Théâtre Toursky au mois de décembre. Le film muet de F.W. Murnau habillé des voix et bruitages du Cartoun Sardines Théâtre.
Le dernier des hommes prend la parole
Il est portier dans un grand hôtel. Debout devant la porte à tambour, sanglé dans sa livrée rutilante, il est fier de son emploi, fier de son costume, heureux qu’on l’admire. Et puis tout bascule : le trouvant trop vieux pour continuer à occuper ce poste, le directeur de l’hôtel le relègue comme gardien des toilettes. Quand on lui arrache son uniforme, c’est toute sa vie semble-t-il qu’on lui arrache. Toute sa dignité. Il le reprendra en cachette mais sera démasqué, moqué, et retournera dans les toilettes du grand hôtel. Il aurait pu mourir là. Mais l’auteur a voulu une fin plus heureuse, qui enlève peut-être de la force dramatique au film au profit d’une réflexion sur la vanité des choses de ce monde : dans les toilettes, l’ancien portier va accompagner la fin d’un homme très riche qui, avant de mourir, lui lègue tous ses biens pour le remercier. Et le portier, devenu richissime client de l’hôtel où il travaillait va reprendre le sourire, l’envie de vivre…et regagner le respect des autres.
Ce film muet de Friedrich Murnau, réalisé en 1924, est remarquable par son propos qui montre qu’hier comme aujourd’hui, on existe dans le regard des autres. Comme on est dépendant des apparences… Selon comment on l’interprète, il peut montrer aussi combien le métier peut être vécu pour certains comme partie intégrante de leur vie, comme une addiction…Toujours est-il que ce drame humain, remarquablement interprété par Emil Janning ne laisse pas indifférent, émeut profondément. Et, dans ce film où les sons sont absents, l’utilisation des décors, de la lumière, des gestes est étonnante, innovante pour l’époque où il a été tourné.
L’originalité du spectacle présenté au Théâtre Toursky est donnée par le Cartoun Sardines Théâtre qui revisite le film muet avec Patrick Ponce, Stéphane Gambin, et Pierre Marcon, acteurs et musiciens, qui lui apportent avec talent dialogues, bruitages et musique. Une certaine distanciation aussi avec le propos qui prend une dimension moins intimiste, plus théâtrale et, parfois, humoristique.
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ESPRIT D’ENFANCE
(II)
PATRIMOINES POPULAIRES
Douce et BarbeBleue,
Conte musical en forme d’opéra
Livret de Christian Eymery
Musique d’Isabelle Aboulker
d’après Charles Perrault
Marseille, Théâtre Odéon
5 décembre 2015
Paru dans les Contes de ma mère l’Oye de Charles Perrault en 1697, même s’il a des strates plus anciennes, antiques mêmes, le conte de Barbe-Bleue est un patrimoine français devenu universel comme tout ce qui touche les couches profondes et inconscientes de notre mémoire la plus ancienne, en fait, la plus jeune, celle qui remonte et se solidifie à l’enfance et demeure à jamais, même si l’on pense l’avoir oubliée. Et rendons grâce encore à l’Odéon de l’avoir réveillée en nous, après celui d’Offenbach l’an dernier, en nous offrant cette belle version Douce et BarbeBleue, œuvre modestement ambitieuse, vrai opéra qui se pare humblement de l’étiquette de « conte musical en forme d’opéra ». Les ouvrages lyriques sur ce héros blême, bleu barbé, et ogre insatiable de ses femmes, on en connaît des versions, de Grétry, Sedaine, Offenbach en passant par Paul Dukas et Bartok, aux ambitions diverses adressées aux adultes. Celui dont Christian Eymery a écrit le texte, prose et vers, suivant la trame, à la fin près, de Perrault qui punissait son sanglant héros, ici triomphant d’un amer dernier assassinat de sa Douce de femme, avec la musique d’Isabelle Aboulker, le rend à l’enfance sans exclure l’adulte.
L’enfant, s’il ignorait encore le conte, le découvrait et nous, moins innocents, le redécouvrions et en retrouvions, dans un air obsédant, les moments littéralement clés : la clé, clé des songes, clé de l’interdit, clé de l’énigme, un bal fastueux et un vrai drame avec suspense et cette route qui ne poudroie pas pour Anne, la sœur Anne qui ne voit rien venir dans l’attente des frères, qui n’arriveront pas pour sauver leur sœur. Il fallait voir, entendre quelques commentaires des enfants captés par l’action, leur attention, suivant l’intrigue et les péripéties clairement narrées par une magnifique récitante maternelle, Catherine Alcover, et commentées en chantant la joie ou la crainte par le chœur intégré à l’action, surtout féminin, ravissantes voix blanches, comme la voix de la pureté et de la peur, comme multipliant choralement l’idée singulière et l’image terrible de la douce jeune fille promise à l’ogre de mari, la superbe Maîtrise des Bouches-du-Rhône de Samuel Coquard, qui dirigeait, par ailleurs, avec une grande délicatesse, une palette de six instrument joliment colorés par l’Ensemble Instrumental Pythéas. La compositrice présente dans la salle, on s’étonne qu’elle ne soit pas appelée aux saluts.
Simple mais non simpliste, la musique d’Isabelle Aboulker, grande spécialiste, qui a une œuvre importante à son actif, ne tombe pas dans un infantilisme mélodique et, sans mettre en danger les jeunes interprètes, n’esquive pas pourtant les difficultés. Mais ils s’en tirent avec une aisance remarquable, d’autant que le mouvement que Nadine Duffaut qui, en deux jours signe une mise en scène admirable, imprime à cet ensemble nourri sur scène, évite le confort vocal du statisme : cela chante, bouge, s’effare d’effroi frissonnant comme un vol de colombes dans des envols de robes, revient, se forme en ensembles picturaux très plastiques, sans un temps mort.
La scénographie d’Emmanuelle Favre, éclairée des toujours belles lumières de Philippe Grosperrin, est simple mais efficace : un grand espace avec des miroirs où se projettent des images parfois nébuleuses de rêve, et ces clés, qui en deviennent une angoisse chantée concrétisée pour nos yeux. Les costumes de Danielle Barraud, dans le style Renaissance, sont somptueux, aux belles couleurs, quelques robes et une cape sanglantes comme un destin fatal pour Douce. Il suffit de quelques phrases chantée à Marie-Ange Todorovitch pour être une mère noble, de grande allure. Anne, qui ne voit rien venir du haut de la tour, c’est Sephora Jlida tendrement trémolante d’angoisse et Majda Boughanmi est une bien suave Douce, dont la fragilité est de la race des victimes consenties face à la sombre rudesse d’un Barbe-Bleue campé avec l’autorité vocale de Philippe Ermelier.
Ce spectacle se veut « pour enfants » mais il n’est en rien infantile ni simplement enfantin : certes, récit, musique, chant, féerie scénique, les enfants y trouvent leur compte mais, nous, adultes, émus, y retrouvons notre conte d’autrefois, gagnés par la grâce d’un spectacle qui séduit les oreilles, ravit les yeux et réveille cette âme, ancienne désormais, comme il était, comme elle était une fois, heureusement jamais perdue même enfouie au tréfonds de nous. L’enfance respectée, une réussite absolue.
Mais, au moment ou Barbe-Bleue, le coutelas dressé au-dessus de sa femme au sol va l’en frapper et semble hésiter, nous laissant l’espoir qu’il n’accomplira pas l’acte fatal, une voix enfantine nous glace : « Mais va-s-y ! Va-s-y !» Il n’y a plus d’enfant, comme disait le jésuite espagnol Baltasar Gracián repris par Molière ? B.P.
DOUCE ET BARBE-BLEUE
Conte musical en forme d’opéra d’Isabelle ABOULKER
Théâtre Odéon, 5 décembre 2015.
Samuel COQUARD, direction musicale.
Nadine DUFFAUT, mise en scène.
Emmanuelle FAVRE, scénographie .
Danielle BARRAUD, costumes.
Philippe GROSPERRIN, lumières.
Distribution
Majda BOUGHANMI, Douce ; Philippe ERMELIER, Barbe-Bleue ; Marie-Ange TODOROVITCH, la Mère ; Sephora JLIDA, Anne ; Catherine ALCOVER, la Récitante.
« Le Journal d’Anne Franck » : une belle réussite marseillaise!
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« Le Journal d’Anne Franck » Opéra-Monodrame de Grigori Frid
Livret du compositeur/Version Orchestre de chambre en Allemand surtitré
Lundi 7 et Mardi 8 décembre 2015 – 20h
La Criée Théâtre National de Marseille (Petit Théâtre) 30 quai de Rive Neuve 13007 Marseille
Avec Emilie Pictet soprano/Macha Makeïeff récitante
Ensemble orchestral de musiciens de l’Orchestre philharmonique de Marseille
Vladik Polionov piano célesta/Marc Albrecht direction
Création en France/En Partenariat avec La Criée Théâtre National de Marseille
A l’occasion de l’anniversaire des Musiques Interdites, Michel Pastore a fait découvrir à un public marseillais ravi un mono opéra autour d’extraits emblématiques du « Journal d’Anne Franck ». La version concertante, épurée pour mieux nous faire entendre la beauté de l’œuvre, avec son ensemble orchestral de très belle tenue, a été présentée dans le petit théâtre de la Criée début décembre.
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Grande œuvre pour petite salle
L’œuvre ici dévoilée méritait cependant d’être jouée dans une grande salle, tant pour son actualité d’une évidence étonnante et déconcertante en ce lendemain d’élection que pour la qualité de son interprétation musicale et vocale.
En effet, le récit lucide de la montée de la haine antisémite fait par la jeune fille enfermée dans sa cachette à Amsterdam, où les juifs étaient pourtant bien acceptés dans la cité par le passé, n’est pas sans rappeler la montée des racismes qui aujourd’hui font craindre cette forte percée d’un parti d’extrême droite qui sans le nommer est en passe de ravir de bien nombreux postes dans les régions, si ce ne sont les régions elles-mêmes. Dans son journal, pourtant, Anne Franck transmet son irrésistible envie de vivre et sa foi en l’humanité : par cette phrase, ” Le courage et la joie de vivre sont plus importants que la richesse et le pouvoir”, elle nous rappelle un élément essentiel au vivre ensemble, ce devoir de dignité ou respect de soi et de l’autre, oublié par les politiques en tout genre et par nous-mêmes, qui nous abandonnons à la recherche d’un bonheur matériel par nature insatisfaisant et insatiable, à notre époque où les valeurs humaines sont mal menées par les capitalismes. Non seulement le texte est d’une beauté à couper le souffle, il est également porteur d’amour : amour de la vie et croyance en sa splendeur ; amour de l’autre et du genre humain, croyance en une fraternité possible entre les hommes.
Pour transcrire les joies et les craintes, les espoirs et les pensées de la jeune fille, la composition musicale, poignante et fort réussie, aux accents lyriques et réalistes, mêle plusieurs styles musicaux pour s’accorder au mieux au texte et aux émotions qu’il véhicule. Le célesta avec ses sonorités cristallines et pures répond aux sombres et inquiétants percussions et cuivres, voire aux mélancoliques violons. Les envolées lyriques laissent place à de merveilleux morceaux jazzy, légers et joyeux, et à de délicieux pizzicatos… Entre texte chanté et parlé, passacaille et récitatif, la soprano Emilie Pictet réussit le pari d’interpréter une œuvre toute en nuance et en rupture, avec humour (la scène de la dispute des époux Van Damm) et sobriété (la découverte de la cachette), faisant montre ainsi de l’étendue de son talent. Les musiciens dirigés d’une main de maître par le chef Marc Albrecht, sont tous excellents, avec une mention spéciale pour le jeune violoniste et le percussionniste.
La mise en espace, avec ses jeux de lumières sobres et ses projections, joue sur la complémentarité voulue entre l’interprétation de la soprano et la récitante, cette dernière se trouvant en fond de gradins, derrière le public, qui de ce fait – à moins de se retourner- n’entend que sa voix (hélas) amplifiée par un microphone. Un choix judicieux et intéressant si ce n’étaient certains effets de voix de la récitante, Macha Makeïeff : le choix du dire du texte (avec cet étirement de certaines syllabes en fin de phrases qui se terminent en un chuchotement parfois peu audible) rendait plus difficile son appréhension, d’autant plus qu’il était difficile de la voir.
Néanmoins, ce fut un très beau mono opéra auquel nous avons assisté et il est à regretter qu’il ne fut présenté que deux jours en notre ville : cette œuvre humaniste, à la fois légère et profonde, aux questionnements universels, est d’une grande beauté musicale et révèle un compositeur contemporain de grand talent à découvrir ou redécouvrir. L’adaptation proposée a conquis à juste titre un public de mélomanes avertis. Bravo. DVDM
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La pièce de Howard Zinn*, interprétée par Ivan Romeuf, a interpellé et éclairé un public attentif.
Karl Marx, un retour d’actualité
Le couvercle de la Boîte s’entrouve, coup d’œil à droite, coup d’œil à gauche. Et finalement Karl Marx sort pour profiter de l’heure qui lui est accordée pour un retour sur terre qui va lui permettre de faire le point sur notre monde d’aujourd’hui et détruire quelques idées reçues qui ont la vie dure.
Durant ces soixante minutes, Karl Marx va évoquer sa vie, ses exils, sa famille, leur pauvreté, ses discussions avec Proudhon ou Bakounine. Mais il va surtout constater que ses analyses sur le capitalisme naissant au 19ème siècle sont toujours d’actualité, seulement dépassées par la réalité qu’il découvre.
Il dénonçait alors notamment la concentration du capital dans un petit nombre de mains, au détriment du plus grand nombre, avec une augmentation de la classe prolétarienne. Ses effets aliénants pour l’Homme et son travail, son absence de valeurs humaines. Un système à la fois injuste et instable.
” J’avais tort en 1848, quand je pensais que le capitalisme était sur le déclin. Mon calcul était un peu en avance. Peut-être de deux cents ans », commente Karl Marx, débarqué par erreur pour ce bref retour aux Etats-Unis au lieu du quartier de Soho où il avait vécu à Londres. « Moins de cinq cents personnes contrôlent deux mille milliards de dollars en actifs commerciaux. Ces gens sont-ils plus nobles ? Travaillent-ils plus durement ? N’ai-je pas dit, voilà cent cinquante ans, que le capitalisme allait augmenter la richesse dans des proportions énormes mais que cette richesse serait concentrée dans des mains de moins en moins nombreuses ? (…) Gigantesque fusion de la Chemical Bank et de la Chase Manhattan Bank. Douze mille travailleurs vont perdre leur emploi… Actions en hausse. Et ils disent que mes idées sont mortes !… » Et de citer les enfants qui meurent de faim, les personnes qui ne peuvent se soigner… « Le capitalisme creuse sa propre tombe ! ».
Mais Karl Marx veut aussi profiter de cette incursion dans notre société pour tordre le cou à une autre idée reçue : l’amalgame entre le communisme et le dévoiement qui en a été fait par des dictateurs, en particulier Staline : « Comment un homme qui extermine des camarades de combat peut-il se réclamer du communisme ? » Dans son Manifeste communiste, Marx considère que la première nécessité pour le prolétariat est « la conquête de la démocratie. » « Je voulais montrer un Marx furieux que ses conceptions aient été déformées jusqu’à être identifiées aux cruautés staliniennes, écrit à ce sujet l’auteur Howard Zinn. Je pensais qu’il fallait sauver Marx non seulement de ces pseudo-communistes qui avaient instauré un ordre répressif dans différents coins du monde, mais aussi de ces essayistes et de ces politiciens de l’Ouest qui s’extasiaient devant le triomphe du capitalisme. »
Ivan Romeuf, avec humour, émotion, parfois colère, donne chair de façon saisissante à ce Karl Marx empreint d’humanité. Et contribue à la réussite du souhait exprimé par l’auteur en conclusion de sa préface : “Je souhaite que cette pièce n’éclaire pas seulement Marx et son temps mais également notre époque et la place que nous y avons. ”
JACQUELINE DE GRANDMAISON
*Historien politologue, écrivain américain (1922-2010)
Légende photo : Ivan Romeuf personnifie avec finesse un Karl Marx empreint d’humanité et d’esprit de résistance. @ Christian Robin
Espace Léo Ferré au Théâtre Toursky du 1 er au 5 décembre.
Si le nationalisme est odieux et dangereux, qui enferme l’esprit et le corps dans des frontières qui fort heureusement n’existent ni physiquement ni culturellement, s’il faut malheureusement des drames nationaux pour que l’idée de Patrie retrouve un sens noble et contribue à redresser la colonne vertébrale de l’identité et à rester debout face à l’absurde adversité, c’est dans le local, comme disait García Lorca, qu’il faut chercher l’universel et il faut se garder de mépriser avec hauteur ou snobisme des manifestations culturelles dont le succès populaire est de mauvais aloi pour certains, pour ceux qui établissent des hiérarchies, bref, des frontières, à l’intérieur des genres artistiques, entre ce qui serait le grand et petit, voire le « mauvais » genre, la grande et la petite musique, alors qu’il n’y a que la bonne et la mauvaise, chacune à juger, bien sûr, dans son texte et contexte, sans les affronter abusivement entre elles. Boileau, avec morgue, pouvait écrire ce méprisant distinguo dans la production de Molière :
Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe,
Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope.
Or, nous pouvons adorer Le Misanthrope sans déchoir de notre esprit critique à rire des Fourberies de Scapin, d’un autre registre, mais du même génial dramaturge et acteur, qui jouait les deux.
Nécessaire Odéon
Le théâtre de l’Odéon, que certains ont vu en souriant avec condescendance comme une excroissance parasite de l’Opéra de Marseille : à ce dernier le sérieux, à l’autre, le négligeable, avec des programmations d’opérettes apparemment tombées en déshérence, est en train de devenir un lieu où se cultive et refleurit une culture populaire, qui demeure un patrimoine commun en danger.
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Un de la Canebière
(22 novembre)
Même créée à Paris en 1935, Un de la Canebière, livret d’Alibert, Sarvil et Vincy, musique de Vincent Scotto, est un typique patrimoine marseillais de l’opérette.
L’opérette marseillaise, genre spécifique, a eu son heure de gloire entre les deux guerres et demeure encore une parenthèse de bonne humeur ensoleillée et rose dans la grisaille et le sinistre vert de gris de, l’Occupation. Pour les textes d’une fausse naïveté, René Sarvil (1901-1975) et, pour une irrésistible musique, Vincent Scotto (1874-1952) déjà connu, même internationalement, pour ses célèbres chansons (La Petite Tonkinoise, J’ai deux amours, Prosper, hop la boum, Sous les ponts de Paris, etc…). Avec leur interprète privilégié Alibert (1889-1951), qui intervint aussi dans les textes, ils produiront et même exporteront leurs œuvres à partir des années 30 : Au Pays du Soleil et La Revue Marseillaise, en 1932, Trois de la Marine en 1933 puis, en 1935 leur coup d’éclat, Un de la Canebière. Le relais sera repris par les productions d’EmileAudiffred pour les paroles et Georges Sellers pour la musique, Au Soleil de Marseille, 1936, Ma belle Marseillaise, 1937, Marseille mes Amours, 1938. Avec la trilogie de Pagnol, qui les précède de peu, ces opérettes fixeront pour le meilleur, et souvent le pire, jusqu’à la caricature, la galéjade marseillaise, pas toujours de bon goût et ne serviront pas toujours l’image de Marseille, figée, fixée dans des clichés réducteurs au long cours. Mais, bon, à choisir, il vaut mieux la galéjade à rire, même lourde, que la trop légère kalach à tuer aujourd’hui.
On s’épargnera l’exagération marseillaise (du moins celle postulée et exagérée par ces œuvres) en disant que c’est un chef-d’œuvre. Le sujet repose sur un ressort théâtral bien connu : la double imposture, et la double inconstance qui a aussi ses lettres de noblesse. Deux modestes pescadous du Vallon des Auffes, le temps d’un bal, se font passer pour de gros industriels de la pêche pour appâter deux belles, simple vendeuses de légumes, qui elles-mêmes se font passer pour des stars de cinéma. En parallèle, le double adultère d’un couple mal assorti et les jeux du je t’aime et tu ne m’aimes plus, les dépits amoureux et le défi de maintenir l’imposture d’une usine de sardines fantôme avec les coups de théâtre à tiroir d’un faux-vrai héritage non d’un oncle d’Amérique mais d’une tante de Barbentane pour soutenir le mirage de l’entreprise.
Autour de ce mince canevas circulent de minces, minces héros et le texte rame bien bas. Et pourtant, avec un décor qui se ressent des misères du temps, Jacques Duparc (incarnant par ailleurs pittoresquement Girelle), réussit l’exploit de remplir pleinement une œuvre un peu creuse, essentiellement grâce à des comédiens qui remplissent de façon étourdissante des personnages assez vides, donnant vie, dynamisme et une gaîté contagieuse à cette folle farandole, inconsistante sans eux. Tous sont à citer : seule vraie voix de la troupe, Caroline Géa charme d’un timbre aussi joliment fruité que les fruits qu’elle est supposée vendre, avec sa juvénile complice Virginy Fenu ; Simone Burles est une Margot d’un abattage exalté, un tempérament de feu et Carole Clin est la sereine adultère délurée pleine d’allure, de vaudeville. Leurs partenaires masculins se répartissent en un duo des deux séducteurs séduits, Duparc en solide Girelle baryton, Grégory Juppin, ténor jeune premier, suivis, comme leur ombre par un lumineux Florian Cleret qui est un Pénible innocent (aux mains pleines), inénarrable travesti de Tante Clarisse, d’un naturel irrésistible dans le faux du personnage. La distribution des acteurs plus ou moins chanteurs est complétée par Antoine Bonelli un Bienaimé des Accoules impayable (il paiera la facture vraie de la fausse usine), Michel Grisoni, cocasse cocu, Guy Bonfiglio, poutinesque Garopouloff, et Jean Goltier moussaillon et maître d’hôtel. Un quatuor de danseurs du ballet de l’Opéra Grand Avignon (Bérangère Cassiot, Aurélie Garros, Anthony Beignard, Alexis Traissac) donnent vie aux jolies danses et deux figurants Marc Piron et Bruno Simon ferment le ban.
Dominique Trottein, avec entrain, dirige cette musique légère avec dix musiciens et l’on goûte, il est vrai, avec une saine naïveté, des airs, des danses datées, fox-trots, charlestons, tangos, javas, au charme désuet mais prenant : J’aime la mer comme une femme, Les Pescadous…!, Le plus beau tango du monde, Vous avez l’éclat de la rose, Un petit cabanon, refrains, crincrins qui hantent encore la mémoire, du moins, sans doute, de la dernière génération à les connaître. Ce public fredonne, d’abord presque timidement, à mi-voix, ce qui devrait être un hymne marseillais festif affirmé, triomphant de joie : Cane… Cane… Canebière, en chœur. Et le cœur se serre : cette partie du folklore marseillais, qui vit encore dans la mémoire des plus anciens, qui les connaissent sans qu’ils en connaissent forcément les auteurs, anonymat marque du succès qui a marqué une époque, semble un patrimoine, naïf et populaire, en déshérence. Puisse l’Odéon le revivifier pour lui donner, avec un regain de jeunesse, une seconde vie. B.P.
Théâtre de l’Odéon, Marseille,
Un de la Canebière,
De Vincent Scotto
21 et 22 novembre
Orchestre du Théâtre de l’Odéon : direction de Dominique Trottein
Mise en scène : Jacques Duparc.
Distribution :
Caroline GÉA, Simone BURLES, Virginy FENU, Carole CLIN, Grégory JUPPIN, Jacques DUPARC, Florian CLERET, Guy BONFIGLIO, Antoine BONELLI, Michel GRISONI, Jean GOLTIER.
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COSÍ FAN TUTTE
Dramma giocoso en deux actes (1790)
Musique de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Livret de Lorenzo da Ponte (1749-1838)
22 novembre 2015
Inutile « modernisation »et contexte de l’œuvre
Ainsi font-ils tous (les metteurs en scène) a-t-on envie de parodier la traduction du titre. Transposé de son XVIIIe siècle finissant à de vagues années 50, qui occupent depuis longtemps déjà tant de scènes sans qu’on sache pourquoi, effet de mode déjà démodé de tant de répétitions, transplanté de Naples et son Vésuve symbolique dans un arbitraire bord du placide lac de Côme, situé dans une vaste demeure sans charme, le charmant et cruel opéra perd beaucoup du sien.
Cela apporte-t-il quelque chose à l’œuvre ? Non. Cela enlève-t-il ? Oui. Le cœur de l’intrigue, le faux départ des deux amants pour une guerre subite, s’il se justifie à l’époque où l’Empereur Habsbourg d’Autriche tente de reconquérir les anciens Pays-Bas espagnols et, l’Espagne, sa Naples perdue, devient invraisemblable dans un XXe siècle surinformé par radio et téléphone. Si le retour des amoureux déguisés en nobles turcs ou valaques (la Turquie fait alors face à Naples) est dans la tradition des turqueries de l’époque et du goût bien attesté des travestissements, déjà assez invraisemblable même si l’anecdote, dont furent victimes deux dames de Ferrare à Vienne ou isolées dans la sensuelle Naples, sur laquelle se fonde l’opéra est paraît-il réelle, elle devient absurde aujourd’hui avec ces faux Albanais richissimes, même pas migrants. Bien sûr, l’opéra n’est réaliste que dans les sentiments. Justement, sans invoquer la filiation du conte de La Fontaine et l’opéra bouffe de Dauvergne Les Troqueurs (1753) sur l’échange des fiancées, toute la frivolité et l’inconscience d’une société aristocratique qui danse en 1790 sur un volcan (le Vésuve !) révolutionnaire est ainsi gommée : Marie-Antoinette, la sœur de l’empereur commanditaire, et sœur légère de nos héroïnes, sera guillotinée bientôt. La cruauté froidement expérimentale de l’épreuve et ses déguisements révélateurs, très Marivaux, le cynisme assez Laclos (Les Liaisons dangereuses), digne du libertin à l’œil froid de Sade, disparaît aussi sous un traitement simplement bouffe de ce dramma giocoso arraché à l’empreinte folle et légère d’un Ancien Régime à son crépuscule sanglant qui vit naître l’œuvre et qui va mourir. Le contexte historique et culturel est autrement plus significatif et riche que cette décontextualisation gratuite.
Non, la littérature du XVIIIe siècle n’invente pas « l’amour-passion » comme semble le croire Bernard Pico, dramaturge, dans sa par ailleurs intéressante « Note d’intention ». Sans invoquer « la sentimentalité chevaleresque » qu’il cite (confusion avec la « troubadouresque » qui va du serf d’amour à la Belle Dame sans merci, l’amour courtois, dans lequel le héros est le vaincu d’amour, et l’amour chevaleresque, dans lequel la femme est la récompense consentante du héros vainqueur), il n’est que de voir la Carte du Tendre, tous les traités des passions, des affects qui fleurissent à l’époque baroque précédente, dont les héroïnes raciniennes, les Lettres de la religieuse portugaise de Guilleragues sont pratiquement des illustrations littéraires, pour s’en tenir simplement aux références françaises. On lui concède volontiers l’heureuse formule de « cette jeunesse dorée qui a le temps de prendre le temps » (encore que tout se déroule en un jour…), oisiveté malgré tout plus caractéristique d’une société de cour et de salons que des années 50 de suractivité et de reconstruction au sortir de la guerre. Quant à faire de Despina, soubrette, une « cousine éloignée des deux sœurs », c’est gommer, par sa proximité familiale, sa familiarité impertinente de servante critique, et révoltée de l’inégalité de sa condition, cousine ou sœur, plutôt, non du Figaro édulcoré par force des Noces, mais de Beaumarchais : la Révolution est là.
Il reste que les costumes (Marc Anselmi), dans leur transpositions moderne, sont justes par les formes, pimpants par leurs fraîches couleurs joliment harmonisées entre les personnages, le tout bien servi et non contrarié par les lumières douces de Marc Delamézière. À défaut d’être somptueux, le décor néo Art Déco années 50 (Nathalie Holt), est efficace, avec cette baie à rideaux, théâtre dans le théâtre, qui permet les effets justement théâtraux, notamment de Guglielmo.
La mise en scène de Gilles Bouillon est d’une remarquable vivacité, avec beaucoup de trouvailles et même les deux amoureux cachés ou couchés sous la table de billard, sorte de redondance visuelle et auditive de leur foi en la fidélité de leurs belles, est moins incongru qu’égrillard, bien que ce voyeurisme soit un thème libertin récurrent dans la littérature et la peinture érotiques du XVIIIe siècle. Les queues de billard brandies deux fois comme des épées, sont drôles mais neutralisent, par leur bouffonnerie, le duel d’honneur possible dans ce Dramma giocoso, drame joyeux, mais tout de même drame comme est qualifiée l’œuvre par ses auteurs et non opera buffa comme dans le programme. Le jeu d’acteurs est également remarquable, homogène : tous les chanteurs sont crédibles même dans l’incroyable travestissement.
À la tête d’un Orchestre de l’Opéra de Toulon, sensiblement heureux, aérien, galvanisé, le chef indonésien Darrell Ang donne d’entrée une vivacité nerveuse, juvénile, à cette musique pétillante, mais en caresse aussi la sensualité, la volupté en promesses, avec toute l’élégance que requiert cet équilibre d’une œuvre d’un temps où le plaisir, le plaisir de vivre, même avec ses cruautés, étaient un art. On admire aussi comment il guide des chanteurs, les protège dans cette partition où le moindre écart est une incartade de mauvais goût. Les récits sont accompagnés avec justesse historique, au pianoforte par Béatrice Skaza, qui surprend agréablement, mais semblent s’estomper un peu ensuite.
Sans être exceptionnel, le plateau est assez homogène. Sans avoir la noirceur de la voix de basse qu’on prête en général à Don Alfonso, le machiavélique auteur de la trame, Riccardo Novaro, baryton, en a la prestance, une certaine froideur cruelle et, surtout, une vélocité admirable qui ne « savonne » jamais les notes rapides redoutables qu’on semble entendre parfois pour la première fois. Le ténor uruguayen Leonardo Ferrando dont le nom est le prénom du héros qu’il incarne, est un Ferrando de belle allure, sensible, touchant t d’une musicalité irréprochable. Contrastant à ses côtes, sa faconde féconde, le baryton Alexandre Duhamel, fanfaronne avec bonheur, vibrionnant, tourbillonnant, étourdissant, doté d’un organe (vocal) que nul n’ignore. Par ailleurs, on l’a doté, à la place de son air plus bref, ambigu dans ses images (son éloge du pied, du nez, de la moustache virile, (« Non siate ritrose, occhietti vezzose… », d’un air beaucoup plus long, une sorte de catalogue comparatif de ses mérites avec nombre de héros mythologique.
Des récitatifs sont par ailleurs restitués mais, malheureusement, on coupe le dernier air de Dorabella (« È Amore un ladroncello… ») où la jeune femme exprime sa légère philosophie de l’amour pour convaincre sa sœur de céder. Elle est campée par la mezzo Marie Gautrot, sur laquelle on ne hasardera pas de jugement téméraire hâtif : souffrante ce jour-là, elle se tire cependant avec honneur de son premier air grandiloquent et des ensembles si nombreux, sans qu’on puisse rien hasarder sur son timbre dans ces conditions. À ses côtés, grave et médium corsés dignes d’un mezzo, en Fiordiligi, la soprano Marie-Adeline Henry, malgré une voix manquant d’homogénéité, avec un aigu parfois largement arraché, manifeste un grand contrôle technique même de cette faille, réussit des nuances délicates et campe une héroïne émouvante dans ses fragilités même d’écueil dans la tempête. Mais la servante est ici la maîtresse : campée avec autorité scénique et vocale par Anna Kasyan, soprano au riche registre, au médium coloré : cigarette au bec, acerbe, elle observe les deux sœurs geignardes avec plus de distance ironique que de compassion, digne émule ou en intrigue rivale d’un Don Alfonso dont elle ravale la morgue des prétentions séductrice, même roulée par lui.
En fanfare, les chœurs (Christophe Bernollin) si brefs s’amusent longuement en mesure martiale avec nous. Benito Pelegrín
Cosí fan tutte
Da Ponte/Mozart
Opéra de Toulon
22, 24, 27
Direction musicale : Darrell Ang
Orchestre et chœur de l’Opéra de Toulon
Mise en scène : Gilles Bouillon. Dramaturgie : Bernard Pico. Décors : Nathalie Holt. Costumes : Marc Anselmi. Lumières Marc Delamézière.
Distribution
Fiordiligi : Marie-Adeline Henry ; Dorabella : Marie Gautrot ; Despina : Anna Kasyan ; Ferrando : Leonardo Ferrando ; Guglielmo : Alexandre Duhamel ; Don Alfonso : Riccardo Novaro .
Rencontre avec Moi, Dian FOSSEY au TOURSKY (20 nov 2015)
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De Dian FOSSEY l’on connait le combat qui l’a menée à sa fin tragique, massacrée dans sa hutte à coups de machette. Sigourney WEAVER l’incarna avec brio dans le film « Gorilles dans la brume » en 1988.
Ce soir Stéphanie LANIER est habitée, telle une âme évanescente pour la révéler pleinement : enthousiaste jusqu’à l’exaltation, bouleversante de fragilité, indignée mais pleine d’espoir.
Ce soir Stéphanie LANIER réussit la rencontre de 2 âmes. Celle de la madone des grands singes et celle de ce lieu si particulier qu’est le TOURSKY, où le public fraternel et chaleureux, fidèle à la compagnie Richard MARTIN, ce public est là debout malgré ces moments sombres qui endeuillent notre pays.
« Même pas peur ! »
Quelle résonnance dans chacune de nos vies…..
« Même pas peur ! » claironnait aussi la primatologue américaine.
Le décor sur scène est minimaliste : un arbre, ancré en cette terre d’Afrique centrale dont les images défilent en arrière- plan sur une musique originale très cinématographique d’Eric BRETON.
Dian, non pardon, Stéphanie raconte :
En 1967, étudiante du Kentucky, sacrifiant jusqu’à son appendice, elle est engagée par l’anthropologue Louis Leakey pour étudier et recenser des gorilles des montagnes à la frontière du Rwanda et de la République démocratique du Congo. De plus en plus fascinée par ces animaux, elle décide de se consacrer à temps plein à leur étude et à leur défense et s’installe près de leur habitat avec son fidèle second, Sembagare. Un journaliste de National Geographic, Bob Campbell, est envoyé par son employeur pour la photographier au milieu des gorilles qu’elle chérit de plus en plus.
Préoccupée par le braconnage dont les gorilles sont victimes, elle tente de s’allier avec le gouvernement rwandais pour les protéger mais celui-ci semble plutôt réticent. Le braconnage est en effet le seul moyen de survie de certains Rwandais. Elle rejette cette thèse car elle s’aperçoit qu’à ce rythme les gorilles vont bientôt être en état d’extinction. Elle crée plusieurs patrouilles anti-braconnage et mène une campagne presque violente contre les villageois engagés par des Occidentaux avides de prendre possession de peaux, de mains ou de têtes de gorilles. Dian Fossey meurt assassinée le 26 décembre 1985 dans des circonstances restées mystérieuses.
Surnommée Nyiramachabelli (la femme qui vit seule dans la forêt), elle changera l’approche des grands singes qui l’apprivoiseront. « On risque de pleurer un peu quand on s’est laissé apprivoiser » et Dian a pleuré beaucoup quand ses gorilles croisaient le chemin des braconniers.
Qu’est devenu le combat de Dian FOSSEY ? En ces temps de COP 21 il prend une autre dimension.
Les gorilles des montagnes auraient vu leur population augmenter de 28% en 10 ans au Rwanda. Là où Dian se battait seule, 120 personnes œuvrent aujourd’hui sous la houlette d’une autre femme qui a repris l’engagement, Katie FAWCETT en coopération avec les gouvernements sensibilisés.
Le combat de Dian Fossey ne fut pas vain.
L’Afrique se souvient-elle encore des jeux de Dian avec ses grands frères ? Les pentes des volcans Virunga gardent elles l’empreinte de ses pas ? La brise porte-t-elle encore l’écho des grognements de Dian à la recherche de ses amis au dos argenté ? Les grands singes racontent ils l’histoire de cette femme morte pour eux à leurs enfants ?
Ce soir, en tout cas, Stéphanie LANIER nous l’a racontée de manière magistrale, emplie d’authentique sensibilité. Dian aura aimé……
Pascale ROBYN.
Moi, Dian FOSSEY
Comédie de Pierre TRE-HARDY, mise en scène par Gérard VANTAGGIOLI
La compil’ musicale de la région PACA : un 6ème OPUS bien pensé.
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Le 20 novembre dernier à la Maison de la Région, Christine Mirauchaux, Vice-Présidente déléguée à la Culture du Conseil Régional PACA, et Bernard Maarek, Directeur de l’ARCADE, ont présenté le double CD 2015 de Musiques actuelles / Musiques du monde produit par la Région.
Un Outil de promotion et de diffusion
Pressé à 5000 exemplaires, ce CD est diffusé dans les salons et marchés nationaux (tels que le BIS de Nantes, Babel Med Music, les Transmusicales de Rennes…) et dans tous les lieux de musiques actuelles de PACA.
Il s’agit cette année de la 6ème compilation sortie depuis le lancement du programme d’accompagnement des artistes régionaux : 63 artistes de PACA sont ainsi à découvrir sur ce support de promotion et diffusion assez unique en son genre dont un des objectifs est de favoriser le dialogue et l’ouverture entre différentes esthétiques. Outre des artistes plus connus à l’image du chanteur-auteur-compositeur Oh ! Tiger Mountain, déjà présenté à la Criée, des incontournables Dupain et Temenik Electric, ou de Ahamada Smis, un habitué de la Fiesta des Minots, figurent de jeunes talents ou groupes montants tels que the H.O.S.T, Sista K (la chanteuse de Watcha Clan), ou encore la jeune Yuna.
Pour la quatrième fois, cette compilation rassemble des artistes des musiques actuelles, mais également des musiques traditionnelles et du monde avec des artistes issus des milieux de l’Electro, du Rock, du Hip Hop, du Rap ou de la Chanson Française, d’où la partition de ce double CD en deux CD distincts, l’un consacré aux musiques actuelles et amplifiées, l’autre aux musiques traditionnelles et du monde. Afin d’offrir une écoute plus agréable (plus audiophile, diront les spécialistes), l’ordonnancement des morceaux traduit une montée en crescendo des rythmes et des couleurs, des genres et des styles, passant de l’électro à la chanson tout en douceur, notamment en ce qui est du premier volet de la compilation.
A noter, pour les curieux, que ce CD offre à découvrir un groupe de musique traditionnelle grecque avec le Maria Simoglou ensemble, de la musique chinoise avec Sissy Zhou et son Gu Zheng (cithare chinoise) qu’elle maîtrise à merveille, de la musique indonésienne avec le Gamelan Bitang Tiga et ses gongs de Bali, ou encore de la musique inspirée du flamenco avec Christina Rosmini et ses compositions humanistes empreintes d’humour et de féminisme. Un beau tour d’horizon de la création musicale régionale est ici proposé à l’écoute pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Il sera par ailleurs en écoute libre sur le site de la région PACA.
Egalement, un Soutien aux artistes sur le long terme
Pour mémoire, ces artistes ont été soutenus par la Région dans le cadre du Conseil artistique à la création (CAC), dispositif de soutien aux artistes professionnels ou en voie de professionnalisation.
Mis en place par la Région PACA, avec l’aide de la Régie culturelle régionale, le CAC vise à soutenir la création artistique sur le territoire et à accompagner les artistes dans le développement de leur projet en élargissant les publics et facilitant leur rencontre avec les professionnels des musiques (production, diffusion, etc.). Il vise à favoriser l’émergence de jeunes artistes (depuis un an, ces derniers peuvent bénéficier d’un accompagnement artistique pour mener à bien leur projet), renforcer la structuration du tissu artistique régional et la mise en réseau des opérateurs et filières de production. Au total, ce dispositif a permis de soutenir 70 artistes et ensembles de la région cette année : « de nombreux artistes aujourd’hui reconnus comme Nevche ou Raphael Imbert sont passés par les CAC », précise Christine Mirauchaux.
Raphael Imbert continue en expliquant que « ce dispositif est unique en France, incomparable par rapport à ce qui se fait dans les autres régions. Il est important de le maintenir. II permet d’éviter aux artistes comme moi de s’exiler à l’étranger ou à Paris pour faire de la musique et fait vivre toute une filière locale : en ces temps de crise du disque, il faut défendre ça ». Produire un album est certes fondamental mais le CAC va bien au-delà de cette temporalité propre à un projet : « il s’agit d’un compagnonnage sur le long terme et d’un accompagnement tout le long de la carrière des artistes soutenus », complète Christine Mirauchaux. Avec l’aide de l’ARCADE, qui prend en charge les droits d’auteurs pour ce CD, « c’est un effort collectif d’accompagnement » qui est mis en place, pour reprendre le mot de Bernard Maarek.
Au total, se sont plus de 319000€ qui sont versés à 70 artistes musicaux de la région. Un outil de promotion et de diffusion utile à découvrir. Espérons que ce dispositif original puisse continuer à exister encore de belles années afin d’offrir aux jeunes artistes émergents les moyens de se professionnaliser. DVDM
Notons que cette compilation fait honneur à la parité, le nombre d’artistes féminines soutenues étant bien plus considérable que dans les éditions précédentes.
Régie Lumière : Emmanuel Laborde, puis Sylvain Buc/Régisseur Son : Sacha Moraes
Fabrication : Philippe Genty, Eric de Sarria, Mary Underwood/Accessoires : Sébastien Puech, Vincent Boisserolle
Production : MCNN – Centre de Création et de Production de Nevers / Compagnie Philippe Genty Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication et de la Ville de Nevers.
Durée : 1h15
En tournée : Vendredi 18 décembre 2015 à Marcheprime (33); Du jeudi 17 mars 2016 au samedi 19 mars 2016 à Bourg-en-Bresse (01); Jeudi 31 mars 2016 à Corbie (80); Samedi 02 avril 2016 à Ris-Orangis (91) et Mardi 24 mai 2016 à Laon (02)
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Un voyage au cœur de soi-même
Zigmund Follies, odyssée burlesque à 2 doigts d’une tragédie interprétée par 20 doigts, a été présentée au théâtre Toursky la première semaine de novembre 2015. Initialement prévu à l’Espace Léo Ferré du fait de sa forme intimiste, il a finalement été joué au grand théâtre avec une jauge réduite, le théâtre ayant été submergé par les réservations. Mené d’une main de maître par Eric de Sarria, conteur et manipulateur, cette présentation d’un classique de la compagnie Philippe Genty a ravi grands et petits ! Pour ceux qui souhaitent le découvrir, après son escale marseillaise, il part en tournée de décembre 2015 à mai 2016 dans toute la France!
Ce spectacle onirique et fantaisiste, inspiré de la psychanalyse freudienne (où le héros découvrira son moi, son ça et son surmoi avant de se réconcilier avec son double malin après avoir tué le père), relate l’étrange découverte de l’INTERIEUR faite par un conteur dont la main gauche, depuis quelques temps, fouille ses poches, ouvre ses lettres, voire même tourne sa veste, sans pour autant qu’il ne le veuille, lui-même ayant la tête enfermée dans une boite (la première image du spectacle en donne ici le ton décalé). Sa main gauche prise dans le sac (au sens propre comme au figuré) est poursuivie par la police secrète. Le conteur décide de partir à sa recherche. Après une traversée périlleuse de la sinistre fermeture éclair (un moment délicieux du spectacle), notre conteur dont le chapeau cloche de couleur bordeaux est surmonté d’un énorme doigt, rencontrera Félix Nial de la police secrète, personnage ubuesque qu’il retrouvera à plusieurs reprises dans différents déguisements, puis la main droite du Ministre de L’INTERIEUR, avant d’entrer dans les Colonnes de la presse, royaume des lignes de fuite et des perspectives. Il se perdra alors dans une fausse perspective et plongera au fond d’un trou de mémoire pour y découvrir les confins de la mer des souvenirs où il espère recouvrer la mémoire perdue : à la recherche du « futur intérieur », il naviguera sur une horloge remontant le temps qui court, faisant une halte sur l’île des postes restantes.
Savoureux et drôle
Au cours de son périple, il rencontrera des personnages hauts en couleur et fort en voix, figurés par des marionnettes à doigts ou de papiers, manipulées avec une très grande dextérité par les deux marionnettistes cachés sous une machinerie complexe et habilement conçue, surmontée d’une pelouse et d’un mini-castelet ainsi que d’un écran pour les projections vidéo. Car cette création mêle avec intelligence jeu d’acteur, marionnettes de différents types (à tige, à doigt, à gaine ou en papier…), son et vidéo, ainsi que des effets pyrotechniques inattendus et saisissants. De plus, l’humour est omniprésent et chaque saynète est l’occasion de jouer sur le comique de situations (certaines sont d’un cocasse fort plaisant) renforcé par un travail d’image et de son forçant le respect, penchant tantôt vers l’imaginaire collectif des cartoons (avec ses courses poursuites de marionnettes de papiers dans le mini castelet où la diva castafiore se fait assommer par un marteau géant) ou plus grand guignol, au sens noble du terme (avec les batailles inspirées du kung fu entre le héros et le gardien des colonnes de la presse). Certains clichés sont habilement détournés : le commandant de vaisseau qui se sacrifie avec son bateau-cuvette plongeant dans les abîmes de la mer, voire la doctoresse aux formes généreuses, autoritaire et frustrée qui finalement se livre, frénétiquement, à son patient en fuite après un corps à corps savoureux. De même, ses jeux de mots jouant sur le sens littéral et métaphorique de chaque terme, en français dans le texte, sont dignes d’un Devos, passant du coq à l’âne avec dextérité à la façon des dadaïstes (le titre lui-même du spectacle fait référence à une revue dada), y intégrant des calembours, parfois un peu légers certes mais efficaces, néanmoins usant d’un humour à multiple degrés de lecture (ex. la loi Micro(n)).
Avec in fine une critique de la société
Créé il y a plus de quinze ans (en 1983, précise un des marionnettistes à l’issu du spectacle), le spectacle proposé ici a été remis au gout du jour : plusieurs références sont faites à la politique d’aujourd’hui (notamment, la loi Macron assouplissant les contraintes des entreprises au détriment des salariés et de leurs précieuses et chèrement acquises RTT, rebaptisées ironiquement rallongement du temps de travail) mais également aux médias et à leur traitement de l’actualité, ici ces journalistes à la recherche de scoops au péril du respect de la déontologie du métier, ces derniers faisant feu de tout bois au mépris de l’information et de ses acteurs (oubliant le principe de base de vérification des sources et omettant de faire des enquêtes approfondies sur un sujet…) Les figures du pouvoir sont également moquées avec malice, notamment le ministre veule qui charge un de ses sbires à capturer mort ou vif le mécréant au nom d’une politique dont il a perdu la perspective (avec en prime un très subtil jeu de mots), voire le policier incapable de retrouver son chemin à l’occasion du raid mené contre le mécréant (il fera tout sauter sans le vouloir) au sein des bien nommées colonnes de la presse (avec un clin d’œil à Charlie Hedbo, ici, écrit en toutes lettres et placé en une sur le fronton du mini-castelet). Car en sous-texte, se dévoile une critique du capitalisme, qui sans pour autant être manichéenne, montre comment les politiques et les médias sont à la solde de la finance et de leurs lobbies : citons ici, l’île des mots déchus (humanité, liberté, bonheur), recyclés par les puissants et les riches.
Surréaliste à souhait avec son récit rocambolesque des aventures intérieures d’un conteur fou et ses images poétiques, drôles, et étranges, ce spectacle familial possède tous les ingrédients nécessaires à un moment de récréation intelligent. Complet, inventif et imaginatif, il se joue ainsi de la mise en abîme et des mots dans un rythme trépidant ne laissant que peu de repos aux manipulateurs (remarquables en tout point de vue).Une re-création à voir pour le plaisir des sens et de l’esprit avec, dans le rôle du héros, un conteur qui n’est pas sans rappeler l’Idiot de Dostoïevski. Tous simplement Bravo pour avoir programmé cette fantaisie marionnettique de très belle facture. DVDM