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Festival de l’Epicurien au Phébus pour son quarantième anniversaire

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Un Relais & Châteaux au Charme Irrésistible

Plongez dans l’Épicurisme Exquis du Phébus & Spa, un Lieu d’Exception, à l’occasion de ses 40 ans le premier Week-end de Septembre

Échappez au quotidien et laissez-vous envoûter par l’épicurisme raffiné du Phébus & Spa, une perle nichée au sommet d’un des plus beaux villages perchés de France, entre Gordes et Roussillon. Au cœur du parc du Luberon, cet établissement va bien au-delà d’un simple séjour ; il offre une invitation à une expérience gastronomique et sensorielle hors du commun, enrichie par des expériences exclusives et l’atmosphère sereine d’un lieu d’exception. Pour fêter ses 40 ans, il propose du 1er au 3 septembre le festival de l’épicurien avec, en point d’orgue, une Garden Party le dimanche dès midi.

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Voyage dans le Temps : Un Passé Riche en Histoire

Le Phébus & Spa est bien plus qu’un lieu de villégiature. Témoin du passé préservé du parc du Luberon, il repose sur les fondations de la “Commanderie Templière de Joucas” du XIème siècle. L’âme de cet établissement est imprégnée de l’histoire de la région, chaque pierre portant les échos d’un passé glorieux.

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Une Histoire de Passion Familiale

La magie du Phébus & Spa réside dans l’histoire de la famille Mathieu. Dans les années 80, cette famille provençale originaire de Marseille a acquis un domaine de 7 hectares, offrant une vue panoramique sur la vallée du Luberon. Guidée par une passion ardente, la famille a transformé ce lieu en un fleuron régional. Offrant des chambres et des suites d’exception, une villa exclusive et un spa niché au milieu d’un parc méditerranéen, le Phébus & Spa est une ode à l’amour de cette terre enchanteresse.

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Éveil des Sens : Lumière et Inspiration

Le nom “Phébus”, emprunté à la mythologie grecque, évoque la lumière divine. Cette même lumière qui a inspiré les grands artistes, dont Cézanne, baigne chaque coin et recoin de cet établissement. Les couleurs harmonieuses, les détails exquis et la lumière naturelle créent une atmosphère enchanteresse, transformant chaque moment en une expérience sensorielle.

Chef Xavier Mathieu : Architecte des Saveurs

Au cœur de cette expérience culinaire se trouve le Chef Xavier Mathieu, un créateur de saveurs passionné. Guidé par la vie, formé par les grands noms de la cuisine française tels que Roger Vergé et Joël Robuchon, le Chef Xavier Mathieu est un virtuose qui transcende les frontières de la tradition culinaire.

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L’Art de la Gastronomie : Un Festin pour les Papilles

La gastronomie au Phébus & Spa est un voyage sensoriel extraordinaire. Le Chef Xavier Mathieu orchestre une symphonie de saveurs qui rend hommage à la Provence authentique. Chaque plat est une histoire en soi racontée en bouche, un voyage à travers la Provence, une exploration des produits locaux et saisonniers qui guident ce périple gustatif.

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Découverte Culinaire : La Table de Xavier Mathieu

Au sommet de cette expérience culinaire se trouve le restaurant gastronomique “La Table de Xavier Mathieu”. Sur sa terrasse, le panorama du Luberon s’étend à l’infini, une toile de fond parfaite pour les créations qui marient tradition et innovation. Ce restaurant est bien plus qu’une table, c’est un voyage gustatif époustouflant où parfums, textures et couleurs émerveillent les sens.

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Luxe et Authenticité : Le Phébus & Spa

Le Phébus & Spa incarne l’âme de la Provence, fusionnant avec brio le luxe, l’authenticité et l’exclusivité. Ce lieu va au-delà de l’hébergement de luxe ; il vous ouvre les portes d’une exploration sensorielle et culinaire, guidée par la passion de la famille Mathieu et l’amour du Chef Xavier Mathieu pour cette terre bénie.

Célébration de la Gastronomie et du Bien-Être

Au-delà de la table gastronomique, le Phébus & Spa offre également une expérience unique au Bistrot & au Café de la Fontaine. Le Café de la Fontaine vous invite à une expérience culinaire spontanée, où les plats sont préparés devant vous, célébrant la convivialité et l’authenticité.

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Le menu au Café de la Fontaine propose une sélection alléchante de plats. Des ceviches rafraîchissants de dorade aux panisses traditionnelles à base de pois chiches, en passant par des plats tels que le cochon fumé du potager d’été et bien d’autres délices, chaque plat est une explosion de saveurs et de créativité.

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Voyage dans le Potager : Expériences Uniques

La Table du Jardinier, nichée au cœur du potager, offre une soirée étoilée au milieu des herbes aromatiques et des légumes variés. Une célébration végétale qui forge un lien entre la terre et votre assiette. Pour les curieux, la Table d’Hôtes du Chef vous plonge au cœur de la cuisine, révélant les secrets de chaque création.

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Secrets de Cuisine : Cours Particuliers

Le Chef Xavier Mathieu, 55 ans, cuisine à l’instinct et partage sa passion à travers des cours de cuisine. Que vous soyez débutant ou passionné, ces cours ludiques vous transmettent astuces et secrets pour maîtriser l’art culinaire. Une expérience couronnée par un repas au restaurant gastronomique et un accès au spa.

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Plaisir des Sens : Vin et Huile d’Olive

La cave à vins du Phébus & Spa vous emmène dans un voyage œnologique, mettant en avant des vins régionaux (vins des Vignerons du Ventoux et du Luberon) et des cuvées spéciales (Châteauneuf du Pape et Gigondas). Le Chef sommelier crée des accords parfaits pour sublimer chaque plat. De plus, la maison propose sa propre gamme de cuvées spéciales “XM” en collaboration avec des vignerons partenaires.

L’engagement envers la qualité se poursuit dans la gamme d’huiles d’olive AOC “Huile d’olive de Provence”, créée à partir des oliviers plantés sur la propriété et dans les terres avoisinantes. Les huiles sont associées à des ingrédients subtils tels que le citron, le romarin et la truffe pour sublimer chaque plat, même les plus simples.

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Harmonie Naturelle : Spa Ila & Végétalement Provence

Le Spa du Phébus & Spa vous enveloppe dans une bulle de tranquillité, où une piscine chauffée, des jacuzzis extérieurs, un hammam et une douche sensorielle vous offrent une évasion totale. Les produits naturels d’Ila & Végétalement Provence vous ravivent et vous relaxent pour le bien-être du corps, de l’âme et de l’esprit.

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Engagement Écoresponsable et Social

Le Phébus & Spa se distingue par son engagement envers la préservation de l’environnement et des générations futures. Des initiatives écoresponsables (réduction constante des déchets et l’utilisation d’ampoules LED, voire l’adoption de technologies innovantes pour maîtriser l’usage des énergies précieuses, telles que l’électricité, le gaz et l’eau) à la production d’huile d’olive AOC, chaque geste témoigne du respect de la terre qui nous entoure.

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Le Phébus & Spa : Une Symphonie de Saveurs et de Sensations

Le Phébus & Spa ne se contente pas d’offrir un séjour luxueux, il célèbre les plaisirs de la vie sous toutes leurs formes. Des chambres exquises à la table gastronomique, des expériences uniques aux soins relaxants, cet établissement est une ode à la Provence, à l’amour et à la créativité. Osez explorer cette symphonie de saveurs, cette danse d’émotions, au sein du Phébus & Spa, une destination qui réveille vos sens et enivre votre âme.

Deux soirées d’exception et une Garden Party pour fêter les 40 ans du Phébus

Pour fêter royalement les 40 ans du lieu, le chef étoilé Xavier Mathieu a imaginé une célébration sur 3 jours où sera mise à l’honneur la cuisine provençale qui lui tient tant à cœur.

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Le vendredi 1er Septembre, le chef proposera la découverte de son Menu Signature pour le diner de fête avec son fameux plat-signature, la Soupe au pistou. Le samedi 2 septembre, des chefs et des étoiles seront aux fourneaux pour le Diner d’Epicure, un diner à 10 mains des Meilleurs Ouvriers de France. Avec Philippe Joannès ( Société des Bains de Mer, Monte-Carlo), Christian Têtedoie (Restaurant Têtedoie à Lyon), Serge Chenet (« Entre Vignes et Garrigue » à Pujaut), Josiane Déal (MOF, Fromager), Jean-Christophe Vitte (MOF glacier).

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Enfin, le dimanche 3 septembre, rendez-vous pour une Garden Party Full White en Luberon où la gastronomie fera, le temps d’un après-midi festif et gourmand, une belle place à la musique et aux arts. Ce sera de midi jusqu’à 18h. A vos agendas ! DVDM

Pour réserver votre séjour 04 90 05 78 83 ou lephebus@lephebus.com

Adresse : Route de Murs, 84220 Joucas, France

https://www.lephebus.com/

Bon à savoir :

Le Phébus & Spa a obtenu une étoile Michelin en 2001, trois toques et une note de 16/20 pour Gault & Millau qui parle d’une “table remarquable”. Il a été le premier dans le Vaucluse à obtenir le label Relais & Châteaux.

Crédit photo : le Phébus

Enfants perdus dans la nuit, le brouillard. Une pièce de Benito Pelegrín.

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À la mémoire des enfants juifs raflés à Villelaure le 26 août 1942 et à Renée Dray-Bensoussan, Présidente d’Ares, Association pour la recherche et l’enseignement de la Shoah

 NOTE

 La rafle oubliée de la zone « libre » : 26 août 1942

         Ironique respect de la Fête nationale de la Révolution française et des Droits de l’Homme : la rafle dite du Vel’ d’Hiv’ prévue les 13 et 14 juillet, débute le 16 à l’aube, à Paris, dans la zone occupée par les Allemands, mais organisée par la police française. Six semaines après, dans la zone sud, supposée libre, sous les ordres de René Bousquet, Secrétaire général de la Police de Vichy, la Gendarmerie procédait à de vastes « mesures de regroupement », pudique et hypocrite appellation camouflant le mot rafle, visant les « israélites apatrides », allemands, autrichiens, tchèques, polonais, estoniens, lithuaniens, etc., ayant fui les persécutions, déchus par les nazis de leur nationalité, et réfugiés dans une mythique France, qui les livre aux Allemands. Objectif : grouper, concentrer ; destination : concentration des camps pourvus de trains, terminus : « solution finale. »

        Près de 10 000 juifs étrangers de la zone non occupée furent parqués dans des centres, offerts aux Allemands par les gendarmes français puis déportés vers les camps nazis. Ceux arrêtés dans la région de Marseille et le Vaucluse, après un internement au camp des Milles, près d’Aix, étaient transférés à Drancy puis acheminés, chemin de fer, vers les camps d’extermination d’Auschwitz en Pologne, littéralement chambrés : à gaz. On lira le rigoureux dossier dressé, avec une impeccable et implacable rigueur historique, par Michèle Bitton, les procès-verbaux de la préfecture pour cinq localités : Beaumont-de-Pertuis, Pertuis, La Tour-d’Aigues, Ansouis, Villelaure et Mérindol avec les noms des « ramassés »[1] [17]

Rose Blatt et sa fille Elli Ruth avec des amies à Pertuis en 1941. Cliché aimablement communiqué par Claude Diskus. Source: 26 août 1942 : la rafle des israélites étrangers à Pertuis et dans le Pays d’Aigues et les déportations à Auschwitz par Michèle Bitton

Contexte de mon texte

      Un an après la mort en 2017 de Simone Veil, illustre rescapée des camps de la mort, à l’occasion d’une cérémonie, une plaque commémorative des victimes juives apposée le 18 juin 2007 dans l’école communale devenue aujourd’hui le Conservatoire de Musique de Pertuis, du Luberon et Val de Durance, était nettoyée. Le directeur, mon ami Frédéric Carenco, effaré, atterré, y découvrit, parmi les victimes, le nom de tout jeunes enfants. Avec entre autres, Bernard Grimonet, metteur en scène, il préparait un spectacle à destination des enfants de la région, dans l’antichambre de la déportation, devenue aujourd’hui le Mémorial des Milles, un opéra, L’Empereur d’Atlantis, de Victor Ullmann composé et créé comme il put, dans le camp et ghetto de Theresienstadt. Simplifiée en Terezin, cette soi-disant « colonie de retraités » pour les Juifs âgés et célèbres, se voulait la fallacieuse vitrine de l’industrie concentrationnaire et génocidaire nazie où l’activité culturelle ponctuelle camouflait la finalité permanente de la solution finale, en vue de leurrer la visite du pas très regardant, voire complaisant Comité international de la Croix-Rouge [18], qui eut lieu tardivement le 23 juin 1944.

Le camp des Milles. Cette image est affichée depuis https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Camp_des_Milles_20_(Les_Milles,_Bouches-du-Rhône,_France).jpg © Alaric Favier

      On s’épargnera l’angoisse irrépressible de répéter à notre modeste échelle l’horreur de la Shoah, de l’Holocauste, systématiques massacres industriels inédits bureaucratiquement organisés, inhumain héritage du XXe siècle à l’Humanité, pour nous en tenir à ce minuscule et miraculeux témoignage que, par-delà son assassinat à Auschwitz, nous lègue comme un impérieux devoir de mémoire, un adolescent, encore un enfant, féru de poésie, de théâtre.

      On a besoin d’un fantôme [2] [19] d’Hanuš Hachenburg

      Le cœur serré, imaginons, à Terezin, la « Maison N°1 », l’ancienne école, où se serreront une centaine de garçons tchèques de treize à quinze ans. Une quinzaine survivra. Un ancien professeur de littérature tchèque, Valtr Eisinger, qui mourra à Buchenwald, dirige et continue l’éducation de ces garçons. Parmi une chambrée de quarante, un groupe actif crée un journal artisanal clandestin, d’abord à la machine puis manuscrit faute de ruban encreur, Vedem [20][3] [21] (« Nous menons » en tchèque) paraîtra de 1942 à 1944 sous la direction du jeune Petr Ginz assassiné à Auschwitz. Vedem comprenait des poèmes, des essais, des blagues, des dialogues, des critiques littéraires, des histoires et des dessins. Au total, 800 pages de Vedem seront sauvées par l’un des contributeurs rescapé du magazine. Les onze pages de 1943 sont une petite pièce Hanuš Hachenburg, qui avait publié dans la revue plus d’une vingtaine de poèmes. Le prometteur poète et auteur de quinze ans fut fatalement promu : promis à Auschwitz où il mourut.       

Vedem (« Nous menons » en tchèque) était un magazine littéraire en langue tchèque publié de 1942 à 1944 au ghetto juif de Theresienstadt. Il était fabriqué artisanalement par un groupe de jeunes garçons de 13 à 15 ans, sous la direction du jeune Petr Ginz. Image: Časopis Vedem ©Terezínská štafeta /Source: CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons 

      La saynète, pour marionnettes, est une fable macabre : une sorte d’absurde Ubu Roi dément et despotique, Analphabète Ier, veut façonner un fantôme avec les ossements des vieillards en vue d’épouvanter et soumettre le peuple. Parallèlement, Analphabète Ier bombarde ses bourreaux de titres bouffis et bouffons, tel « Sur-commandant en chef supérieur de la sous-section ». On y entend le lamento de l’ambassadeur du Vatican déplorant la profanation de la « Basilique de la Vierge Marie Possédée », exaltant le reliquaire argenté de la Vierge Marie lavant les caleçons de Saint-Joseph. C’est grimaçant, grotesque et grinçant, et sous la satire par un gamin de ce dictateur fou, il est difficile de ne pas voir un avatar d’Hitler régnant sur des cadavres, et j’y vois aussi Franco élevant son ossuaire du Valle de los Caídos, raflant des ossements de Républicains assassinés pour gonfler son sinistre monument.

      Traduit du tchèque, avec une préface de George Brady, camarade de déportation d’Hanuš Hachenburg, rescapé de Terezin, augmenté de poèmes du jeune auteur et de dessins de ses compagnons d’infortune, et de textes éclairants de Claire Audhuy et Baptiste Cogitore, la pièce fut publiée en 2015, aux éditions Rodéo d’âme, Strasbourg. Ce livre bouleversant de 160 pages y est disponible (www.rodeodame.fr claire.audhuy@gmail.com 06 65 55 75 30) ainsi qu’à la Fondationdeportation.files.wordpress.com. Par ailleurs, spécialiste universitaire des camps de concentration, dramaturge et metteur en scène, Claire Audhuy monta la pièce avec des lycéens et, vu sa brièveté, l’élargit postérieurement de son cru et en fit un spectacle salué.

        En 2018, dans leur projet pédagogique d’enseigner la tolérance en dénonçant les horreurs nazies comme leur spectacle de l’Empereur d’Atlantis, Frédéric Carenco Directeur du Conservatoire de Musique de Pertuis, du Luberon et Val de Durance, qui découvrait les rafles oubliées de 42 et 44 dans le Vaucluse, et Bernard Grimonet, metteur en scène, connaissant ma production théâtrale, me proposèrent d’écrire une pièce qui donnerait du volume à celle, trop courte du petit martyr Hanuš Hachenburg afin de pouvoir la monter. Ayant l’expérience du camp de Rivesaltes dans mon enfance d’exilé clandestin de l’Espagne franquiste, que je n’aurai pas l’indécence de comparer même de loin à Terezin, je refusai la trop grande charge émotionnelle. Puis, m’étant procuré le texte d’Hanuš, bouleversé, et devant l’insistance de mes amis, je sentis comme un devoir d’accepter, non de toucher son texte mais d’en faire un à moi, en évoquant ces enfants du Vaucluse raflés par la police française en 1942 et parqués des Milles aux camps d’extermination.

Plaque à la mémoire des réfugiés juifs et pertuisiens déportés. source photo : association Mémoire et Histoire/ crédit photo : DR

        Péché d’universitaire soucieux de recherche historique et de précision, j’eus le malheur d’aller consulter sur internet tous les nombreux documents qui s’y réfèrent et je vis des photos, des parents, des enfants, victimes d’un crime inexpiable : j’en tombai littéralement malade, mes cheveux si abondants, tombèrent par touffes, devenus pratiquement blancs. Tous volets fermés pendant cette première canicule, sans pouvoir retenir mes larmes, j’écrivis cette petite pièce que je n’ose même pas relire.

          La pandémie, les confinements en ont retardé la réalisation ; à Aix, Frédérique Mazzieri faisait travailler à la MJC des enfants, qui grandissent —et comme on s’en réjouit ! Projet contrarié, retardé, mais non abandonné que je veux publier comme devoir de mémoire et mémoire émue de ces enfants que, sans les connaître, issus de l’Histoire et de la mienne, hantent ma vie désormais. Benito Pelegrín

Texte déposé à la SACD

À la mémoire des enfants juifs raflés à Villelaure le 26 août 1942 et à Renée Dray-Bensoussan, Présidente d’Ares, Association pour la recherche et l’enseignement de la Shoah

  Enfants perdus dans la nuit, le brouillard

 

SCÈNE 1

          Une pièce dont on doit sentir qu’elle a été fouillée, pillée, vidée, saccagée, un fauteuil, une chaise renversée ; au mur, un mauvais tableau de travers. Une suspension dont l’abat-jour a été sans doute heurté, déglingué.

          Des enfants, une petite fille, embarrassée de deux poupées qu’elle passe d’une main à l’autre, les posant tout à tour dans un foulard où elle a étalé du linge ; deux petits garçons, l’un, avec un train, l’autre, un violon ; le troisième, plus grand, presque un adolescent, assis sur le sol, un livre sur ses genoux lui servant de pupitre, écrivant sur un carnet avec un crayon dont il examine de temps en temps la mine usée avec inquiétude : Hanousch. Tous portent l’étoile de David sur leur vêtement, sauf le Garçon 2 : elle est sur son manteau. Le baluchon du foulard, un sac à dos, une petite valise et une plus grande que chacun des enfants essaiera de remplir de vêtement en tas, de jouets.

Dans la scène 2, un Homme.

PETITE FILLE (cherchant à remplir et fermer son baluchon, hésitant entre deux poupées)

Mamèe[4] [22], mamèe ! Je veux ma maman ! J’y arrive pas toute seule ! Ça rentrera pas dedans !

GARÇON 1

Arrête de pleurnicher ! Elle est pas là, ta mère ! Le Monsieur t’a dit que tu allais la retrouver.

GARÇON 2

Comme nous, la nôtre.

GARÇON 1

Ta maman, d’accord, elle te manque. Mais ton papa, tu ne le veux pas ?

PETITE FILLE

Oui, je le veux aussi mon papa ! Mais il est déjà parti, lui.

GARÇON 1

Comme le mien ! Et le sien aussi !

GARÇON 2

Parti où ?

PETITE FILLE

Je sais pas. Mamèe me l’a dit. Les Messieurs l’ont emmené.

GARÇON 1

Comme tous les grands, le Monsieur l’a dit : nos parents sont partis.

GARÇON 2

Partis où ?

GARÇON 1 (vrillant d’un doigt sa tempe, pour montrer à l’autre qu’il est fou)

Méchouga[5] [23] ! Il faut te le dire combien de fois ! Tous les grands sont partis travailler !

GARÇON 2

Travailler où ? Mon père est musicien…

GARÇON 1

Tu parles d’un musicien ! Un simple klezmerim [6] [24] dans ton pitchi poï [7] [25] de village à la noix, allant de village en village avec son violon pour faire la quête ! 

GARÇON 2

Non, pas un simple klezmerim, un vrai klezmer ! Et pas simplement dans un pauvre shtèïtl. Avant, il était premier violon dans l’orchestre de l’opéra. Mais… (le garçon hésite) un jour, on lui a interdit de revenir. Il a fait le klezmer après, parce qu’il n’avait plus de travail, plus d’argent. Ensuite, il a joué même dans le ghetto de la ville quand on nous a enfermés, oui, on l’a laissé jouer quelquefois pour les autres. Et ma mère, elle chantait ! À l’Opéra aussi. Et pourquoi qu’ils les auraient amenés ?

GARÇON 1

Bon, un musicien, une chanteuse… Alors, c’est pour accompagner le travail des autres. C’est pour aider la nation ! Méchouga, tête folle ! Même la musique est utile. On travaille mieux. Il y a un meilleur rendement. Je l’ai entendu à la radio et mon père aussi me l’a dit avant de partir. Lui, c’est un peintre : des tableaux. Bon, on lui demande de peindre, des bâtiments. Et alors, c’est toujours de la peinture ! Nos parents ont simplement pris les devants.

PETITE FILLE

Ils ont pris quoi ?

GARÇON 1

Ils ont pris les devants. Ça signifie qu’ils sont partis devant, AVANT, avant nous.

PETITE FILLE

Et pourquoi avant nous ? Et où ?

HANOUSCH (il cesse d’écrire)

Ah ça, maïdelèe[8] [26], ma petite, je crois que nous ne le saurons jamais. Je pense…

GARÇON 1

Je pense, je pense ! Toi, toujours en trains de griffonner je sais pas trop quoi. Et tu n’en dis pas long, à part, toujours, « je pense » !

HANOUSCH

Il n’est pas interdit de penser au moins. Je dis « je pense » mais je ne dis pas ce que je pense…

GARÇON 1

Ça vaut mieux ! Tu sais qu’on ne doit pas dire ce qu’on pense ! C’est interdit. Mais, entre nous, moi, je te dis, et je pense ce que je te dis, que tes parents à toi, on ne les a même pas emmenés pour travailler. Parce, des parents, tu n’en as pas.

GARÇON 2

Pas de parents ? Comment c’est possible ?

PETITE FILLE

Même pas une mamèe ?

HANOUSCH

Moi aussi, bien sûr, j’ai eu une maman. Mais c’est vrai, elle m’a mis à l’orphelinat. Cinq ans. Elle était seule. Elle a dû partir travailler, elle aussi. Comme on dit. Et quand on nous a réunis tous les deux, c’était pour nous prendre. Mais séparément. Donc, je suis toujours seul, à part quand on nous a mis un moment dans une école de garçons tous les trois.

PETITE FILLE

Et tu n’as pas d’amis ?

HANOUSCH

Oh, pour ça, oui ! Beaucoup d’amis : mes poèmes. Mon crayon et le papier.

GARÇON 1

Mazel tov [9] [27]! Mazette!  Pas de parents mais du crayon et du papier ! Tu pourras au moins les dessiner. Et leur envoyer une lettre. Mais où ? Les parents fantômes, partis sans laisser d’adresse.

GARÇON 2

Alors, exactement comme les nôtres…

PETITE FILLE

Tu me feras un dessin ?

HANOUSCH

Bien sûr, si tu veux maïdelèe, petite fille.

PETITE FILLE

Et un poème ?

HANOUSCH

Si ça te fait plaisir, je te le promets.

PETITE FILLE

Tu m’en récites un ?

HANOUSCH

Heu…D’accord, un bout de poème. Ça ira ?

PETITE FILLE

Oh oui !

HANOUSCH

Je ne sais pas tout par cœur. Je risque de me tromper, d’oublier …

GARÇON 2

Pas grave puisqu’on ne connaît pas ton poème. Allez, vas-y pour voir !

HANOUSCH

Jadis, j’étais un enfant… il y a deux ans de cela ;

Cette enfance aspirait à d’autres mondes.

Je ne suis plus un enfant : j’ai vu la pourpre,

A présent, je suis un adulte, j’ai appris à connaître la mort,

Ce mot sanglant et ce jour gâché.

 Ce n’est plus simplement le croquemitaine. [10] [28]

PETITE FILLE (arrêtant son geste d’applaudir)

Le croquemitaine, ça me fait peur…

GARÇON 2

J’ai pas tout compris, mais c’est pas drôle je crois, même triste… La mort…

GARÇON 1

On en est là ? Des dessins, des poèmes ? Mais l’heure tourne !

GARÇON 2

C’est vrai ! On n’a pas fini nos bagages ! On va être puni !

 (Ils se remettent à tenter de faire leurs bagages respectifs, avec des regards vers la petite fille toujours aussi embarrassée de son choix)

GARÇON 1

Oui, maïdelèe, fifille, choisis enfin entre tes poupées, celle que tu emportes puisque tu n’as droit qu’à une seule et tu as de la chance. Moi, je ne pourrai pas emporter tout mon circuit du train et ça me met en rage. On me l’a offert pour la fête de Pourim[11] [29], la dernière. Oui, la dernière.

GARÇON 2

Ah, moi, ce qu’on m’a donné comme cadeaux ! Et des gâteaux…

GARÇON 1

Des gâteaux, n’en parle pas, j’ai trop faim… Mon dernier Pourim. C’est pourquoi il est tout neuf, mon train. Et lui, là, sa valise pleine de livres, il ne veut pas faire une place pour mes wagons et mes rails.

HANOUSCH

Mais tes rails, tes sémaphores, c’est encombrant et fragile, ils seraient écrabouillés par les volumes ! Je sacrifie du linge, d’ailleurs je n’en ai pratiquement pas. Je préfère mes livres. Les livres, c’est ma famille.

GARÇON 2

Le Monsieur, pour que tout se passe bien, pour que tout se passe bien, nous a demandé d’être collabo…collabo…

GARÇON 1

…collaboratifs.

HANOUSCH

Collaborateurs.

GARÇON 1

Collaboratifs, collaborateurs, c’est pareil. On a intérêt à ne pas compliquer les choses pour que ça se passe bien pour nous. Et toi, petite, tu ferais mieux de faire ta valise, enfin ton baluchon, ton foulard, quoi, pour y serrer tes affaires. Sinon, le Monsieur, quand il reviendra, si tu n’es pas prête, il sera fâché contre toi. Et nous, qu’est-ce qu’on va prendre encore ! J’ai peur, alors, que ça se passe pas très bien, même très mal…

PETITE FILLE (baissant la voix)

Je n’aime pas le Monsieur. Il est trop grand. Il me fait peur. Comme le croquemitaine…

GARÇON 1

Le croquemitaine, le croquemitaine ! C’est quand même pas le Golem[12] [30], que je sache ! Il suffit de bien le prendre, de lui obéir. Ce n’est pas que, moi… mais je préfère filer doux pour ne pas avoir de problème. La solution, à la fin, c’est de faire le dos rond et se taire.

GARÇON 2

Moi aussi, il me fait… Je le crains. C’est vrai qu’il n’est pas très doux…

GARÇON 1

Mais c’est normal, il représente l’autorité, c’est son rôle. Il ne peut pas jouer au gentil.

PETITE FILLE

Moi, il me fait peur…Il est trop grand…Comme le Golem, tu as dit…

GARÇON 1

Tu ne comprends rien, petite ! J’ai dit justement que c’était pas le Golem !

HANOUSCH (caressant la tête de la petite fille)

Allons, maïdelèe, petite fille, n’aie pas peur. C’est une histoire, le Golem, un conte, pas à dormir debout, mais à perdre le sommeil, pour effrayer les enfants, pour qu’ils soient sages. Moi, tu sais, je ne compose pas que des poèmes, j’écris même des histoires. Et tu sais, pas sur le Golem, mais des histoires de fantômes…

GARÇON 2

Des fantômes ?

PETITE FILLE

Le croquemitaine, le Golem et des fantômes en plus ?

GARÇON 1 (haussant les épaules)

Les fantômes n’existent pas.

PETITE FILLE (vexée, d’un air pincé)

Je sais que les fantômes n’existent pas. Mais j’en ai peur.

GARÇON 2

Et des squelettes ? Il y a des squelettes ?

HANOUSCH

Aussi : des squelettes en chair… en chair et en os. Et un roi fait ramasser tous les os du pays[13] [31], de tous les cimetières pour en faire un fantôme à son service. Il n’en a jamais assez, il commet des massacres, il fait des guerres, et comme ça ne lui suffit toujours pas, alors, même après sa victoire, il tue beaucoup de gens de son peuple pour avoir toujours plus d’os pour son fantôme et son monument. Car il se fait construire aussi un immense palais pour s’y faire enterrer. Un mausolée à sa gloire.

PETITE FILLE

C’est quoi un musolée ?

GARÇON 1

Un MAUsolée !

HANOUSCH

Un mausolée, c’est une tombe. Une très grande tombe. Enfin, un immense tombeau. Celui-là, il l’élève, il le fait construire par des prisonniers dans le flanc d’une montagne sauvage, surmonté d’une immense, d’une immense croix pour qu’on la voie de très loin[14] [32].

PETITE FILLE

Une croix…heu…gommée ?

GARÇON 1

Non, pas « gommée ». Une croix gammée. Gammée.

HANOUSCH

Non, pas une croix gammée, une croix chrétienne.

PETITE FILLE

Et pourquoi pas une étoile ?

GARÇON 2

Ah ouais ! Une belle étoile à sept branches !

GARÇON 1

Tu dis des bêtises, méchouga ! Quand je te dis que, toi, t’es pas sorti de ta cambrousse, de ton foutu shtèïtl ! Une croix gammée, aujourd’hui, les jours de fête, on en voit partout, c’est quand même un signe de gloire !

HANOUSCH

Une gloire bâtie sur tant de morts, sur tant d’ossements.

GARÇON 2

Que d’os, que d’os ! J’imagine un chien : son rêve, son Paradis !

PETITE FILLE

Un os à ronger ? à moelle ? Pour la soupe ? La maman de ma mamèe en faisait, c’est très bon, nourrissant, parce que, il n’y avait plus rien à manger, les enfants, nous, on était rache…rachi…  je sais plus…

GARÇON 1

Rachitique…Très maigre.

PETITE FILLE

J’ai très faim moi !

GARÇON 2

C’est vrai, on ne nous a rien donné. Quand on aura fini nos bagages, si on est bien sages, on nous donnera le goûter, c’est l’heure, non ?

GARÇON 1

Mais tu dis quoi, encore ? Tu sais, toi, l’heure qu’il est ?

GARÇON 2 (contrit)

C’est vrai, on n’a plus de montre…Depuis qu’on est là…

GARÇON 1

C’est peut-être l’heure du petit déjeuner. Ou du dîner, ou du souper…

GARÇON 2

 Oui, mais en tous les cas, je crève la dalle !

HANOUSCH

La dalle du tombeau…

GARÇON 1 (se prenant la tête dans les mains)

Oï veï [15] [33]! Oh la la ! Moi aussi, j’ai rien mangé ! Mais vous croyez qu’on nous donnera la moindre croûte, le moindre bagel si on lambine encore alors qu’il nous a dit de nous tenir prêts à partir dès qu’il reviendrait ?

(Les enfants se remettent à tenter maladroitement, fébrilement, de caser leurs affaires dans leurs bagages)

PETITE FILLE

Mais j’ai deux poupées, c’est mes filles ! Je ne veux pas les abandonner, aucune ! Je ne veux pas moi non plus prendre les devants en laissant une seule toute seule ! Elle sera triste ! Et moi aussi.

GARÇON 2

Ouf, moi, j’ai tout bien rangé, j’ai tout réussi à caser dans ma valise. Ma belle trousse de toilette offerte par mon père après une tournée. Et juste une partition pour gagner de la place, et pas la froisser. Je connais mes morceaux par cœur. Et je sais improviser.

GARÇON 1

Un autre artiste ! et un as du rangement. Mais sois raisonnable, petite ! Tes deux poupées, c’est trop, elles n’entreront jamais dans ton petit baluchon avec tes vêtements et leur linge. Ce foulard, il faudra bien finir par le nouer aux quatre coins. Tout ça, ça n’entrera pas. Allez, donne, laisse celle-là, la plus moche, elle a un bras cassé, elle est mutilée ; comme un infirme, elle sert à rien, on s’en débarrasse ! Ouste !

(Il lui arrache la poupée et la jette violemment contre un mur)

PETITE FILLE (pleurant)

C’est ma fille ! Tu l’as blessée ! Elle a mal !

GARÇON 2 (ramassant doucement la poupée)

Là, c’est sûr, elle est vraiment abîmée. Et maintenant, un œil en moins. Myope.

GARÇON 1

Borgne. Elle encombrait trop. On s’en sortait pas.  Il fallait bien régler le problème, trouver une solution, à la fin. C’est la solution. Point final.

HANOUSCH :

Point final : solution par élimination…

PETITE FILLE

Je suis ma mamèe…non, je suis sa mamèe ! Je veux pas laisser ma fille qui a si mal.

 HANOUSCH (consolant la petite fille)

Allons, petite maïdelèe, ne pleure pas. Il te reste une poupée. Ta mamèe, elle a combien d’enfants ?

PETITE FILLE

Elle a pas d’enfants ! Elle a moi! Moi seule !

HANOUSCH

Tu vois ? Tu es la seule. Tu es unique.…

(Il fait la liaison : —zunique)

PETITE FILLE

Je suis tunique ?

(Les garçons rient)

GARÇON 1

Bon, la maïdelèe, c’est un cas…

GARÇON 2

Elle est petite, la pauvre…

HANOUSCH

Eh bien, maintenant, avec une seule poupée comme ta maman avec une seule enfant, tu es ta mamèe avec ta fille. Tu pourras t’en occuper mieux, bien la dorloter.

GARÇON 1 (se prenant la tête dans les mains)

Oï veï ! Oh la la ! Qu’est-ce que j’ai fait ! Une poupée, une poupée ! Et moi, tu dis quoi ? Mon circuit de chemin de fer, il tiendra jamais dans mon sac sans que les rails se tordent. Je suis obligé de garder une locomotive et un seul wagon à la main. Le Monsieur nous a dit qu’il fallait donner ce qu’on a de plus cher pour le bien du pays. Ça me console. Enfin, presque. Ce qu’on a de plus cher.

GARÇON 2

Moi, je ne voudrais pas donner mon violon… Je le garde à la main.

GARÇON 1

Un violon à la main ? Je dis bien que tu es méchouga ! On va te prendre pour un tzigane !

GARÇON 2

Un tzigane ? Et alors, qu’est-ce que ça fait ?

GARÇON 1

Qu’est-ce que ça fait ? Tu sais ce qu’on leur fait ,  à ceux-là?

GARÇON 2

Non. Qu’est-ce qu’on leur fait ?

HANOUSCH

On les arrête. Et pas pour travailler…

PETITE FILLE

Ma poupée, ma pauvre poupée… Il faut appeler un docteur !

GARÇON 2

Un docteur ? Moi, j’en ai peur…

GARÇON 1

Allez, toi, un coup de violon pour la distraire !

GARÇON 2 (il tire sur son archet, une petite musique se penche tendrement sur la fillette alors qu’Hanousch plie les vêtements et range délicatement les affaires de la petite dans le foulard étalé)

Ça te console un peu, le violon ?

PETITE FILLE

Non, le violon me fait encore plus pleurer !

GARÇON 1

Bon, arrête ton crin-crin. Moi aussi, je vais me mettre à chialer. Pardon, ne pleure pas. Sans manger, et sans mon circuit au complet, je deviens enragé. Je ne voulais pas mutiler ta poupée, mais même lui, Hanousch, là, il te dit que tu ne peux pas les emporter toutes les deux. Tiens, à toi, je te prête mon train. Viens, on joue. Malheureusement, on n’a ni gare, ni voyageurs, ni sifflet. Ta poupée, elle pourrait pas prendre ce train, trop grande.

GARÇON 2

Vous pouvez la mettre à cheval sur la locomotive…

HANOUSCH

 Sans les autres wagons, sans les rails, sans rien, c’est, lui aussi, le train fantôme…

GARÇON 2

Ah, le train des fantômes ? Ça en fait beaucoup de fantômes.

GARÇON 1 (il siffle pour faire le sifflet du train)

Tchi-tchi-fou, tchi-tchi-fou, tu vois, il marche quand même. Allez, on joue, petite.

PETITE FILLE

Tchi-tchi-fou, tchi-tchi-fou…

 

SCÈNE II

          La porte s’ouvre brutalement. Un homme, imperméable ou manteau, noué à la ceinture, fait irruption dans la pièce, tape dans ses mains.

HOMME

Tchi-tchi-fou, tchi-tchi-fou ! c’est quoi ce foutoir ! Pas encore prêts ? Et les ordres ? C’est quoi, ça ? Allons, allons les enfants, ne traînez plus, on risque pour de bon de rater le train !

GARÇON 1 (serrant son train contre son cœur)

Oh, oui ! le train, le train ! Monsieur, on prend le train ?

HOMME

Vos bagages sont prêts ?

GARÇON 2

Moi oui, Monsieur, regardez !  J’ai bien rangé ma valise. Les pulls, le pantalon. Et juste une partition. (À un regard de l’Homme, il dit précipitamment)

Mon, étoile de David ? Regardez, je ne l’ai pas perdue, elle est sur mon manteau, je le mettrai sur moi, non ? Mon violon, je peux le porter à la main ?

HOMME

Tu joues du violon, toi ?

GARÇON 2

Oui, Monsieur.

HOMME

Bon, ça égaiera le voyage.

GARÇON 1

Monsieur, Monsieur, c’est pas mauvaise volonté, mais le sac est trop petit ! j’ai mis le linge, un pyjama, mais j’ai pas pu mettre tous mes wagons, ni les rails, le circuit… C’est trop grand. Ça n’entrait pas.  Ça risque de se tordre, de s’abîmer ! Juste la locomotive et un wagon. Même pas de voyageurs, un wagon de marchandises, plus petit…

HOMME

Tu n’as pas besoin de tout ça. Une locomotive, un wagon de marchandise, ça suffit bien pour certains voyageurs. Ça va bien comme ça.

GARÇON 1 (considérant les valises des deux autres)

Et lui, avec sa valise pleine de livres…Lui non plus, il ne veut pas non plus que je les case dans son bardas…

GARÇON 2

Mais elle est pleine avec mes choses bien rangées, moi, même pas mon Meccano. Tes rails, ça abîmerait ma partition. Et ton train, tu ne me le prêtes même pas !

PETITE FILLE (pleurnichant)

Mais j’emporte quoi, moi ?

HOMME

Pas la maison de poupée, et une seule. Ton linge ?

PETITE FILLE

Je sais pas préparer mes affaires !  Lui, il m’a aidée mais il sait pas plier le linge Tout va être froissé. Je veux maman !

(Les deux garçons se joignent maladroitement à Hanousch pour l’aider à ranger son baluchon)

HOMME

Mais je t’ai déjà dit qu’elle est partie !

PETITE FILLE

Où ? Elle est partie où ?

HOMME

Elle est déjà dans le train. Les grands sont déjà dans le train. Ils vous attendent.

HANOUSCH (se redressant)

Mais on va où ?

HOMME

On va les rejoindre au camp…

GARÇON 1

Au camp de vacances ? C’est ça ? Je me disais bien que je l’avais entendu ! Je te l’avais bien dit !

PETITE FILLE

À la campagne ?

GARÇON 1

M’sieur, On va camper ?

GARÇON 2

Faire du camping, Monsieur ?

HOMME

C’est exactement ça, tu as bien compris : camping au camp de vacances, à la campagne. Et il y un train. Il y conduit directement.

HANOUSCH

Sauf que c’est pas les vacances…

HOMME

Qu’est-ce que tu racontes, toi ?

HANOUSCH

Je dis qu’on n’est pas en vacances. Ce n’est pas la saison. Il fait nuit et brouillard.

PETITE FILLE (se serrant contre Hanousch)

Nuit et brouillard ? J’ai trop peur du Golem !

HOMME

La saison…justement, là on nous allons , il fera plus chaud, je vous assure.  Plus chaud. Ce seront des vacances. En famille. De grandes vacances, très longues.

HANOUSCH

La semaine dernière, en classe, on a fait les compositions.  Et la rédaction. Et nous n’avons pas eu les résultats.

HOMME

Tu t‘intéresses tant aux résultats ?

GARÇON 2

C’est que, lui, c’est toujours le premier ! Une tête ! C’est le fortiche !

HOMME

Ah, bon ! Une forte tête. Et tu t’appelles comment ?

PETITE FILLE

Lui, c’est Hanousch ! Et il fait des poèmes ! Il nous en a récité un.

HOMME

Ah, c’est toi ? J’ai entendu parler de toi. Ainsi, tu écris des poèmes ?

HANOUSCH

Oui.

HOMME

Et tu crois que c’est bien, ça, que c’est normal pour un garçon, écrire des poèmes ?

HANOUSCH

Oui.

GARÇON 1

C’est vrai, il y en a qui se moquent de lui. Dans la cour de l’école où on nous a mis tous ensemble, pendant la récré, il était toujours seul.

GARÇON 2

C’est parce qu’ils sont jaloux. C’est le meilleur. Et le maître a lu ses poèmes et ses rédactions. Oui, à toutes les classes, même la mienne, enfin, on nous avait mis tous dans la même. Alors, ils le laissent seul à la récré.

HANOUSCH

C’est moi qui préfère être seul. Avec mes pensées.

HOMME

Voyez-moi ça : rien que ça, avec ses pensées !

HANOUSCH

Oui, Avec mes pensées. Mes pensées.

HOMME

Tiens donc ! À peine un gamin, sans un poil de barbe et, déjà, l’arrogance du dominateur. Et tes pensées ne sont pas celles des autres ?

HANOUSCH

Je ne crois pas. Enfin, je ne sais pas. On me laisse toujours seul. Et depuis quelque temps, on ne peut plus beaucoup parler. Alors, on ne sait pas qui pense quoi. Alors, silence.

GARÇON 1

Moi, je me tais. Motus et bouche cousue. C’est interdit de parler.

GARÇON 2

Oui, on nous punit si on parle.

HOMME

Mais j’espère qu’on vous apprend bien des choses maintenant à l’école. Ça s’apprend, la façon de bien penser.

GARÇON 1

Oui, M’sieur, c’est obligatoire.

HANOUSCH

Et le reste est interdit. Tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire

HOMME

C’est l’ordre des choses. Si maintenant chacun se met à penser ce qu’il veut et qu’il le dit, c’est le désordre, le chaos, l’anarchie. Autrefois, on disait : « Une foi, une loi, un roi ». Tout était réduit à l’unité, unité du peuple et de l’état. De haut en bas. Pour le bonheur de tous, il faut une pensée, une pensée unique.

PETITE FILLE

Monsieur, c’est quoi, une pensée inique ?

HOMME

Pas inique : unique. Tout le monde marche d’un même pas, pas de traînard, sinon, gare à lui. Tout le monde pense de la même façon. C’est la démocratie : tout le monde pareil. Sauf le chef, pas de tête qui dépasse.

HANOUSCH

Mais moi, sans vouloir être le chef, je ne veux pas simplement passer, dépasser, mais me dépasser. Avant de trépasser.

HOMME (applaudissant)

Oh, de « passer » à « trépasser », se « dépasser » ! belle réplique ! Digne d’un homme de théâtre ! Puisque nous y sommes, pour que je puisse en juger et en jouir, pendant que ceux-là se débrouillent avec leurs hardes, tu veux me dire un de tes poèmes.

HANOUSCH

Non.

HOMME

Non?

HANOUSCH

Non.

HOMME

Ah non ?

HANOUSCH

Non.

PETITE FILLE

Oh oui, Hanousch, un poème ! Tu m’avais promis.  Comme l’autre.

HOMME

D’accord, je comprends. Devant des enfants, tu récites des poèmes. Sûr, ils restent bouche bée, béats d’admiration devant le petit génie. Ils sont incapables de juger. Mais devant moi, je peux avoir un jugement critique, tu n’oses pas, hein ?

GARÇON 2

Moi, c’est fini, Monsieur, sauf le violon. Allez, s’il te plaît, Hanousch, un poème. Monsieur, l’autre, c’était sur un enfant. Je crois… J’ai pas bien compris.

PETITE FILLE

L’enfant perdu !

GARÇON 1

Non : l’enfance perdue…

HOMME

Alors ? Ça disait quoi sur l’enfant ou l’enfance perdus ?

HANOUSCH (caressant la tête de la petite fille)

Bon.

« Et pourtant, je crois qu’aujourd’hui… je rencontrerai à nouveau mon enfance, mon enfance comme une rose sauvage… »

Non, c’est pas ça. C’est perdu…Comme dans cette nuit, ce brouillard.

PETITE FILLE

Et sur le soleil, sur le printemps, tu ne sais rien sur le printemps ?

HANOUSCH

Ah oui ! sur mai, le mois de mai.

Mai. Je ne sais pas si je me rappellerai tout…

HOMME

Vas-y, on verra bien.

HANOUSCH

« La vie se réveille doucement de ma tasse

Et me sourit de façon saoule

Comme la rosée tombe joliment sur le champ

Et les bourgeons ont l’odeur du narguilé

Et la lune étincelle de lumière moqueuse

Si désespérée et pourtant si joyeuse. […]

Et l’oiseau chante sur le béton dur,

Et le tilleul fleurit. Mais des pas résonnent au loin.

Écoutez ces voix qui rient comme un cercueil étendu

De vieille caisse en fer,

Écoutez le son des brises qui chantent dans les fleurs

Et le bruit des canons, des fusils, des mitrailleuses… »

HOMME

C’est bon, ça suffit. (Les enfants applaudissent)

HANOUSCH

C’est… bon ?…

HOMME

Oui. C’est pas mal.

HANOUSCH

Pas mal, Monsieur ?

HOMME

Mais oui, mais oui. D’accord, tu es le phénix.

PETITE FILLE

Et c’est quoi le phé ?…

HOMME

Alors, c’est quoi, c’est qui le phénix ?

GARÇON 2

Je sais pas.

GARÇON 1

Moi, je sais. Mais j’ai oublié.

HOMME

Et toi, tu sais ?

HANOUSCH

Oui, bien sûr je le sais : c’est un oiseau fabuleux. Qu’on brûle. Mais qui renaît de ses cendres.

HOMME

Qui renaît de ses cendres… Qui renaît de ses cendres ? On verra.

(Il claque dans ses mains)

Allez, allez, les enfants ! Schnell, schnell ! vite, vite ! Le train vous attend. Toi, joue du violon.

(Les enfants, chargés de leur petit bagage, entrent en coulisse au son du violon, en dansant, disparaissant tour à tour dans l‘ombre, sauf Hanousch, le dernier)

HOMME (Au public)

Oui, c’est vrai, pas mal ces petits artistes. Même bien ce jeune poète.

(Haussant les épaules)

 Mais ce n’est tout de même pas l’enfant Mozart qu’on assassine.

 

Marseille, 31 juillet/2 août 2018.  Benito Pelegrín

[1] [34] https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=26+ao%C3%BBt+1942+%3A+la+rafle+des+isra%C3%A9lites+%C3%A9trangers+%C3%A0+Pertuis+et+dans+le+Pays+d%E2%80%99Aigues+et+les+d%C3%A9portations+%C3%A0+Auschwitz [35]+

[2] [36] https://fr.wikipedia.org/wiki/Vedem#cite_note-1

[3] [37] https://fr.wikipedia.org/wiki/Vedem

[4] [38] En yiddisch : ‘maman’.

[5] [39] Expression yiddisch : ‘Fou ‘.Je mets les expressions yiddish dans la bouche du Garçon 2 qui semble  inévitablement contaminé, dans son innocence, par la propagande nazi.

[6] [40] Klezmerim ou klemzer : musicien juif ambulant. Mais, dans l’innocence de ces enfants, je fais du diminutif, pour l’un, un terme méprisant, et de l’autre, un terme noble.

[7] [41] Un petit shtèïtl, un village juif.

[8] [42] Signifie ‘petite fille’.

[9] [43] ‘Bonne chance ‘.

[10] [44] Les poèmes sont ceux de l’édition Audhuy/Cogitore citée dans l’introduction.

[11] [45] Fête juive du début du printemps.

[12] [46] Monstre humanoïde des légendes juives, surtout en Europe centrale, qui me permet de situer ces enfants dans Prague où l’aurait créé et animé le rabbin Loew.

[13] [47] J’annonce de la sorte sa farce grinçante sur ce roi qui veut se construire un fantôme avec les os de ses sujets.

[14] [48] Je pense, bien sûr, au Valle de los caídos, que Franco fit ériger dans la Sierra de Guadarrama au nord de Madrid pour rendre hommage aux « héros et martyrs de la Croisade », devenu en 1958 soi-disant mausolée pour tous les combattants de la Guerre civile et son propre tombeau aux côtés du fondateur de la Phalange fasciste Primo de Rivera. Franco s’autorisa le transfert de restes de républicains (pourvu qu’ils fussent chrétiens) pour remplir l’immense tombeau, pillant les cimetières sans autorisation des familles. Une croix de pierre de 150 mètres de haut, la plus grande du monde, surmonte la montagne et signale de loin le titanesque monument mortuaire. En juillet 2018 le gouvernement du Premier Ministre socialiste Pedro Sánchez a décidé d’en retirer les dépouilles de Franco et de José Antonio Primo de Rivera pour en faire du mausolée fasciste un monument dédié à « la reconnaissance et à la mémoire de tous les Espagnols7 [49] », malgré l’opposition de l’extrême-droite.

[15] [50] Exclamation de stupeur, on se prenant la tête entre les mains. Voir internet : Yiddish%20(expressions).webarchive.

En une, vue de la ville de Partuis aujourd’hui © Ville de Pertuis

Gender Matters, chronique d’un succès public – chapitre 2

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GENDER MATTERS a laissé son empreinte à Marseille

Un bus itinérant, un théâtre, un Bus-Theater, “TEATRO VIAGGIANTE” qui vient de Naples, terre de comédies et de spectacles. L’ambiance de l’Illustre Théâtre de Molière avec la famille Béjart, n’est pas loin non plus. On pose ses tréteaux, on joue, on repart. Y avait-il autant de bruit sous Louis XIV?

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Les bruits de la Canebière (un DJ avec sa sono, le Carrousel voisin, les moteurs de scooters, vélos, bavardages et cris d’une foule populaire…), étaient des conditions très difficiles, pour deux très belles performances (dans tous les sens du terme!) en extérieur. Les artistes sont passé-e-s au-dessus!

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“Mes princes charmants”, par et avec Monika Smiechowska (Cie Duanama) est d’une ironie amère, sur les attentes “romantiques” de l’homme modèle. “Il est là mon prince. Je l’entends, je l’attends, il arrive, il est beau, fidèle, protecteur…tu es là ?” Interaction dynamique avec le public, dans lequel se cacherait le prince charmant ? Monika est suspendue à l’étage du bus vers le public, effet magique et troublant. Regard vers le haut de la Canebière :” Il arrive ! Je le vois! Non c’est un scooter !”. Regard vers la mer :” Je l’entends ! Non c’est un bateau!” C’est drôle et féroce.

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La deuxième performance en extérieur est ” LET’S BE QUEER” par Paola Lentini avec Monika Smiechowska (Cie Duanama), excellente Paola Lentini, dans une énergie très “Commedia dell’Arte”, texte très imagé, poétique, métaphorique et l’interaction avec le public, toujours essentielle. Comme les oiseaux, Paola chante, danse, interroge les spectateurs sur la fluidité du genre. Avec son livre :” Aux origines du genre”, elle- il attend “la bella principessa”. Monika apparaît, magnifique, comme dans un conte de fées. Paola enlève son masque de Commedia, elle lui tend la main…La séduction a opéré, en souplesse, sans heurts, sans violence…Comme si les animaux avaient été nos modèles dans cette quête amoureuse. Main dans la main, Paola et Monika:” Quand nous serons DEUX, plus personne ne sera UN et l’unité consistera à être DEUX”.

Merci aux artistes.

Yves Bergé

Encadré : retour en images sur les performances à l’intérieur du Bus Theater.

Dans ma chambre à ciel ouvert – solo de clown par et avec Paola Lentini

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Pablito – solo de et avec Monika Smiechowska 

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Bon à savoir:

Ceux qui n’ont pu assister aux performances de la Cie Duanama le 11 août pourront les découvrir le 23 septembre au Jardin Spinelly, 23 rue Spinelly, 13003 Marseille à l’occasion du Village Egalité organisé par Eclosion13, Cie Duanama et les Amis du Jardin Spinellly! Une journée consacrée aux questions d’égalité, de discriminations et de genres en plein coeur de Saint Mauront. Concerts, performances, tables rondes, ateliers sont offerts au public dès 10h. Venez nombreux. La rédaction

Crédit photo de une: Philippe Maquelle

Gender Matters à Marseille, chronique d’un succès public – chapitre 1

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Exploration Poétique des Genres et de la Tolérance : Le Triomphe d’Human Constellations’ à Marseille

Du 8 au 12 août dernier, le regard du badaud était attiré par un grand Bus noir stationné sur le Bas de Canebière. Des barrières Vauban entouraient le Bus et la petite scène constituée sur son flanc droit.  Une centaine de chaises déposées attendaient patiemment les spectateurs. A côté, un petit chapiteau blanc servait de loge pour les artistes. Montage de la scène et du matériel technique, remplissage du groupe électrogène… Un balai de techniciens et d’artistes s’affairaient le 9 août aux vues et aux sus de tout un chacun depuis le matin.

[51]

Des Préparatifs Intenses : De la Scène au Public

Puis, ce fut l’heure de la mise en place des chaises pour la conférence de presse prévue en fin de journée. Le Bus Theater accueillait journalistes et élus pour leur présenter le projet Gender Matters, un projet européen financé par Creative Europe porté par 4 compagnies – venant d’Italie (Sciara Progetti et Bus Theater) du Portugal (Teatro Metaphora) et de France (Compagnie Duanama) – dont la dernière escale avait lieu à Marseille, un mois après la tournée qui leur fit traverser l’Italie, la Pologne et l’Allemagne. Un joli moment sous le regard de curieux ébahis. Mais que se passe-t-il donc ?

Après la conférence, voici venu, la nuit tombée, le temps des ajustements lumière et son, des répétitions devant un public amassé et curieux de savoir ce qu’il se tramait là. Derniers filages avant la représentation du spectacle « Human Constellations » par les artistes du Bus Theater, prévue le lendemain à 21h. Rendez-vous était pris, les réservations affluaient, par téléphone, par texto, sur site, in situ. Quelques ajustements pratiques et tout fut prêt le jour J pour la représentation.

[52]

Le 10 août, 20h30… Le public afflue de toute part, tout le monde ne pouvait trouver de siège, priorité aux réservations et aux personnes en situation de handicap ou du bel âge. Quant aux autres, compréhensifs, ils s’amassaient derrière les barrières, de part et d’autre du bus, débordant du trottoir et s’agglutinant autour des rares espaces libres, sur les bancs. Des marseillais de tous les villages, des touristes finlandais, anglais, ou asiatiques, des grands-mères en vacance venant de Martinique et des îles, des mamans avec leurs enfants de tout âge, des groupes d’adolescents, des familles entières, des jeunes hommes et des jeunes femmes… Un public métissé, éclectique, multiculturel à l’image de Marseille, était venu en nombre assister au spectacle dont le thème aurait pu en faire fuir plus d’un.

“Human Constellations” : Naissance et Mort, Genre et Violence Poétiquement Explorés

Car « Human Constellations » parle de la Vie et traite des violences faites aux femmes et des violences de genre. Avec poésie et fantaisie, onirisme et douceur, nous suivons le parcours de quatre êtres de leur gestation quand ils n’étaient pas encore déterminés par leur sexe, fœtus au long manteau unisexe et à la tête en forme de cœur, à leur disparition symbolisée par une bougie qui s’éteint tout doucement, paisiblement, lorsque tous cheminent sur le toit, passant le témoin aux générations futures.

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On assiste à leur naissance lorsqu’éclate le ballon-cœur, à leur découverte de la sexualité et de leur genre : ces jeunes êtres innocents s’amusent à se déguiser et se travestir mais le monde les rattrape. On y voit une femme maltraitée par son mari ; un homme en jupe malmené par un groupe de jeunes. En explorant les dynamiques de groupe et les relations humaines, le spectacle montre de façon métaphorique et imaginative l’effet d’entrainement du groupe sur l’individu, l’effet pervers des médias qui n’ont de cesse de couper la parole à leur invité (un moment ironique savoureux et drôle à souhait), les jeux, amitiés et flirts entre les membres d’un même groupe.  

Le spectacle visuel et presque sans parole mêle acrobaties, breakdance, manipulation d’objet, chorégraphies contemporaines, théâtre physique sur fond de gros son électro et d’airs d’opéras italiens avec une transformation à vue des comédiens-artistes ; tout l’espace du bus, in and out, top and down, est judicieusement utilisé de manière créative, donnant lieu à des images visuellement frappantes. Accompagnés par une création lumière efficace et subtile, chacun des artistes de la compagnie maitrise son art et l’ensemble est magistralement incarné, avec une mention spéciale pour Pimenta à la gestuelle d’une précision incroyable et Ilaria dont le jeu avec le manteau -lorsque la femme rencontre son amour- et les acrobaties sont fort bien exécutés.

[53]

Un Public Curieux et Attentif : Réaction et Témoignages éloquents face aux Thèmes Audacieux abordés

Un très beau spectacle, de grande qualité et de très haut niveau largement plébiscité par le public, 400 personnes applaudissant à tout rompre, certains réclamant un bis comme dans les concerts. Le bonheur était palpable, la joie irradiait des visages des spectateurs. Tout d’abord surpris par la thématique, voire choqués pour quelques-uns, ils se sont laissés porter par cette rêverie et de l’aveu de certains, repartis heureux d’avoir été gentiment bousculés dans leur certitude et n’est ce pas la magie du théâtre, du spectacle vivant, que de susciter la réflexion chez le spectateur, remettre en question ses idées reçues, ses croyances, et lui ouvrir une porte vers plus de tolérance et de compréhension, d’acceptation de l’autre sans jugement ?

Je finirais en citant les mots d’une spectatrice radieuse, peu habituée au théâtre qui a été touchée par la poésie du spectacle et sa manière imaginative d’explorer la thématique : « au début, j’étais perturbée mais en fait, pourquoi un homme ne peut pas mettre une jupe ? Il faut accepter l’autre sans le juger. Ce spectacle me donne aussi beaucoup à réfléchir sur les violences faites aux femmes : on doit agir, nous, les femmes, pour empêcher ça, toutes ensemble ». Ce spectacle porte un message de paix et d’amour, de solidarité, qui a porté ses fruits. Cet événement artistique a réussi à aborder des thèmes complexes de genre et de violence avec créativité et sensibilité, suscitant des réflexions et des émotions parmi les spectateurs. Un triomphe et une réussite indéniable que ce premier chapitre de l’escale marseillaise du Gender Matters.

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Pour les performances du lendemain, qui suivirent les visites du bus de l’après-midi – où chaque petit groupe est ressorti, émerveillé devant tant d’ingéniosité dans la modulation de l’espace intérieur et son aménagement- , nous laissons la plume à notre collaborateur, Yves Bergé. Diane Vandermolina

Crédit photo: DVDM

Un Souper Stratégique : Talleyrand, Fouché et l’Avenir de la France

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Présentée fin juin à la Divine Comédie de Marseille et interprétée par Francis Piet-Lataudrie et Jean Monatte, « le Souper » est une pièce de théâtre en un acte de Jean-Claude Brisville, écrite en 1989 d’après la biographie de Fouché par Stefan Sweig. La pièce met en scène Talleyrand, prince de Bénévent et ministre des Affaires extérieures sous le Premier Empire, et Fouché, duc d’Otrante et ministre de la police dans plusieurs gouvernements. Elle se déroule à Paris le 6 juillet 1815 à minuit, dans l’hôtel particulier de Talleyrand (également nommé hôtel de Saint-Florentin). Au cours de ce souper, c’est de l’avenir politique de la France et des deux hommes dont il s’agit.

Pitch

1815, la bataille de Waterloo est terminée et perdue. Après l’exil de Napoléon, Wellington et les troupes coalisées sont dans Paris. La révolte gronde. Trois semaines plus tard, en France, le pouvoir est vacant.

Fouché se rend à l’invitation de Talleyrand pour y parler affaires. Tous deux s’interrogent sur la nature du gouvernement à donner à la France. Dehors, des émeutiers sont contenus avec difficulté par le service d’ordre de la capitale. Durant le dîner, Talleyrand et Fouché, deux « faiseurs de rois », discutent de l’avenir du pays, et surtout du leur pour tenter de trouver une solution qui les remettra chacun dans leurs fonctions respectives de Ministre des Affaires Etrangères et de Premier Policier. Aucun des deux ne peut agir sans l’autre. Fouché pense qu’il faut revenir à la république.

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Pour Talleyrand, il faut restaurer les Bourbons ; mais pour cela, il a besoin de l’appui de Fouché, président du gouvernement provisoire, qui contrôle la ville de Paris. Ce fin souper avec ses mets succulents servis par Jean, le valet de Talleyrand, est ainsi l’occasion de convaincre Fouché que le retour de Louis XVIII sur le trône est la seule bonne solution. Entre deux plats, les deux hauts dignitaires révèlent – à demi-mot – leurs crimes, leurs trahisons, leurs intrigues. Commence alors une négociation, à la manière d’une passe d’arme, entre deux hommes puissants qui se détestent mais que les circonstances historiques condamnent à s’entendre. Il s’agit ici de rester, donc de s’allier. Malgré tout ce qui les oppose et qui devrait les faire échouer, leur alliance leur permettra d’avancer, du moins pendant un certain temps.

Un souper fictif inspiré d’une véritable rencontre

Ce souper entre ces deux personnages historiques perfides qu’étaient Talleyrand et Fouché est imaginaire, mais nombre de répliques ont été dites réellement par les deux hommes à des moments de leur vie, dans des situations similaires. Talleyrand aurait en secret invité Fouché à dîner avec lui dans son hôtel particulier à Paris… un 6 juillet 1804 à Paris. A cette époque, suite au coup d’État du 18 Brumaire en 1799, Napoléon Bonaparte venait tout juste d’être proclamé empereur sous le nom de Napoléon Ier.

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Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, un diplomate et homme politique français de grande envergure, avait été nommé ministre des Relations extérieures de Napoléon. Joseph Fouché, de son côté, était un homme politique et policier français qui avait un rôle important dans le ministère de la Police sous le règne de Napoléon. La rencontre entre Talleyrand et Fouché s’était déroulée dans un contexte de stabilité apparente sous le règne de Napoléon, après des années de chaos révolutionnaire, mais où subsistaient des tensions politiques et des aspirations divergentes.

Lors de ce souper, les deux hommes auraient discuté de la possibilité de renverser Napoléon et de restaurer la monarchie. Il est dit que Fouché avait des doutes sur la capacité de Napoléon récemment couronné à maintenir la stabilité du pays et envisageait un changement de régime. Cette rencontre témoigne des intrigues et des débats politiques qui animaient la France à cette époque charnière de son histoire.

Monarchie versus République 

Talleyrand prône le retour de la monarchie, Fouché voudrait un successeur républicain, pourquoi pas le fils de Napoléon. Talleyrand est fourbe, manipulateur, adepte de la diplomatie perfide. Fouché est froid, brutal, impitoyable (il a voté la mort du Roi). Ils sont tous deux de mauvaise foi, habiles dans leurs arguments. Il va ainsi falloir aux deux hommes créer de toutes pièces, et dans un temps record (le peuple gronde aux fenêtres et ne leur laisse, disent-il, que deux heures), rien moins qu’un gouvernement pour la France. République et Monarchie s’opposent ici sans merci dans un bain de diplomatie, à la fois fourbe et cynique, à l’origine bien souvent de toute politique.

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Réalisation

Sur fond de décors réalistes, la mise en scène intimiste, menée en temps réel, repose sur des éclairages alternant pleins feux, ondes rougeoyantes et lumière tamisée. Les bruits de foule scandés au balcon, lorsque Fouché entrouvre la fenêtre, viennent interrompre le souper et les palabres entre les deux hommes, attisant la peur de l’homme de loi et conférant suspens et rythme au déroulé de la pièce. Les rugissements de la foule laissent planer une pensée d’une mort proche, la mort d’un espoir pour le peuple qui se disperse à l’arrivée des violents orages s’abattant sur la capitale cette nuit-là. Son départ signe le début d’un accord entre les deux hommes et les révélations à venir sur leurs actes perfides.

La musique en fond, quant à elle, apporte une touche de mélancolie quand Fouché prend le portrait d’un parent guillotiné de Talleyrand : tombant le masque, ce dernier avoue au Premier policier déjà bien renseigné qu’il l’avait dénoncé pour sauver sa peau. Nous voilà ainsi dévoilées les manigances des deux hommes, chacun dans leur domaine, par goût du pouvoir. Et la pièce s’achève avec intelligence sur une voix off citant un extrait des «mémoires d’outre-tombe» dans lequel, Châteaubriand a écrit : «J’entrevis le Vice appuyé sur le bras du Crime». L’image finale où l’on voit les deux hommes immobiles sous une douche de lumière d’un rouge violacé est saisissante, troublante même : elle nous questionne sur la félonie intrinsèque au politique et à ses froids représentants ainsi que sur les espoirs dérisoires et vains d’un peuple dont les raisons de la colère sont ignorées, snobées, voire utilisées à des fins personnelles, si rarement entendues. Une interrogation encore d’actualité.  

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Interprétation

Outre le bonheur des répliques magnifiquement écrites et l’écriture ciselée et subtile de Jean-Claude Brisville, le jeu des deux comédiens principaux est juste et précis. Optant pour une direction d’acteur classique, le jeu est naturaliste : la diction avec ses phrases bien articulées permet de saisir toutes les nuances du texte et sa richesse grammaticale et lexicale, avec ses jeux sur la polysémie de mots et ses expressions savoureuses, ses sous-entendus et non-dits délicieusement amenés.

Le travail de diction réalisé met en valeur le récit car les acteurs sont ici au service de la plume de l’auteur, la gestualité des personnages et leur déplacement étant dictés par ce récit, sans fioritures même si par moments le plus jeune des acteurs, Jean Monatte, qui interprète Fouché se laisse emporter par sa fougue. Francis Piet-Lataudrie est, quant à lui, toujours aussi excellent dans le rôle de Talleyrand, subtil et perfide à souhait. Efficace, la pièce est un régal pour les oreilles et les spectateurs sortent ravis de cette représentation bien exécutée.

Bravo pour ce très beau moment de théâtre ! DVDM

Crédit photo: DVDM

Gender Matters, quand le geste est plus fort que les mots

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De la nécessité de combattre les discriminations

 

« Ensemble, nous pouvons créer un changement positif et œuvrer pour un avenir où les violences faites aux femmes et les discriminations de genre ne seront plus tolérées. » (Diane Vandermolina)

 

Gender Matters, Questions de Genre, ce projet ambitieux a été présenté à Marseille lors d’une conférence de presse non conventionnelle, devant un bus de type impérial, le Bus Theater, reconverti en théâtre.

 

Un projet humaniste

 

Les accents se mélangent : Ilaria, metteur en scène, dramaturge et comédienne, Monika, comédienne et gérante de la compagnie Duanama, Diane, journaliste, Paola, comédienne, Yuri, technicien et, très vite, un sentiment d’ouverture, de partage, de camaraderie, s’instaure car le projet artistique international financé par le dispositif Europe Créative de l’Union Européenne, s’il est audacieux, est avant tout humaniste. Il rassemble des partenaires culturels et artistiques de l’Italie, du Portugal et de la France dans le but de mettre en lumière les questions liées aux violences sexistes et de promouvoir le débat sur le genre. Si les accents se mélangent lors de la conférence, c’est par le geste, le regard, l’expression, que les artistes s’adressent au public lors des représentations participatives.  

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Coopération entre plusieurs compagnies

 

Il est nécessaire de sensibiliser les jeunes aux violences faites aux femmes. Pour combattre plus efficacement les violences sexistes, le problème doit être abordé sous tous ses angles. ‘Malanova’ est un monologue poignant relatant l’histoire vraie d’une jeune femme italienne victime d’abus pendant des années. C’est de cette histoire que le projet s’inspire. Gender Matters est le fruit d’une coopération entre plusieurs compagnies renommées telles que Sciara Progetti Teatro, Bus Theater, Teatro Metaphora et la compagnie Duanama.

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Un travail de sensibilisation avec un théâtre participatif 

 

Susciter un changement de regard et d’attitude face aux questions de genre, tout en favorisant l’échange et le dialogue

« Nous avons l’intention d’amener le théâtre là où il n’y a pas de théâtre. »

Le théâtre est avant tout une histoire collective, un lieu de rassemblement. S’il est un lieu de catharsis, il peut être un lieu d’échange, d’expression, de remise en question, en un mot, de culture. Il est également une source pour l’étude de la démocratie. Déjà, les Grecs l’avaient compris et prônaient un théâtre participatif. Le projet a ici pour but de donner au public, à travers le théâtre social, des moyens de comprendre et d’agir pour une meilleure prise de conscience du phénomène et induire un changement de comportements pour faire reculer les violences faites aux femmes. Il intègre une dimension participative forte et sera constitué de saynètes originales destinées à tous, et plus particulièrement à un public étudiant. Le public sera amené à réagir et à débattre pour prolonger la représentation sur les questions d’égalité et d’équité relatives à la question du genre. Des performances théâtrales et des ateliers de théâtre liés à la question du genre et de la non-violence seront également organisés dans le cadre de la tournée, animés par les partenaires du projet.

 

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Transcender les frontières linguistiques et géographiques

 

Pour transcender les frontières linguistiques et géographiques, une équipe de 12 artistes et techniciens italiens, français et de Madère a travaillé en collaboration lors de résidences artistiques. Ils ont créé une œuvre originale et participative abordant les questions de genre de manière innovante. Au-delà des performances proposées, Gender Matters offre des moments de rencontre sur les questions de genre, des visites du Bus Theater, symbole itinérant du projet Gender Matters, des projections de court-métrages et des ateliers interactifs.

 

Une tournée européenne fantastique, un travail de réflexion collectif

 

La tournée européenne de Gender Matters a débuté le 10 juin 2023 à Morfasso, en Italie, avec des performances captivantes et des échanges avec le public. Ensuite, les artistes se sont rendus à Wroclaw, en Pologne, pour partager leur vision audacieuse de l’égalité de genre. A Berlin, en Allemagne, le projet a continué à susciter la réflexion et l’engagement sur les questions de genre. Enfin, la tournée se termine à Marseille avec le stationnement du Bus Theater sur le bas de la Canebière (à proximité de la place du Général de Gaulle).

 

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Programme Gender Matters à Marseille les 10 et 11 août 2023

 

Les 10 et 11 août les habitants de Marseille ont une occasion unique de découvrir ces performances avant-gardistes, c’est la fin de cette tournée européenne.

10 août 2023

10h/12h : Workshop de la Cie Duanama

21h/22h : Spectacle « Human Constellation » par le BusTheater

11 août 2023

16h/18h30 : Visite du Bus theater et projections vidéo dans le bus

19h/20h : Performances de la Cie Duanama avec Monika Smiechowska et Paola Lentini suivies d’un échange avec le public.

 

Un voyage poétique et métaphorique

 

Gender Matters, quand le geste est plus fort que les mots

 

Le bus theater nous emmène en voyage, un voyage poétique, métaphorique, où le langage est universel, accessible à toutes et à tous. Pas de parole dans ce face à face émotionnel entre les artistes et le public mais la communication est assourdissante tant le propos est fort et le talent des comédiens évident.

Isabelle Verna-Puget

E-mail: contact@duanama.com [62] /Site web: https://duanama.com/ [63]

Pour une Europe inclusive : Gender Matters ou la nécessité de combattre les discriminations

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Découvrez le projet artistique Gender Matters qui fait escale à Marseille les 10 et 11 août sur le bas de la Canebière. Dans et hors du Bus Theater, le curieux pourra assister gratuitement à un spectacle et des performances poignantes, suscitant la réflexion et l’ouverture d’esprit sur les questions de genre.

Nécessité de Réaffirmer la Lutte contre les Discriminations

Aujourd’hui, plus que jamais, il est nécessaire de réaffirmer la nécessité de la lutte contre les discriminations en Europe et dans le monde. En effet, actuellement, en Italie, le gouvernement d’extrême droite Meloni a entamé une politique discriminatoire envers les familles homoparentales en s’appuyant sur un vide juridique : en exigeant l’effacement du nom de la mère non biologique de l’acte de naissance de l’enfant, elle lui retire tout droit envers ce dernier.

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Atteinte aux Droits Fondamentaux et au Droit Européen

Sachant qu’en Italie en dehors de l’union civile entre couples de même sexe adoptée en 2016, les personnes LGBTQI+ n’ont que très peu de droits, cette décision est une atteinte aux droits fondamentaux des personnes contraire au droit européen en matière de non-discrimination (cf. Article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme et Protocole nº 12 attaché à cette convention ainsi que l’article 21 de la section III de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne). Elle porte en elle la marque d’une régression sociale forte et pourrait inspirer d’autres leaders politiques européens aux tendances extrémistes.

Le Projet “Gender Matters” : Un Défi Européen pour l’Inclusivité et l’Égalité des Genres

Pourtant, la lutte contre les discriminations est un cheval de bataille de l’Union Européenne. Cette dernière promeut au travers de ses programmes, à l’image de Creative Europe, l’inclusivité et l’égalité des genres. Le projet Gender Matters, initié en 2021, fruit d’une coopération entre plusieurs compagnies européennes (Sciara Progetti Teatro, Bus Theater, Teatro Metaphora et la compagnie Duanama) s’inscrit pleinement dans ce défi européen de lutte contre les inégalités et discriminations, violences sexistes et de genre. Il réaffirme ici l’urgence de ces luttes afin que toutes et tous puissions être égaux sans distinction de sexe ou de genre.

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L’Urgence de Combattre les Inégalités et Discriminations de Genre

Cette urgence est d’autant plus forte que certains gouvernements européens rétifs aux lois anti-discriminations, profitent de l’absence de lois contre les discriminations dans leur pays pour porter atteinte à ce combat en s’inscrivant à rebours de ce progrès social prôné par les instances européennes.

Gender Matters : un projet artistique qui transforme les Regards

Gender Matters, inspiré de l’histoire de “Malanova”, un monologue poignant relatant l’histoire vraie d’une jeune femme italienne victime d’abus pendant des années, met en lumière les questions d’égalité femmes/hommes et nous interroge sur les violences et discriminations de genre avec un spectacle captivant et quatre performances artistiques saisissantes afin de susciter chez nous un changement de regard et d’attitude envers ces questions et ainsi transformer notre vision du monde.

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Éveiller les Consciences : L’Impact des Performances Artistiques

Les performances et le spectacle proposés nous invitent à plonger dans l’intimité de personnages touchants, confrontés à leurs propres questionnements identitaires. Ces récits émouvants renforcent l’empathie et nous poussent à remettre en question les stéréotypes de genre profondément ancrés dans notre société.

Human Constellation : Un Voyage Onirique au-delà des Barrières de Genre

Dans un théâtre mobile pas comme les autres, le Bus Theater, se dévoile une performance chorale saisissante, “Les Passagers de l’impossible” (Human Constellation), présentée par le Bus Theater le 10 août à 21h. Cette odyssée onirique transcende les frontières linguistiques et géographiques pour explorer les stéréotypes, les violences de genre, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, les rôles et les préjugés. Une constellation humaine qui émeut et bouleverse le public.

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Let’s be Queer : Questionner la Notion de Genre avec Interactivité

Le 11 août à 19h, Paola Lentini et Monika Smiechowska de la Cie Duanama investissent la scène avec “Let’s be Queer”. Cette performance interactive incite le public à se questionner sur la notion de genre en explorant la possibilité de le redéfinir en fonction de l’expérience et de la culture. Plongeant dans la fluidité de genre présente dans le règne animal, la pièce bouscule les normes et les stéréotypes sociaux, offrant une réflexion profonde sur la diversité et la complexité des identités de genre.

Dans ma chambre à ciel ouvert : Un Clown Naïf en Quête d’Identité

Au cœur de l’intimité de sa chambre, Paola Lentini incarne Balla, un clown rêveur et maladroit qui explore son identité de genre dans “Dans ma chambre à ciel ouvert”. Cette performance touchante, proposée par la Cie Duanama, aborde avec sensibilité les questions d’identité et d’acceptation de soi, invitant le public à s’émouvoir et à s’interroger sur sa propre quête d’identité.

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Mes Princes Charmants : Regards Croisés sur la Masculinité

Monika Smiechowska prend la scène en solo pour livrer trois monologues percutants dans “Mes Princes Charmants”. La comédienne offre une exploration audacieuse du regard des femmes sur les hommes, mettant en lumière les modèles et les attentes profondément ancrés dans notre société. Une plongée saisissante dans les complexités de la masculinité moderne.

Pablito : Homme ou Femme ? La Quête d’Identité d’un Adolescent

Dans une performance émouvante, Monika Smiechowska raconte l’histoire bouleversante de “Pablito : Homme ou Femme ?”. Un adolescent en quête de sa sexualité et de son genre, confronté à la pression sociale et culturelle pour se définir. La pièce met en lumière les défis auxquels sont confrontées les jeunes générations dans leur quête d’identité et invite le public à s’engager avec empathie et compassion.

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Gender Matters : Un Rendez-vous avec l’Échange et la Réflexion

Au-delà des performances artistiques, Gender Matters propose des moments de rencontre et d’échange sur les questions de genre. Le Bus Theater, symbole itinérant du projet, ouvre ses portes le 11 août de 16h à 18h30 pour des visites inédites. Des projections de courts-métrages et des ateliers interactifs (workshop le 10 août de 10h à midi) complètent cette expérience immersive et inclusive.

Un Appel à l’Action pour un Avenir plus Égalitaire

Le public est invité à repenser les questions de genre, à remettre en question les normes établies et à favoriser un dialogue ouvert et inclusif. Car selon les organisateurs, ce n’est qu’« ensemble que nous pouvons créer un changement positif et construire un avenir où les violences faites aux femmes et les discriminations de genre ne seront plus tolérées ».

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Ne manquez pas cette expérience théâtrale unique et visionnaire, un rendez-vous incontournable pour bâtir un monde plus compréhensif et respectueux de la diversité des identités de genre. Car Gender Matters, c’est bien plus qu’un spectacle ou des performances, c’est une invitation à l’ouverture d’esprit et à l’action pour un monde meilleur. R.S.

Plus d’infos sur www.duanama.com [68]

Crédit photos : BusTheater

Encadré

Évolution des Questions de Genre : Un Voyage à Travers l’Histoire et les Luttes

Les Mouvements Féministes des XIXe et XXe siècles : Les Prémices d’une Prise de Conscience

Le concept de genre, une construction socioculturelle, évolue depuis des siècles, mais c’est au XIXe siècle que les premières traces de luttes pour l’égalité des sexes émergèrent. Les mouvements féministes du XIXe et du XXe siècle furent les pionniers de cette prise de conscience. Ils remirent en question les rôles traditionnels assignés aux femmes, exigeant l’accès à l’éducation, à l’emploi, et la reconnaissance de leurs droits fondamentaux.

Émergence des Études de Genre dans les Années 1970 : Leurs Contributions à la Reconnaissance des Questions de Genre

Dans les années 1970, une nouvelle ère s’ouvrit avec l’émergence des études de genre dans les milieux académiques. Ces disciplines explorèrent les constructions sociales du genre, les rôles de genre, les stéréotypes et les inégalités. Grâce à ces recherches, les questions de genre commencèrent à être reconnues comme des sujets sérieux d’étude et d’enseignement.

Mouvement LGBT+ : Une Lumière sur l’Identité de Genre et la Diversité

Les années 60 et 70 furent marquées par le mouvement de libération des personnes LGBT+, un pas de géant pour la visibilité et la reconnaissance des identités de genre diverses. Les militants LGBT+ ont lutté pour la reconnaissance des droits des personnes transgenres et non-binaires, remettant en question les normes binaires de genre et sensibilisant le monde sur la richesse de la diversité des identités de genre.

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Le Changement Légal en Faveur de l’Égalité et de l’Inclusivité

Au fil des décennies, de nombreux pays, dont la France, ont adopté des lois pour promouvoir l’égalité des sexes et l’inclusion des personnes LGBT+. Parmi les avancées notables, citons la loi Taubira promulguée en France le 18 mai 2013, qui permit le mariage pour tous en France et ouvrit la voie à l’adoption conjointe par les couples de même sexe. Cette loi historique a modifié le Code civil français, faisant de la France le 9e pays à légaliser le mariage homosexuel au niveau national. D’autres lois furent adoptées, notamment en faveur de l’inclusivité et de la lutte contre la discrimination et le harcèlement entre 2014 et 2019*. Ces avancées légales ont joué un rôle essentiel dans la sensibilisation accrue de la société aux questions de genre.

Un Futur en Mouvement : Les Questions de Genre Restent au Cœur des Débats

Les questions de genre continuent d’évoluer et de progresser dans le discours public. L’identité de genre, l’expression de genre, la fluidité de genre, les stéréotypes de genre et la discrimination basée sur le genre demeurent des enjeux centraux dans la lutte pour l’égalité des sexes et la reconnaissance des droits humains. Aujourd’hui, plus que jamais, la société se mobilise pour créer un avenir égalitaire, respectueux et inclusif pour tous, indépendamment de leur identité de genre.

Une Quête Perpétuelle vers l’Égalité

De l’émergence des mouvements féministes aux avancées légales en faveur de l’égalité et de l’inclusivité, la question de genre est un voyage en perpétuelle évolution. Elle reste au cœur des débats sur la justice sociale et les droits humains. Avec chaque étape franchie, la société progresse vers une vision égalitaire, où chacun peut s’exprimer et s’épanouir librement, indépendamment de son identité de genre. Le chemin à parcourir est encore long, mais la quête vers l’égalité se poursuit avec résolution.

*La loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, promulguée le 4 août 2014, visait à promouvoir l’égalité entre les sexes dans les domaines de l’emploi, de la rémunération, de la représentation politique et de la vie familiale. La loi pour l’égalité et la citoyenneté, promulguée le 27 janvier 2017, comprenait des dispositions pour lutter contre les discriminations de genre et promouvoir l’égalité des chances pour les femmes et les hommes dans la société française. La loi pour l’interdiction des violences éducatives ordinaires, promulguée le 9 juillet 2019, interdit les châtiments corporels et les violences éducatives ordinaires envers les enfants, contribuant ainsi à lutter contre les discriminations de genre et à promouvoir des pratiques parentales non violentes et égalitaires. La loi de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice, promulguée le 23 mars 2019, renforça la lutte contre les violences sexistes et sexuelles en améliorant les dispositifs de protection et d’accompagnement des victimes. R.S.

Bon à savoir !

Les questions de genre dans le contexte de la lutte pour l’égalité des sexes et la reconnaissance des droits des personnes transgenres et non-binaires englobent divers aspects, notamment :

–             L’Identité de genre : c’est l’affirmation interne et personnelle de son propre genre, qu’il soit masculin, féminin, non-binaire ou autre. Certaines personnes peuvent ressentir que leur identité de genre correspond au sexe qui leur a été attribué à la naissance (cisgenre), tandis que d’autres peuvent ressentir un décalage entre leur identité de genre et leur sexe biologique (transgenre).

–             L’Expression de genre : c’est la manière dont une personne manifeste son genre à travers ses vêtements, ses coiffures, ses comportements et ses intérêts. Certaines personnes peuvent s’exprimer conformément aux normes traditionnelles de leur genre assigné, tandis que d’autres peuvent choisir de s’exprimer d’une manière qui ne correspond pas aux attentes sociétales.

–             La Fluidité de genre : Certaines personnes peuvent expérimenter une fluidité de genre, ce qui signifie que leur identité de genre peut varier avec le temps ou dans différentes situations. Ils peuvent se sentir à la fois masculins, féminins ou non-binaires, ou même passer d’un genre à un autre.

–             Les Stéréotypes de genre : Ce sont les croyances culturelles préconçues sur les rôles et les comportements attendus des hommes et des femmes. Les stéréotypes de genre peuvent être restrictifs et limitant pour les individus, contribuant ainsi aux inégalités entre les sexes.

–             La Discrimination basée sur le genre : Les questions de genre sont étroitement liées à la discrimination et à l’inégalité. Les personnes peuvent faire l’objet de préjugés, d’injustices et de violences en raison de leur identité ou expression de genre.

 

Vu à Avignon off 2023 : L’ARBRE par la Cie Rouges Les Anges

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Plongeons-nous l’espace de 40 minutes dans un lieu unique au monde, peuplé d’une immense diversité de faune ainsi que de flore. La nature y est luxuriante et les peuples nomades qui l’habitent se sentent protégés par des arbres immenses, telle une forteresse infranchissable.

Nous parlons de l’Amazonie : « le poumon de la terre ». Ce poumon, si malmené de nos jours par des feux de forêts, la déforestation, le braconnage etc…

Tout cela causé par un seul être : l’être humain, qui est capable du bon comme du mauvais, du meilleur comme du pire. « Il » ne se rend plus compte qu’il vit lui aussi dans ce milieu vivant, que cette nature l’aide à pouvoir respirer, créer des habitations, et donner suffisamment à manger, si nous arrivons à être en phase avec elle.

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Ce spectacle de marionnettes, nous raconte 3 histoires qui ont comme thématique le « mieux vivre ensemble, avec la nature qui nous entoure».

La première raconte l’histoire de « l’Arbre » : une histoire poétique qui subtilement nous sensibilise au thème de l’écologie.

La deuxième, dont le titre est « l’Amazonie dans mon jardin », met en lumière et interroge notre contribution à ce désordre écologique.

La troisième fait le lien avec l’histoire précédente grâce à un flash-back immersif dans la forêt amazonienne où on découvre la faune et la flore qui s’y cachent.

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Ce duo de marionnettistes est une belle réussite. Ils mélangent avec douceur, le chant et l’art visuel, jouant sur l’interactivité avec le public. Les marionnettes, ainsi que les décors minimalistes, sont une franche réussite.

Ce spectacle nous accompagne et guide vers une réflexion personnelle sur notre propre impact sur notre terre nourricière. Un spectacle qui sensibilise avec brio les plus grands comme les plus petits.

BBC

D’après un texte de Sandrine Thommen, Gilles Baum, Thierry Dedieu

Interprètes / Intervenants

Mise en scène : Laurence Belet

Interprète(s) : Céline Pique, Laurent Deville

Création lumière : Marco Gosselin

Scénographie : Delphine Lancelle

Marionnettes : Laurence Belet

Création musicale : Claude Delrieu

Bande son & bruitages : Joël Abriac

Cie Rouges Les Anges

Durée : 40 minutes

Vu à Avignon off 2023: Z « le chemin de la liberté »

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Seul, un homme assis sur le sol, une lanterne allumée à côté de lui. La lumière qui rayonne de cette lanterne, nous fait découvrir un visage marqué par l’histoire. Cette histoire, il va nous la faire découvrir …

C’est l’histoire de « Diego » : sa jeunesse, ses amis, ainsi que son amour, entrecoupés de peines et surtout d’injustice ! Ces injustices, qui auront pour conséquence, un engagement total de sa part, pour rétablir l’équilibre et l’équité de ce monde qui l’entoure.

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Ce conte mexicain, connu de tous, a été revisité avec audace. Il rend hommage à une culture riche et vaste, mais aussi complexe.

Ce seul en scène, dans lequel le comédien joue tous les belligérants de la pièce, nous donne une vision suggestive de la vie à cette époque, avec ses codes et surtout ses injustices.

Les objets utilisés dans cette pièce dont un grand coffre de couleur claire peuvent être à usage multiple : un bateau, un cachot, voire même ils peuvent cacher une épée. Les jeux d’ombres, les bruitages, ainsi que les effets spéciaux sont aussi présents, et donnent de la consistance à la pièce.

Malgré quelques disparités au niveau du rythme, nous assistons à une jeune pièce qui prendra vite son envol face à un public de connaisseurs grâce notamment à son comédien.

BBC

Auteur :  Preciado Rodriguez

Interprètes / Intervenants :

Durée : 1h15

Compagnie : Los Ajolotes Parlantes

Coproduction : Accords Production