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LYRINX fête ses 40 ans à la Criée

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À LA RECHERCHE DU SON PERDU

 CONCERT DES 40 ANS DE LYRINX

 Marseille, la Criée, 10 décembre

 

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LE SON RETROUVÉ

           Célébré dans le monde pour la recherche éperdue d’un son original perdu par la sophistication technique, né à Marseille, le label musical Lyrinx, avec sa pure touche musicale, en est à quarante ans de service en faveur d’une musique non asservie aux excessives retouches sonores des studios d’enregistrement. Regrettant l’appauvrissement harmonique inéluctable de la compression du CD, dont se désolait aussi Elisabeth Schwarzkopf, qui explique le retour contemporain du vinyle, Lyrinx cherchait sa voie et trouvait sa voix musicale dans une nouvelle alors technique d’enregistrement.

En effet, dès 1998, c’est le nouveau support numérique Super Audio CD (SA-CD), plus fudèle, basé sur la technologie de numérisation DSD (Direct Stream Digital), mis au point et à sa disposition expérimentale par Sony, qu’emploie Lyrinx pour tous ses enregistrements, devenant ainsi l’un des tout premiers labels au monde, le premier éditeur français, à l’utiliser. Ainsi, Lyrinx s’est fait rapidement connaître au Japon et aux États-Unis par des prises de son naturelles, dans des conditions de concert public refusant les artifices du son retouché, trafiqué, la compression réductrice du compact, par un son d’une vérité musicale aujourd’hui reconnue partout et qui est devenu sa marque, sa signature.

 

 

DE SYRINX À LYRINX

         Ce label s’appela d’abord Syrinx, puis devint Lyrinx.De Syrinx à Lyrinx, il n’y a qu’une lettre. Heureuse, poétique et musicale paronomase, deux mots de sonorité semblable, le premier, Syrinx, nom de la nymphe poursuivie par les assiduités du Dieu Pan, transformée en roseau pour le fuir puis en flûte par lui pour en garder mémoire : mémoire amoureuse d’un son et quel amateur de musique n’a pas souvenir de Syrinx de Debussy ? Le passage du S au L, de Syr à Lyr évoque, convoque tout naturellement l’instrument musical antique, la lyre, faite pour accompagner la poésie, mot qui se décline en lyrique, la voix chantée émise par le larynx. Quelle richesse sémantique connote sinon dénote ce mot ! Quelles harmoniques au sens musical, harmonieuses donc, enfermées dans ce simple nom de Lyrinx, ainsi prédestiné pour un label musical sur l’antique terre provençale et la Phocée grecque où il a vu le jour !

Nom aussi apparemment prédestiné que son fondateur René Gambini ne l’était pas par son métier initial de peseur-juré. Mais pesons les mots et ne jurons de rien : de ce corps professionnel créé en 1228 pour le port de Marseille et dissous en 2004, peseur-juré le fut également un illustre Marseillais, Jean Ballard, dont une rue, un cours, perpétue le nom mais moins que son œuvre immense de fondateur de la célèbre revue Les Cahiers du Sud revue pionnière à défricher, à déchiffrer la poésie moderne, le surréalisme, la première à publier des poètes étrangers de première grandeur tel Federico García Lorca pour n’en citer qu’un, un catalogue impressionnant de poètes, d’écrivains où se retrouvent  tous ceux qui ont pu compter au panthéon des lettres de 1914 (où elle s’appelait encore Fortunio), alphabétiquement d’Artaud à Simone Weil  et Marguerite Yourcenar, souvent pour leurs premiers textes jusqu’à sa fin en 1966. Est-ce un hasard si le label Syrinx du peseur-juré Gambini se love dans un vénérable bâtiment des arsenaux des galères, tout comme celui des Cahiers d’un Balard disparu ?  Il n’y que l’espace d’une place qui sépare les deux lieux que, sans emphase, on se permettra, de considérer comme deux pôles culturels essentiels de la culture française à Marseille.

C’est en 1976  que René Gambini, pianiste frustré par la nécessité de travailler pour vivre, mais musicien émérite reconnu, prié, pressé par Roland Petit alors à Marseille, d’enregistrer Verklärte NachtLa Nuit transfigurée’ de Schönberg avec les Solistes de Marseille pour un spectacle à Avignon, s’exécute, l’enregistre en son naturel et le coup d’essai est un coup de maître. Il fonde donc ce label par un premier disque, et le succès, du moins la reconnaissance arrive puisque l’Académie du Disque Français couronne un album Jolivet par un Grand Prix du Disque.

 

CONCERTS DES QUARANTE ANS

Dans son catalogue, entre autres grands interprètes,on trouve le flûtiste Alain Marion, le violoniste Laurent Korcia, les pianistesPierre Barbizet, Catherine Collard, Georges Pludermacher, Jean-claude Pennetier, Marie-Josèphe Jude, Katia Skanavi, Muza Rubeckyté, etc.

Lyrinx, fêtait ses quarante ans avec trois concerts à la Criée, un plateau prestigieux de musiciens autour de la musique romantique le vendredi 9 décembre ; le samedi 10 après-midi, était consacré à la musique française et, pour clore la fête, il revenait à Olivier Bellamy, de Radio classique, élégant, disert et discret, d’ouvrir le samedi soir un vaste panorama de Bach à nos jours. Pour cette fête musicale et amicale, on retrouvait, pour le piano, Michel Béroff, Vittorio Forte, Marie-Josèphe Jude, Caroline Sageman, Katia Skanavi, Daniel Wayenberg, le vétéran de quatre-vingt-sept ans : soixante-dix ans de différence avec la benjamine de dix-sept ans, Sarah Jégou-Sageman, violoniste. Le violoncelle était illustré par Maja Bogdanovic. Pour la mandoline, le flambant et flamand marseillais, Vincent Beer-Demander professeur au Conservatoire, et son orchestre à plectres de pratiquement jeunes musiciens.  Pour la voix, la mezzo-sopranoYana Boukoff qui signe chez Lyrinx un album¡Yambó !, de Napoli à La Havane, de Sofia à New York,accompagnée par Daniel Wayenberg, dans lequel elle interprète des mélodies italiennes de Paolo Tosti, trois mélodies de son pays, six chansons de Gershwin et les  cinq fameuses Canciones negras, ‘Chasons nègres’, du catalan Xavier Monsalvatge dont la dernière, sur un poème du grand poète cubain Nicolás Guillén, Canto negro, qui donne son titre au disque.

On signalera ici simplement les temps forts du dernier concert, du samedi 10 à 20 heures.

Sous l’archet ailé du violon de Sarah Jégou-Sageman et le miel du violoncelle de Maja Bogdanovic, la Passacaille de Händel, c’était un dialogue amoureux entre la voix féminine et aiguë de l’un et la voix chaude, masculine, de l’autre, agacements gracieux, coquets, des pizzicati de l’une, appels piquants, échos, réponses arrondies de chaleur de l’autre, ferveur, effervescence des variations, courses poursuites et retrouvailles dans un climax, larmes de joie, gémissements de bonheur, frissons, tremblés des trilles, extase s’apaisant dans une lassitude heureuse, la langueur des mouvements lents comme des mots tendre longuement murmurés : l’accord parfait.

La pianiste Caroline Sageman, sa lançait dans le Scherzo N°2 de Chopin, donnant d’entrée le frisson pressé des triolets interrogatifs, suspendus avant de faire ruisseler comme des sentences fatales les réponses des notes avec une limpidité sans brouillage ni brouillard romanticoïde, avec une vigueur vigilante dans les évidences des montées et descentes, pourtant vite hérissées d’arpèges piégés s’apaisant enfin dans une douce cantilène, une fièvre, une ferveur sans mièvrerie ensuite, arrachant Chopin aux miasmes maladifs qu’on lui impose parfois encore : une musique forte, virile, exprimée avec une franchise bouleversante par la grâce d’une femme.

Version, interprétation brésilienne de Bach, les Bachianas de Villalobos étaient représentées ici par la plus célèbre, la N°5, dialogue voluptueux de la voix voilée de mélancolie du violoncelle de Maja Bogdanovic tissée à petits points poignants par le piano de Vittorio Forte, mais la chanteuse Yana Boukoff, mezzo en difficulté pour une tessiture de soprano dans la longue vocalise qu’elle ne reprendra pas non plus en bouche fermée pour le finale, plus heureuse plus tard dans Gershwin.

Que dire de ce géant vénérable du piano Daniel Wayenberg qui, annoncé par erreur par Bellamy dans une pièce de Liszt non programmée par lui, s’installe paisiblement au piano et, sans mettre le présentateur en difficulté, joue tranquillement celle de l’annonce, rien moins que les « Harmonies du soir » des Études transcendantales ? Sens de la construction, mise en valeur des symétries, puissance dans le tumulte jamais désordonné de cloches, impressionnant crescendo d’accords arpégés avant un retour léger, élégiaque, rêveur. On retrouvera cet éclectique jeune homme de quatre-vingt-sept printemps avec le même bonheur dans l’accompagnement jazzistique de Gershwin, dans le Libertango de Piazzola avec Vittorio Forte, dans la Première suite pour deux pianos de Rachmaninov partagée avec Michel Béroff pour notre joie, toujours à l’aise et parfaitement à sa juvénile place avec ses jeunes confrères.

Le plaisir de cette exceptionnelle soirée fut aussi dans les duos entre ces grands interprètes amicaux. Chargée d’organiser les répétitions des trois concerts, Marie-Josèphe Jude, la brune, entrait en miroir et jeu avec Caroline Sageman, la blonde, pour le premier mouvement de la Sonate pour deux pianos de Mozart, avec une complicité souriante contagieuse, espiègles, vives. D’autres surprises, d’autres connivences bien trouvées émaillèrent de concert amical et chaleureux. On l’on n’oublie pas le Concerto pour mandoline de Vivaldi, avec, en soliste et chef de cet Orchestre à plectre pluriel, Vincent Beer Demander, géant débonnaire au milieu de ces frimousses d’enfants, parsemées de quelques adultes, avec émotion penchés sur leur instrument, gravement fiers et tremblants, vibrant comme leurs cordes, de se retrouver dans cette salle immense, pleine, pour cette célébration au milieu de grands artistes reconnus et reconnaissants et bienveillants à cette touchante et nécessaire enfance de l’art. Benito Pelegrín

 

Marseille, la Criée, 10 décembre

Avec : Vincent Beer-Demander, Michel Béroff, Maja Bogdanovic, Yana Boukoff, Vittorio Forte, Sarah Jégou-Sageman, Marie-Josèphe Jude, Caroline Sageman, Daniel Wayenberg.

Chopin, Gershwin, Händel, Liszt, Mozart, Piazzola, Rachmaninov, Villalobos, Vivaldi, etc.

 

Exposition de Johanna Heeg au Théâtre Toursky

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Figurations fugitives sur les petits formats de Johanna Heeg

Théâtre Toursky,

Jusqu’au 19 décembre 2016

 

Sur la forme contenue des brefs formats, sur des fonds foncés ou à peine éclairés d’un frottement furtif d’un pinceau diluant les ombres, un foisonnement de figures sombres, une farandole futile ou funèbre, figuration fantasque ou fantastique d’une foule en mouvement, en action, surgie d’un horizon lointain du temps, voulant déborder le cadre et s’épandre sur les murs, des faces dont s’effacent les traits pour ne laisser subsister que l’expression, un sentiment :  deux sœurs effrayées, une séduction effarée, des passantes affairées, frimousses fraîches d’enfants ou faces fanées, fantomatiques, frissonnantes d’effroi, de froid (?), pullulement d’un peuple pressé ou oppressé, brossé,  frotté d’un pinceau à la pâte épaisse, on dirait, linguistiquement et musicalement, « fricatif », au chromatisme obscur sur des fonds fluidifiés de bleu ou d’un jaune timide, brusquement illuminé, comme un soleil, d’un orange éclatant sur la brume d’un corps, une ombreuse palette où la tache colorée est touche musicale, harmonie globale où la note, la couleur, se fond, se confond, estompe les contours des formes, en semble effacer les frontières linéaires pour les fusionner dans une génération, une germination, un engendrement effervescent de vie aspirant, de la pénombre, au jour. Des regards pointus, ponctuels : des points intenses qui tiennent lieu d’yeux, avides, pleins d’angoisse, d’interrogation, d’interpellation, d’attente du nôtre. Sur des visages vides, sur des rivages, des rives et des dérives du temps, ils sont pleins d’une vie finie ou qui n’en finit pas de s’acharner à vivre aujourd’hui en habits d’ailleurs et d’autrefois.

Un monde en réduction surgi d’une estompe entre rêve ou cauchemar.

Benito Pelegrín

 

 

 

Les Mauves, un beau roman de Benoît Révillon

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Benoît Révillon LES MAUVES (Roman)

Les Cahiers de l’Égaré/ La Collection privée du Capitaine, 223 pages

 

Un accident, des incidents : voilà l’incidente qui bascule un trajet et bouscule un projet de vie d’un couple parfait au parcours linéaire comme un concerto filant vers sa fin, ou une route droite au retour de vacances filant le bon coton bourgeois des existences ouatées, sans crise ni remords. Entre un Prologue, masculin, paternel, et un Épilogue, féminin, maternel, qui ouvre et ferme le cercle parfait du récit comme l’horloge de la ronde des heures, la ligne droite impeccable d’une route, l’implacable ponctuation de l’accident : enclenchement mécanique, logique psychologique, érotique, d’incidents jusqu’au dénouement inattendu, dans un suspense haletant, dans une somptueuse demeure géométriquement moderne, univers technique apparemment clos aux misères du monde, mais dans lequel, entre bonne et mauvaise conscience, s’étant mal conduit, le conducteur banquier de la luxueuse auto et sa pianiste de femme ont introduit, par l’infraction et comme par effraction délibérée, une paire d’auto-stoppeurs d’un monde imperméable au leur.

Les inconnus dans la maison. Thème romanesque et cinématographique connu. Mais renouvelé ici par un agencement minutieux non des actions des intrus mais des agissements mentaux des hôtes, dans un renversement des agents actifs et passifs, des sujets et objets, des maîtres et des esclaves. L’heure tourne inexorablement et celle des règlements, des dérèglements arrive, celle des comptes réglés, sinon en banque du banquier, avec sa femme : les alliages, ou alliances chimiques inattendues des mondes antithétiques ou antagoniques, l’alchimie des atomes crochus des corps, atomisent un univers enclos dans son confort comme un bunker du conformisme bourgeois jusque-là sans ombre et sans recoin. Cela est tissé, filé, filmé dirait-on tant le découpage et les nettes images se prêteraient à une version filmique, dans une subtile progression d’un suspense toujours venu de l’intérieur.

On applaudit donc la conduite maîtrisée du récit. Mais l’on admire une langue dense, précise, qu’elle évoque le monde de la finance comme d’un intérieur que l’on nous fait visiter en expert technocratique mais jamais jargonnant, qu’elle décrive la magie technique de la villa des deux maîtres, qu’elle invoque ou convoque une belle palette artistique, musique amoureusement notée ou cinéma connoté, souvent de simples allusions pour un lecteur cultivé (page 133, les mentions de « Daphné et Joséphine »  et du jazz renvoyant à Certains l’aiment chaud). Les heureuses métaphores et les bonheurs d’expression abondent :

« travailler avec des chaussures à deux SMIC », (p. 80) ; « un tremblement de terre parfaitement insonorisé » (p. 87) ; « Walter se vitrifia dans l’angoisse », « un magnifique fantôme sonore » [pour un enregistrement ancien de référence],   « on n’offre jamais à un artiste qui joue une œuvre l’enregistrement d’un autre. C’est comme offrir à sa femme le parfum de sa maîtresse » (p. 136) ; « se retourner pleine d’une belle complicité oxygénée vers le mâle assis, repus et vitreux » (p. 143) ; une « érotique d’horloger » (p. 158), etc.

Le portrait de Miller, concis, est remarquable (p. 76-77).

Face au soin et à la beauté sans apprêt de cette langue, on ne sait si imputables à l’auteur ou à l’éditeur, on regrettera cependant des paragraphes non rentrés, l’absence de marque des dialogues, guillemets ou tirets, quelques fautes non corrigées. Mais à lire ce beau roman on se félicite qu’un petit éditeur l’ait publié tout en déplorant que tant d’autres, qui prétendent à la littérature, l’aient bêtement ignoré.

Benito Pelegrín

Un « teaser » du roman existe sur Youtube.

La Belle excentrique au Toursky : vocaliste coloriste

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Ce récital de Patricia Petibon, belle réellement et excentrique délicieuse et délictueuse des formes académiques du concert, tourne et fait tourner les têtes, sinon les tables, même celle de La Bonne cuisine de Bernstein, qui tourne rond malgré des recettes qui tournent mal pour poulet, lapin (heureusement de fantaisie) et… spectateurs sceptiques mais pas susceptibles du premier rang, aux premières loges, qui dégustent, littéralement, recevant avec les saveurs, les couleurs, en pleine figure, les reliefs du repas lancés à la volée comme défis et détritus ; menu concocté par la coquine, cocottante et caquetante cuisinière cordon bleu, on n’ose dire maître queuxmalgré la queue de bœuf jetée aussi avec une désinvolture survoltée par la follette diva en tablier attablée au piano d’où elle extrait des cordes (à son arc), les ingrédients incongrus pour ses plats sans en faire tout un  : on s’en lèche les doigts sans en croire ses oreilles tant tout est à saison, assaisonné juste dans le tempo, même du « Civet à toute vitesse », de la musique, de la voix, du geste et déplacement. Un régal. Une intelligence qui se joue d’elle-même.

J’ai commencé par où elle finit ce savoureux récital, vertigineux d’équilibre dans un déséquilibre apparent, conclus, après un brillant solo de la pianiste complice marmitonne Susann Manoff (l’andante con moto du Prélude N° 2 de Gershwin) sur un fougueux et allègre Granada d’Agustín Lara. Petibon le chante avec un parfait accent espagnol, comme elle l’aura donné aux pyrotechniques Cantares de Turina, où sa voix se coule avec aisance dans les diaboliques mélismes stylisés du flamenco, comme, piquante, pimpante, dans le Vito, danse populaire espagnole harmonisée par Obradors, qu’elle colore d’accent andalou. Elle couronnera le concert par deux bis, la fameuse berceuse popularisée par les cantatrices espagnoles, « Canción de cuna para dormir a un negrito », quatrième chanson des Cinco canciones negras de Xavier Montsalvatje, qu’elle interprète en intime et déchirante douceur, cette fois avec l’accent cubain, justesse de situation post-esclavagiste sinon autoriale car le texte est de l’Uruguayen Ildefonso Pereda Valdés (1899-1996). Le deuxième bis sera un inénarrable tango, Léon, qu’elle détaille avec un charme canaille à un spectateur ébahi et ravi qu’elle fait monter sur scène.

 

Art de la couleur

J’ai retenu symboliquement ces morceaux comme représentatifs de l’éventail immense de Petibon, qui passe de l’air le plus émouvant ou le plus drôle à la chanson drolatique avec le même bonheur et la même justesse dans l’expression du sentiment et, ce qui me frappe, avec, me semble-t-il une adéquation de la couleur : couleur exacte des langues —et je témoigne de l’hispanique— dans des nuances de régions et de pays, Castille, Andalousie, Galice pour l’Espagne et Cuba, que même les grandes chanteuses espagnoles ne font pas toujours, du moins pour cette dernière, l’adorable berceuse.

Si jamais la qualification de colorature pour son type de soprano est juste pour la virtuosité qu’elle déploie dans le baroque et dans ce chant espagnol vertigineusement orné, c’est encore plus juste par l’étymologie du mot : l’art de colorer le son. Patricia Petibon a une palette personnelle très riche en nuances, la couleur dont elle pare chaque mélodie paraît à chaque fois unique et l’éclaire affectivement : Spleen vaporeux de Fauré, indécise lumière argentine de Pêcheur de lune de Rosenthal, et je n’oublie pas cette Asturiana de Falla, nimbée de brume et mouillée de pleurs, une discrète confidence arrachée au silence douloureux. Il faudrait tout réentendre pour en goûter les exquises finesses sans finasseries grossières et je ne cite, pour donner la mesure de cette sensibilité, de Satie, que le défraîchi Daphénéo, affadi de tant de fadaises interprétatives, qui retrouve, avec elle, une neuve naïveté. Quant à « La delaïssado », ‘la délaissée’ de Canteloube, extrait de ses Chants d’Auvergne, c’est le chant résigné puis révolté de la femme, de toute femme, où l’on retrouve les accents de son Alcina d’Aix. Même sens dramatique dans « A vida dos arreiros » », ‘La vie des muletiers’, texte en galicien, extrait du Poema de un día du rare Henri Collet, musicien hispaniste qu’elle nous offre comme un cadeau, dans cet air semé de mélismes à la tenue de souffle admirable.

Bref, on n’en finirait pas de détailler la variété de tons, de couleurs qu’elle déploie, passant des larmes retenues, de la mélancolie à la fantaisie avec force accessoires, fausses oreilles, faux nez, carottes, etc, du fantasque au cocasse, au loufoque, peut-être comme une pudeur, une défense de l’âme par une ironie, une dérision où, entraînant son extraordinaire partenaire de pianiste, elle s’inclut elle-même : suprême élégance de l’humour.

Un charme fou, foufou.

Benito Pelegrín

 

La Belle excentrique

Récital Patricia Petibon, soprano,

Susan Manoff, piano

Marseille, Théâtre Toursky,

6 décembre 2016

 

Leonard Berstein, Henri Collet, Joseph Canteloube, Manuel de Falla, Gabriel Fauré, George Gershwin, Reynaldo Hahn, Agustín Lara, Xavier Montsalvatje, Fernando Obradors, Francis Poulenc, Éric Satie, Joaquín Turina.

 

Mésaventures ubuesques aux archives du CD13 …

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La rédaction de la RMT a souhaité publier ci-dessous ce coup de gueule d’un journaliste émérite, spécialiste de la Russie, suite à une mésaventure qui lui est arrivé en début de mois de décembre dans un lieu public marseillais, dans la mesure où au delà de l’aspect anecdotique de l’aventure, il est question de respect de l’œuvre d’un artiste vivant et de liberté d’expression muselée. Car si nous n’avons plus le droit d’exprimer notre indignation dans un espace culturel, sachant qu’il fut un temps où le public avait le droit de manifester sa contestation (au lieu d’être obligé à faire preuve d’une politesse bienséante comme c’est l’usage de nos jours), qu’en est-il de notre liberté et de la démocratie? Une question encore plus d’actualité aujourd’hui.

 

Aux archives départementales, il est interdit de s’indigner!

Le programme annonçait concert de jazz et projection d’un film muet.

Le film, en l’occurrence était Les Saisons d’Artavadz Péléchian. Et les organisateurs avaient misé sur le fait qu’aucun spectateur n’ait connu le grand réalisateur, un vieux monsieur qui se meurt dans un hôpital de Moscou. La fiche Wikipedia du film indique bien qu’aucune adaptation musicale ne peut être réalisée sans une lettre en russe au maître du cinéma soviétique. C’est pour laver l’honneur du créateur que j’ai bruyamment manifesté mon indignation en demandant aux musiciens de nous laisser écouter The sound of silence si cher à Péléchian. Il n’en fallut pas plus pour que M. Xabi Castorene, le conservateur des lieux, m’envoie des vigiles pour m’expulser déniant ainsi le droit à l’indignation d’un spectateur devant une forfaiture et le viol indécent d’une œuvre.

J’ai donc envoyé une lettre de protestation à l’intéressé, qui m’a menacé de porter plainte contre moi, lettre que faute de réponse, je m’autorise à rendre publique.

 

« J’ATTENDS LE PAPIER BLEU »

Samedi soir j’ai manifesté publiquement mon désaccord avec un spectacle programmé dans votre salle. Elle est financée ainsi que votre salaire par nos impôts, aussi je m’en sens copropriétaire.

L’annonce ambiguë de votre programme annonçait Musique et Cinéma.

J’ai pensé naïvement qu’après un concert, je pourrais voir le chef d’œuvre muet Les saisons d’Artavazd Pelechian.

Hélas les bruiteurs ne baissèrent pas d’un ton et leur musique tonitruante mi-jazz, mi-moderne devait pirater le film.

Plus grave : vous m’avez expulsé de la salle en faisant appel à des vigiles, ce qui est le comble pour un prétendu acteur culturel. Je ne brandissais pas de Kalach mais des mots pour exprimer mon indignation. Si vous ne l’avez pas fait, lisez ou relisez La ferme des animaux d’Orwell pour savoir qu’il ne faut pas envoyer les chiens-policiers avec le troupeau de moutons bêlants pour faire taire une voix dissidente. (Je vous l’offre bien volontiers).

Plus grave encore : vous m’avez demandé de ne plus mettre les pieds dans « votre » maison.

Peut-être vos vœux d’ordre seront comblés si d’aventure le FN arrivait aux manettes et c’est ce à quoi m’a fait penser votre attitude et vos propos de gardien de la pensée.

Vous m’avez menacé de porter plainte et j’attends avec impatience le papier bleu.

Dans le cas contraire j’exige des excuses de votre part pour votre comportement inacceptable d’irrespect pour une oeuvre. Oui, les goûts et les couleurs se discutent.

J’ai passé ma vie à me battre avec des mots et des idées et vous avez transformé une indignation en Bataille d’Hernani.

Je veux croire que votre jeunesse et votre inculture ont oublié ce que furent les flots d’injures et de bagarres physiques dans les théâtres du début du XIXème siècle.

Alors allez jusqu’au bout de vos menaces, au demeurant irrecevables, car il n’y a pas eu de voie de fait. Je m’ouvrirai de ce propos au talentueux Roland Hayrabedian et je me réserve le droit de le faire circuler auprès de mes amis journalistes et de votre tutelle.

Sachez enfin qu’au cours d’une discussion avec Artavadz à Erevan chez le regretté cinéaste Frounzé Dovlatian (Nostalgie interdite), il m’a dit que Mosfilm lui avait suggéré de mettre du Vivaldi en fond sonore ! Son désir était précisément d’envelopper de silence les hommes, leurs bêtes et le travail. Imaginez du Zim-boum-boum à fond la caisse pour accompagner le Kid de Chaplin !

Avec mes sentiments les plus cordiaux dus à votre jeune âge.

Jean Kehayan

Journaliste et essayiste

LES BRIGANDES DU CHÂTEAU D’IF

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Théâtre de l’Odéon,

Marseille 1 décembre 2016

En tournée cet hiver et au printemps en région PACA

                  Oui, les deux font la paire, mais non, ce couple de singing sisters, ces deux brigandes ne sont pas des larronnes, mais deux belles luronnes, et la référence au Château d’If, si elle tient à l’histoire et au mythe de Marseille, ce n’est pas à cause de miteux brigandages et autres corps de délit  mais pour la belle cause et corps de délices d’un trésor digne de Monte-Cristo, c’est-à-dire littéralement romanesque et artistique, symbolique : un patrimoine culturel en déshérence, celui de la chanson, de l’opérette marseillaise, dont le lieu de culte fut autrefois le légendaire Alcazar, que leur deux voix, disjointes ou conjointes, en duo ou faux duel du solo, nous restituent, sans nous voler, nous enlevant, nous envolant, nous enveloppant tendrement, ironiquement, nostalgiquement, dans leur charme désuet, leur populaire grâce, sans grasse complaisance d’un folklore « marseillisant » racoleur, de mauvais goût.

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Racines, identité : danger

         Et il est très réconfortant que de jeunes ou relativement jeunes Marseillais, de fraîche date ou de vieille souche, tous de parfaits musiciens, et de grandes voix lyriques, découvrent ou fassent découvrir ou redécouvrir à un public ancien, peut-être oublieux, ou à un public nouveau curieux, ce répertoire qu’ils servent avec amour et humour. Ici même, j’ai parlé du spectacle Marseille mes amours, récital Sarvil / Scotto monté sur un voilier par le ténor Jean-Christophe Born avec, déjà au départ, Murielle Tomao (voir 11 septembre 2015, http://benitopelegrin-chroniques.blogspot.fr/2015/09/operettes-marseillaises.html [2]).

L’accueil enthousiaste des spectateurs nombreux, le nombre et la qualité des tournées depuis plus d’un an dans le cadre des Voix de l’Alcazar que promeut avec obstination l’inlassable et inclassable Claude Freissinier et son équipe d’Arts et Musiques,justifient hautement cette sympathique mise en valeur de ce patrimoine populaire si bien accueilli. Devant ce succès, qu’on ne vienne pas nous parler la langue douteuse du populisme ambiant qui, hélas, court les rues, nous expliquant ce succès par un besoin, un désir identitaire, un retour aux racines : détestable expression qui renvoie à ce qui ne se voit pas, qui est sous terre : enterré littéralement. Un arbre, puisque métaphore il y a, se juge par ses feuilles, ses fleurs, ses fruits. S’il l’on en voit les racines, c’est qu’il est mort. C’est ce résultat de longues germinations, croissance et floraison, qui font les cultures, en particulier, la marseillaise, résultat de riches et divers amalgames séculaires. Les compositeurs comme Scotto, les musiciens, d’ici et maintenant mais dont les noms fleurent l’ailleurs et autrefois, qui accompagnent si joliment nos divas si peu Diva, la soprano bordelaise Brigitte Peyré, la mezzo Murielle Tomao, d’ascendance sûrement napolitaine comme tant de Marseillais, même en jouant l’accent local, leur souriant promoteur manosquin Freissinier, riraient bien de ces identités illusoires et dangereuses, de ces dangereux retours au terroir, éteignoir s’il n’a pas d’ouverture. Tous se sont mis au service de cet humble pan culturel marseillais, dont la musique déborda bien les frontières régionales et nationales. Et s’ils engagent le public heureux à chanter le vieux tube :

On la connaît au bout de la terre,

Notre Cane, Cane, Cane, Canebière…

même si ce fut vrai naguère, c’est avec la distance ironique de toute chansonnette de clocher, cocardière comme les rengaines sur Paname, Madrid des Madriles, etc, des airs qui font du bien sans faire de mal à personne quand on n’en fait pas un hymne agressif dont on se drape comme dans un drapeau frontière nous fermant à l’autre.

Héritage singulier et pluriel

Ce mélange de forces plurielles et d’origines diverses fondues dans ce désir  de faire revivre ce riche patrimoine singulier mais commun à tous, fut donc l’un des charmes de ce spectacle mené tambour battant, sans un temps mort, avec une confondante fluidité dans les gestes, les mouvements pratiquement chorégraphiés des deux chanteuses, les danses humoristiques, l’intégration parfois des musiciens au jeu, l’alternance du chant et du parlé sans solution de continuité, une dramaturgie musicale mise en scène avec une efficace ductilité par Olivier Pauls. Tout semble naturel sans que l’on sente le travail acharné derrière tout cela, avec une précision musicale au-dessus de tout éloge comme l’on peut attendre de cette phalange de parfaits musiciens classiques, tel Ludovic Selmi, qui dirige du piano et signe arrangements, et son équipe. En Angèle et Miette, inénarrables héroïnes de cette toute modeste épopée amoureuse, aux dialogues peut-être un peu trop simples, respectivement Brigitte Peyré, soprano dense mais transparent, dont le Pierrot lunaire me semble le meilleur que j’aie jamais entendu, créatrice de tant d’œuvres contemporaines, par ailleurs voluptueuse Poppée du Couronnement de Monteverdi, et la pulpeuse Murielle Tomao, voix fruitée et sensuelle, qui fut une Zerline friponne et autres personnages plus dramatiques, comme Carmen, la Belle Hélène, etc, s’amusent et nous ravissent, pliant leurs grandes et belles voix à la chanson, la chansonnette, mais nous rappelant, d’un aigu, d’un forte, dans une tradition qui se perd  gardée par la comédie musicale américaine, de mêler la chant intimiste et lyrique avec bonheur.

         Un bonheur pour nous

Benito Pelegrín

Les Brigandes du Château d’If 

Brigitte PEYRÉ, soprano

Murielle TOMAO, mezzo soprano

Accompagnées par :

Rémy CHAILLAN, Batterie

Eric CHALAN, Contrebasse

Gérard OCCELLO, Trompette

Jean-Christophe SELMI, violon

Ludovic SELMI, piano et arrangements

Dramaturgie musicale et mise en scène, Olivier PAULS

La tournée 2017 des Voix de l’Alcazar :

> 11 février 2017 – Les Pennes Mirabeau – Les Brigandes du Château d’If

> 26 mars 2017 – St Maximin – Les Brigandes du Château d’If :

> 19 mai 2017 – Digne les Bains – Les Brigandes du Château d’If : 21h

> 12 juillet 2017 – Le Puy Sainte Réparade – Les Brigandes du Château d’If : 21h

Marseillons 2 à l’Odéon, du 9 au 11 décembre 2016

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Marseillons, le retour !

Je marseille, tu marseilles, il marseille, nous marseillons… Voici un bien étrange néologisme que ce verbe marseiller, créé de toute pièce par Cyril Lecomte, un des artisans de ce show 100% marseillais et populaire, qui se jouera du 9 au 11 décembre à l’Odéon.

Pour sa deuxième édition, l’équipe de Marseillons proposera un spectacle où se mêleront musique et théâtre, chant, danse et jeu. Un spectacle total non dénué d’humour mêlant des vidéo projections, pour le plaisir des yeux et des oreilles, adapté d’un texte signé Henri Frédéric Blanc, les bouches d’or, écrit spécialement pour le spectacle.

Marseille, un vivier d’artistes

Cyril Lecomte (c) DVDM

Cyril Lecomte (c) DVDM

Parmi les potes invités de Cyril (comme il aime à les appeler), les marseillais pourront retrouver des acteurs de cinéma, des  comédiens de théâtre, des humoristes, des chanteurs, des danseurs et des musiciens qu’ils connaissent bien…. Citons Titoff, Loïc Legendre, Georges Fracass, Marie Fabre, Armelle Deutsh, Florence Demay, Bob Assolen, Papet J,  Gari Greu, Nelson Leeroy, David Walters : tous marseillais ou presque….. Ce sera également l’occasion de découvrir deux jeunes artistes inconnus, issus du conservatoire de théâtre de Marseille, Ilan Couartou et Ambre Scotto. Car un des intérêts de cette création est bel et bien de faire se rencontrer des personnalités venant de différents univers artistiques (humour, classique, contemporain, tragédie, jazz, lyrique, rap, flamenco…) mais aussi de donner l’opportunité à de jeunes comédiens de fouler le sol d’un plateau dans des conditions professionnelles. Un bon point !

Un divertissement festif et populaire

Pochette du single sorti à l'occasion du spectacle

Pochette du single sorti à l’occasion du spectacle

Pour Sabine Bernasconi, maire du 1/7, « ce projet est la préfiguration de mon ambition de faire de la Canebière le Broadway Marseillais. C’est l’esprit de Marseille et une aventure humaine extraordinaire avec des artistes qui prennent plaisir de jouer ensemble même si certains sont montés à la capitale pour se faire connaître ». L’enthousiasme est palpable que ce soit auprès des élus que des artistes. Et comme le souligne Marie Hélène Feraud en charge de l’Opéra et de l’Odéon entre autres fonctions : « Marseillons permettra d’attirer un public plus jeune à l’Odéon. » C’est aussi une jolie façon de « réveiller l’artère emblématique de Marseille et d’en faire un haut lieu de rencontre et un rendez-vous culturel, festif et commercial » achève-t-elle. La messe est dite !

Un texte adapté du seul auteur provençal traduit en 12 langues

H-F Blanc (c) DVDM

H-F Blanc (c) DVDM

Sorti en octobre, les bouches d’or, se présente comme une suite de paroles –des paroles d’or pour reprendre le terme de son auteur- dites par des (grandes) « bouches », ces personnages forcément marseillais, à la fois délirants et débordants, drôles et hauts en couleur, des personnages représentatifs et emblématiques « d’une civilisation aux racines antiques et modernes » précise Henri Frédéric dont le texte rend un bel hommage à notre ville… Avec plus de 26 siècles d’histoires et de migrations, il est vrai que la cité phocéenne est un lieu à part,  une ville monde, the ville cosmopolite par excellence, habitée d’une foultitude de caractères tantôt touchants et sympathiques tantôt ridicules et dérisoires mais toujours savoureux : ici, des Cagoles, philosophiquement amoureuses, un guide pour touriste Chinois, un professeur de Marseillologie, un pêcheur « Psyrituelle », un poète qui n’a jamais écrit, un West Side chichi à l’Estaque….  Le défilé d’une palette d’individus hors norme à l’image d’une ville aux multiples paradoxes!

Ainsi, à l’occasion de ce spectacle découpé en tableaux, le public pourra rencontrer une pizzanaliste incarnée par Florence ou encore un couple de jeunes amoureux incarnés par Ambre et Ilan dans une réécriture drolatique du Cid de Corneille.

Amis, amoureux de Marseille et de son extravagance, venez donc marseiller avec la troupe ces 9, 10 et 11 décembre dans la belle salle de l’Odéon! Vos zygomatiques ne resteront pas en berne. DVDM

Plus d’infos sur marseillons.fr [3]  ou au 06 09 07 53 46 du Lundi au Samedi de 15h à 19h/ tarifs de 69€ à 25€ selon la catégorie. Possibilité de réductions sur les sites partenaires du spectacle. Dates : 9 et 10 décembre à 20h30 et 11 décembre à 15h. Spectacle avec entracte.

Le Club de la presse de Marseille fête ses 50 ans les 9 et 10 décembre à Marseille !

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« Journalistes, vos papiers ! »

9 et 10 décembre 2016, Cours Jean-Ballard et d’Estienne d’Orves

Ouvert à tous et Gratuit/Inscription sur la page facebook du club de la presse ou par email à c-presse@wanadoo.fr

Le 19 juillet 1966, Jean-René Laplayne, alors journaliste à « Provence Magazine » (avant de devenir ensuite rédacteur-en-chef du Provençal), dépose en préfecture le nom « Club de la presse de Marseille ». L’association existe mais elle ne trouvera vraiment son envol qu’en 1978 sous l’impulsion de Roger Arduin, Marc Cioméi et Lucien Pucciarelli. Pour fêter ce cinquantième anniversaire, le Club de la Presse Marseille Provence Alpes Du Sud organise sur deux jours, les 9 et 10 décembre 2016, un événement inédit, intitulé « Journalistes, vos papiers ! », dans le quartier Jean Ballard- Cours d’Estienne d’Orves, haut lieu de la presse marseillaise puisque, outre les Cahiers du Sud installés Cours Jean-Ballard, on trouvait la Marseillaise Cours d’Estienne-d’Orves (et elle y est encore!) et le groupe Provençal-Méridional au tout début de la rue Francis-Davso.

Deux jours d’ateliers débats sur le métier de journaliste dans le quartier mythique de la presse à Marseille les 9 et 10 décembre!

Cette manifestation se déroulera principalement dans 3 lieux : aux Arcenaulx, à la Bo[a]te et à la Marseillaise. Elle a pour objectif d’interroger le métier de journaliste et ses mutations à l’heure de l’avènement des réseaux sociaux et du journalisme en ligne. Il nous a semblé important de questionner aujourd’hui la profession et le rôle du journaliste dans notre société. Il s’agit en effet d’un des métiers les moins bien considérés par nos concitoyens, à chaque sondage sur le sujet, et paradoxalement, il attire toujours autant d’étudiants dans les écoles, faisant rêver de nombreux jeunes devant la figure idéalisée du journaliste d’investigation. Une étude menée et éditée par l’Argus de la presse, réalisée auprès de 700 journalistes, en 2013, montre l’importance de ce questionnement sur les mythes et réalités de ce métier, abordés tout le long de la manifestation.

Aude Lancelin (c) AB

Aude Lancelin (c) AB

Le Club de la presse Marseille Provence Alpes du Sud dont l’objet est d’être un espace et lieu de débats d’idées, acteur citoyen en notre ville, propose plusieurs rendez vous, ateliers débats ouverts à tous les publics (et pas uniquement aux journalistes ni seulement aux communicants),  répartis autour des grands axes suivants : « Journaliste, un métier d’avenir ? », « Les nouvelles façons de travailler du journalisme en ligne : « Atawad » (any time, any where, any device) », « le Photo-reportage » ainsi que la “rencontre des 5 journalistes marseillais lauréats du « Prix Albert Londres ». Un grand débat, retransmis en différé par MProvence et Radio Dialogue, avec des invités prestigieux, sera le point d’orgue de cette manifestation : il portera sur “les relations des journalistes avec les pouvoirs”, un sujet d’autant plus d’actualité qu’Aude Lancelin a récemment été lauréate du Prix Renaudot pour son essai Le monde libre dans lequel elle relate son licenciement brutal de l’Obs, révélant la décadence d’un métier à la botte du politique et corrompu par le pouvoir de l’argent, dont les pratiques de travail relèvent plus de la communication que du journalisme.

Ce grand débat permettra de rencontrer l’auteure parmi d’autres invités aux parcours tout aussi intéressants. Citons ici, Michel Samson, ancien du Monde. Ce dernier sortira en janvier 2017 aux éditions La Découverte, un livre sur la pratique du journalisme judiciaire intitulé “Marseille en procès”. Ce livre apporte “un regard critique sur les rapports entretenus par les journalistes et les tribunaux”, questionnant la notion de délinquance ou de clientélisme, termes dont abusent les médias dans leurs gros titres à sensation. Ce temps fort nous fera ainsi également réfléchir sur une question cruciale qui hante les esprits de nos contemporains et des futurs journalistes : la réalité de la liberté de la presse. Nous verrons que la réponse est loin d’être simple même si la subordination des médias à la pression financière et politique rend difficile l’exercice du métier et en entache le rôle nécessaire de 4ème pouvoir indépendant, écornant son image. Il est vrai qu’à lire certains titres où le sensationnalisme prime sur l’information ou à entendre certaines gloses vaines et inutiles sur un mot prononcé par telle ou telle personnalité, il y a de quoi s’interroger sur les pratiques de certains journalistes.

Mise en page 1 [4]

Au menu de ces deux journées :

Vendredi 9 décembre 14h 30 Les Arcenaulx, les « Prix Albert Londres de Marseille ». Cinq journalistes vivant à Marseille ont eu le prix prestigieux. François Missen (1974), Sophie Nivelle-Cardinal (2016), Alice Odiot (2012), Philippe Pujol (2014) et Jean-Robert Viallet (2010). Ils seront là pour parler du Prix, de leur parcours et de leur conception du métier. En présence de Bernard Cahier, responsable de l’« Atelier Albert Londres » qui présentera son projet dont le premier opus portera sur Albert Londres et Marseille.

Vendredi 16h 30, La Bo[a]te, Atelier “Le journalisme en ligne”, animé par Jean-François Eyraud – Gomet’, avec Karine Bellifa – France 3, Benoit Gilles – marsactu.fr, Paul Goiffon – lamarseillaise.fr, Anthony Jammot – laprovence.com, et Julia Zecconi – madeinmarseille.net

Vendredi 19h Célébration des 50 ans du Club dans l’ancienne salle des rotatives de la Marseillaise, en présence de Jean-Claude Gaudin et des anciens présidents du Club, suivie du Grand débat, animé par Michel Couartou et Yves Blisson. Le Grand débat abordera la question des « relations entre les journalistes et les pouvoirs »au travers des expériences vécues de les intervenants. Avec Olivier Bertrand, Antoine Dreyfus, Aude Lancelin, Patrice Maggio, Michel Samson et Françoise Verna. Grands témoins du débat: Fabrice Giletta, bâtonnier et Marc Pietri, Directeur Général de Constructa.

Samedi 10 décembre, 14h 30, Les Arcenaulx,  Atelier “photo-journalisme”, animé par Pierre Ciot, avec Marc Chaumeil (Libération, Le Monde), Clément Mahoudeau (IP3) et Frédéric Speich (La Provence).

Samedi 16h 30, Les Arcenaulx, Atelier “Le journalisme, un métier d’avenir ?”, animé par Michel Couartou, avec Antoine Dreyfus (ex VSD), Alexandre Joux (EJCAM), Aline Madilian ou Jean-Louis Pacull (IEJ) et Stéphane Salord (prépa Synergie).

Tout l’après-midi du samedi aux Arcenaulx, temps de dédicace et de signature en présence d’invités aux débats.

Un événement nécessaire et utile à suivre avant de découvrir au printemps prochain la 2ème édition de Médi-médias, rassemblement sur 2 jours de journalistes du pourtour méditerranéen avec de nombreux débats sur les problématiques internationales méditerranéennes, une manifestation dont nous vous reparlerons bientôt. DVDM

En photo, Michel Couartou, président actuel du Club de la Presse Marseille Provence Alpes du Sud, (c) photo Diane Vandermolina

La gentillesse à la Criée du 8 au 15 décembre : A découvrir sur scène !

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Dramaturgie & mise en scène Christelle Harbonn/ Ecriture Cie Demesten Titip

Avec Adrien Guiraud, Marianne Houpie, Solenne Keravis, Blandine Mallec, Gilbert Taïna

Assistant à la mise en scène Philippe Araud/ Scénographie : Laurent Le Bourhis/Lumière : Laurent Vergnaud/Création sonore : Sébastien Rouiller et Brice Kartmann.

Coproduction TNM La Criée/ CNCDC Châteauvallon/3FBis/Friche belle de mai

Du 8 au 15 décembre 16 Petit théâtre de La Criée / Tous les jours à 20h sauf le vendredi à 14h15/le dimanche à 16h et le mercredi à 19h

Durée 1h45/Tarifs de 9 à 25€

A découvrir sur scène !

La gentillesse est une création élaborée à partir de la matière de deux textes d’auteurs, l’un américain, l’autre russe. Lorsque Christelle Harbonn (en photo ci-dessus, (c) DVDM), ayant collaboré avec Angela Konrad, Danièle Bré ou encore François Michel Pesenti,  a découvert le texte de la conjuration des imbéciles, signé John Kennedy Toole, elle n’a pu s’empêcher de penser au livre de Fiodor Dostoïevski, L’idiot, nous explique-t-elle à l’occasion de la conférence de presse. Le personnage principal du roman, misanthrope réactionnaire et drôle, lui a rappelé le Prince, être ingénu et généreux : « il s’agit du même personnage, à la marge de la normalité, mais en négatif » précise-t-elle.  « Tous deux provoquent chez les autres personnages le même type de bouleversement », violent mais également réconciliateur, rajouterons-nous.

Avant d’écrire collectivement le texte du spectacle présenté à la Criée, la metteur en scène a souhaité faire « comme si » elle allait monter les deux textes, l’un avec des acteurs en situation de Handicap, l’autre avec des adolescents délinquants. Deux groupes de Hors venus pour reprendre le terme de Supervieille qui appréhendent la vérité sans filtre, à l’image des deux héros que nous pourrons qualifier de « frappés d’innocence » ou dotés « d’une candeur transgressive ». « Etre sans filtre, c’est accepter ce qu’on nous lance, gentiment ou méchamment, sans défense » définit-elle. Ces deux séances de travail ont été retranscrites dans un second temps avec les acteurs de sa compagnie qui se sont alors emparés des personnages et de leur fragilité, fragilité de l’être-acteur également, s’interrogeant sur la beauté de cette fragilité.

Ce travail d’écriture sur plateau est pour l’acteur qui participe à ce type de projet  une nécessaire « acceptation de se livrer » témoigne Gilbert, un des comédiens, poursuivant ainsi : « avec ce retour aux sources du théâtre sans filtre, nous sommes tous les soirs dans cette mise à nue », à l’instar de la scène centrale du spectacle, celle du repas. Une posture d’être, tout comme l’est la gentillesse : « cette dernière n’est pas un élan, nous sommes gentils ou pas, c’est une qualité ou un défaut, souvent assimilée à de la bêtise. Un être méfiant ne peut pas être gentil » explicite la metteur en scène.  Gilbert interprète Ignacius et continue : « la gentillesse peut provoquer des choses violentes, il y a une espèce de pureté du sentiment qui suit les actes ou les mots». Il semblerait ici que c’est bien ce qui a motivé cette création et son processus, « le travail de répétition requérant ce type d’explosion pour qu’existe la troupe ».

Le travail du scénographe est ici important, ce dernier plutôt machiniste de métier, s’est attelé à recréer un grand espace luxueux d’antan, avec son plafond menaçant de s’effriter sur les personnages. Mais nous ne vous en dirons pas plus sinon que le projet ainsi présenté nous parait fort alléchant. En parallèle, le public peut admirer le travail photographique de Max Armengaud, intitulé Antichambre, série de très belles photos en noir et blanc, dévoilant au travers de nombreux portraits les institutions célèbres que sont L’opéra De Paris, La Villa Médicis… . L’exposition est visible jusqu’au 4 janvier dans les murs du théâtre. Rendez-vous est pris à la Criée ! DVDM

Plus d’infos sur theatre-lacriee.com [5] ou réservations au 04 96 17 80 00