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Andalousie, Odéon, Marseille

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ANDALOUSIE

Livret d’Albert Willemetz et Raymond Vincy, musique de Francis López

16 janvier

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Après le triomphe inattendu de La Belle de Cadix en 1945, déjà avec Raymond Vincy comme librettiste et un Luis Mariano presque inconnu comme personnage principal, Andalousie, est créée en1947, encore un triomphe du trio formé par Raymond Vincy pour le texte, Francis Lopez pour la musique et Luis Mariano pour le chant, prémices d’une série de succès pendant plus d’une décennie, d’inspiration espagnole d’un duo de Basques, López et González devenus Lopez et Mariano, deux étrangers bien étrangers, heureusement, au nationalisme qui fait des ravages aujourd’hui dans ce même Pays basque et ailleurs.

Bien sûr, nous sommes en pleine mais non plane espagnolade, moins par ces jolies ou belles mélodies enchaînées que par un livret pauvret (malgré deux librettistes…) mais riche en clichés éculés sur l’Espagne, ou plutôt une  caricature d’Andalousie : amour passionnel ombrageux, jalousie mais honneur farouche, vaillance, bravade plus corrida obligée comme mythique moyen de promotion sociale d’un misérable vendeur d’alcarazas, parfaite idéologie du franquisme restaurateur viandard de ce que la République appelait « La Honte nationale ». C’est sans doute cette présence de la corrida qui date le plus le spectacle, aujourd’hui largement désertée et réprouvée par la jeunesse qui, à l’inverse, après une période de rejet des danses d’un folklore sclérosé imposé aussi par le franquisme, revient joyeusement à ces habaneras, boléros, séguedilles, sévillanes et fandangos revitalisés dans leurs fêtes modernes.

Quelques jeux de mots téléphonés font sourire. On sourit aussi à ces toiles peintes de notre enfance, ondulantes, gondolantes sur leur tringle, une rue à arcades andalouses, un fond exotique vénézuélien, et l’on en redécouvre rétrospectivement l’avantage d’un rapide —et économique— changement de décor et de lieu au lieu de nos actuelles scénographies uniques : finalement cela souligne le jeu bon enfant de l’ensemble, mais surligne aussi deux belles fautes d’orthographe espagnole pour le nom de l’auberge avec : « Dona » pour « Doña » et « Vittoria » pour « Victoria ». Mais, on apprécie le bon accent hispanique général, bien sûr, on ne s’en étonnera pas, surtout de Marc Larcher et de Caroline Géa. Les costumes, en revanche, d’un hispanisme de fantaisie, sont somptueux et très nombreux et ne sont pas pour rien au charme à la fois fastueux et désuet du spectacle que goûte un public largement âgé qui y retrouve, sinon un regain de jeunesse, du moins un rajeunissement des souvenirs.

Avec ce peu musical, la direction de Bruno Conti aiguise au mieux l’Orchestre du théâtre de l’Odéon en progrès et le Chœur Phocéen (Rémy Littolff) s’en donne à cœur joieet joue en jouant, enjouement communicatif, dans une mise en scène toute en rythme de Jack Gervais, sans temps mort,  mais trop de bras levés en signe superfétatoire et convenu de liesse, avec une plaisante mise en danse coulant de source de certains ensembles (chorégraphie de Felipe Calvarro).

La répartition des airs est inégale dans l’œuvre : un ensemble pour la Greta de Julie Morgane ; deux airs, deux valses, obligées, pour la supposée cantatrice viennoise majestueusement et emphatiquement campée par Katia Blas ; et on aurait aimé davantage d’airs pour la jolie voix de Caroline Géa ; en conspirateur libéral, on a le plaisir trop rare d’entendre la sombre puissance de Jean-Marie Delpas
. Une très poétique mélodie nous permet de découvrir le joli timbre de Samy Camps en Séréno, le veilleur de nuit, chargé de donner l’heure et d’ouvrir les portes des immeubles dont il avait toutes les clés, institution espagnole pittoresque dont le franquisme fit un délateur officiel du régime veillant entrées et sorties des maisons, surveillant tout rassemblement suspect. Les autres personnages n’ont pratiquement pas d’air, comme le Pepe, un toujours irrésistible Claude Deschamps qui se suffit à lui-même, vrai gracioso de la tradition espagnole de la comedia faisant paire avec la sémillante et pétillante Pilar de Caroline Gea, dont les amours ancillaires sont comiquement parallèles à celles des jeunes premiers. En Allemand vêtu à la tyrolienne à l’accent marseillais, le Baedeker d’Antoine Bonelli est une vraie réussite comique, salué par des applaudissements dès son entrée en scène, tout comme Simone Burles : ils habitent le plateau comme chez eux et le public leur marque ainsi une joyeuse connaissance et reconnaissance, tout comme au ténor Marc Larcher qui a aussi su faire sa place dans ce théâtre qui dignifie l’opérette. Par son allure, sa prestance, Larcher échappe au ridicule qui, en Espagne, s’attache toujours à la fausse virilité et vaillance du matador, ‘le tueur’ : vaillance, virilité, c’est la beauté de sa voix lumineuse, aux aigus droits et drus comme une lame tolédane, élégance de la ligne, du phrasé, et une impeccable diction. Il a une digne et belle partenaire dans la soprano Émilie Robins, timbre raffiné,aigus faciles pour un médium large et sonore. Elle se meut avec grâce, esquisse avec gracilité quelques mouvements de bras en rythme andalou sans caricature. Tous deux assortis en voix, charme et beauté, sont de vrais jeunes premiers qui remportent les cœurs dans une troupe nombreuse, heureuse époque de dépense, où même les figures les plus passagères existent.

 

Flamenco et zarzuela

Mais il faut souligner qu’à la musique espagnolisante facile de l’opérette de Lopez, on a ajouté avec raison, un authentique ensemble flamenco au-dessus de tout éloge : un guitariste chanteur, Jesús Carceller qui, malgré le micro pour l’immense salle, ne se contente pas de hurler comme le font trop souvent ceux qui caricaturent l’essence du cante hondo, mais, avec une belle voix, en fait ruisseler les mélismes délicats, murmure la déchirante plainte d’un père à la recherche de son fils, avec une sobre émotion.Mis en pas par le chorégrapheet danseur Felipe Calvarro, le groupe de danseurs, Nathalie Franceschi, Valérie Ortiz, Félix Calvarro déploie tous les sortilèges de la danse flamenco dans des fandanguillos de Cadix, des bulerías, etc. dans des zapateados virtuoses au crépitement conjoint des castagnettes.

Mais, dans le dernier tableau, où fut judicieusement intercalé, sans aucune annonce dans le programme, l’intermède complet de la gracieuse zarzuela de Gerónimo Jiménez (1854-1923), qui inspira par sa musique Turina et Manuel de Falla, El baile de Luis Alonso,  on put apprécier que ces danseurs avaient une solide formation de la Escuela bolera classique en interprétant avec beaucoup de charme la jota. Ce fut un triomphe.

L’Espagne vraie rattrapait la gentille espagnolade.

 Benito Pelegrin

 

Andalousie de Francis Lopez

Marseille, Théâtre de l’Odéon, 16 et 17 janvier.

 

Direction musicale : Bruno Conti.

Mise en scène : Jack Gervais.

Chorégraphie : Felipe Calvarro

Orchestre du théâtre de l’Odéon, Chœur Phocéen

 

Dolores : Amélie Robins ; Pilar : Caroline Géa
 ; Fanny Miller :Katia Blas ; 
 Doña Victoria : Simone Burles
 ; Greta : Julie Morgane ; la gitane : Anne-Gaëlle Peyro ; la fleuriste : Lorrie Garcia.

Juanito : Marc Larcher ; Pepe : Claude Deschamps ; Valiente :Jean-Marie Delpas
 ; Baedeker : Antoine Bonelli
 ; Caracho: Damien Surian ; Le Séréno: Samy Camps ; un alguazil : Pierre-Olivier Bernard ; 
un consommateur : Patrice Bourgeois ; Gómez : Daniel Rauch ; Aubergiste : Emmanuel Géa ; Péon : Vincent Jacquet.

Guitariste chanteur : Jesús Carceller ;

Danseurs : Nathalie Franceschi , Valérie Ortiz , Félix Calvarro.

Chorégraphe danseur : Felipe Calvarro.

 

  1. Marc Larcher, Amélie Robins Jean-Marie Delpas.
  2. Claude Deschamps  et Caroline Géa.

 

Espagne, hispanisme, espagnolade (II)

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UNE HEURE AVEC JENNIFER MICHEL ET JUAN ANTONIO NOGUEIRA

Mercredi 6 janvier

Par BENITO PELEGRIN

Encore une heureuse initiative de Maurice Xiberras, Directeur de l’Opéra de Marseille et de l’Odéon qu’il a réveillé avec l’opérette : offrir une heure de chant, largement et généreusement débordée. C’était, accompagnés au piano par Marion Liotard, à la soprano Jennifer Michel, désormais bien connue et appréciée sur la scène lyrique marseillaiseet au ténor espagnol Juan Antonio Nogueira, nom galicien pour un originaire des Canaries, patrie du légendaire Alfredo Kraus, qu’était confié ce moment musical, prélude espagnol à l’opérette franco-espagnole, Andalousie, de Francis(co) López. Soulignons encore l’inanité des frontières et des nationalités : ce compositeur fameux de chansons et d’opérettes, né en France par un accident de l’histoire puisque son père était Péruvien et sa mère, née en Argentine, mais tous deux d’origine basque, établis d’abord à Hendaye où le jeune homme passe son enfance, nourri comme Ravel par sa mère espagnole, des rythmes et mélodies ibériques.

Le piano est couvert d’un mantón de Manila, ‘un châle de Manille’, si intégré dans les parures typiques traditionnelles des Espagnoles ; il servira aussi à quelques jeux de scène à la chanteuse ; les dames, pianiste et soprano, entreront, chignon éclairé d’un œillet rouge très espagnol et c’est le ténor qui introduit d’une rafale dynamisante de castagnettes, le premier morceau, un duo tiré du Prince de Madrid, opérette sur Goya, « España », un hymne à l’Espagne dont les paroles enfilent les clichés naïvement touristiques : ce n’est pas Chabrier mais cela n’en est pas moins agréable et bien chanté par les deux voix qui se marient  bien sur cette scène comme à la ville. En fait de scène, deux larges couloirs en équerre, qui mettent les chanteurs à moins de deux mètres du public nombreux, avec les contraintes de déplacement et d’angoisse inhérentes à la proximité.

Le ténor, Premier Prix au Concours « Voix du monde » en Espagne, se lance dans l’air héroïque sur l’épée tolédane, dont il brandit une copie de théâtre, un air tiré du Huésped del sevillano de Jacinto Guerrero, une zarzuela inspirée de Cervantes. La voix est vaillante, plus acérée que vibrante, et convient ici. Ensuite, jouant joliment de l’éventail, la soprano française, aborde, avec un style vraiment espagnol, les vocalises virtuoses, si hispaniques, du carillonnant  « De España vengo », ‘Je viens d’Espagne, Je suis Espagnole’, du Niño judío de Pablo Luna, encore une arrogante proclamation d’hispanité, que la jeune cantatrice teinte d’un fier désespoir d’amour déçu qu’on perçoit rarement dans l’interprétation du « pont » de l’air.

La pianiste Marion Liotard, ancienne du CNIPAL, très sollicitée comme accompagnatrice partenaire et créatrice également d’œuvres contemporaines, rend un hommage verbal à Ernesto Lecuona, le grand compositeur cubain, si peu connu en France, dont elle interprète « Granada », pièce tirée de sa suite Andalucía (1933) avec une virtuose souplesse dans les appoggiatures et autres mélismes andalous. Plus tard dans le concert, elle en proposera « Córdoba », de la même suite, avec intensité et intériorité, nous laissant le regret et le désir qu’elle nous livre d’autres de ses exécutions de ce compositeur, que personnellement, je révère, et qu’elle découvre et explore avec passion selon son aveu. À suivre.

Le ténor interprète alors, de Pablo Sorozábal, compositeur symphonique, républicain tenu à l’écart par le franquisme qui lui concéda néanmoins la direction de l’orchestre symphonique de Madrid mais pour la lui retirer brutalement en 1952 car il prétendait, pour ouvrir l’horizon musical d’une Espagne confinée, diriger la Symphonie Leningrad de Chostakovitch. Son œuvre lyrique est l’une des expressions les plus abouties et finales de la zarzuela au XXe siècle, comme le prouva l’extrait de Black el payaso (1942), que le chanteur aborde avec une mélancolique retenue qui s’anime ensuite. Sans doute le trac de ce trop proche voisinage avec le public à portée de main et un très grand nombre de collègues chanteurs répétant Andalousie et venus en voisins, une indisposition passagère, semblent lui causer une baisse de tonus pour la sorte de sérénade romantique de Bella enamorada, de Sotullo et Vert, dont il fait, cependant, avec habilité, une  sensible confidence rêvée. Il retrouvera tout son mordant et une expressivité dramatique bouleversante dans le « No puede ser » de La Tabernera del puerto du même Sorozábal, air dont Plácido Domingo, digne héritier de la zarzuela, a fait un classique pour les ténors.

Étincelante, pétulante, Jennifer Michel, avec une superbe santé, de l’humour et un talent d’actrice comme stimulé par ce public assis comme à ses pieds, déploie tous les charmes d’un soprano dont le médium s’est enrichi sans rien perdre de son agilité et du brillant d’un aigu facile, rond, sans aucune des aspérités qui déparent parfois les coloratures, toujours musicale, des demi-teintes irisées, des sons finis en douceur comme des gazouillis. Accent espagnol parfait, naturel, et même andalou dans l’extrait fameux de l’opéra La tempranica de Gerónimo Jiménez, le fameux zapateado issu des danses méditerranéennes masculines, telle la tarentelle, pour écraser la tarentule supposée d’attaquer aux mâles en l’écrasant rageusement sous les pieds. Entre autres airs, dans « J’attends le Prince charmant » du Prince de Madrid de Francis López, avec un charme ravissant, elle démontre magistralement la grandeur de ce qui n’est pas une petite musique.

Les deux chanteurs et la pianiste se taillent un succès mérité pour une heure bien allongée, qu’on aurait aimé encore plus longue.

Espagne, hispanisme, espagnolade (I)

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Espagne, hispanisme, espagnolade :  D’Andalousie de Francis López au pays de la zarzuela à l’Odéon (Marseille)

par BENITO PELEGRIN

Zarzuela

Ce terme désigne aussi un plat qui mêle poissons et fruits de mer liés par une sauce. Ce mot dérive de zarza (qui signifie ronce), donc, zarzuela est un lieu envahi par les ronces, une ronceraie. Ce nom fut donné au Palais de la Zarzuela, résidence champêtre d’abord princière puis royale (c’est la résidence actuelle du roi d’Espagne et de sa famille), aux environs de Madrid.

 

Au XVIIe siècle

Le roi Philippe IV, qui avait fui l’Escorial austère de son aïeul Philippe II, et habitait un palais à Madrid, venait s’y délasser avec sa cour, chasser et, disons-le, faire la fête, donner des fêtes somptueuses, des pièces de théâtre agrémentées de plus en plus de musique, qu’on appellera « Fiestas de la zarzuela », puis, tout simplement « zarzuela » pour simplifier. C’est pratiquement, d’abord, un opéra baroque à machines, d’inspiration italienne mais entièrement  chanté es espagnol ou, plus tard, avec des passages parlés à la place des récitatifs. Alors qu’en France , il faudra attendre 1671 pour le premier opéra français, la Pomone, de Robert Cambert, en Espagne, environ cinquante ans plus tôt, en 1627, une de ces fêtes musicales de la zarzuela est, en fait, un véritable opéra à l’italienne. Bien sûr, on ne l’appelle pas « opéra » puisque ce mot tardif, italien, signifie simplement ‘œuvre’, les ouvrages lyriques de cette époque n’étant appelés que dramma per musica, ‘drame en musique’, Monteverdi n’appelant son Orfeo que ‘favola in musica’, fable en musique. En Espagne, on l’appellera donc zarzuela. C’est La selva sin amor, ‘La forêt sans amour’, avec pour librettiste rien de moins que le fameux Lope de Vega, pour lors le plus grand dramaturge espagnol, qui serait auteur de plusieurs milliers de pièces de théâtre. La musique de Filippo Piccinini, italien établi à la cour d’Espagne, est malheureusement perdue. La mise en scène, fastueuse, extraordinaire, du grand ingénieur et peintre florentin Cosimo Lotti frappa les esprits et on en a des descriptions émerveillées. La zarzuela est donc, d’abord, le nom de l’opéra baroque espagnol aristocratique, fastueux.

 

Au XVIIIe siècle

On appelle toujours zarzuela une œuvre lyrique baroque à l’italienne, parlée et chantée, parallèlement au nouveau terme « opéra » qui s’impose pour le genre entièrement chanté, qui mêle cependant, à différence de l’opera seria italien, le comique et le tragique. Cependant, l’évolution du goût fait qu’il y a une lassitude pour les sujets mythologiques ou de l’histoire antique qui faisaient le fonds de l’opéra baroque.

L’Espagne avait une tradition ancienne d’intermèdes comiques, deux saynètes musicales insérées entre les trois actes d’une pièce de théâtre, la comedia (dont la réunion des deux en un seul sujet donnera, dans la Naples  encore espagnole, l’opera buffa). Au XVIIIe, ces intermèdes deviendront de brèves tonadillas populaires qui alternent danses et chant typiques ; étoffées, elles s’appelleront plus tard encore zarzuelas, avec des sujets de plus en plus populaires, puis nettement inspirés des coutumes et de la culture du peuple.

 

XIX e siècle

Du XIX e au XX e siècle, ce nom de zarzuela désigne définitivement une œuvre lyrique et parlée qui, donc, peut aller de l’opéra à l’opérette, dramatique ou comique. Les compositeurs tels que Francisco Barbieri, ou encore Tomás Bretón en ont illustré un versant pittoresque comique, typiquement espagnol. C’est souvent, pour la zarzuela grande, un véritable opéra (Manuel de Falla appellera d’abord « zarzuela » son opéra  La Vida breve (1913). Mais la plupart mêlent toujours, par tradition depuis le XVIIe, le parlé et le chanté, précédant d’un siècle l’opéra-comique français, « comique » car il « appartient à la comédie » (Littré), par les passages parlés, bref au théâtre

Le XIXe siècle sera l’âge d’or de la zarzuela. Mais qui subit la concurrence de l’opéra italien qui règne en Europe avec Rossini, Bellini, Donizetti et bientôt Verdi. Vers le milieu du siècle, un groupe d’écrivains et de compositeurs rassemblés autour de Francisco Asenjo Barbieri (1823–1894), grand compositeur et maître à penser musical de l’école nationale renoue et rénove le genre, lui redonne des lettres de noblesse dans l’intention d’affranchir la musique espagnole de l’invasion de l’opéra italien. L’éventail des sujets est très grand, du drame historique à la légère comédie de mœurs. Mais toute l’Espagne et ses provinces est présente dans sa variété musicale de rythmes vocaux et de danses. Madrid devient le centre privilégié de la zarzuela urbaine, avec ses madrilènes du menu peuple, leur accent, ses fêtes, ses disputes de voisinage.

 

Zarzuela et vanité du nationalisme

C’était l’une des conséquences des guerres napoléoniennes qui ont ravagé l’Europe, de l’Espagne à la Russie, le nationalisme commence à faire des ravages : le passage des troupes françaises a éveillé une conscience nationale, pour le meilleur quand il s’agit d’art, et, plus tard, pour le pire. Pour le moment, il ne s’agit que de musique dont on dit qu’elle adoucit les mœurs. Partout, d’autant que les gens ne comprennent pas forcément l’italien, langue lyrique obligatoire, il y a des tentatives d’opéra national en langue autochtone, même si les opéras italiens se donnent en traduction.

Des expériences naissent un peu partout, en Allemagne avec Weber et son Freischütz (1821), premier opéra romantique, en langue allemande (avec des passages parlés comme dans les singpiele de Mozart, L’Enlèvement au sérail, La Flûte enchantée), suivi de Wagner. La France a sa propre production lyrique. Mais jugeons de la vanité des nationalismes : l’opéra à la française a été créé pour Louis XIV (fils d’une Espagnole, petit-fils d’Henri IV le Navarrais, qui descend d’un roi maure espagnol) par le Florentin Lully. C’est Gluck, Autrichien, maître de musique de Marie-Antoinette, qui recrée la tragédie lyrique à la française dans cette tradition ; c’est Meyerbeer, Allemand, qui donne le modèle du grand opéra historique à la française ; ce sera Offenbach, juif allemand qui portera au sommet l’opérette française, et l’opéra le plus joué dans le monde, dû à Bizet, c’est Carmen, sur un sujet et des thèmes espagnols. Fort heureusement, l’art, la musique ne connaissent pas de frontière et se nourrit d’un bien où on le trouve comme dirait Molière.

 

L’Espagne

Dans ce contexte européen, l’Espagne est plus mal lotie. Elle est plongée dans le marasme de la décolonisation, résultat des guerres napoléoniennes et de la Révolution française, car les colonies refusent de reconnaître pour roi Joseph Bonaparte imposé en Espagne. Il en sera chassé après une terrible Guerre d’Indépendance qui sonne le glas de l’Empire de Napoléon : rappelons non pas les heureuses peintures de Goya des temps de la tonadilla, mais ses sombres tableaux sur la guerre, ses massacres, ses gravures sur les malheurs de la guerre. En dix ans, entre 1810 et 1820, l’Espagne perd le Mexique, l’Amérique centrale et l’Amérique du sud dont elle tirait d’énormes richesses. Elle ne garde que Cuba, Porto-Rico et les Philippines, qui, à leur tour, s’émanciperont en 1898, année qui marque la fin d’un Empire espagnol de plus de trois siècle.

Et paradoxalement, ces années 1890 sont l’apogée de la zarzuela, avec le género chico (‘le petit genre’), en un acte, qui connaît un essor sans précédent, indifférente aux aléas de l’Histoire contemporaine, chantant les valeurs traditionnelles d’une Espagne qui continue à se croire éternelle avec ses valeurs, courage, héroïsme, honneur, amour, religion, patrie, etc, tous les clichés d’un nationalisme d’autant plus ombrageux qu’il n’a plus l’ombre d’une réalité solide dans un pays paupérisé par la perte des colonies et les guerres civiles, les guerres carlistes qui se succèdent, trois en un siècle entre libéraux et absolutistes, la terrible Guerre de 1936, en étant qu’une suite en plein XX e siècle.

La zarzuela devient une sorte d’hymne d’exaltation patriotique, de nationalisme autosatisfait où l’espagnolisme frise parfois l’espagnolade. Cela explique que le franquisme, isolé culturellement du monde, tourné vers le passé, cultiva avec dévotion la zarzuela, la favorisa de même qu’un type de chanson « aflamencada », inspirée du flamenco, comme une sorte de retour aux valeurs traditionnelles d’une Espagne le dos tourné à la modernité. Après un rejet de la zarzuela, et du flamenco, récupérés et identifiés à l’identité franquiste, il y a un retour populaire apaisé vers ces genres typiques, d’autant qu’ils avaient toujours été défendus et cultivés, sur les scènes mondiales par tous les plus grands interprètes lyriques espagnols, de Victoria de los Ángeles à Alfredo Kraus, de Teresa Berganza à Plácido Domingo, de Caballé à Carreras, chanteurs dans toutes les mémoires, et de María Bayo à Rolando Villazón. Domingo par ailleurs, né de parents chanteurs de zarzuelas, a imposée la zarzuela comme genre lyrique obligatoire dans le fameux concours qui porte son nom.

 

Musique espagnole : du typique au topique

La musique espagnole traditionnelle, typique, a une identité si précise en rythme, tonalités particulières, mélismes, qu’elle s’est imposée comme un genre en soi, si bien que rythmiquement,certaines de ses danses picaresques, même condamnées par l’Inquisition comme licencieuse, la chacone, la sarabande, la  passacaille, le canari, la folie d’Espagne, le bureo (devenu sans doute bourrée), se sont imposées et dignifiées dans la suite baroque. Quant à ses modalités et tonalités, elles ont fasciné les grands compositeurs, de Scarlatti à Boccherini, par ailleurs faisant intégrés à l’Espagne, de Liszt à Glinka et Rimski-Korsakof, de Verdi à Massenet, de Chabrier à Lalo, Debussy, Ravel, en passant par la Carmen de Bizet qui emprunte son habanera à Sebastián Iradier et s’inspire du polo de Manuel García, père de la Malibran et de Pauline Viardot, etc, pour le meilleur d’une « vraie » et digne musique espagnole « typique », écrite hors de ses frontières. Mais le typique trop défini finit en topique, en cliché avec l’espagnolade, qui a ses degrés, pas tous dégradants, et qui tiennent plus à une surinterprétation, à un excès coloriste de la couleur locale dans la musique, mais, surtout, à des textes, pour la majorité de musiques chantées, qui surjouent un folklore hispanique où règne le cliché pas toujours de bon aloi, une Espagne plurielle réduite abusivement à une Andalousie de pacotille, qui agace et humilie les Espagnols, caricaturée au soleil, au faux flamenco, aux castagnettes et à l’abomination de la corrida.

(à suivre)

Trois projets généreux et solidaires au profit des enfants malades à découvrir!

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Cathy DariettoPrincesse y es-tu ? Hopital La Timone Marseilles25 dŽcembre2010 pour Prima

Cathy Darietto Princesse y es-tu ? Hopital La Timone Marseilles 25 dŽécembre 2010

Entre deux interventions à l’hôpital et la réalisation à venir d’un clip avec Zebda pendant les vacances de février sur le thème de la famille, toujours en y associant les enfants du service d’hémato-oncologie de la Timone, la compagnie Après la Pluie organise plusieurs temps fort de janvier à mars 2016 avec pour ambition de soutenir les enfants atteints de cancer, une des maladies du siècle qui touche un nombre plus que croissant de personnes de tout âge, maladie qui a emporté David Bowie et Alan Rickman ou encore le manager des Sex Pistols, tout récemment.

Un CD pour améliorer le quotidien des enfants à l’Hôpital : « des mots pour vaincre les maux » !

Au nombre de trois, les actions menées par la compagnie se complètent : la première est la sortie du Livret-CD « Au cœur de Nos rêves », vendu à 20€ sur le site de la compagnie mais bientôt également disponible à l’espace Hypérion et dans plusieurs librairies du centre-ville de Marseille.

Sur ce projet, soutenu par la Mairie du 4/5, réalisé en partenariat avec l‘espace Hypérion (dont le personnel a fait preuve « d’une grande générosité et de professionnalisme», dixit Cathy Darietto) et les équipes dédiées du CHU de la Timone, se sont engagés plusieurs artistes de renom (JJ Goldman, Ariane Ascaride, Janvié des Massilia, Serge Dupire et Paul Fargier) mais également de jeunes talents (citons le petit Alexandre du Conservatoire avec sa voix angélique et les petits de l’école Cham) et les artistes de la compagnie. Les textes ont été écrits par les enfants de l’hôpital, âgés de 3 à 16 ans, lors des ateliers hebdomadaires menés par la compagnie, intitulés « A vous de conter ». Les histoires s’inspirent de leurs rêves (rêve de voyage, de guérison, d’un futur plus doux), issus de leur imaginaire enfantin (citons : la vie en Pokémon, les bêtises de Tractoti, le tractopelle, Toutes les couleurs, autour des coloriages, histoire des animaux ou à l’eau pital de la Timouille) mais également de contes ou comptines connus (tel le roi de la mer, inspiré par la petite sirène, ou décrocher la lune, rappelant les histoires de mon ami Pierrot).

D’une belle réalisation, avec ses deux livrets superbement illustrés par Pascal Roux, dont les couleurs chatoyantes, les traits doux et les formes malicieuses laissent transparaitre avec justesse le caractère propre à chaque texte ; d’une écoute agréable, avec son alternance de textes dits par les enfants-artistes de l’Hôpital et de poèmes chantés par les solistes du Conservatoire de Marseille et les enfants de l’école Cham ; le tout joliment mis en musique par le duo Cochini-Albertini, ce double CD pressé à 1000 exemplaires a été le fruit d’un travail d’an et demi : « un travail de titan », précise Cathy Darietto, mais ô combien porteur de joie pour tous ceux qui s’y sont investi. Pour reprendre les mots des musiciens ayant participé à l’aventure, notamment de Frédéric Albertini : « le but était de composer de vraies chansons avec des textes d’enfants », « sans retoucher leur texte » (explique Stéphane Cochini). Il leur fallait trouver la couleur musicale correspondant à la personnalité de chaque enfant tout en réalisant un travail cohérent dans son ensemble. Un pari réussi par le duo !

Ce fut « une riche aventure » poursuit Stéphane. Frédéric, ému, explique que, pour lui, il s’agissait de « mettre la musique, quelque chose de nécessaire mais d’inutile, au service de quelque chose d’utile et de concret pour apporter du bien-être ». Bien qu’il ait déjà pensé à ce genre de collaboration par le passé, il n’avait jamais sauté le pas : la peur de se confronter à la maladie des enfants était très forte mais « grâce à Cathy, je l’ai fait et ce fut très beau malgré la difficulté ». Cathy et la troupe -qu’elle a réussie, après bientôt 10 ans de travail, à réunir autour d’elle pour mener à bien ce projet- étaient motivées par « une même passion et une même envie ». Et à Agnès Audiffren, qui par ailleurs propose des spectacles en appartement avec sa compagnie, de conclure : « c’est très beau de voir qu’aujourd’hui, nous ne sommes plus toutes seules à porter tout ça : nous avons autour de nous une grande famille avec beaucoup de gens qui nous soutiennent et nous portent ».

Une récompense bien méritée pour une femme, Cathy Darrietto -qui consacre sa vie aux enfants malades-, et pour ses acolytes, -toutes les cinq également pleinement investies dans ce travail.

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Une Soirée de Gala au profit des enfants hospitalisés et de leur famille

La sortie de ce CD de qualité pro se poursuit par une soirée de Gala au théâtre de Sainte Marguerite, situé à 5 minutes de marche du terminus du Métro Sainte Marguerite Dromel, au 133 bd de Sainte Marguerite, le 24 janvier à 16h.

Le public y retrouvera le jeune Alexandre parmi les artistes présents ainsi que XAL : ce dernier présentera une extrait de son spectacle « Xavon de Marseille » qu’il joue au Toursky ; le groupe de musique des Balkans, Jarava, et la finaliste de l’émission 2015 « un incroyable talent », Marianne Néri, seront également de la fête. Une centaine de personnes est attendue à cet événement (participation fixée à 20€, la jauge étant réduite).

Les sommes récoltées serviront à payer un séjour de 4 jours au ski à une demie douzaine d’enfants hospitalisés et leurs familles afin qu’ils puissent s’échapper-le temps d’un Week-end- de l’Hôpital, les artistes renonçant à toucher un cachet pour soutenir cette belle cause.

Cathy Darietto et Odile Gaillard (présidente de l'association) au Grand Bornand en 2015

Cathy Darietto et Odile Gaillard (présidente de l’association) au Grand Bornand en 2015

Glisse en cœur : « skier pour une vie »

Cette après-midi est un prélude à la manifestation Glisse en Cœur, événement caritatif numéro 1 de la montagne : ce dernier se déroulera du 18 au 20 mars au Grand Bornand.

Une course de ski sera organisée, commençant à 14h le 19 mars et s’achevant à 14h le 20 mars : les 6 skieurs de chaque équipe se relaieront sur 24 heures. Ce marathon tout public sera accompagné d’une dizaine de concerts sur le site du Grand Bornand avec, pour objectif, de récolter un maximum de dons (l’an passé, ce furent 273000€ récoltés au nom de l’association Laurette Fugain). Ces derniers seront reversés à l’association Après la Pluie pour qu’elle puisse continuer de développer son action solidaire à Marseille et dans toute la France, et plus particulièrement « aider la recherche sur le cancer de l’enfant » et « valoriser le bénéfice de l’art dans le combat contre la maladie ». Car la pratique de l’art est une alternative thérapeutique aux nombreux bienfaits pour les malades (avec pour premiers bénéfices de retrouver confiance en soi et s’évader de la souffrance du quotidien): cette alternative est encore mésestimée par une partie du corps médical (avec dans l’esprit, l’idée qu’il ne s’agit que d’un divertissement) même si de nos jours les équipes médicales y font de plus en plus appel.

Avis aux amateurs de glisse ! Et comme le dit si bien Cathy Darietto, « il n’y a pas de petit don ! L’important est de le faire avec le cœur ».

La compagnie Après la pluie continue ainsi son petit bonhomme de chemin, tout en restant fidèle à la raison première de sa création : améliorer la qualité de vie des enfants atteints de cancer par la pratique artistique. Marrainée par Sylvie Becaert, championne de biathlon, médaillée olympique, la compagnie va travailler cette année à la création de textes autour du thème « Gravir des montagnes » et souhaite intégrer dans ses ateliers de plus en plus de parents d’enfants hospitalisés. Et pour finir l’année en beauté, un spectacle, travaillé en collaboration avec Céline Schnepf (artiste associée au théâtre Merlan), inspiré des textes que les enfants auront produit pendant l’année, sera présenté à la Timone par une compagnie qui fêtera alors ses 10 ans. Un autre événement à suivre ! DVDM

Plus d’infos pour Glisse en Cœur : www.glisseencoeur.com [3]

Pour réserver pour le gala du 24 janvier ou acheter le CD : 09 51 09 83 32 / c.apreslapluie@gmail.com [4]

Site de la compagnie : www.c-apreslapluie.fr [5]

Photo d’accroche: au service d’Hémato-Oncologie (Timone) avec l’éducateur Daniel M’Roizi, les comédiennes (Cathy Darietto, Christine Gaya et Celine Giuliano)

Exposition: L’art singulier s’épanouit en Provence.

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Si vos pas vous mènent un de ces jours du côté de Marseille, surtout, surtout…..faites un petit détour d’une trentaine de kilomètres à peine. En venant de la cité phocéenne, après le dernier virage à gauche, juste avant le pont qui conduit au village de Pont de l’Etoile, elle est là ! La maison est là, toute pimpante parmi ses voisines. De l’asphalte jusqu’aux tuiles, elle vous confisque le regard de ses couleurs camaïeu.

Même s’il pleut.

Et aujourd’hui, il pleut et je suis en retard à mon rendez-vous. Un dernier message pour avertir de mon arrivée. Mon impatience ne faiblit pas. J’entends des pas et la porte s’ouvre sur l’hôtesse de ces lieux, Danielle Jacqui, la plus emblématique icône de l’art singulier. Elle m’accueille gentiment. Le port altier avec sa couronne de cheveux tressés d’un blond vénitien, une pointe de malice dans le regard pétillant, je pourrais la croire sortie d’un roman des sœurs Brontë.

Nos estomacs crient famine, nous allons donc déjeuner en compagnie de ses amis chaleureux et bienveillants, Fred et Eve.

Nos échanges commencent avec simplicité, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Je la convie à me raconter son art, sa passion, son œuvre. A mes questions, pourquoi ? Pourquoi cette maison dont chaque centimètre carré porte son empreinte ? Pourquoi l’art singulier, pourquoi une telle boulimie de création depuis toutes ces années ? Humblement, elle répond qu’elle ne sait pas ou plutôt que c’est grâce aux autres, ceux d’avant, « les invisibles…. ». C’est donc mystique…..D’ailleurs, Danielle organise chaque le festival d’art singulier d’Aubagne qu’elle a fondé.

Ceux d’avant….. Gaston Chaussac pour la peinture ou Robert Tatin pour la sculpture et l’architecture, deux tous premiers artistes contemporains à s’être distanciés de l’art officiel, revendiquant une spontanéité indéniable face à l’intellectualisme des artistes alors établis.

Quand j’évoque ses projets, elle m’annonce en riant qu’elle est condamnée à vivre encore 30 ans au moins pour réaliser le déambulatoire d’une chapelle de Draguignan.

Repus, retour à la maison. L’intérieur est à l’image de la façade. Une remise recèle les œuvres de l’artiste (poupées, tapisseries, toiles peintes avec un ingrédient alimentaire dont Danielle tait le secret, des sculptures, des paravents….). L’atelier veille sur les toiles fraichement peintes. Les escaliers qui mènent à l’étage n’échappent pas au coup de pinceau. Du sol au plafond, la marque de Danielle s’oblitère : la chambre, la cuisine où j’ai du mal à distinguer le réfrigérateur et la plaque de cuisson. Seule, une horloge comtoise se glorifie peut-être de n’être point passée par les mains de la peintre qui vit, mange, dort et respire « singulier »….

Mais déjà il faut partir vers un autre rendez-vous, un autre lieu « L’antre deux mondes » au quartier des créateurs à Marseille où s’expose une collection privée de Danielle Jacqui. Un endroit insolite où le passant déambule à loisir. A noter qu’Hervé Germain, remarquable artiste plasticien, peintre et photographe y expose également ses œuvres singulières (portraits au marc de café entre autres, photos et films).

Ainsi s’achève mon immersion dans l’univers de l’art singulier et des talents « pluriel » de Danielle Jacqui.

Si vos pas vous mènent un de ces jours du côté de Marseille, surtout, surtout…..faites le détour, la maison est là, elle vous attend….

 

Pascale ROBYN

 

 

La Maison de celle qui peint

Pont de l’Étoile – 13360 Roquevaire

 

L’ Antre De Monde 40 Rue Estelle, 13006 Marseille

 

 

 

Au cœur de nos rêves

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Metteur en scène : Cathy Darietto

Comédiennes : Agnès Audiffren, Claire Philippe, Céline Giusiano, Christine Gaya, Cathy Darietto, Cécile Petit

Régie : Jean-Luc Ayoun & Lucille Bagot

Création sonore : Stéphane Cochini – Fréderic Albertini – Janvié Claider D.

Création costumes : Sylvie Delalez

Décor : Association « Les créateurs singuliers »

Montage des textes : Le collectif des comédiennes

Durée 1h/tout public/entrée libre

 

Des rêves d’enfants malades, porteurs d’espérance et de joie, mis en musique, chorégraphiés, et interprétés par les artistes de la compagnie Après la Pluie, ont été partagés avec un public venu en nombre ce 16 décembre dernier à la Timone. Les spectateurs ont vécu un moment d’intense émotion au travers de ces récits enfantins, présentés avec tendresse, complicité, humour et générosité par un groupe de comédiennes délicieusement mutines.

 

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Après la pluie, vient l’espoir !

La compagnie Après la pluie, créée en 2006 par Cathy Darrietto, a pour noble objectif d’améliorer la qualité de vie des enfants atteints de cancer par la pratique artistique.

La metteur en scène et directrice artistique de la compagnie a elle-même eu un enfant atteint de cette maladie. Depuis 2009, elle intervient auprès des enfants hospitalisés au sein du service d’hémato-oncologie pédiatrique de l’hôpital de la Timone. Ces activités artistiques et créatives sont « une thérapie complémentaire aux soins, offrant aux enfants une échappatoire le temps d’un récit » explique-t-elle.

C’est tout naturellement que le 16 décembre dernier après plus d’un an et demi de travail en collaboration avec les équipes de l’hôpital et les enfants que la compagnie a présenté son cabaret poétique « au cœur de nos rêves » d’après les textes écrits par les enfants hospitalisés dans un des amphithéâtres de l’Hôpital pour enfants de la Timone.

Les textes inventés lors d’ateliers d’écritures adaptés par les enfants qui « d’enfants-patients sont devenus enfants-auteurs » ont été mis en musique et en jeu, puis illustrés, par des professionnels et édités sous la forme d’un livre-CD : ce dernier a été offert à tous les enfants du service ainsi qu’au personnel hospitalier le jour de la représentation.

La compagnie a proposé au public composé des parents des enfants hospitalisés et de ces derniers un moment intense de bonheur, d’émotion, d’amour et d’espoir, le tout parsemé d’un humour espiègle.

Une ode à la vie et un voyage plein d’imagination au pays des émotions

Tout commence avec une voix off qui nous susurre quelques mots à l’oreille, dis-moi tes rêves… Les enfants au côtés cours et jardin du plateau sont endormis, ils rêvent…. Les comédiennes vêtues de robes aux lignes épurées et aux couleurs vives rappelant les couleurs de l’arc en ciel, occupent le fond du plateau, Cathy Darietto, en maitresse de cérémonie, l’avant-scène.

Se réveillant peu à peu, les enfants entament en chœur le récit des rêves farfelus, drôles et fantastiques de chacun des petits malades. Aux côtés de deux courageux petits malades présents sur la scène et disant quelques vers de leur poème, quatre solistes hauts comme trois pommes enchainent les chansons avec grande justesse et talent. Les enfants sont dirigés par Marie Cécile Gauthier, pianiste de métier, qui devient pour l’occasion, le chef de chœur des jeunes élèves du conservatoire de Marseille à vocation régionale se produisant. Ils sont accompagnés en live par deux talentueux musiciens, Stéphane Cochini à la guitare et Fréderic Albertini aux percussions. Ces derniers mêlent avec virtuosité les styles musicaux, allant du rock à la ballade en passant par la chanson française, le reggae et l’afro.

Croisant les esthétiques, allant du jeu burlesque à un jeu plus classique en passant par la danse et le chant, détournant avec des chorégraphies simples mais efficaces et parodiques les codes du tango ou du flamenco, le spectacle, jouant sur les comiques de situation, pastiche ingénieusement le genre du cabaret musical. Certaines scènes sont savoureuses, notamment celle où les comédiennes sont affublées d’une fausse moustache rose ou lorsqu’elles se disputent tour à tour la vedette. Le passage où les ombrelles formant le carrosse de Cendrillon, une fois minuit sonné, se dispersent en citrouilles est fort bien amené. De même, la parodie de James bond avec Agnès Audiffren, dont la voix rauque apporte une couleur plus rock au groupe, est irrésistible.

Mêlant les formes, entre poèmes et chansons, voici présenté un spectacle décalé, mené tambour battant par six comédiennes pétillantes : l’ensemble ne manque pas de charme et les numéros s’enchaînent fort bien, sans temps mort.

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« Tout devient possible avec des coloriages à l’hôpital de la Timouille »*

De plus, les comédiennes pleinement au service des mots des enfants ne se mettent pas en avant, laissant la part belle aux enfants du conservatoire et aux petits malades dont elles portent les paroles avec une réelle bienveillance.

Passeuses de rêves, jonglant entre jeu, chant, danse, elles restent au service du texte et de la musique, offrant un visage complice aux rêves des enfants. « Quand je serai guéri, je profiterai de la vie. La vie m’appelle tout simplement …. » Ce message d’espoir laissé sur une feuille blanche par un enfant malade est symbolisé par la scénographie : cette dernière avec ses trois éléments en bois dessine au fil du spectacle, un arbre, l’arbre de vie.

Cathy Darietto précise que « l’arbre de vie est symbole de l’espoir ». Se file ici la métaphore du rêve où en grandissant et en s’épanouissant tout devient possible : l’imaginaire libéré du joug de la maladie et de ses contraintes attenantes permet de surmonter les souffrances et reprendre confiance en soi, s’évader vers un ailleurs meilleur, porteur de joie.

Le public était ravi de cet interlude musical et chanté, applaudissant à tout rompre les petits et les grands présents sur le plateau : un sentiment de joie submergeait l’audience venue fort nombreuse à ce moment de partage rare dont on souhaiterait qu’il y en ait plus.

In fine

Pour ceux qui n’auraient pu assister à ce beau travail, il est possible de se procurer le CD intitulé « Au coeur de nos rêves », édité en décembre 2015.

Ce dernier regroupe tous les textes du spectacle mais également de nombreuses autres créations nées de l’imagination des enfants de la Timone. Sur ce CD vous pourrez retrouver de nombreux artistes dont Ariane Ascaride, Jean-Jacques Goldman, Serge Dupire (Plus belle la vie), Janvié Claider D. (Massilia Sound System), mais aussi toute la classe de CM1 de l’école CHAM du cours Julien et de nombreux autres interprètes.

A noter que les 19 & 20 Mars 2016 l’association est mise à l’honneur dans l’événement caritatif N°1 des montagnes françaises Glisse en Coeur proposé au sein la station du Grand Bornand. Une course de ski pendant 24H non-stop est organisée afin de récolter le plus de dons possibles au profit de leur cause.

Un événement à suivre.

DVDM

Site de la compagnie : http://cie.apreslapluie.free.fr/ [8]

*Extrait d’un des textes écrit par les enfants

Copyright photo: compagnie Après la Pluie

2016 : nouvelles perspectives ?

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Les fêtes achevées depuis peu, le travail reprend ses droits : conférences de presse, annonces en tout genre, spectacles et créations, festivals en vue…. L’année commence bien fort sur les chapeaux de roue. Nous en oublions très vite la trêve hivernale offerte par quelques jours de vacances et repos bien mérités… En ce début d’année bissextile qui, une fois n’est pas coutume, sera bien pauvre en jours fériés au grand damne des travailleurs, une question me taraude néanmoins…

Un an après la tuerie de Charlie Hebdo, où en sommes-nous ?

Cette nouvelle année s’inaugure sous de bien sombres hospices : un sursaut d’une liberté d’expression revendiquée par tous réduit en un temps record à un vague souvenir lointain (c’était il y un an à peine, pourtant) ; des attentats abominables perpétrés en novembre et un état d’urgence décrété jusqu’en mars aggravant la confusion et les amalgames en tous genres ; un repli sur soi des individus allant de pair avec une poussée sans précédent de l’extrême droite ; des températures trop clémentes pour la saison qui n’augurent rien de bon, ni pour le climat, ni pour l’agriculture….

Bref, le bilan de l’année 2015 n’est guère glorieux, hélas, et l’esprit de Charlie Hebdo semble ne pas avoir résisté bien longtemps aux sirènes de la peur : peur de l’autre, mais également peur de l’avenir et toutes ces peurs irrationnelles entretenues par la surinformation qui nous submerge de toute part. Surinformation, mésinformation, désinformation. Voici les maux de notre société actuelle engendrés par le sacro-saint leitmotiv brandi par tous : ce fameux droit à l’information.

Oui, mais quelle information ?

Celle transmise par des communicants qui tout en faisant leur travail de promotion asservissent le journaliste, ce dernier devenant le relai d’une communication souvent confondue avec information ? Celle achetée par les sociétés qui assujettissent financièrement les groupes de presse : ces derniers se contentent alors de relayer des publi-rédactionnels commandés à la gloire d’un lobby ou d’une grosse structure ? Ou encore celle d’une institution qui y fait sa publicité en toute légalité ?

Entre chasse au scoop, obligation commerciale de relayer des informations prépayées, absence de recul lié au manque de temps (et d’argent) du journaliste pour vérifier l’information, immédiateté d’une information qu’il faut « sortir » au plus vite avant qu’elle ne soit plus d’actualité (ou pire encore, périmée!), bref, comment un journaliste peut-il faire son travail avec sérieux et honnêteté dans un monde où le temps de l’horloge ne laisse plus de temps au temps de la réflexion ? Où les impératifs économiques dictent leur loi aux impératifs éthiques ? Où le journaliste est pressé de toute part pour publier au plus vite un article, une enquête ou une interview ?

Comment peut-il se démarquer pour offrir une réelle information de qualité face à la nébuleuse utile mais perverse des réseaux sociaux ?

De mon humble avis, le journaliste se doit de revenir aux fondamentaux d’une enquête réfléchie et poussée sur des sujets non pas d’actualité (les réseaux sociaux s’en emparent bien plus vite que les médias traditionnels) mais des sujets transversaux de réflexion sur la vie de la cité, la société des hommes : la presse se doit d’être le reflet d’une époque qu’elle révèle en étudiant avec acuité les actes politiques, les faits de société ou la culture, les arts vivants….

Pour cette raison, nous consacrons notre mag’ à la critique en ce qu’elle permet de s’inscrire dans la dynamique de la durée, et non de l’éphémère : les œuvres ou créations artistiques présentées au public sont la plupart du temps conçues pour être pérennes. Si annonces d’événements nous faisons, il s’agit pour nous de mettre en avant des manifestations populaires (au sens noble du terme) pour sensibiliser le public à la culture sous toutes ses formes, au-delà des frontières, nous laissant la liberté de proposer de temps à autres nos coups de cœur pour telle ou telle création d’actualité.

Fidélité renouvelée à notre ligne éditoriale et nouveautés 2016

Certes, nous répertorions les lieux culturels mais notre choix éditorial exclut par la même l’idée d’un agenda des spectacles créé par nous-mêmes : nous avons ainsi choisi de proposer aux structures un espace pour y annoncer leur programmation. Cet espace est accessible à tous via l’onglet accès pro [9] et les informations sont consultables via l’onglet agenda des spectacles [10]. Nous déclinons toute responsabilité quant au contenu de cette page mais nous nous réservons le droit de supprimer les informations ne correspondant pas à notre ligne éditoriale.

Cet espace a été conçu pour faciliter la visibilité de toutes les structures culturelles, sans discrimination de genre ni de taille. Sachant les difficultés actuelles du milieu culturel, notamment à Marseille avec la fermeture de l’Espace Culture, qui permettait la diffusion des informations culturelles, et plus particulièrement, celles des petits lieux, cet espace est offert. Bien entendu, ceux qui le souhaitent peuvent nous envoyer des dons afin que nous puissions améliorer l’outil.

Cette nouveauté s’accompagne d’une nouvelle collaboration : pour entamer l’année avec humour et optimisme, nous laisserons à notre amie le Chat Pompom le loisir d’intervenir à sa guise pour vous présenter ses coups de cœur et coups de griffe. Vous souhaitant une excellente année 2016, votre dévouée.

Diane Vandermolina

La vie parisienne à l’opéra de Marseille

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LA VIE PARISIENNE (1866)

Opéra-bouffe,

Livret d’Henri Mailhac et Ludovic Halévy,

Musique d’Offenbach.

Opéra de Marseille

29 décembre 2015

Coproduction Opéra de Marseille / Opéra d’Avignon / Opéra de Reims / Opéra Théâtre de Saint-Étienne / Opéra de Toulon / Théâtre du Capitole de Toulouse.

 

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Pour être déjà ancienne, cette heureuse production qui « tourne, tourne, tourne » comme la tourbillonnante ritournelle de l’œuvre, semble toujours neuve, n’a pas pris une ride, au contraire, depuis affinée et raffinée. Aussi reprendrai-je ce que j’en disais après son passage avignonnais du 2 janvier 2011, à des nuances près de relecture et, naturellement, de distribution différente.

 

L’œuvre

        Cocottes et cocodettes

Le XIXe siècle aimait et réprouvait les prostituées de haut ou bas étage, courtisanes, cocottes ou cocodettes, vouées au cocuage matrimonial de mâles en manque, nécessaire pendant luxurieux au luxe moral de la chasteté forcée ou forcenée des épouses et des petites filles modèles. Bien que les demi-mondaines tarifées fussent souvent en concurrence avec les femmes du monde gratuites relativement, comme le souligneront cyniquement les deux galants héros, et pas moins dangereuses les unes que les autres pour las santé…

Certes, ici, l’infidèle Métella, dont les richards émoustillés se passent l’adresse comme d’un bon coup, fera la reconquête de l’un de ses amants, Raoul de Gardefeu sinon du sérail masculin complet. Il n’en reste pas moins que, derrière le rythme pétaradant et la mousse pétillante de la musique d’Offenbach et du livret de Meilhac et Halévy, c’est la satire joyeuse mais féroce de toute une société matérialiste, avide à satiété de nourritures terrestres (dîners toujours prêts, fêtes toujours apprêtées), une société repue qui en veut cyniquement pour son argent comme le Brésilien (« J’en aurai pour mon argent, je vous le jure ! ») ou le Baron suédois qui veut effrontément et grassement « s’en fourrer » jusque-là ! », les femmes étant au menu, naturellement partie du dessert. Même si l’échec des berneurs bernés fait partie de la tradition bouffe sinon de la bouffe, la partie de dupes faisant partie du jeu aux dés pipés : le snobisme est un strabisme qui fait prendre le demi-monde louche pour le grand monde à lorgnon et tel est pris qui croyait avoir une bonne prise ; la chair est forcément chère et c’est sur l’autel du plumard qu’est fatalement plumé le pigeon. Mais, pleins aux as, ils s’en remettront. Ici, c’est le couple exotique, suédois, du Baron et Baronne de Gondremarck, venus passer du bon temps à Paris, chacun espérant tromper l’autre, qui sera abusé à son tour par un faux et facétieux cicérone, attrapé finalement lui-même comme un renard qu’une poule aurait pris.

 

Réalisation

Nadine Duffaut, qui signe la mise en scène, la déplace, de l’Exposition Universelle de 1866, l’apogée du Second Empire à, apparemment, celle de 1900, bref, après le désastre de 1870, après l’hécatombe de la Commune de 71 et avant le cataclysme de 1914. C’est donc une parenthèse historique heureuse, en pleine « Belle époque », en plein cœur du « Gai Paris », l’acmé sans doute du rayonnement universel de la capitale qu’on vient visiter du monde entier : en témoignent le couple suédois, le Brésilien et d’autres allusions, soulignées par ces petits drapeaux nationaux agités par les voyageurs de ce superbe hall de gare avec vue lointaine de la neuve Tour Eiffel, sommet littéralement de l’architecture industrielle. Le petit train amusant est dense d’une réalité historique : le Second Empire avait vu le tissage de toute la France par le réseau ferré ; les Grands Boulevards de Paris tracés par Haussmann, larges pour éviter les barricades comme en 1848, étaient surtout de grands axes reliant rapidement les grandes gares. Comme celle-ci, de l’ouest, vers Deauville, Trouville, autres lieux du jeu, du plaisir. L’immense cadran d’horloge omniprésent c’est toujours le style industriel allégé en dentelle, comme je le disais du Baroque, « à l’image d’une époque qui éleva l’utilitaire au niveau de l’art et l’art à la dignité de l’utile », l’Art Nouveau étant, de fait, un néo-rococo.

Dans une élégante grisaille générale très 1900, percé d’une immense circonférence, cadran d’horloge ou porte dérobée du vaudeville, un mur cylindrique, en plan coupé curviligne tournant sur rails au gré des lieux de la tourbillonnante action, comme tournent les plantureuses dames et nourritures promises aux appétits, les immenses bouteilles de champagne aux noms drolatiques contextuels (« Veuve du Colonel », « Baron de Frascata », etc). Quelques meubles très purs assortis, chaise à dossier aussi à pan coupé à la Horta (décors Emmanuelle Favre) d’un Art Nouveau et style nouille végétalisé de projections, fleuri de femmes —sinon jeunes filles— fleurs, dont une tête féminine à la Mucha, pressentant déjà l’abstraction et l’Art Déco, dans une lumière albugineuse, bleutée ou rouge pastel selon les moments (Philippe Grosperrin) d’une époque qui découvre l’électricité et semble chasser définitivement les ténèbres.

Les dames, mêmes cocottes cancannantes, n’ont plus de froufroutantes et affriolantes, suffocantes crinolines à grand renfort de baleines, de carcasses : libérées du carcan du corset, elles portent les robes souples de Poiret, asymétriques, tailles sous les seins, des manteaux-enveloppe en ovale ou mandorle exaltant par le secret les formes suggérées et non soulignées, d’une grande beauté, noirs, blancs, rayés, mouchetés, quadrillés, pied de poule, dans des dégradés de gris et de beige d’une rare élégance, aigrettes ou capelines (Gérard Audier). Signe des temps, Métella arbore un cerceau externe à sa robe libérée ! Et la veuve éplorée, joyeuse, libérée du mariage, déploie des dessous rouges papillon sous la chrysalide de sa robe de deuil.

Mais, l’intelligence sensible de Nadine Duffaut, sorte de signature chez elle, c’est que si elle joue le jeu du jeu burlesque chez ces richissimes bourgeois ou aristos, elle n’en oublie pas l’envers du décor de cette société replète et prospère : comme des machinistes qui occuperaient enfin le devant de la scène, elle donne à voir les rouages de l’ombre qui font marcher cette société, les ouvriers, employés, marchands de journaux, bonnes, ivrogne, prostituées déjà prêtes en petite tenue sous le manteau, voleur, policiers d’une société apparemment policée mais impitoyable aux faibles et pauvres qui la font luxueusement vivre en vivant mal. Presque des damnés de la terre… Et elle-même, aux saluts, salopette et casquette, arbore un costume de chemineau vagabond des chemins ou de cheminot de ce chemin de fer. En sorte que le travestissement bouffe des domestiques le temps d’une soirée de dupes est une sorte de compensation, de vengeance sociale mais qui en fait autant de Cendrillons vite renvoyées à leur condition première.

 

        Interprétation

Le piège de ce type d’œuvre, c’est le passage redoutable entre les parties chantées et les parties parlées, qui n’ont guère d’intérêt, même pas celui de la parodie mythologique de La Belle Hélène, qui amuse au moins l’esprit. Très souvent, cela se paye d’une chute du rythme, d’un appesantissement du tempo général. Fort heureusement, ici, la direction d’acteur garde au plateau un tempo presque haletant, hilarant, délirant parfois dans ses symétries et défilés en mesure, en accord parfait avec le rythme frénétique,que donne à la fosse et aux chanteurs la direction d’orchestre de Dominique Trottein : égal à lui-même dans la vivacité primesautière et pimpante de certains airs, il enchaîne sans faiblir cette suite brillante et sémillante de séguedilles, de valses, de « galops », épargnant à Offenbach les lourdeurs dont on l’accable trop souvent, et la mise en scène, subtilement, anime, musicalise aussi, dans des contrechamps et contredanses réussis, la foule des personnages, des choristes, dont les gestes, les pas, sont aussi des pas de danse : tout chante et danse, comme le disent d’ailleurs les personnages. Le cancan final endiablé réglé par Julien Lestel, avec référence obligée à la Goulue et Valentin le désossé, étonnants contorsionnistes dénichés ou débauchés du Moulin Rouge (Adonis Kosmadakis et Erica Bailey), est un prolongement naturel et pas une pièce platement plaquée.

Toute la distribution, si nombreuse, est d’une remarquable homogénéité scénique et vocale, sans oublier des chœurs (Emmanuel Trenque) qui jouent, au sens propre du terme, parfaitement leur partie, avec une joie et un entrain communicatifs. Trop souvent, le nombre de chanteurs étant si important pour un nombre d’airs dévolus à chacun assez réduit, l’on opte pour privilégier leurs qualités de comédien plus que de chanteur, au détriment de la musique. Certes, ici, il y a des voix qu’on appelle d’opéra, et, d’autres, plus légères, d’opérette. Mais les premiers ne jouant pas à écraser les seconds et ces derniers n’étant pas vocalement négligeables, cela crée une satisfaisante harmonie du plateau qu’il convient de souligner.

Ainsi, les « paires », les couples, finalement, que font le baron et la baronne de Gondremark (Olivier Grand, à grande voix et Laurence Janot, timbre riche et fruité), sont remarquables en jeu et voix. Le sonore Bobinet, grand gamin dégingandé, déjà apprécié dans Manon (Christophe Gay) fait une en baryton une sacrée paire avec son compère Gardefeu, Armando Noguera, plein en voix, plein d’allant et d’allure avant de perdre la figure pris à son jeu de Don Juan toujours en échec par les circonstances. L’autre couple aux couplets emblématiques, adversaires et complémentaires, c’est la gantière et le bottier : Clémence Barrabé est une Gabrielle acidulée et pinçante et la très joyeuse et soyeuse veuve du Colonel à laquelle Dominique Desmons, son pendant et pendard de Frick, facétieux et frustre alsacien, donne une réplique pleine de verve et verbe pâteux. Dernière paire, les deux parentes trouble-fête, la vieille revêche et la pimbêche, Jeanne-Marie Lévy, au timbre savoureux déjà goûté dans Manon, croustillante Madame de Quimper-Karadec, assortie d’une nièce à la verte indignation, Madame de Folle-Verdure, Anne-Marguerite Werster, qu’on a plaisir à réentendre ici, bien que trop peu dans ce rôle trop court.

Dans ce vaudeville où les couples marchent en façade par deux en espérant la marche à trois, Métella, étant la pièce maîtresse, au double sens propre du mot, que chacun des fringants et frétillants messieurs rêve de mettre dans son jeu et lit, c’est un peu l’Arlésienne de l’œuvre dont on parle plus qu’elle ne chante. Marie-Ange Todorovitch l’incarne, souveraine dans ses robes et manteau et capelines, au timbre voluptueux de promesses galantes, désinvolte dans son premier air (« Connais pas… »), ironique dans le troisième, et, même à l’air de la longue lettre, sans grande nécessité dramatique ni musicale, elle donne une sorte de nostalgie qu’elle effeuille comme pétales de rose ou de marguerite au vent du souvenir, peut-être d’un grand amour vécu avec le Marquis de Frascata qui, pourtant recommande à ses sexuels services, son ami le Baron suédois.

À leurs côtés, les autres personnages également singuliers, la Pauline coquine de Ludivine Gombert, familière déjà de l’œuvre, au timbre ravissant, le Brésilien inénarrable de Bernard Imbert, au grand « galop », de son air, et tous les comparses en paires de rôles, Patrick Delcour (Alfred/Urbain), Antoine Garcin (Alphonse/Gontran) ou en singularité, le Prosper futé et affûté de Jacques Lemaire, et le Joseph de Barnard Maltère. Distribution de qualité d’un bout à l’autre.

À cheval sur 2015, année terrible, et 2016 dont on forme des vœux pour qu’elle soit meilleure, une production heureuse comme un espoir dans l’art et les artistes. Benito Pelegrin

 

La Vie parisienne de J. Offenbach

 

Coproduction Opéra de Marseille / Opéra d’Avignon / Opéra de Reims / Opéra Théâtre de Saint-Étienne / Opéra de Toulon / Théâtre du Capitole de Toulouse.

 

Opéra de Marseille

29, 31, décembre 2015, 3, 5 et 7 janvier 2016

 

Orchestre et chœur de l’Opéra de Marseille

Direction musicale : Dominique Trottein ;

Mise en scène :  Nadine Duffaut ; Chorégraphie :  Julien Lestel.

Décors : Emmanuelle Favre ; Costumes :  Gérard Audier ; Lumières :  Philippe Grosperrin.

 

Distribution :

Gabrielle : Clémence BARRABÉ ; Metella : Marie-Ange TODOROVITCH  ; Baronne de Gondremarck : Laurence JANOT ; Pauline : Ludivine GOMBERT ; Madame de Quimper-Karadec : Jeanne-Marie Lévy ; Madame de Folle-Verdure : Anne-Marguerite Werster ; Raoul de Gardefeu : Armando NOGUERA ; Baron de Gondremarck : Olivier GRAND ; Bobinet : Christophe GAY ; Frick : Dominique DESMONS ; le Brésilien : Bernard IMBERT ; Alfred / Urbain : Patrick DELCOUR ; Prosper : Jacques LEMAIRE ; Alphonse / Gontran : Antoine GARCIN ; Joseph : Bernard MALTERE .

Ballet : Compagnie Julien Lestel (solistes : Adonis Kosmadakis et Erica Bailey).

 

Photos : Christian Dresse, légendes B. P.

  1. La paire de compères roulés (à gauche, Noguera et Gay à droite)…

2… par le tiers et la traîtresse : Garcin donnant le bras à Métella, Todorovitch ;

  1. La roue de secours de la Baronne : Janot, à ses pieds,Grand et Noguera ;
  2. Bottier à la botte de la sévère gantière : Desmons, Barrabé ;
  3. Un Brésilien cousu d’or et de fil blanc : Imbert ;
  4. Une lettre d’amour à la coquette cocotte : Todorovitch ;
  5. Trio de dames à la mode : Werster, Janot, Lévy.
  6. « Tout tourne, tourne… » ;
  7. « Tout danse, danse… »