre ravi de la crèche), peut en même temps jeter un regard aussi « noir que de l’encre de seiche » à un touriste allemand mauvais payeur et dans la même journée, le cœur sur la main, sans en faire des gorges chaudes, offrir à une veuve sans le sou les invendus de la matinée. La critique pousse jusqu’au clientélisme encore vivace qui mine la ville quand Honorine parle de ses beaux-parents entrés à la Mairie par piston et connaissances.
Elle use certes d’un langage fleuri lorsqu’elle décrit « le Petit Jésus, (…) rose comme un cochon de lait avec son petit bicounou » ou évoque le chichi frégi (« pour se manger le chichi, il faut avoir la gargamelle bien accrochée », un double sens qui n’a pas échappé au public venu ce soir-là), voire le vent (quand il y a un « zef à décorner un cocu », on a « la favouille qui siffle »). Néanmoins, en dehors des tafanaris et pétadous ou autres raies, le texte regorge de belles expressions : sur les jupes courtes et serrées des cagoles qui laissent voir « la nature et le fondement » (on pense à Courbet et à son origine du monde) et de moments forts poétiques, notamment le final lorsqu’elle relate avec délectation et joie infinie leur sortie sur le quai du port, entre femmes (ses amies poissonnières), avec un bon rosé et des victuailles à gogo (« la méditerranée entière dans l’assiette »), une journée rien que pour elles, où elles peuvent savourer des instants de pur bonheur, un bonheur simple souvent oublié, à regarder la mer, à papoter ou à pêcher. Et là réside un des tours de force de l’auteure : arriver à rendre poétique une langue somme toute pas très châtiée.
Entre émotion et rire
Au-delà du rire provoqué par le texte savamment écrit, l’émotion est présente tout le long du spectacle : la voix d’Honorine se teinte d’émoi lorsqu’elle raconte que son père faisait tourner le « bacalao » autour du lampadaire et que tous trempaient le pain à l’ombre de la morue quand ils n’avaient rien à manger. Ou encore quand elle raconte par deux fois son chemin de croix à la bonne mère avec ses pois chiches crus (surtout, pas cuits !) pour demander à la maman de Jésus d’exaucer son vœu : tomber enceinte et sauver sa fille de la fièvre ! La pauvreté, la débrouille, la persévérance, l’espoir, la solidarité et la bonne humeur même dans l’adversité, voire l’autodérision : c’est aussi ça Marseille et ses habitants. Ici, nul misérabilisme, nul apitoiement sur soi, nulle rancœur, mais toujours une joie d’être vivant, certes teintée de tristesse parfois, mais un franc parler et un être franc qui méritent d’être applaudis et qui nous touchent. Car Honorine, elle est humble, bonne enfant, émouvante et vraie.
Edmonde Franchi avec un panel d’expressions diverses offre une incarnation d’Honorine plus vraie que nature : usant de quelques interactions avec le public (lorsque cherche le mot œcuménique, « il y a cul et nique mais c’est pas vulgaire »), elle s’appuie sur une mise en scène sobre où les ruptures de rythme sont bien pensées, arrivant à propos, par exemple, lorsqu’elle s’interrompt pour aller à son banc renseigner le client ou interpeller sa fille. Le rythme ne faiblit pas de bout en bout et le temps s’écoule à la vitesse d’une déferlante, porté par le jeu d’acteur éblouissant d’une comédienne à la diction claire qui n’en fait pas trop, ni pas assez !
Un grand bravo pour cette ode à Marseille, aux Marseillais, avec leurs grands travers et petites vertus, qui font sourire (on rit souvent de bon cœur de nos imperfections dans ce spectacle) et qui, certes, peuvent agacer mais quoi, au moins, on ne se prend pas (trop) au sérieux même si à Marseille, on aime bien faire « comme si »!DVDM
Une soirée pour découvrir une autre facette du sculpteur César, ce vendredi 21 octobre, à Bagatelle!
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Alors que la Fiesta des Suds bat son plein, que le Marseille Webfest se déroule au Théâtre de la Joliette (nouvel épicentre culturel voulu par la Mairie de notre ville), que le salon Artémisia ouvre ses portes à Chanot, ce vendredi 21 octobre à 18h30, à la villa Bagatelle, le maire de Marseille, Jean Claude Gaudin, le maire du 6/8, Yves Moraine et un galeriste marseillais, Marc Stammegna, ainsi que le frère et le neveu de César inaugureront l’ exposition éphémère consacrée au sculpteur marseillais César.
Une exposition éphémère, quelle drôle d’idée vous diriez-vous : hélas, les budgets des mairies d’arrondissements ne sont pas extensibles, et en ces temps où la sécurité est au cœur de toutes les préoccupations en matière d’organisation de manifestation, cela eut été trop couteux en terme de gardiennage de proposer une exposition temporaire à la villa Bagatelle : «une exposition éphémère d’un soir, oui mais, une exposition d’envergure » précise le maire d’arrondissement.
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Marc Stammegna, grand collectionneur des œuvres du maître, lui avait par ailleurs déjà consacré une exposition pendant l’hiver 2013 dans les jardins de sa fondation Monticelli –celle-là même située au bout de l’Estaque hélas fermée depuis octobre 2015 – avec une trentaine d’œuvres exposées dont une grande partie provenait de ses fonds personnels. Ici, pour l’occasion, il met à disposition de la mairie d’arrondissement quelques œuvres de son fond dédié.
César Baldaccini, d’origine italienne par ses parents, né à la Belle de Mai, est plus connu sous le nom César : c’est par ailleurs lui qui fut à l’origine de la petite statuette compressée en bronze qui vient récompenser les artistes et artisans du cinéma à l’occasion de la cérémonie portant son nom. Appartenant au courant des nouveaux réalistes dans les années 60, celui qui s’est toujours défini comme « un autodidacte absolu ou un artisan soudeur », a laissé à sa mort une œuvre riche et variée dont nous n’en connaissons que la face immergée, la plus médiatisée, notamment le fameux Pouce en bronze géant trônant au cœur du quartier de Bonneveine.
Une grande partie de l’exposition (20 œuvres présentées au public dont quelques inédits!) fera la part belle à ses œuvres créées à base de ferrailles (boulons, vis, tubes) qui composent ses insectes, oiseaux, poissons et autres poulettes aux formes étonnantes afin de mettre en lumière toute la richesse de l’œuvre du sculpteur. Deux des compressions desquelles il a accouché seront également présentées au public marseillais : les fameuses boites métalliques de café et celle conçue à partir de bombes aérosols.
Clou de la soirée : le domaine Sumeire proposera une dégustation de sa dernière édition de la cuvée César du Château Coussin, créée il y a plus de 10 ans, auréolée de louanges dans de nombreux magazines français et étrangers dédiés aux plaisirs du vin. Dirigé par Sophie Sumeire, ce Côtes de Provence est situé au cœur du terroir de Trets, face à la Sainte Victoire. Une belle occasion de découvrir ce vignoble !
Alors avant une fin de soirée en musique, n’hésitez pas à faire un petit détour du côté de la rue du Commandant Rolland pour y découvrir une exposition originale. DVDM
Informations pratiques : Le 21 octobre 2016 à 18h30 à la Villa Bagatelle – Mairie des 6/8 125 rue du Commandant Rolland, 13008 Marseille / entrée libre/un exemplaire du catalogue spécialement conçu pour l’occasion sera offert
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Reprenant une thématique chère au surréalisme, cette exposition sur le Rêve, présentée au Musée Cantini jusqu’au 22 janvier 2017 et organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais et la Ville de Marseille, offre à voir de nombreuses œuvres surréalistes et apparentées d’artistes reconnus dans le monde entier mais pas que…. En dehors des Dalí, Magritte, Goya, Picasso, Rodin, Ernst, Miró, Brauner, pour ne citer qu’eux, l’exposition fait découvrir des artistes méconnus à l’image du marseillais Valère Bernard.
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A noter que quelques femmes sont mises à l’honneur au fil de cette exposition qui, en prime, met en scène un jeu de tarot de Marseille créé par plusieurs surréalistes sur commande, offert en 2013 par la fille d’André Breton en souvenir de Varian Fry (au 2ème étage du musée).
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Un rêvez ! lumineux et multicolore signé Claude Lévêque accueille le visiteur dès la première salle, où se découvrent des œuvres de Salvator Dalí (la grotte vertébrée), du symboliste Odilon Redon (avec un magnifique Orphée sommeillant), Marc Chagall (et les amoureux au clair de lune), Auguste Rodin (dont la voix intérieure est mise en regard avec la dormeuse aux persiennes de Pablo Picasso). Après une plongée dans le monde du Sommeil et de sa mythologie assoupie, le curieux peut s’enfoncer dans la nuit.
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Nocturne, deuxième étape de l’exposition, met à l’honneur des œuvres aussi surréalistes que symbolistes. Citons ici : la Forêt de René Magritte (superbe !), qui jouxte la Forêt lépreuse de William Degouve de Nunques, face à la dernière Forêt de Max Ernst. Accrochée au mur tel un arachnide suspendu à son fil, Spider II créé par Louise Bourgeois (ha, une femme tout de même présente dans cette exposition très masculine) attire l’œil et nous plongeons dans les lumières sur l’eau d’Amédée Ozenfant avant d’accéder au Rêve.
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Ah le Rêve ! Quel doux mot pour désigner l’activité nocturne de notre cerveau lorsque notre corps est en repos. Un minuscule Dalí serti d’un énorme cadre circulaire noir trône face à nous : Rêves sur la plage qu’il nous faut approcher méticuleusement, à la loupe, pour y découvrir l’univers qui les peuple. A ses côtés, le souvenir de mon île ainsi que le Dimanche de Óscar Domínguez, surprenants de beauté. Notre œil peut alors se poser délicatement sur l’inspiration d’Yves Tanguy avant de fureter autour de trois Joan Miró.
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Du Rêve au Fantasme (forcément masculin ici, hélas), le pas est bien vite franchi : certaines œuvres exaltent la beauté du corps féminin avec la belle martyre et les rendez-vous aux Baux de Félix Labisse ou la Toupie de Hans Bellmer, bronze peint d’un buste féminin aux multiples seins qui n’est pas sans rappeler les représentations antiques d’Artémis d’Ephèse. Le Cauchemar est proche avec la baignade de Jindrich Styrsky.
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Cette partie de l’exposition, notre préférée, met en lumière un artiste marseillais méconnu, Valère Bernard dont les œuvres abondent dans les sous sols de la réserve du musée des Beaux-Arts de Marseille (Palais Longchamps) : à proximité d’un petit Goya, intitulé Cauchemar, se découvrent une chevauchée infernale, une pieuvre, un cauchemar, une femme sphinx ou encore la mort ou le succube d’un artiste prolifique au coup de crayon sombre et précis. Autre œuvre remarquable à admirer : l’Orphée aux enfers de Pierre Amédée Marcel Berronneau (encore un prêt du musée des Beaux-Arts de Marseille qui recèle décidément de nombreuses merveilles picturales insoupçonnées et inexploitées malheureusement).
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Araignée I sculptée par Germaine Richier nous permet de transiter vers l’espace Hallucination : un portrait de Hans Richter, une idole au collier de Raymond Hains ou encore les encres de chine de Henri Michaux nous font entrer dans un univers étrange duquel ressort le très réussi lavis d’encre de chine intitulé Décalcomanie de Óscar Domínguez.
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Une curiosité à créer chez vous occupe presque à elle seule une pièce entière : il s’agit la dreamachine de Brion Gysin, un système savamment pensé pour que chacun puisse la reproduire avec un matériel fort basique, duquel s’échappe un tourbillon de lumière dont nous ne pouvons ressentir les effets que les yeux clos et dont nous gardons quelque souvenir au Réveil.
le carillon de Pierre Huyghe (photo DVDM)
Pour se faire, le carillon de Pierre Huyghe vous aidera à sortir de votre torpeur afin d’achever cette exposition par le visionnage d’un chien andalou de Buñuel ou encore du cabinet du docteur Caligari de Wiene, entre autres films projetés à cette occasion. Ce tour d’horizon d’une exposition riche en œuvres de qualité n’est que partiel et partial et nous ne saurons que vous recommander de vous y rendre à plusieurs reprises, histoire d’y savourer les quelques pépites qui s’y cachent.
Vue d’ensemble d’une partie de la salle 2 et de la salle 5 (photo DVDM)
Néanmoins, dans les rêves, nous sautons du coq à l’âne sans discontinuer. Ici, pourtant, l’ordonnancement des sous-thématiques de la thématique principale du rêve est très cartésien, notamment en ce qui est du parcours au tracé logique de l’expo (même si à certains endroits, l’on peut se demander la raison de l’intégration de certaines œuvres dans cette thématique un peu « fourre-tout »).
De plus, elle reste trop basée sur une conception freudienne du rêve (pensé comme étant la voie d’accès privilégiée à l’inconscient et au ça pour y chercher des réponses), s’appuyant de façon quasi exclusive sur le surréalisme (chef de file de l’idée selon laquelle l’imaginaire débridé permet l’exploration du labyrinthe de l’âme humaine), et réduit à tort le fantasme à un fantasme masculin ayant pour objet de désirs : la femme.
DVDM
Infos pratiques : Musée Cantini 19 Rue Grignan, 13006 Marseille